LA CHALEUR

LA CHALEUR
Auteur : Victor JESTIN - 144 pages
Aux Editions FLAMMARION 

« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire. » Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, 17 ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil. 

Cet acte irréparable, il ne se l’explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer ? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Et c’est le lendemain, alors qu’il s’attend chaque instant à être découvert, qu’il rencontre une fille.

Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et qui s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping.



Mon Avis :


Tel un sablier qui inexorablement laisse filer le temps, Victor Jestin distille la tension dans son récit dramatique des vacances de Léonard, dans ce camping animé des Landes, où la jeunesse s'abreuve de boissons et de musique, le soir venu.

Oscar est mort sous les yeux de Léonard, agacé par le bruit des campeurs qui l'empêchaient de dormir. Pourquoi est-il resté figé au lieu de porter secours à Oscar ? Pourquoi la disparition d'Oscar semble-t-elle n'émouvoir personne ?

La chaleur écrase le camping, les hormones s'agitent chez les jeunes garçons, cependant il ne se passe pas grand-chose dans cet ennui quotidien entre animations, piscine, bains de mer, fêtes sur la plage pour les jeunes gens qui se trouvent perdus là. Léonard agit ou réagit sans réfléchir, à l'instinct, pourtant la culpabilité le ronge sans qu'il sache quoi faire pour en sortir. 

Le talent de Victor Jestin est de vous maintenir en haleine avec une seule angoisse : que va faire Léonard ? Sera-t-il démasqué avant la fin des vacances ou s'en ira-t-il sans se retourner en laissant ses parents dans l'ignorance de son inaction face à la mort d'Oscar ?

Le roman est court, le suspense extrêmement présent. Une histoire qui m'a laissé à la fois un goût d'inachevé et la sensation que la boucle était bouclée... Paradoxal ! c'est en cela que ce roman m'a bousculé. Un auteur qu'il sera intéressant de suivre.


Ma BO du roman :

"Summertime" - Lello Petrarca con Emilio Merola e l'Orchestra Accademia San Giovanni


Sélection Automne 2019










DERNIERS SACREMENTS

DERNIERS SACREMENTS
Auteur : M.J.ARLIDGE - 464 pages
Aux Editions Les Escales


Elle entend leurs cris. 
Elle ressent leur peur. 
Elle est désormais leur seul espoir.
Don ou malédiction ? D'un simple échange de regards, Kassie est capable de voir quand et comment vous allez mourir. Un lourd fardeau à porter pour une jeune fille de quinze ans.

Elle croise la route d'Adam Brandt, brillant psychologue, alors qu'une série de meurtres frappe Chicago. Kassie semble toujours avoir un lien avec les victimes. Coïncidence malheureuse ou terrible manipulation ?

Intrigué par cette adolescente un peu perdue, Adam est tenté de croire à ses troublantes déclarations. D'autant que le danger se rapproche et que Kassie est la seule à savoir où il va s'abattre.

Mon Avis

Thriller envoûtant qu'on ne quitte qu'à l'épilogue au final haletant, l'espoir vissé au corps que Kassie s'en sorte...

Le destin de Kassie est écrit. Comme celui de tous ceux qui ont le malheur de croiser son regard. Petite mère courage, solitaire, impuissante, aimante, perdue.

Seule sa grand-mère la comprend vraiment. Sa mère se bat pour qu'elle reste dans le droit chemin qu'elle lui a tracé. Interdiction d'évoquer ce qu'elle croit voir, ce qu'elle croit savoir.

Kassie croise la route d'Adam. Le psychologue tente de comprendre, de rationaliser ce que vit la gamine. Les révélations qu'elle lui fait ne le convainquent pas, mais il tente de l'accompagner pour la ramener dans sa réalité. Qui a raison ? Qui a raison ? Kassie qui voit l'avenir où le destin d'Adam bascule dans le drame ? Ou Adam qui s'accroche à ses connaissances en psychologie pour ramener l'adolescente dans ce qu'il croit être le réel ?

M.J. Arlidge insuffle l'angoisse  à son récit dans un rythme effréné. Embarque, bouscule, ballotte ses personnages pour emmener le lecteur sur les chemins obscurs de leur destinée. Sauvera-t-il Kassie de ses visions cauchemardesques ?

Peut-on dire qu'il y a une part de fantastique dans ce roman si violemment terre à terre. Un criminel perpètre des crimes les plus monstrueux qui soient, une gamine voit la mort de ses proies ? irrationnel comme le croit l'inspectrice Gabrielle ? 

Puis il y a Gabrielle, inspectrice en charge de l'affaire. Archétype de la femme qui a dû faire sa place, être crédible dans une équipe d'hommes. Suivre son instinct, ne pas s'en laisser conter, quitte à faire des raccourcis dangereux, c'est son credo. Un seul objectif : arrêter coûte que coûte l'assassin barbare qui agit dans sa ville. 

Tout est-il écrit ou peut-on influer sur sa vie et celle de ceux que l'on aime. La question est posée dans ce thriller trépidant, captivant, noir de l'inhumanité du pire criminel qui soit... celui qui se repaît des peurs, de la souffrance, de l'agonie de ses proies.

Gabrielle ne m'a pas convaincue. Avec les personnages forts, profondément humains que sont Adam et Kassie, Gabrielle semble froide, sans épaisseur. J'ai aimé que l'auteur m'embarque, me fasse trembler pour Kassie, me donne envie de secouer Adam. Un roman qui interroge : notre perception du monde est-elle bâtie de nos expériences, de notre environnement, de ce que l'on nous a donné à croire ou pas via notre éducation ?

J'ai découvert l'auteur et le roman grâce à Babelio et son opération Masse Critique, aux Editions Les Escales que je remercie pour cet excellent moment de lecture. 

Ma B.O. du roman :
Diana Salvatore : Crazy


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RHAPSODIE DES OUBLIES


RHAPSODIE DES OUBLIES
Auteure : Sofia Aouine
Aux Editions de la Martinière - 192 pages

« Ma rue raconte l'histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s'appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans ».


Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d'Or, Paris XVIIIe. C'est l'âge des possibles : la sève coule, le coeur est plein de ronces, l'amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d'un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.


Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d'un quartier et l'odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l'amour et l'enfance ne sont jamais loin.

Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.



Mon avis



Sofia Aouine déroule la vie d'Abad. Gamin déraciné du Liban qui tente de s'enraciner entre Barbès et la Goutte d'Or. Rue Léon. 

Abad est un peu le gavroche des temps modernes, débrouillard, ouvert au monde qui l'entoure, surtout aux femmes. Gamin sensible dans un quartier tout aussi sensible !

Histoire de déracinés, tombés tous dans la rudesse d'un quartier où il faut être fort, où règne la délinquance. Pourtant il y a de l'amour aussi dans le quartier de ce môme, le tarifé et le vrai, celui que le lie à la Batman d'abord, à Gervaise, Odette, Ethel et son drôle de chat, Colette. 


Afin de lui éviter de tomber dans la délinquance, il est envoyé voir une psychologue censée lui guérir le dedans. Coupé de ses racines, il enferme la douleur jusqu'à la rencontre de la dame qui lui fouille le dedans. La perte de sa Mémé, la guerre de 1975. Avec quelques clins d'oeil littéraires et cinématographiques à découvrir pour étoffer le propos.


Sofia Aouine nous offre une histoire percutante, réaliste, violente, sombre et lumineuse où se concentre toute la noirceur du monde, qui ne laisse pas indifférent. L'écriture est crue, brutale et tendre à la fois.


Ce premier roman-là bouscule, ne laisse pas indifférent, on aime ou il échappe des mains. Je l'ai tenu jusqu'à l'épilogue !



Ma B.O. du roman :


Etre né quelque part de Maxime Leforestier




Sélection Automme 2019



UN PEU DE NUIT EN PLEIN JOUR

UN PEU DE NUIT EN PLEIN JOUR
Auteur : Erik L'Homme - 173 pages
Editions Calmann - Levy

"Il ne reste plus que ça aujourd’hui, la communion des caves, cette sauvagerie qui seule subsiste une fois quittée la grisaille de la surface où les clans survivent dans des boulots plus pourris qu’une charogne oubliée sur un piège."

Ce pourrait être le monde de demain. Paris est envahi par une obscurité perpétuelle et livré aux instincts redevenus primaires d’une population désormais organisée en clans. Dans ce monde urbain terriblement violent, Féral est un des derniers à avoir des souvenirs des temps anciens. Il est aussi un as de la « cogne»,
ces combats à mains nues qui opposent les plus forts des clans dans des sortes de grand-messes expiatoires. C’est lors d’une de ces cognes qu’il rencontre Livie, qui respire la liberté, l’intelligence, la force. Leur amour est immédiat, charnel, entier. Mais le destin de Féral va se fracasser sur cette jeune femme qui n’est pas libre d’aimer.

Bijou littéraire, Un peu de nuit en plein jour parle de notre monde qui s’abîme, de la part de sauvagerie en l’homme, de l’inéluctabilité des destins.



Mon avis


Le monde dans lequel vit Féral est sombre, rude, sans concessions. Il a fait le choix des arbres, de la force brute pour s'exprimer même si le feu qui brûle dans les yeux de Livie le consume tout entier.


Une brève relation va unir ces deux êtres si différents, l'un qui a connu le monde d'avant, taiseux, contemplatif, brutal dans l'arène lorsqu'il s'adonne à la cogne. Elle, jeune, libre, lumineuse, fascinée par la force féroce de cet homme hors du commun. Un monde sombre et violent où coexiste pourtant la solidarité, la passion, l'amitié et le pire de ce que l'homme peut produire, la cupidité, l'envie, la haine...


Fable moderne, conte cauchemardesque, roman d'anticipation ? Inclassable ! La plume est poétique, les phrases et les chapitres courts concourent au sentiment d'urgence de ce monde où les pauvres vivent en clans pour survivre, où les riches créent des serres pour recréer leurs jardins d'avant, où la vie dure toujours dans l'ennui et la solitude...


Erik L'Homme nous offre un roman dense, dans lequel la fiction est proche de la projection que l'on se fait d'un monde où la nature n'est plus au coeur de la société.

J'aurais aimé en apprendre plus sur Féral, la vie d'avant, pourquoi le monde en est arrivé là ? Peut-on choisir entre instant et éternité ?

Une lecture intense, toute en nuances, qui captive le lecteur, une ode à la vie. Des questions restent sans réponses mais impossible pour autant de lâcher le livre avant son épilogue. Un roman pour se poser des questions sur l'avenir de l'Homme et de l'Humanité.


Merci à Babelio et son opération Masse Critique, aux Editions Calmann-Levy pour la belle découverte de la plume d'Erik L'Homme.

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Ma B.O. du roman :
Une goutte d'eau Nicole Rieu




L'ULTIME MYSTERE DE PARIS

L'ULTIME MYSTERE DE PARIS
Auteur : Bernard Prou
Editions Anne Carrière

En 1960, au lycée Bugeaud d’Alger, pendant les événements dramatiques qui marquent la fin de la guerre d’indépendance de l’Algérie, s’ébauche une amitié sans faille entre trois élèves, un surveillant et un professeur de l’établissement : Stefano Buenvenutto, Oreste Bramard et Michel Garousset, lycéens ; Philippe Courtillac, professeur de physique ; Ernest Bourbaki, surveillant et, accessoirement, membre de l’OAS.

Vingt ans plus tard, à Paris, les cinq hommes créent un cercle de recherches dédié à l’étude et à la conservation d’inestimables archives historiques disparues depuis plus de mille ans. Ces archives, conservées à l’origine dans le sanctuaire de Qadisha, au nord de l’actuel Liban, remontent aux premiers siècles de notre ère. Elles se composent de textes manuscrits et d’une relique mythique : l’authentique tête, suppliciée et embaumée, de saint Jean-Baptiste. Pour les conserver à l’abri des convoitises, les cinq amis ont aménagé une crypte, dans les anciennes carrières situées sous le cimetière du Montparnasse. Mais l’assassinat d’un de leurs proches, puis celui de Michel Garousset, au beau milieu du cimetière, sonnent comme un signal d’alarme. Gustave Mugniard, le lieutenant de police d’abord chargé de l’enquête, est mis d’office à la retraite. Il offre alors ses services aux membres survivants du « cercle Qadisha ».



Mon avis :


Avec ce roman, vous retrouverez les ingrédients qui ont fait la réussite des deux précédents romans de Bernard Prou. Des protagonistes érudits, un contexte historique omniprésent, documenté. Une amitié indissoluble dans le temps.

J'ai été ravie de découvrir d'où venait Oreste, remarqué lors de l'expertise de la bibliothèque extraordinaire du docteur Saint-Marly. Joli clin d'oeil à "Délation sur ordonnance". 

Cinq hommes décident envers et contre tout de préserver la relique de Saint-Jean Baptiste, les archives historiques inestimables pour le monde qui l'accompagnent. Cinq amis aux compétences complémentaires, férus de sciences  et amoureux des livres : Philippe Courtillac, Michel Garousset, Stefano Bienvenutto, Oreste Bramard, Ernest Bourbaki.

Ces hommes vont tout faire pour mettre à l'abri de toutes convoitises les secrets contenus dans ces archives, quittent à y laisser leur peau. À la mort de Ludovic, que vous découvrirez au coeur de l'intrigue va précipiter les choses pour les cinq amis.

L'enquête est confiée à Gustave Mugniard, lieutenant de police, qu'une mise à la retraite forcée ne va pas dissuader d'enquêter sur ce meurtre hors du commun. Un petit côté Nestor Burma, zesté de Simon Templar pour la sape, mais enquêteur chevronné qui ne lâchera rien pour découvrir la vérité au nez et à la barbe de ses anciens collègues.

On plonge avec Léonard dans ce cercle de Qadisha, avec la bataille menée par les survivants du Cercle pour la préservation, au nom de l'amitié d'abord, pour éviter le cahos dans le monde ensuite, des secrets qui accompagnent la relique. Une tension qui monte crescendo pour une histoire d'hommes qui s'inscrit dans celle de l'Humanité.

Un moment de lecture intense qui demandera toute votre attention, dont vous sortirez instruits de secrets à garder !


Ma B.O. du roman :

Paris, c'est une idée Léo Férré