LE PARFUM DU BONHEUR EST PLUS FORT SOUS LA PLUIE

LE PARFUM DU BONHEUR EST PLUS FORT 
SOUS LA PLUIE
De Virginie Grimaldi aux Editions Poche - 416 pages

"Je ne t'aime plus."
Il aura suffi de cinq mots pour que l'univers de Pauline bascule. Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s'écouler en attendant que la douleur s'estompe. Jusqu'au jour où elle décide de reprendre sa vie en main. 
Si les sentiments de Ben se sont évanouis, il suffit de les ranimer. 
Chaque jour, elle va donc lui écrire un souvenir de leur histoire. Mais cette plongée dans le passé peut faire resurgir les secrets les plus enfouis. 
Avec une extrême sensibilité et beaucoup d'humour, Virginie Grimaldi parvient à faire revivre des instantanés de vie et d'amour et nous fait passer du rire aux larmes. Une histoire universelle.


Mon avis :

"Mais ce n'est pas parce qu'une histoire ne se termine pas comme tu le souhaites, qu'elle se termine mal". Alors il faut se surprendre à grandir, douloureusement, lentement, mais sûrement.

Si comme moi, vous pensiez trouver un roman feel-good à lire après un roman sombre et dérangeant, ce n'est pas le bon choix.

En revanche, vous trouverez dans ce roman de Virginie Grimaldi, une madeleine de Proust... Nonna et son franc-parler vous ramèneront à l'enfance, à la tendresse de grand-mère, celle qui écoute, comprend tout ; à l'art d'être mère construite à l'aune de son propre vécu.

"Je ne t'aime plus" : quelques mots si difficiles à entendre après les serments d'avant, ceux qui vous disaient que vous seriez une famille éternellement. Une brutalité insoutenable, inaudible, d'ailleurs Pauline va rappeler à Ben combien il l'aimait en lui écrivant des lettres jusqu'à ce qu'il reprenne ses esprits. 

Ce livre, dans la première partie vue par Pauline est l'autopsie d'une vie de couple : premier baiser , présentation aux parents, premier appartement, premier enfant, routine puis dernier dîner. Un parfum de nostalgie. Retour abrupt chez les parents avec Jules, leur fils.

Pauline aime Ben. Elle l'a perdu sur le chemin d'une tragédie. Elle va entamer une correspondance avec lui, pour lui remémorer les meilleurs moments de leur histoire, entamer une thérapie malgré elle.

Virginie Grimaldi sait faire vivre des personnages touchants souvent drôles et piquants.
Que d'émotions dans la seconde partie de cette histoire, des larmes au travers des sourires. Un roman qui dit la vie avec ses petits bonheurs simples, évidents et ses jours de pluie.

Pour rappeler à chacun que "Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie". Une merveille de tendresse et d'émotions qui touche au coeur.


TU AVAIS PROMIS DE VIVRE POUR MOI de Carène Ponte

TU AVAIS PROMIS DE VIVRE POUR MOI
de Carène PONTE aux Editions Michel LAFON - 362 pages

Quand on a trente ans, on n’est jamais préparé à perdre sa meilleure amie. C’est pourtant le drame que Molly doit affronter quand Marie est emportée par la maladie en quelques mois à peine. Juste avant de mourir, celle-ci demande à Molly de lui faire une promesse : vivre sa vie pleinement, pour elles deux. Elle y tient, alors Molly accepte.

Mais par où commencer ? Lâcher son travail de serveuse ? Rompre avec Germain, l'homme avec lequel elle vit ? Certes, il est comptable et porte des chaussons, mais il est gentil.

Lorsque Molly reçoit quelques jours après l’enterrement un mystérieux paquet contenant douze lettres de Marie, elle comprend que celle qui lui manque tant n’avait pas l'intention de se contenter de paroles en l'air et que son engagement va l’entraîner bien plus loin que ce qu’elle imaginait… 


MON AVIS


Un roman tout en tendresse et en émotions !

Je ne connaissais pas cette auteure, la couverture a attiré mon attention et j'ai immédiatement été embarquée !


« Les amis, c'est la famille que l'on se choisit ». Molly et Marie se sont choisies lorsqu'elles avaient 6 ans.



Quelques années plus tard, Molly est installée avec Germain, dans une petite vie routinière, que Marie n'approuve pas : « Une Molly cela mérite un John ou un Brad » ! 



Marie est atteinte d'un cancer. Elle se sait condamnée. Faire promettre à Molly de vivre pour elle sera sa dernière volonté. Pour permettre à Molly de tenir sa promesse : 12 lettres, 12 moments à vivre à la place de Marie (argent fourni)… ce ne sera pas la mer à boire. Molly a promis.



Les personnages sont attachants, présents, pétillants comme Nadège, chaleureux comme Sacha puis Marie dont l'espièglerie et la ténacité transparaissent dans le récit. On aurait aimé connaître plus encore de la complicité entre Marie et Molly pour découvrir vraiment Marie.



Un roman qui touche par la justesse de l'écriture descriptive. L'auteure nous guide de ses notes de bas pages, savoureuses parfois, au gré de chapitres courts, qui voient Molly se découvrir et se réapproprier ses rêves. Doit-on avoir peur de changer de cap ? 



Ce roman, qui me semblait-il, n'était qu'une romance touchante à lire au coin de la cheminée, amène quelques questions, voit glisser quelques larmes et surtout vous place les zygomatiques en position haute, ce qui reste ma gymnastique préférée. Je vous le conseille vivement !








FUGITIVE PARCE QUE REINE de Violaine Huisman

FUGITIVE PARCE QUE REINE de Violaine Huisman
Aux éditions Gallimard 246 pages

« Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.» 

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.


Mon avis :

Un livre particulier, sélection des "68 premières fois" : la maternité en question.

Faut-il être soi-même bien dans sa peau pour être mère ? Ce roman autobiographique certainement, est difficile émotionnellement tant le quotidien est décrit crûment.

Quels événements ont été vécus par cette mère, Catherine, pour qu'elle soit si tyrannique, aucune faiblesse possible à Violaine, 10 ans. Pourtant, Violaine et sa grande soeur Elsa, vont redoubler d'amour pour cette mère fantasque, toxique, perdue, soutenue par des substances chimiques diverses, internée à plusieurs reprises.

Elles veulent tellement être aimées. La description en parallèle de la descente aux enfers de Catherine et de la destruction du mur de Berlin, montre l'ampleur de la dépression, la déflagration. Les enfants sont spectatrices, observatrices sans moyens de contrer la maladie. Violaine aimera passionnément cette mère despotique qui jalouse sa beauté. 

Catherine aurait aimé que ces filles ne traversent pas un "désert d'amour" mais ne vainc pas ses démons, les transportent depuis l'enfance et finit par user sa vie qu'elle veut finir comme une reine.

Un roman difficile sur la maltraitance psychologique. Ce besoin irrépressible des enfants de trouver l'amour malgré tout. L'écriture tantôt élégante, tantôt grossière, précise, de Violaine Huisman est directe,  comme un uppercut. l'histoire est saisissante.

Violaine Huisman livre une histoire d'amour incroyable. Elle fait de sa mère la Reine de son coeur.

Cela a été une lecture difficile, inconfortable qui bouscule. Décidément, j'ai un peu de mal avec l'autobiographie, le témoignage, trop souvent douloureux.







L'ECHANGE de Rebecca Fleet

L'ECHANGE de REBECCA FLEET
336 pages Aux Editions Robert Laffont

" Personne ne vit ainsi... à moins d'avoir quelque chose à cacher. "
Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l'occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d'imaginer que quelqu'un puisse y habiter.
Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu'elle aurait préféré garder enfouis.
Et à présent, cette personne se trouve chez elle...
Le premier roman explosif d'un nouveau talent du thriller, dans la lignée du Secret du mari de Liane Moriarty et du Couple d'à côté de Shari Lapena. 



Mon avis :

Ce roman avait des atouts pour me séduire sur le papier, la référence à Liane Moriarty et Shari Lapena, dont j'avais beaucoup aimé les premiers romans.

Qui ne s'est pas demandé s'il ne pourrait pas échanger sa maison avec un inconnu du bout du monde ? seulement voilà... par essence d'un inconnu, on ne sait rien. 
Est-ce vraiment le cas de Caroline et Francis, lorsqu'ils décident de s'octroyer une semaine à Londres pour recoller des liens qui se distendent depuis quelque temps.

J'ai trouvé l'intrigue un peu laborieuse à s'installer. Caroline découvre au fil du temps des indices troublants dans la maison. C'est son CD préféré sur la pile de disques du propriétaire des lieux, un bouquet de fleurs, un parfum... Une voisine un peu collante. 

L'auteure tente de tenir son lecteur en haleine en distillant des indices lors des allers-retours Passé-Présent. Ce n'est cependant pas de la veine de "Derrière les portes" ou "Le secret du mari". 

Rebecca Fleet réussit un beau portrait de couple en détresse, la psychologie des personnages, Caroline comme Francis, est fouillée. Francis est dépressif, Caroline délaissée a trompé son ennui avec un collègue. Ils ont décidé d'essayer de retrouver l'amour en prenant quelques jours de vacances, de retrouver les activités qu'ils aimaient avoir ensemble, avant. Le suspense est bien présent même s'il faut passer un premier tiers du livre pour qu'il prenne, puis se relâche un peu. 

A Manquer peut-être d'avoir distillé l'envie d'être en empathie avec Caroline, un peu centrée sur elle-même, pour l'accompagner dans sa montée d'angoisse.

Il faut atteindre la dernière partie du roman pour voir l'intrigue se dénouer et la surprise s'installer avec une fin inattendue. Vos velléités d'AirBnB seront perturbées par la lecture de ce roman.

C'est un premier livre à lire sur la plage, si vous êtes distrait par votre environnement, vous pourrez reprendre votre lecture sans ambages...
Mais vous irez, sans nul doute, à l'épilogue pour en connaître l'issue.


Je remercie le Mass Critique de Babelio et les éditions Robert Laffont pour la découverte du premier roman de Rebecca Fleet, auteure prometteuse, à suivre sans nul doute.






ISLANOVA DE Jérôme Camut et Nathalie Hug

ISLANOVA de Jérôme Camut et Nathalie Hug
773 pages aux Editions Fleuve Noir

Rien n’avait préparé Julian Stark à une telle vision ce matin-là. Alors qu’il rentre chez lui pour évacuer sa maison menacée par un incendie de forêt, il trouve Charlie, sa fille de seize ans, au lit avec son beau-fils Leny.

Certaine que son père va les séparer, Charlie persuade Leny de fuguer, direction le Sud-Ouest. Son idée : rallier la ZAD (zone à défendre) de l’Atlantique, située sur l’île d’Oléron. Là-bas, ils seront en sécurité le temps que Julian se calme.

Là-bas, surtout, se trouve Vertigo, un homme charismatique dont elle écoute la voix sur les ondes depuis des mois. Vertigo, le leader de l’Armée du 12 Octobre, groupe d’écologistes radicaux. Ce que la jeune fille ignore, c’est que la ZAD abrite des activistes prêts à tous les sacrifices pour défendre leur cause, et qu’en s’y réfugiant, elle précipite sa famille dans une tragédie qui les dépasse tous.


Mon avis :

Difficile, tellement il est foisonnant, d'émettre un avis sur ISLANOVA. Les auteurs ont été très inspirés par les zadistes, les attentats, les radicaux écologistes, l'idéalisme humain.


En 2025, une famille recomposée coule des jours paisibles dans l'est de la France. Julian et Vanda installés avec leurs enfants respectifs, Leny et Charlie âgés de 18 et 16 ans,  ne s'attendent pas à vivre des événements aussi extraordinaires.

Tout commence banalement avec l'amour naissant de deux adolescents transgressifs et la réaction brutale du père.

Les "CamHug", comme on nomme les auteurs que je découvre avec ce pavé de 800 pages, nous concocte un roman d'anticipation plein d'humanité. Nos révoltes, nos peurs, notre engagement, le militantisme, jusqu'où  peut-on aller pour une cause qu'on croit juste ?

Cette histoire est très cinématographique, brillamment contée, excessive, d'anticipation,  pourtant très actuelle, crédible, cela effraie !  Inclassable, ni tout à fait thriller, ni tout à fait science-fiction, pas un page-turner non plus, j'ai failli lâcher avant de me laisser totalement happer. Le style est nerveux, précis. Les personnages sont tous très attachants, parfois inquiétants : Vertigo et son armée citoyenne, les fermiers... Le tout ficelé dans un scénario diabolique, d'une énergie folle. Vertigo, Charlie et tous les protagonistes de l'armée idéaliste des 12-10 vont mettre toute leur détermination dans cette zone à défendre pour créer une alternative à la société qu'ils subissent.

Une centaine de chapitres courts avalés pour se demander : et moi, aurais-je pu m'engager dans l'armée des 12-10 ? A quoi seriez-vous prêts pour vos convictions ? Du premier au dernier, un vent d'aventure romanesque souffle, vous emporte en vous questionnant sur votre mode de vie. 




L'ATTRAPE-SOUCI de Catherine FAYE

L'ATTRAPE-SOUCI de Catherine FAYE
Aux Editions Mazarine - 299 pages


Décembre 2001. Lucien, onze ans, vient d’arriver à Buenos Aires avec sa mère. Dans une librairie, il est captivé par de mystérieuses petites boîtes jaunes. Dedans, de minuscules poupées. Selon une légende, si on leur confie ses soucis avant de s’endormir, le lendemain, ils se sont envolés. 


Le temps qu’il choisisse son attrape-souci, c’est sa mère qui s’est envolée. Disparue. Lucien part à sa recherche. Se perd. Au fil de ses errances, il fait des rencontres singulières. 


Cartonniers, prostituées, gamins des rues avec qui il se lie, un temps. Et grâce à qui, envers et contre tout, il se construit, apprend à grandir. Autrement. Rebaptisé Lucio par ses compagnons de route, cet enfant rêveur et déterminé incarne ce possible porte-bonheur que chacun a en soi.


Mon avis


Lucien et sa mère entament un voyage à Buesnos Aires après la chute des Twin Towers en 2001. La mère veut faire découvrir ses racines argentines à son fils.

Au détour d'une librairie, elle lui raconte ce que sont les petites boites colorées vue dans les rayonnages : 
« Quand tu as un souci, n'importe lequel, tu glisses une des petites poupées sous ton oreiller, tu le lui confies et le lendemain matin, quand tu te réveilles, plus de souci, il s'est envolé.». 


Lucien, 11 ans, sera "oublié" par sa mère, lavé par une pluie diluvienne de son passé. Projeté dans l'inconnu, il devient Lucio, se lance dans une quête pour comprendre ce qui lui arrive, trouver la meilleure voie pour retrouver sa mère.


Des rencontres diverses que la providence a mise sur sa route, vont lui permettre de grandir et d'échapper à de mauvaises postures. D'Arrigo à Ariana, une protection et une aide discrète lui seront apportées. Une bienveillance et une humanité partagées un temps avec bien des personnages, cartonniers, prostituées, jardinier, gamins des rues, dont les situations sont précaires mais qui l'accueillent et le soutiennent.

Cependant, au fil des rencontres, on lui laisse entendre qu'il doit grandir, trouver lui-même les moyens de sa subsistance... Lucio vit dans la peur constante, qu'on découvre sa situation d'enfant abandonné, qu'on le renvoie en France avant qu'il n'ait retrouvé sa mère. Peur, qu'on le confie à son oncle détestable.

Garrido, le jardinier, grainetier, lui fera comprendre qu'il n'y a pas de mauvaises graines. Le jardinier a pris soin de la jeune pousse, l'a tuteuré avec amour pour qu'il s'épanouisse, Adela et lui l'aideront à se construire.

Cette mère disparue au sortir de la librairie était-elle si aimante ? Il faudra à l'épilogue se garder de juger : "le blanc et le noir, il y en a marre. Le gris, il n'y a que ça d'humain" a dit Romain Gary, l'auteure a créé une fiction à l'issue qui ne peut laisser insensible. "Porte toi bonheur" lui dit-elle...


Catherine Faye nous offre un premier roman sombre au suspense addictif, au ton juste, à la plume sensible, émouvant. La tension s'intensifie au fil des pages. Tout au long des trois années passées avec Lucio et ses compères, on a envie de le rassurer, de réparer son enfance.

C'est un roman exotique, feel good tout de même, d'une situation terriblement traumatisante pour l'enfant de 11 ans qu'est Lucien, va émerger le jeune homme, définitivement Lucio, qui s'est trouvé grâce au voyage initiatique qui s'enracine dans les fleurs argentines de Garrigo.

"Plu besoin de petite boîte pour soulager ma peine. J'avais découvert quelque choses de bien plus fort au fond de moi"

Lucio, persévérant, sort de l'innocence en s'étant trouvé une mère enfin !




ARIANE de MYRIAM LEROY

ARIANE de Myriam LEROY 
Aux Editions Don Quichotte - 208 pages

" Quand j'ai eu douze ans, mes parents m'ont inscrite dans une école de riches. J'y suis restée deux années. C'est là que j'ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d'elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s'affiche lorsqu'on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n'apparaît nulle part. Quand j'ai voulu en parler, l'autre jour, rien ne m'est venu. J'avais souhaité sa mort et je l'avais accueillie avec soulagement. Elle ne m'avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C'est fini. C'est tout. "


Elles sont collégiennes et s'aiment d'amour dur. L'une vient d'un milieu modeste et collectionne les complexes. L'autre est d'une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L'autre, c'est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu'elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.


Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort. Myriam Leroy est journaliste, presse et radio, et écrit pour le théâtre. Elle habite Bruxelles.


Nominations : Prix Goncourt du premier roman

Mon avis

J'avoue, s'il ne m'avait pas été suggéré par les "68 premières fois", je n'aurais probablement pas sélectionné le roman de Myriam Leroy. 

Cinquante nuances de noirceur habitent ce récit. La jeune narratrice, revient sur son amitié avec Ariane. La belle Ariane est une "belle des poisons".
Charismatique et mal dans sa peau, la belle indienne attire comme la dionée piégerait une mouche, sans aucune chance d'échapper à une issue cruelle pour deux personnes qui ont la vie devant elles.

Les deux jeunes filles vont se construire et se reconnaître dans leur différence, l'une pseudo-bourgeoise, l'autre d'une famille aisée pervertie par le pouvoir de l'argent.

Ne vous y trompez pas... Le roman, son atmosphère, la relation, tout est décrit avec une justesse dérangeante, d'une plume habile. Un style incisif et cru, troublant de vérité qui mérite qu'on le lise sans joie, jusqu'à sa conclusion fatale. 

Peut-être est-ce dû au fait que l'adolescence a été bien plus insouciante voire clémente pour moi que pour ses deux jeunes femmes dont les parents sont dépressifs, si peu heureux eux-mêmes. Je n'ai pas non plus trouvé l'émotion de cette amitié amoureuse, la description en est parfois trop clinique. Pourtant la plume frappe au coeur. Quelle tristesse que ce rendez-vous raté avec la vie, la découverte de la séduction, le partage, les cascades de rires... ont été remplacées par les jeux pervers, la torture mentale de jeunes garçons boutonneux et trop confiants.

"Ariane a vécu et elle n'apparaît nulle part"... la jeune narratrice raconte ses quelques années de 12 à 14 ans ou une fusion parfaite les a unit puis désunit. A l'heure de la narration, elle ne semble pas plus épanouie, structurée que dans ses années de fusion avec la belle Ariane. 

Le roman est écrit à la première personne, est-ce autobiographique ou purement fictionnel ? L'écriture nous plonge dans les affres d'une adolescence en souffrance, qui cherche sa place dans un univers qui n'a pas pris la mesure de ses difficultés à grandir et entrer dans le monde adulte.

Le voyage initiatique de ces deux jeunes filles laisse groggy par le mal-être qui transpire jusqu'à l'épilogue.










L'HOMME DE GRAND SOLEIL de Jacques GAUBIL

L'HOMME DE GRAND SOLEIL de Jacques GAUBIL
Aux Editions PAUL&MIKE - 248 Pages

Un médecin de Montréal se rend tous les mois à Grand Soleil, un village perdu dans le Québec arctique. Docteur de l’âme autant que du corps, il y rencontre Cléophas, un patient particulier.

Conservé par le froid qui a saisi cette partie du Canada, l'homme de Grand Soleil a vécu caché, il n’a rien écrit, rien accompli de notable et personne ne le connaît. Pourtant son apparition va tout bouleverser, sous le regard impuissant du médecin, témoin d’un monde qui se délite.
Avec une plume intelligente, incisive et souvent drôle, Jacques Gaubil dresse un portrait froid et parfois cruel de l’homme moderne, tout en proposant un récit bienveillant et chaleureux.






MON AVIS :



Joli cadeau des 68 premières fois. Quelle merveille de sensibilité et d'humour ce roman ! Une plume drôle et intelligente, un verbe choisi ! Une vision du monde à l'aune de la vision de Tim Cook.

Jacques Gaudil nous conte une histoire extraordinaire. Le docteur Leboucher, médecin, "commis" d'office pour cause de nouveauté, doit se rendre à Kisikawi.
Autrement appelé Grand Soleil. 

"Il n'y a pas de mot en français pour décrire le froid, il faut utiliser du  Québécois : frette, une sorte de méga superlatif de froid."... Bien que je ne sois pas doué en langues étrangères, J'en ai instantanément compris le sens. Pour le Larousse, la frette est une armure métallique, ce qui démontre que les Français n'ont aucune idée du froid."

Il s'y rend sans ambitionner d'y apporter de solutions toutes faites. Il y rencontre Cléophas, qui impose le respect par sa carrure d'abord, par son génome ensuite, la bibliothèque de cet homme est également hors du commun.
Le lieu abrite des trésors. Le "graal" des bibliophiles.

Ce roman est prétexte à décortiquer la société d'aujourd'hui de Montréal, à Cuba, une époque, le tourisme de masse, les rencontres virtuelles, l'inhumanité de l'humanité avec une causticité et un humour qui n'excluent pas la profondeur de réflexion. Une fable.

Un voyage décalé pour se recaler sur l'essentiel : l'autre, le bien-vivre. "ce livre, je ne l'ai pas écrit pour laisser une trace ou pour vous distraire" dit Jacques Gaubil "Ce n'est pas une oeuvre littéraire..."

Pourtant quel choc ! ce roman ne laisse pas indifférent. Un rappel à la vie.




ON SE REVERRA de LISA JEWEL

ON SE REVERRA de LISA JEWELL
Aux Editions MILADY - 416 pages


Les souvenirs, c'est comme les cadavres : tôt ou tard, ils refont surface.
Qui est cet homme assis sur la plage en pleine tempête, sur le lieu d'un crime commis vingt ans plus tôt ? 
Il n'a pas de nom, pas de manteau, et a perdu la mémoire. 
Alice prend l'inconnu sous son aile et décide de l'héberger, sans savoir qu'il va bouleverser sa vie à jamais. 
Au même moment, dans la banlieue de Londres, Lily attend en vain le retour de l'homme qu'elle vient d'épouser et dont la police tarde à signaler la disparition. 
Parviendra-t-elle à retrouver celui pour qui elle a tout abandonné ? 
Un roman haletant au suspense maîtrisé. 
MON AVIS :
Voici un roman au suspense haletant qui vous captive de la première à la dernière page !
Alice est un esprit libre, artiste, elle n'est pas vraiment marginale mais elle n'a pas choisi la norme. 
Franck est un homme en souffrance, en état de choc. Venu s'échouer sur la plage de Ridinghouse Bay, aimanté par le lieu mais la mémoire vide. Incapable de savoir pourquoi il est là.
Alice l'apprivoise après une nuit passée sur la plage, trempé et amnésique, elle n'a pas le coeur de le laisser à la rue, ni de prévenir la police. Il a plus l'air d'un chien perdu que d'un dangereux criminel. Alice a trois enfants de pères différents, elle a trois chiens dont deux qu'elle a recueilli. Alice est une bonne âme, elle voit le beau où les autres se méfient.
Lily est la jeune mariée idéale, un mari qui ne vit que pour elle, jusqu'au jour ou il disparaît. Elle est Ukrainienne, parle la langue suffisamment pour déclarer aux autorités la disparition de son mari. Le couperet tombe. Carl n'existe pas.
Carl est un homme tranquille. Métro-boulot-dodo. Sa seule fantaisie, une épouse de 20 ans plus jeune que lui, étrangère belle et naïve.
Le point commun de ces 4 personnages : deux disparitions et une station balnéaire Ridinghouse Bay.
L'histoire se déroule au gré des bribes de souvenirs qui remontent à la mémoire de Franck, des recherches de Lily et Alice. Un récit angoissant qui résiste jusqu'aux dernières pages.
Les personnages sont construits, crédibles surtout celui de Lily, jeune étrangère amoureuse, qui ne sait quasiment rien de son tendre époux. 
Lisa Jewell, joue avec le lecteur, lui laissant tantôt l'impression d'avoir compris et le ramenant à sa réalité ! Rien n'est laissé à la facilité. Une immersion dans l'intrigue, vous attachera aux personnages, vous souffrirez avec eux et l'auteure vous manipulera sans vergogne jusqu'à l'épilogue. Après tout, recouvrer la mémoire est un travail de longue haleine.
Merci à Babelio et aux Editions Milady pour la belle découverte de la plume de Lisa Jewel. Je suivrai attentivement la sortie des prochains romans de cette auteure.  Un excellent moment de lecture !

L'AILE DES VIERGES de Laurence PEYRIN

L'AILE DES VIERGES de Laurence Peyrin
Aux Editions Calmnann-Levy - 468 pages

Doit-on trahir ses convictions et ses rêves
pour un peu de bonheur ?
Un extraordinaire portrait de femme libre.

Angleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd.

Car aujourd’hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d’une des premières suffragettes, fille d’une sage-femme féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe.
Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s’installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n’est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée.

Mais Maggie va bientôt découvrir qu’elle n’est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d’un long chemin passionnel vers la liberté.

Mon avis :

Le romantisme de la couverture est trompeuse, le monde n'a pas été tendre avec Martha-Maggie Fuller, fille d'Elizabeth, sage-femme éprise de liberté  qui jugeait que les femmes étaient capables de penser par elle-même, d'exister sous leur propre nom, même mariées...Petite-fille d'Augusta O'neill, infirmière, membre active de l'Union Sociale et Politique des femmes, suffragette. Maggie est une idéaliste.

Son histoire est celle d'une jeune femme "normale" au destin extraordinaire au sortir de la guerre. Comme nombre d'anglaises de cette époque, veuve, sans ressources, elle doit trouver un emploi pour rester indépendante.

Laurence Peyrin réussit le pari de nous faire vivre une passion sans mièvrerie. L'histoire de Maggie et John est totalement addictive.

L'époque, les lieux sont parfaitement documentés pour une parfaite compréhension du contexte historique, l'ambiance à Sheperd-house décortiquée.


Maggie rêvait d'être médecin en Amérique, le destin en décidera autrement. La voici remontant l'allée de Sheperd-House, résidence des Lyon-Thorpe.
Pippa-ma-chère y régente le domaine et sa domesticité.

Quelle tragédie pour cette femme de 26 ans, très consciente de sa condition sociale, éduquée, ambitieuse qui a la conviction qu'elle doit être libre, coincée dans ce petit monde hiérarchisé, femme de chambre, au milieu de rumeurs, secrets, rivalités.


On entre au service des Lyon-Thorpe, comme on entre en monastère. C'est ainsi que Maggie intègre l'aile des vierges, rebelle en sommeil, déterminée à ne rester que quelques mois. 

Pourtant les Colin, Bertha, leurs règles éculées n'ont qu'à bien se tenir. Une injustice et la voilà, le droit en étendard, à une époque où il n'est pas de mise d'avoir une opinion lorsqu'on est une femme, domestique qui plus est. 

Le charme opère d'abord sur les majestueuses falaises de Folkestone qui bordent le domaine des Lyon-Thorpe puis dans le Brooklyn naissant où Maggie va se choisir un avenir pour les autres en s'oubliant un peu. Elle n'oubliera jamais l'amour qu'il soit fraternel ou passionnel, il balisera son chemin.

Maggie est une héroïne. L'aile des vierges un "Autant en emporte le vent" moderne. Les éléphants se souviendront de Karen Blixen et de Laurence Peyrin.

De "Zelda Zonk", "Miss Cyclone" à Maggie Fuller, Laurence Peyrin sait raconter des histoires faussement légères, vibrantes, avec humour, délicatesse. Les seconds rôles ne le sont jamais vraiment. 

De roman en roman, j'aime chaque fois plus le style et les personnages de Laurence Peyrin !

CELLE QUE VOUS CROYEZ de CAMILLE LAURENS

CELLE QUE VOUS CROYEZ de Camille Laurens
Editions Gallimard - Collection Folio 224 pages

Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux. 

En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.






MON AVIS :


Celle que vous croyez ! Celle que Chris a envie de croire, lorsqu'elle présente son profil avantageux de jeune brunette de 23 ans. Est-on toujours celle ou celui que l'on donne à voir, ne joue-t-on pas un rôle ?

Camille Laurens nous livre un roman audacieux, dans une construction très originale, à l'heure où les réseaux sociaux tiennent une place prépondérante dans nos vies. Est-ce l'histoire d'une femme jalouse, abandonnée à un âge où les remises en question sont omniprésentes ? Celle de la domination masculine sur le désir et le jeu amoureux ?

En cette période, où les violences faites aux femmes sont devenues une cause à défendre, comment ne pas percevoir la violence inouïe de l'abandon vécue par Claire, la cinquantaine, belle encore, si désemparée lorsque Jo la laisse sans vraiment d'explications. Une descente aux enfers qui la mène à tricher pour comprendre. Un jeu de la séduction par "avatar" interposé qui va la perdre entre réel et virtuel.

La romancière nous délivre les informations concernant Claire sous différentes formes : séances avec son Psy, la lecture d'extraits du roman de Claire, patiente, par le médecin. Ces monologues émaillent le récit et le rendent assez captivant.
Il y a là, une vraie histoire, où le virtuel est un prétexte à réflexion. Un réel suspense. Pourtant on se retrouve avec des tas de questions sans réponses ! Où est la vérité ? Qu'est-ce que l'Amour ? Qui ment ?

Le roman sera adapté au cinéma en 2018. C'est justice, il est très cinématographique. Je n'ai pas résisté à en connaître l'épilogue. il m'a toutefois manqué quelque chose d'indéfinissable pour aimer Claire ou la comprendre.

Il n'en reste pas moins que Camille Laurens impose un roman inventif, sous tension, aux dialogues parfois cruels, sur un thème éculé qui ne laisse pas indifférent. Vous entrez dans ce roman, comme dans le palais des glaces des fêtes foraines, labyrinthe cloisonné et décloisonné à l'envi par l'auteure pour vous perdre !



UNE BONNE INTENTION de Solène BAKOWSKI

UNE BONNE INTENTION de Solène Bakowski
Aux Editions Bragelonne 384 pages


« Tous passeront à côté du sacrifice de l’un, de la confiance aveugle de l’autre, tourneront
le dos à cet amour dingue, car c’est de ça qu’il s’agit, cet amour inconditionnel d’un jeune homme pour une fillette qui écrivait des lettres, cet amour d’une petite fille pour le jeune homme qui savait lui inventer des histoires. »

Mati a neuf ans. Elle a perdu sa maman. Son père s’enlise dans le deuil et sa grand-mère s’efforce, à sa manière, de recoller les morceaux. Un soir, la petite ne rentre pas de l’école.
On imagine le pire, évidemment. Comment croire que tout, pourtant, partait d’une bonne intention ?




MON AVIS : 

Solène Bakowski réalise un thriller envoûtant. j'ai été happée par l'atmosphère angoissante créé autour d'une famille somme toute ordinaire. Ses secrets, ses lâchetés, ses non-dits pour la bonne cause bien sûr : "L'enfer est pavé de bonnes intentions" 

Un couple, un enfant, des grands-parents : le bonheur. L'amour si puissant, d'une femme pour son mari, qu'il va engendrer un vide sidéral dans le coeur de Nicolas, lorsque Karine les quitte pour le Pays Blanc...

"Il n'est pas de hasard
Il est des rendez-vous
Pas de coïncidence
Aller vers son destin, 
l'amour au creux des mains,..."
(Extrait de "Ouverture" chantée par Etienne Daho)"

Mathilde, neuf ans, doit faire face à l'absence de sa Maman, comprendre le chagrin et la colère de son Papa, laisser Éliane, sa grand-mère, s'occuper d'elle. Mais personne ne lui prête réellement d'attention, sauf Magali, la Maîtresse si gentille.

Magali lui "raconte qu'écrire, ça fait fuir la douleur. Que la douleur, elle n'aime pas trop les mots, qu'ils lui font peur à cause du pouvoir qu'ils ont sur les gens et sur les sentiments. Magali, ma maîtresse, elle ajoute que la peine est moins lourde à porter, qu'elle est même toute rabougrie quand on la raconte. C'est comme de la magie." 

Alors Mati se dit que quitte à écrire, elle va confier son chagrin, ses peurs à sa Maman, partie au Pays Blanc. Elle trouvera sur son chemin, ce drôle d'ange, capable de lui apporter les réponses à ses lettres. Tout irrémédiablement en sera changé.

Chaque pièce du puzzle prend place dans ce thriller psychologique où l'on découvre les secrets cachés à ceux qui pourraient en souffrir. 

Belle découverte que ce drame familial intense, l’auteure d'une écriture lumineuse, vous prend en otage, vous ballote au gré des événements... 

Mati et Rémi resteront inoubliables !


PAYS PROVISOIRE de Fanny Tonnelier

PAYS PROVISOIRE de FANNY TONNELIER
250 pages aux Editions ALMA

Amélie Servoz, jeune modiste d’origine savoyarde, n’a pas froid aux yeux. En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux et un guide de la Russie chiné en librairie. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Le retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich… Fanny Tonnelier qui raconte avec verve et finesse aussi bien le détail des gestes que l’ample vacarme d’une Révolution naissante, s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu : au début du XXe siècle, de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie. Fanny Tonnelier, née en 1948, vit à Cunault près d’Angers. Pays provisoire, est son premier roman.



MON AVIS :


Sélection Hiver 2018 des "68 Premières fois", ce livre raconte la vie d'expatriée d'Amélie à Saint-Pétersbourg. Charmante modiste française, trentenaire au caractère bien trempé, venue reprendre la boutique d'une compatriote, Clémence.


1917, sept petites années après avoir développé sa clientèle, Amélie se voit aux prises avec la politique : émeutes, famine, Nicolas II abdique ! Cela ne suffira pas à sauver le commerce d'Amélie, malheureusement.


Il serait facile de vous parler du fabuleux destin d'Amélie Servoz. Il s'agit plus simplement de la destinée d'une jeune femme ambitieuse qui doit tout abandonner pour rentrer en France. Ce n'est pas un échec, elle a rencontré l'Amour avec un beau militaire Nicolas et l'a perdu. Elle a beaucoup appris, elle maîtrise désormais une autre langue et connaît une autre culture.

Elle rencontrera Friedrich durant son périple de retour, mais reprendra seule son voyage au travers de multiples pays : Suède, 
 Écosse, Angleterre, France. Cependant, cet épisode d'amour un peu plus que courtois, plein de promesses est charmant. 


Pourtant, je n'ai pas réussi à être touchée par le romanesque dans ce récit. Il manque quelque chose d'indéfinissable. L'histoire est joliment écrite, il n'est pas possible de l'abandonner... mais le charme slave n'a pas totalement opéré !

Néanmoins, la plume est belle, le roman documenté certes, mais Amélie reste sur le papier très à-plat dans cette peinture de début de siècle... Durant cette période de tensions mondiales, où la guerre se répand, toujours une bonne âme pour assister, porter secours, héberger, c'est un peu trop idyllique, même pour une fiction. 
Amélie ne nous laissera pas son nom, comme Scarlett O'Hara ou d'autres héroïnes, à la volonté inébranlable d''aimer, de rentrer chez elles. Même son amitié avec Joséphine manque de chaleur.


Amélie, pourtant est une créatrice, une passionnée de mode et l'on apprend beaucoup sur les métiers des Arts : Plumassiers, modistes.... devenus rare. Cette part-là du récit est passionnante. Elle redonne leurs lettres de noblesse aux petites mains, au savoir-faire.


L'histoire est originale. On apprend sur les relations Franco-Russes. Sur l'appétence des Russes à apprendre la langue française. Sur les femmes de l'époque bien plus aventureuses qu'on ne l'imagine. C'est un premier roman émaillé de rencontres, de voyages, qui renseigne la vie à cette époque.

Une lecture dépaysante, u
ne auteure à suivre à n'en pas douter !