DEMAIN LE JOUR SE LEVERA - Georgina Tuna Sorin

DEMAIN LE JOUR SE LEVERA
Auteure : Georgina Tuna Sorin
Aux Editions : Librinova - 242 pages

Décembre 2018. 

Anna, Nico et Mathis, trois jeunes pleins de vie, préparent ensemble les fêtes du Nouvel An. Inséparables, ils partagent leur quotidien entre les amis, les amours, et les études.Pourtant, l'année suivante débute au rythme des machines de l'hôpital où Anna s'accroche à la vie. 

Au fil des pages, l'auteure nous transporte dans un futur proche et inquiétant, et laisse deviner qu'une menace pèse sur la petite bande : pour eux, tout semble devoir changer. Quel drame va donc les frapper ? 

Demain le jour se lèvera met en scène des personnages touchants dont le courage et l'envie de vivre surpassent toutes les épreuves qu'ils ont à affronter. Un récit intense et émouvant !



Mon avis :

"Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir
ou ne meurt que pour renaître" Marguerite Yourcenar.

La question est posée : qu'y a-t-il au-delà du perceptible ? Bip Bip Bip : on entre dans le roman au rythme de la machine qui contrôle les battements de coeur d'une jeune femme pleine de vie. Anna.

Anna, Mathis, Nico, Sophie, étudiants en Staps à Dijon. Inséparables. Amoureux de la vie. Amoureux sans le dire.

L'auteure nous embarque dans l'après accident, nous attache aux respirations de Mathis et Anna. On manque une respiration quand le Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip peu rassurant, s'emballe, on trésaille quand Mathis crie le nom d'Anna.

Ce roman est lumineux par l'amour qu'il irradie ; gris lorsqu'il nous plonge dans le coma d'Anna. L'auteure a une écriture percutante. Qu'est-ce qui nous guide lorsqu'un drame de la route nous ramène à la vulnérabilité du corps ? Qu'est-ce qui détermine que l'on sorte ou non d'un coma ? L'amour est-il un fil suffisamment ténu pour nous ramener, nous donner la force de se dépasser pour retrouver la lumière des néons de l'hôpital.

Ce roman se dévore, impossible à lâcher, ponctué d'humour, touchant. Les émotions sont vives à la lecture de la bataille pour la vie de ces jeunes gens. Ce récit est un hymne à la vie, l'amour, l'amitié, la parentalité, aux soignants.

C'est une gamme d'émotions qui monte crescendo au fil de ce premier roman très efficace !

Un vrai coup de coeur pour la construction, l'écriture, le drame sans le pathos, les émotions fortes ! Un vrai bon moment de lecture, un bémol après tant de frissons partagés avec des personnages tous très attachants, difficile de les abandonner sans espérer en savoir plus sur leur avenir.

Ma B.O du livre :



LES PETITS GARÇONS - THEODORE BOURDEAU

LES PETITS GARÇONS
Auteur : Théodore BOURDEAU
252 pages - Aux Editions STOCK Arpège

C’est l’histoire de deux amis qui traversent ensemble l’enfance, puis l’adolescence, et qui atterrissent à l’âge adulte le coeur entaillé.
C’est l’histoire d’un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs.
C’est l’histoire d’un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l’attendent.
C’est aussi l’histoire d’une société affolée par les nouveaux visages de la violence.
C’est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d’amour.
Mais avant tout, c’est l’histoire de deux petits garçons.

Théodore Bourdeau signe un premier roman enlevé, à l’humour réjouissant, qui entremêle la douceur de l’enfance, les erreurs de jeunesse et le nécessaire apprentissage de la vie.


Mon avis :


Théodore Bourdeau nous conte l'histoire de l'amitié d'une vie. "Une vie légère, facile. Une aventure perpétuelle et joyeuse. Avec Grégoire pour ami, petit garçon rouquin avec qui tout semblait facile." 


Le copain qu'on admire dès la maternelle, parce qu'il ose, voilà qui est Grégoire pour le narrateur, celui qui vit intensément les situations qui le paralysent. 


Tous deux enfants uniques de parents qui le sont tout autant, ces gamins vivent au travers de l'admiration qu'il se voue. 


D'une plume mélancolique, l'auteur tente de nous laisser croire qu'on ne quitte pas son enfance, qu'on grandit, soit ! Qu'on s'écorche un peu dans cette croissance, qu'on laisse l'innocence nous échapper tout en gardant l'essentiel : le partage d'un passé heureux qui nous accommode au présent, nous lie pour toujours aux petits bonheurs de la prime enfance.


Les femmes que croisent le narrateur vont le porter, Olympe, Louise, aucune ne reste pourtant. Son métier, c'est sa mère qui le lui suggérera : Journaliste. Grégoire, lui aussi se laisse porter par l'influence de son père absent, il enfouira son amour de l'Art -sa peinture idéale de Valtat- au fond de son coeur, sera haut fonctionnaire.


La violence du monde n'épargnera rien à leur candeur de jeunes hommes. Peut-on naître heureux et le rester dans un monde brutal ? Doit-on se déterminer pour toute une vie à l'adolescence ? Peut-on trouver le bonheur sans nuire à autrui ?


Les événements ne sont pas datés, la période suggérée : déclin économique, attentats, cependant l'écriture de l'auteur assoie l'idée d'une certaine vacuité pour décrire l'existence adulte de ces deux amis de toujours, leurs émotions. Pourtant ils restent présents, l'un pour l'autre, malgré les vies parallèles, même au pire de la violence qui les entoure, comme deux frères qui se seraient choisis. 


Les souvenirs unissent à jamais, aussi sûrement que les liens du sang, pour peu qu’ils soient liés aux temps heureux. La plume de l’auteur parfume les souvenirs de mélancolie, de regrets, d’authenticité. Un roman doux-amer, joli moment de lecture.



Ma B.O. du roman :


The Persuaders - Musique de John Barry.




Sélection 2019



LA VIE QUI M'ATTENDAIT - JULIEN SANDREL

LA VIE QUI M'ATTENDAIT
de Julien SANDREL
Aux Editions Calmann-Levy - 318 pages

« Ma petite Romane, on se connaît depuis longtemps, il faut que je vous dise : je vous ai vue sortir en larmes du bureau de ce pneumologue à Marseille. Pourquoi vous cachiez-vous sous une perruque rousse ? »

Romane, 39 ans, regarde avec incrédulité la vieille dame qui vient de lui parler. Jamais Romane n’a mis les pieds à Marseille.
Mais un élément l’intrigue, car il résonne étrangement avec un détail connu de Romane seule : sa véritable couleur de cheveux est un roux flamboyant, qu’elle déteste et masque depuis l’adolescence sous un classique châtain.

Qui était à Marseille ? Troublée par l’impression que ce mystère répond au vide qu’elle ressent depuis toujours, Romane décide de partir à la recherche de cette autre elle-même. En cheminant vers la vérité, elle se lance à corps perdu dans un étonnant voyage entre rires et douleurs.

Mon Avis :

L'auteur touche à fleurets mouchetés des thèmes universaux : l'amour filial, la transmission, les non-dits, la quête d'identité.


Plus encore que dans son précédent roman, la tendresse de l'auteur pour ses personnages est tangible. Les émotions omniprésentes. 

Romane, intriguée par la révélation de la vieille amie de son père va se mettre en quête de cette inconnue qui lui ressemble. Julien Sandrel tisse un fil de soie délicat autour de son intrigue, vous vous direz " trop simple, j'ai tout compris". Le tissage est délicat, digne des canuts, incroyablement beau, solide, la réalisation finale vous laissera sans voix, les zygomatiques en position haute !
C'est poétique comme un pont ! 

Les surprises sont jetées au gré du récit pour vous balloter d'une émotion à une autre. C'est tendre, beau, humain. Chacun croit détenir la vérité. Seulement, elle est multiple, celle de Romane n'est pas celle de son père. Celle de Juliette pas celle de Paola.

L'écriture est maîtrisée, l'intrigue encore plus émouvante que dans son précédent roman. Julien Sandrel est un conteur hors pair. Il offre une palette d'émotions arc-en-ciel qui colle parfaitement avec la couverture de ses deux romans.
Ce roman est une parenthèse enchantée, parée de tendresse, de douceur, d'humanité. Même les situations dramatiques vous laissent le sourire au milieu des larmes. Je vous le recommande vivement !


La B.O. du roman :

"Mon Frère" Maxime Le Forestier







LE MATIN EST UN TIGRE - CONSTANCE JOLY

LE MATIN EST UN TIGRE
Auteure : Constance Joly
Edtions Flammarion - 154 pages 

Depuis quelques mois, la vie d'Alma se hérisse de piquants. Sa fille souffre d'un mal étrange et s'étiole de jour en jour. Tous les traitements échouent, et les médecins parlent de tumeur. Mais Alma n'y croit pas. Elle a l'intuition qu'un chardon pousse à l'intérieur de la poitrine de son enfant. On a beau lui dire, son mari le premier, que la vie n'est pas un roman de Boris Vian, Alma n'en démord pas. 

À quelques heures d'une opération périlleuse, son intuition persiste. 

Il ne faut pas intervenir. C'est autre chose qui peut sauver sa fille. Elle, peut-être ?

Dans une langue merveilleusement poétique et imagée, Constance Joly met en scène l'histoire de ce que l'on transmet, malgré nous, à nos enfants. Le matin est un tigre parce que, certains jours, la vie est un combat et qu'il faut bien arriver à s'en débrouiller.



Mon avis :

Billie, 15 ans est atteinte d'un mal étrange. Alma, sa mère, se laisse envahir par la peur. Chaque jour, l'invisible petite valise de cuir qu'elle porte s'alourdit de son chagrin et de son impuissance. 

Constance Joly nous offre un conte poétique pour dire la difficulté d'être mère. L'Alma mater. Billie est son alter ego. Elle prend soin de sa mère, la console, la rassure. Un seul coeur fait battre leur amour. Ce roman décrit le poids de la transmission inconsciente, la force du lien.

La poésie du texte rend captivant le récit. Ce passage à l'âge adulte que certains adultes se refusent à faire, s'impose à eux parfois au gré des difficultés de la vie, la maladie de Billie va faire grandir Alma. Lui faire prendre conscience d'affronter sa vie hors de la rêverie.

L'écriture parfaitement équilibrée, sensible, élégante, vous mène par le bout du nez, accrochés aux questionnements d'Alma sur sa vie, son mariage, la violence de la peur de perdre son enfant, la culpabilité. 

Ce conte à la symbolique appuyée une broderie fine, une dentelle bretonne qui vous attache au fil du récit, délicatement avec tendresse. 
Vous donne envie de bousculer Alma. Une vie, c'est court, peut-on refuser de la vivre pleinement ?

Ce premier roman est surprenant, par sa construction, entre allégories et situations très concrètes. Captivant comme un roman initiatique dont on veut absolument connaître l'épilogue. 

Un joli moment de lecture !


Ma B.O. du roman :

Miracles du ciel : NO PAIN de Carlo Silioto


Sélection 2019

LES HOMMES COULEUR DE CIEL - ANAIS LLOBET

LES HOMMES COULEUR DE CIEL 
Auteure : Anaïs Llobet
Editions Humensis - 211 pages


Dans le pays où est né Oumar, il n'existe pas de mot pour dire ce qu'il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un « homme couleur de ciel ». 


Réfugié à La Haye, le jeune Tchétchène se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et ose embrasser des garçons dans l'obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule sa nouvelle vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette.


Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à l'impensable, au pire, qui advient dans son ancien lycée. La police est formelle : le terrible attentat a été commis par un lycéen tchétchène.

Des hommes couleur de ciel est l'histoire de deux frères en exil qui ont voulu reconstruire leur vie en Europe. C'est l'histoire de leurs failles et de leurs cicatrices. Une histoire d'intégration et de désintégration.




Mon avis :


Conter le droit à la différence de manière romanesque est une gageure difficile. L'auteure relève ce défi de décrire l'amour et son revers le plus cruel : la haine. De soi, de l'autre. Deux frères, deux visions d'un monde pour l'un où tout est possible, pour l'autre sans issue.


"Est-ce que les gens naissent égaux en droits

À l'endroit où ils naissent"

La force du récit est de décrire la culpabilité de ceux qui n'ont rien vu à force de se nier eux-mêmes, loin d'imaginer que parfois l'intégration est impossible tant ils se battent eux-mêmes pour y parvenir. 

Conter l'indicible de ce qui a été laissé derrière soi parfois dans l'espoir d'un avenir meilleur, d'un monde meilleur. L'humain reste ce qu'il est : complexe face à ses contradictions, capable d'empathie, de jugements à l'emporte-pièces. Du meilleur comme du pire.

Le texte est court, dense, fort en émotions. Il interroge sur l'identité, les origines, l'espoir et sa perte, l'amour, sa force, son impuissance à endiguer la rage, la peur, la frustration de ceux qui ne trouvent pas leur place. 


C'est un roman touchant, troublant. Combien de Oumar se rêvant Adam ? Simplement jeunes, heureux, rêvant d'insouciance, sont ramenés à l'entrave que peut-être parfois la culture. Ces jeunes hommes, transfuges d'une culture où il est question d'honneur pour les hommes, de larmes pour les femmes, tentent de s'ancrer dans un nouveau sol, nourris aux valeurs de celui qui leur a donné vie.


Peut-on se choisir une patrie, oublié d'où l'on vient ? Le hasard choisi où l'on voit le jour, en est-il de même en ce qui concerne la voie que l'on choisit pour se construire ailleurs ?


Trois personnages liés par un destin tragique, leur exil, leurs choix pour s'intégrer. Ne pas se révolter devant les clichés, les incompréhensions, adopter la bonne attitude pour s'intégrer, douloureux parcours que celui du migrant qui doit renoncer à ce qui l'a construit. Alissa devient Alice, Oumar créé Adam, Kirem s'accroche à son histoire, refuse le monde qui l'entoure.


Un roman bouleversant qui se lit d'une traite, vous emporte dans un tourbillon d'émotions. L'existence n'est pas que grisaille, les hommes couleurs de ciel ont choisi l'amour de la vie.



Ma B.O du roman :


Né quelque part - Maxime Le Forestier




Sélection 2019