QUAND DIEU BOXAIT EN AMATEUR de Guy BOLEY

QUAND DIEU BOXAIT EN AMATEUR
Auteur : Guy Boley
Aux Editions Grasset - 180 pages

Dans une France rurale aujourd'hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide.

Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère qui la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe.
Le second ses tourne vers les écritures plus saintes et devient abbé. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l'abbé propose à son ami d'enfance d'interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de la passion de Notre seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur la scène du théâtre paroissial, leur fraternité.



Mon avis :


"La vie n'est qu'une longue perte de tout ce qu'on aime" Victor Hugo.
Guy Boley raconte son père qu'il a mal compris, mal aimé durant son enfance. Un peu honteux parfois de ce père, forgeron-chanteur d'opérettes, boxeur.


Autopsie d'une enfance mal vécue, passage à l'âge adulte rédempteur. Il m'a manqué l'émotion dans cette énumération pragmatique, décorticage d'une vie d'artiste qui n'a pas pu s'exprimer pleinement. Amour sous exprimé ponctué de silences, pudique entre ce père et ce fils. Hommage posthume à ce père qu'il a tant aimé sans avoir su pleinement l'exprimé avec des mots. 


Pourtant, le sujet est touchant. Le style parfois emphatique, la redondance des expressions, même si le vocabulaire est particulièrement choisi, m'ont fait manquer l'émotion. 


Je ne connaissais pas cet auteur, peut-être aurais-je une autre opinion si j'avais lu son précédent roman encensé par les lecteurs ?


Un roman, un lecteur : une rencontre. C'est un rendez-vous manqué entre père-fils, romancier-lectrice. Le charme de la plume n'a pas opéré.


Guy Boley propose un roman que l'on abandonne pas, intriguant, qui trouvera son lecteur sans nul doute.



Ma B.O. du livre :
"Tu ne m'as pas laissé le temps" David Hallyday





Sélection Automne des68 premières fois

CROSS de MARC S. MASSE

CROSS de MARC S. MASSE
Aux Editions Flamant Noir - 272 pages

Éric Milan, ex-policier devenu détective privé, boucle péniblement ses fins de mois quand un client lui propose une mission singulière : participer au « Grand Cross » – une course de l'extrême – pour identifier un coureur chevronné et le tuer.
Milan n'a rien d'un tueur à gages ni d'un athlète de haut niveau, mais la contrepartie financière est alléchante. Neuf mois plus tard – Grand Cross. Le détective s'élance, incognito, parmi les nombreux participants. Malgré l’effort intense, il parvient à garder la cadence. Sa mission va prendre une nouvelle tournure lorsqu'un coureur est retrouvé mort sur le bord de la route.
Étrange coïncidence : la victime semble être l'homme qu'il recherchait... La compétition se poursuit, mais quand un second athlète est découvert dans un ravin, le crâne défoncé, Milan veut mettre fin au contrat. La menace est palpable. Pourtant son client insiste : il doit continuer... Franchira-t-il la ligne ?


Mon Avis :


Immédiatement, l'auteur vous plonge au c
oeur d'un drame. De vitesse, il sera question tout au long de cette sombre histoire. La curiosité piquée, vous ne lâcherez plus ce thriller haletant -c'est un cross après tout- jusqu'à son épilogue.

Un cross mais pas n'importe lequel. De ceux réservés à l'élite, accros à l'endorphine, d'une condition physique hors du commun. Comment, un petit détective privé, les muscles cachés sous l'ennui d'une vie terne, ancien sportif va-t-il pouvoir aller au bout de la mission qui lui est confiée : Trouver puis éliminer un homme au c
oeur de la course. La volonté farouche d'aller au bout, une carotte de poids avec un pactole de 300 000€ à la clé. Encore faut-il aller au bout...

Éric Milan, ancien policier, coureur des 5000 mètres va vivre l'enfer pour répondre à la demande de son énigmatique commanditaire. 2 500 participants, un seul à identifier, des indices minces, une piste froide, des intimidations, de la sueur, de la peur. L'argent est-il le bon moteur ?


On suit Éric durant ses 50 kilomètres de course impitoyable par jour. L'immersion est totale. L'auteur sème des petits cailloux sur la piste pour dévoiler juste ce qu'il vaut de la psychologie d'Éric, de son étrange client. Tout se complique quand un mort est découvert.


Martin, le commanditaire, oeuvrerait-il en coulisses ? La justice sera-t-elle rendue à son fils ? L'auteur vous secoue au fil des kilomètres, vous perd dans le hors-piste pour finalement vous laisser pantois à l'épilogue.

À mi-parcours, je me suis pourtant dit que Martin était très manipulateur, que l'issue pour Éric serait aussi difficile que la performance. Malgré tout, je me suis égarée avant la dernière ligne droite, ai retrouvé la balise pour franchir la ligne d'arrivée, étonnée de l'épilogue. Justice finalement aurait-elle été rendue ? A vous de le lire...


Un cross de l'extrême à vivre absolument avec l'antihéros !  Merci aux Éditions Flamant noir, à Marc Sylvain Masse pour cette belle découverte.



Ma B.O. du roman : Les chariots de feu Vangelis 



LES DERACINES de Catherine BARDON

LES DERACINES de CATHERINE BARDON
Edité AUX ESCALES - 605 pages

Autriche, 1931. Lors d'une soirée où se réunissent artistes et intellectuels viennois, Wilhelm, jeune journaliste de 25 ans, a le coup de foudre pour Almah. Mais très vite la montée de l'antisémitisme vient assombrir leur histoire d'amour.

Malgré un quotidien de plus en plus menaçant, le jeune couple attend 1939 pour se résoudre à l'exil. Un nouvel espoir avant la désillusion : ils seront arrêtés en Suisse.

Consignés dans un camp de réfugiés, ils n'ont qu'un seul choix : faire partie des 100 000 Juifs attendus en République dominicaine après l'accord passé par le dictateur local Trujillo avec les autorités américaines. Loin des richesses de l'Autriche, la jungle sauvage et brûlante devient le décor de leur nouvelle vie.
L'opportunité de se réinventer ?



Mon Avis :

1931, Vienne resplendissante. Ville de patrimoine et d'esprit. Une jeunesse dorée celle d'Almah, celle plus ancrée dans le concret de Wilhelm. L'insouciance des années d'avant la montée de l'antisémitisme, de la folie meurtrière propagée par Aldof Hitler.

Catherine Bardon nous plonge dans un pan de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale méconnu pour sublimer une histoire d'Amour vibrante, une histoire de vies qui se cherchent une terre d'adoption pour construire un havre de paix, survivre.

Il est journaliste, elle est dentiste. Ils seront fermiers. Ils enfouiront la peur, pleureront ceux qui se sont sacrifiés pour qu'ils aient une famille, une vie heureuse. 

Ce devait être une parenthèse avant le retour. Impossible. Trop d'horreur, trop de peur, trop de morts, rien ne sera plus pareil à la Vienne de leur insouciance. Il faut construire, s'installer au soleil, à l'ombre d'un dictateur. Une communauté, un kibboutz expérimental, des amitiés, un lien, une ancre.

C'est un roman d'exception. Il dit tout de l'Humanité : son inhumanité, sa résilience. Les destins de Wilhelm et Almah, l'apprentissage d'un nouveau monde, d'une nouvelle langue. Les amitiés fraternelles avec Markus et Svenja. 
"Sans le savoir, une population fragilisée de juifs apatrides dont aucun État ne voulait, se prêtait à une expérimentation sociologique d'envergure." Ils réussirent un temps.

L'auteure raconte les pertes immenses comme celle de Stéfan Sweig : en adressant une lettre de suicide dans laquelle il dira tout de l'état d'esprit de ces rescapés : "adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même".

Cette fresque romanesque captive, vous tire larmes et sourires. 30 ans pour une saga sur fond d'horreur où les enfants prendront racine. Quelque 600 pages qui vous livrent une part d'histoires de 100 000 Juifs qui content l'Histoire sombre et lumineuse à la fois, entre peurs, amours et espoirs.

Catherine Bardon nous offre une fresque bouleversante très cinématographique. Un roman instructif qui doit devenir un incontournable de nos bibliothèques.


Ma B.O. du roman :
"Remembrances" at "A Concert to Remember," 18 October, 2015.



Sélection automne 2018 68 premières fois 







L'ENFANT MOUCHE de Philippe Pollet-Villard


L'ENFANT MOUCHE
Auteur : Philippe Pollet-Villard
Editeur : J'ai Lu

1944. La vie d’Anne-Angèle bascule lorsqu’elle accepte de prendre en charge Marie, une orpheline aux origines troubles. Ensemble, elles doivent quitter la capitale pour s’installer dans un village de province où elles se heurtent aussitôt à l’hostilité des habitants.


Portrait d’une orpheline sous l’Occupation, L’enfant-mouche brosse un tableau sans complaisance et pourtant teinté d’humour de la vie d’un village pendant la guerre : un quotidien de combines, de bassesses et de violences répondant aux seuls impératifs de la survie.




Mon avis :



L'histoire pourrait être d'une tristesse absolue tant Marie apprend à vivre avec des personnages peu aimables, recommandables, ou la violence est omniprésente. Pourtant, son portrait est incroyable de vitalité dans le marasme de l’époque. 

1944, une effeuilleuse de cabaret passe un contrat avec une infirmière Anne-Angèle, revenue des colonies à Paris pour visiter sa soeur mourante.  Quelques deniers, la voilà qui persuade Anne-Angèle de prendre soin de Marie, une orpheline qu'elle dit être sa fille, en attendant d'avoir le courage de l'aborder, lui dire la vérité.

Quelques jours proches du bonheur pour la nouvelle "tante" et Marie. Le vieux militaire qui héberge un temps Marie l'orpheline avec cette tante peu aimante, leur permet de faire un peu connaissance, de vivre à l'abri. Paris est occupée.

Marie 11 ans, est une enfant calme, secrète, habile, qui sait regarder le monde, entre culot et débrouillardise, elle fait tout pour sa survie, celle de sa tante. La vie dans un dispensaire proche de Reims, n'est pas facile. Anne-Angèle reste accrochée à ses souvenirs d'un amour disparu à Casablanca, la maladie la ronge. Marie possède une capacité d'adaptation rapide, intelligente, astucieuse, elle va prendre les choses en mains pour leur survie à toutes les deux, dans cette France rurale occupée où tout le monde se méfie.

Lorsque Toinette entre dans leur vie, une fois de plus Marie va espérer. Porter assistance à Toinette et Matesson, pour la garde de bébé Gaston, pourrait lui permettre de manger à sa faim. Matesson, garde forestier, mari de Toinette, lui apprendra à aimer la nature, à se cacher. Marie va s'accrocher à cette famille improbable. L'occupation, les privations vont également la rapprocher d'Hans, le cuistot du camp allemand. Encore une fois elle va se débrouiller, devenir l'enfant-mouche. S'étonner de la bonne humeur que son petit spectacle va produire. Pour se rendre compte finalement qu'Hans ne la considère ni comme une petite soeur, ni comme un animal de compagnie, ce qui lui permettrait d'obtenir l'affection tant attendue.

Philippe Pollet-Villard livre un roman rude, avec une pointe d'humour noir. Raconte un monde où la peur vous colle des cheveux blancs. Très vite, le lecteur se sent captif du récit cruel de la vie de cette enfant, qui doit s'adapter aux circonstances, prendre de grandes responsabilités, faire face à la bassesse humaine, à l'égoïsme de la période. Inspiré des récits de la guerre qu'avait vécus sa mère, l'auteur a créé Marie. Entre résistants et occupants, Marie est touchante avec ses astuces pour trouver de la douceur au coeur de ce monde d'adultes peu enclin à l'aimer. Il lui faut simplement trouver le moyen de vivre.

L’auteur a créé des héroïnes : Toinette, Anne-Angèle, libres dans un monde qui ne l'est pas ; elles ont choisi de prendre leur destinée en mains. Un roman addictif, inclassable, habile. L'histoire déroulée avec une certaine pudeur ne laisse pas indemne, les mots frappent.

Je tiens à remercier Babelio et son Masse Critique pour la découverte de la plume de Philippe Pollet-Villard. 

Je ne me sens pas orpheline de Marie, tant j'espère découvrir sa sortie de l'enfer, la femme qu'elle va devenir. 


Ma B.O. du roman :

"Prendre un enfant par la main" Yves Duteil


LE SECRET DU MARI de Liane Moriarty

LE SECRET DU MARI
Auteur : Liane Moriarty
Aux Editions Livre de Poche

Résumé Editeur :


Jamais Cecilia n'aurait dû lire cette lettre trouvée par hasard dans le grenier. Sur l'enveloppe jaunie, quelques mots de la main de son mari : « À n'ouvrir qu'après ma mort ». La curiosité est trop forte, elle l'ouvre et le temps s'arrête... À la fois folle de colère et dévastée par ce qu elle vient d'apprendre, Cecilia ne sait que faire : si elle se tait, la vérité va la ronger, si elle parle, ceux qu elle aime souffriront.
Liane Moriarty brosse un tableau nuancé et émouvant de l'amour (marital et familial) et se révèle bien mieux qu un simple auteur de best-sellers : une romancière dont les personnages attachants pourraient être vos amis ou vos voisins, avec leurs qualités et leurs failles.




MON AVIS :


"Le bonheur est la plus grande des conquêtes, celle qu’on fait contre le destin qui nous est imposé.
La vie est la somme de tous vos choix." Albert Camus


Osé me direz-vous d'introduire du Camus pour un roman plus proche de "Desperate housewives" que de "La peste". Cependant, ce qui pourrait passer pour un roman "populaire" distille une intrigue bien plus psychologique qu'il n'y paraît. 


Cécilia respectée pour ses excellents résultats de vendeuse Tuppeware, mère de famille, mariée à John-Paul Fitzpatrick, peut passer pour une seconde Bree Vandekamp. Les enfants vont à l'école catholique. Toute la vie de la famille Fitzpatrick est bien réglée, parfaite. Une vie bien ordonnée. Jusqu'à ce coup de fil de l'époux... et l'ouverture de la lettre que Cécilia aurait dû détruire sans l'ouvrir !


"Aussi étrange que cela puisse paraître, plus on connaît quelqu'un, plus ses contours deviennent flous, comme si le temps passé ensemble effaçait ce qui le distingue de vous."


Beaucoup de personnages comme, Rachel, Tess, Connor, vont graviter dans la vie de Madame Fitzpatrick. Tous charismatiques, Rachel pétrie de douleur, Tess  trahie par son mari. Tous englués dans leurs mensonges, omissions, certitudes. Trois familles dont les vies vont se révéler liées par un passé funeste.

Liane Moriarty rythme son récit par des chapitres courts, denses. Avec humour, sensibilité, elle tisse la toile de son récit machiavélique autour de Cécilia. Sous la légèreté de la plume, sont posées de vraies questions sur ce qu'est la vie de tout humain "la somme de tous nos choix" ou compromissions, qui impactent forcément proches et moins proches. Les questions du "pardon", "le poids des secrets", "le deuil", "l'amour" pour conclure ce roman magistralement. Mais là, il vous faudra lire ce roman pour découvrir l'issue réservée à cet enchevêtrement de destins.

Un coup de coeur ! 


Ma BO du roman :

Alison Krauss & James Taylor "Hows The World Treating You"


Qui est l'auteure :

Nationalité : Australie 
Né(e) à : Sydney , le 15/11/1966

Biographie : 
Liane Moriarty est une romancière australienne.
Elle est la sœur de l'auteure jeunesse Jaclyn Moriarty (1968).
(Source Babelio)

TRANCHER de AMELIE CORDONNIER

TRANCHER de AMELIE CORDONNIER

Aux Editions Flammarion
Date de parution : 29 août 2018

Résumé Editeur :

« Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi. »

Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence, des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté: il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire. 


Mon avis :

Quand les mots frappent au coeur plus que des maux physiques ne frappent le corps ; comment vivre le désamour ?

Amélie Cordonnier décrit une vie de couple qui se délite lorsque les mots frappent, salissent, abîment : "Ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, si tu veux pas que je la réduise en miettes" éructe-t-il... Bien entendu, devant les enfants, Romane et Vadim. Ils doivent absolument être témoins des colères d'Aurélien.

La violence est revenue. L'auteure construit sa narration à la troisième personne cela donne hauteur et recul pour narrer le choc, les événements les plus terribles. Comme un scientifique disséquerait un corps en énonçant ce qu'il découvre. 

7 petites années de rémission puis brutale la rechute ! les abominations, insultes qui se vomissent à nouveau de la bouche d'Aurélien.
Rester ou partir ? il va falloir trancher. Combattre pour ne pas se laisser abattre.

Comment ? Un compte à rebours, avant son quarantième anniversaire, pour rassembler des forces, dérouler des listes de noms en "asse" pour les lui asséner, qu'il comprenne combien ils blessent, ratatinent l'ego, salissent l'amour qu'ils se portaient. Il l'aime, le lui dit, demande pardon, pleure puis cela recommence encore et encore... pour des petits riens du quotidien.

Trancher ! rester ou partir... Puis les souvenirs remontent, la cour reprend, les fleurs et les parcs, le printemps, les sourires... les larmes.

Amélie Cordonnier offre un traitement peu ordinaire d'une violence conjugale qui se cache derrière les portes, n'a pas de visibilité physique. Indétectable.
La distance dans le récit rend les mots implacables, l'émotion intense. 

Le lecteur a envie de dire STOP, de crier à cette femme "prend tes enfants, sauves-toi, sauve-les". Incrédulité devant tant de mots ignobles crachés pour faire mal et poésie des mots de Barbara pour décrire la fin d'une période heureuse, c'est d'un tel paradoxe. On en reste perplexe.

La fin du roman est inattendue. Après un tel roman, touchant. Impossible de rendre un avis tranché sur le choix des femmes qui vivent cet enfer.  Les dialogues, les situations sonnent juste sous la plume d'Amélie Cordonnier. Raisonnent fort chez le lecteur malgré le TU qui distancie.

Une écriture directe, journalistique, poétique sublime une histoire d'amour d'une noirceur incroyable. 

Une auteure à suivre, un roman marquant à ne pas manquer, malgré le sujet qui émeut profondément.

Qui est l'auteure :

Amélie Cordonnier est journaliste.
Après avoir travaillé pour Europe 1, La Tribune ou encore Le journal du dimanche, Amélie Cordonnier est chef de rubrique Culture à Femme Actuelle depuis 2014 ainsi qu’à Prima. 

"source Babelio"


Sélection automne 2018 68 premières fois

JUSTE UN PEU DE TEMPS de Caroline BOUDET

JUSTE UN PEU DE TEMPS de Caroline BOUDET
Aux Editions Stock - 270 pages 

« La charge mentale. La foutue charge mentale. Qui ressemble de plus en plus à une charge explosive qu’elle ferait volontiers sauter… 

Quelque chose a claqué en elle. Sophie ne voulait pas rentrer, ne pouvait pas. Elle ne voulait plus de cette vie-là. Ses pieds n’avaient tout simplement pas pu prendre le chemin de la gare, ses doigts avaient d’eux-mêmes éteint son portable, et son instinct maternel — je suis indispensable, je suis coupable, ils ne sont rien sans moi — s’est mis en mode silencieux pour la première fois depuis sept ans.
Un silence absolument, pleinement, intensément reposant. »


MON AVIS :

Sophie, 36 ans, mère de famille, épouse, salariée dans un domaine qu'elle a choisi. Tout est possible lorsqu'on s'investit. La preuve son collègue a été félicité à la naissance de son premier enfant. La "boîte" lui a donné un coup de pouce financier. Alors, Sophie est allée annoncée sa première grossesse heureuse et confiante. Et Vlan, les dossiers les plus prenants -comprendre les plus intéressants- lui sont ôtés, pour la soulager, bien sûr...

Quel petit bonheur ce roman. De l'ironie, du cynisme, de l'humour : un peu "citron sur la plaie" me direz-vous ? Mais OUI, délicieusement piquant ! Sensible, drôle, émouvant. Les situations vraies, décrites de manière directe, simples, sans fausse pudeur sont délicieuses et crispantes à la fois. Même les dernières lignes, bien qu'un tant soit peu prévisibles sont drôles et tendres en même temps.


Sophie n'en peut plus de la lessive, des petits tas de linge posés avec classe par tailles avant d'être rangés. Peu importe qu'elle est pris soin d'indiquer le numéro de téléphone de son époux, même interverti l'année suivante sur le formulaire idoine, on la retrouve toujours. Elle a bien tenté de trouver du temps pour elle, Loïc a tout de suite dit oui, mais n'a pas manqué chaque fois d'y aller de sa petite phrase culpabilisante "J'espère que tu en as bien profité parce que..." alors à la deuxième tentative, elle a d'elle-même renoncé.

Loïc est un gentil mari.  Évidemment, chaque fois qu'elle lui demande du soutien, il râle un peu mais s'exécute ; si elle se rebelle en lui demandant des détails sur l'agenda des enfants, il s'insurge "c'est dégueulasse ! cette question", comme s'il avait réponse à tout.

Sophie ne se sépare pas de son petit carnet rouge dans lequel tout est noté. Organisation quasi militaire pour ne rien oublier, pour que TOUT soit sans bavure. Elle a dans la tête la gestion des tâches nécessaires à la satisfaction des besoins de toute sa petite famille, mais les siens dans tout ça ? Sophie est citée en exemple par ses voisins, collègues, amies, tout le monde dit qu'elle est parfaite, son couple est idéal, ses enfants impeccables.

Sophie n'en peut plus, elle l'a dit, n'a pas été entendue. Que faire alors ? Prendre "Juste un peu de temps" pour elle. Sophie s'échappe, respire, profite de ces quelques heures sans culpabilité, enfin. 

Travail, enfants, maison, la charge mentale est un "terme" récent pour décrire la place des femmes dans la société depuis qu'elles travaillent. Les hommes sont trop heureux de dire que leurs femmes ne veulent pas déléguer...

L'auteure décrit formidablement la vie un peu folle des femmes d'aujourd'hui, épouse-mère-bosseuse, à travers celle de Sophie, la si jolie "mauvaise foi" de ces messieurs qui participent pourtant si bien à la vie de leur foyer.

Ils préparent les courses "au fait, qu'est-ce que je mets sur la liste ?" demande Loïc pile au moment ou Sophie prend sa douche tranquille parce de 7H à 20h30, elle n'a pas eu un moment pour elle. Mais qu'on se rassure Sophie a de la chance : son mari cuisine, s'occupe des enfants, "participe beaucoup" ! Vous entendez le cri silencieux ? 
À l'intérieur de la tête de Sophie, on visualise le "Cri" de Munch...
Loïc n'y comprend rien, ses copains pensent que sa femme lui "fait sa crise de la quarantaine". C'est vrai, une femme peut anticiper sur son homme puisqu'elle vit deux vies en une : Épouse et mère. Pourquoi ne pas anticiper sur celle de mi-parcours, celle des hommes : la cinquantaine !

J'ai ri, souri de certaines situations. Il m'a manqué un peu de l'auto-analyse de Loïc qui m'aurait amusée. C'était "Juste un peu de temps" pour moi, j'ai beaucoup aimé cette fiction. Mesdames, offrons-le à nos époux.


Ma B.O. du roman : Feist 1234

Sélection automne 2018 68 premières fois

LE DOUZIEME CHAPITRE de Jérôme Loubry

LE DOUZIEME CHAPITRE de Jérôme Loubry
Aux Editions Calmann Levy - 360 pages

Les souvenirs
sont parfois meurtriers

Été 1986. David et Samuel ont 12 ans. Comme chaque année, ils séjournent au bord de l’océan, dans le centre de vacances appartenant à l’employeur de leurs parents. Ils font la connaissance de Julie, une fillette de leur âge, et les trois enfants deviennent inséparables. 


Mais une ombre plane sur la station balnéaire et les adultes deviennent de plus en plus mystérieux et taciturnes. Puis alors que la semaine se termine, Julie disparaît.

30 ans plus tard, David est devenu écrivain, Samuel est son éditeur. Depuis le drame, ils n’ont jamais reparlé de Julie. Un jour, chacun reçoit une enveloppe. À l’intérieur, un manuscrit énigmatique relate les événements de cet été tragique, apportant un tout nouvel éclairage sur l’affaire. 


Mon avis :

Quelle intensité ! Quelle ingéniosité ! Bluffée. j'ai été bluffée par le scénario proposé par l'auteur. Un roman lumineux dans un contexte noir. 

Été 1986, Samuel et David, 12 ans, sont témoins de l'angoisse des adultes dans la cité balnéaire Vendéenne, où quelques pavillons de vacances appartenant à l'entreprise familiale des Vermont, sont à la disposition des salariés. La fermeture de l'usine dans laquelle les employés ont fondé tant d'espoirs est imminente. Ce n'est pas officiel encore. Malgré les efforts du patron pour leur offrir un dernier été d'insouciance, la peur, l'incompréhension, la fin de perspectives pour le personnel qui y envisageait sereinement l'avenir de leurs enfants, font monter une colère sourde.

L'écrivain deviendra-t-il marionnette, aux mains de l'expéditeur de ces énigmatiques 12 chapitres capitaux ? 

Jérôme Loubry nous malmène du passé au présent, transforme les adultes en sourds, muets, aveugles, coupables de n'avoir pas su écouter l'enfant qui sommeille toujours en eux.
Il nous entraîne dans la quête de David pour comprendre son douzième chapitre, dans une tension et un suspense justement dosés.

Ce thriller est très cinématographique. 
L'écriture est rythmée, le récit addictif.

J'ai été agréablement surprise d'y trouver de la tendresse, de l'innocence, d'avoir éprouvé de l'empathie pour les personnages les plus sombres.

J'ai crû trouver la solution de l'énigme, me suis trompée tant l'issue est surprenante. Pourtant, les indices sont présents... c'est le tour de force de l'histoire concoctée par l'auteur, vous glisser le grain de sable sur la peau, si petit qu'il faut y mettre toute son attention pour le détecter. brillant !

Merci aux Éditions Calmann-Lévy pour cette pépite. Merci à Jérôme Loubry pour cet excellent moment de lecture. Ce sera très certainement une des intrigues marquantes de cette année, de celles qu'on n'oublie pas.

ma B.O. du roman JOURNEY TO THE ISLAND (Jurassic Parc) au piano     https://www.youtube.com/watch?v=W-uX2gF_XG4



LE CERCLE DES TRICOTEUSES d'Ann HOOD

LE CERCLE DES TRICOTEUSES d'Ann HOOD
Aux Editions City Editions - 316 pages

Mary vient de perdre son unique enfant. Elle est désespérée et s'enfonce peu à peu dans la dépression. Jusqu'au jour où elle découvre les vertus du tricot. Avec des aiguilles et une pelote de laine entre les mains, Mary apprend à occuper son esprit sans ressasser sa douleur. 

Dans le magasin de tricot d'Alice, elle rejoint le "cercle des tricoteuses". Il y a Scarlet qui, derrière son sourire, dissimule un vrai chagrin. Beth est le modèle de la femme au foyer, mais son univers rassurant est sur le point de s'effondrer. Et que cache Ellen, l'Irlandaise qui semble porter le poids du monde sur ses épaules ? 

Alors que les semaines passent, sous l'oeil de la mystérieuse Alice, des amitiés improbables se forment. Des secrets sont révélés et des pactes noués. Chaque membre du club doit apprendre à aller de l'avant et affronter son avenir...

Mon avis :

Comment exorciser la douleur lorsqu'on perd son unique enfant ? lorsque tout vous ramène à l'insoutenable perte, comment vivre ?

Le cercle des tricoteuses, club d'âmes meurtries, permet à Mary de s'abîmer dans la création de chaussettes, bonnets, écharpes et autres tricots. De se plonger dans la douceur du mohair pour anesthésier ce déchirement. D'apprendre à écouter.

L'auteure nous offre une histoire délicate, sans pathos. On y découvre les secrets de Mary, Beth, Ellen sous l'oeil bienveillant d'Alice. L'envie de les voir s'affranchir de la douleur ne quitte pas le lecteur, une tension qui fait de ce livre un "page-turner", tendre, une petite larme n'est pas exclue. C'est plein d'humanité, pas mièvre. L'écriture est juste, teintée d'humour, de tendresse pour ces héroïnes du quotidien.

Ce roman raconte également combien le couple de Mary est chahuté par la perte de Stella. Comment Dylan se remet dans la routine pour tenir le coup alors que Mary sombre dans la douleur, s'enroule autour d'elle au fond de son lit, pour ne pas ouvrir aux enfants à Halloween. Le chagrin prend toute la place puis peu à peu faire cliqueter des aiguilles, voir son ouvrage se développer au milieu de ses femmes qui maîtrisent déjà l'art de tricoter, de partager, prêter attention à son ouvrage puis aux autres l'apaise doucement.

Chacun des personnages est touchant, cache une blessure, une peur, une douleur, fait son deuil en créant. Elles partagent, rient, pleurent, s'épaulent. Ainsi naissent de belles amitiés.

Alors oui, le cercle des tricoteuses, est un roman choral aussi doux qu'un mohair, aussi tendre qu'un chocolat chaud partagé avec des amies. Surtout, surtout il vous prend une envie de "fais le toi-même", les chaussettes, bonnets, écharpes ne vous feront plus peur, les points les plus compliqués vous sembleront accessibles.

Ringard le tricot ? Thérapeutique, rassembleur ! A partager à tous âges, de tous horizons sans modération, c'est ainsi qu'Alice rassemble ses brebis autour d'écheveaux colorés. 

Ann Hood propose ici un roman qui ferait une excellente série TV. J'y verrai une Mary sous les traits de Julia Roberts, Alice serait Susan Sarandon merveilleuse, mais pardon je m'égare... 

Il me semble impossible de ne pas s'émouvoir ; nul besoin d'avoir manié des aiguilles ou un crochet pour apprécier cette histoire. Pourtant, l'envie d'entendre cliqueter des aiguilles pourraient bien vous prendre...

Un excellent moment de lecture.



LES HEURES ROUGES de LENI ZUMAS

LES HEURES ROUGES de LENI ZUMAS
Aux Editions Presses de la Cité - 408 Pages

États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. 

Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du xixe. 

Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. 

Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture... Et Gin. 

Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.


MON AVIS :

Leni Zumas nous offre une dystopie pas si éloignée de la réalité dans certaines parties du monde. L'Amérique puritaine pourrait en effet demain adopter cette loi UPUM "Chaque enfant a besoin d'un père et d'une mère ».

Newville, Orégon, quatre femmes : Susan, l'Epouse, femme au foyer, transparente tant pour ses enfants que pour son mari a renoncé à sa carrière pour sa famille.

Roberta, la Biographe, Professeure célibataire de 42 ans. L'horloge biologique tourne, elle veut un enfant. 

Mattie, la Fille, pas tout à fait 15 ans, meilleure élève du cours de Ro, enceinte dès la première fois avec son amoureux Ephraïm... 

Gin, la Guérrisseuse, 32 ans, "marginale" vit près de Salem, de là à être estampillée "sorcière" comme au XVIIème siècle, après tout il y eut un précédent...

Et puis, L'exploratrice Eivor Minervudottir, fil rouge, lien entre les chapitres de cet étrange roman, dont l'histoire est racontée par la biographe.

5 femmes, 5 destins contrecarrés par une société patriarcale contre laquelle les femmes n'auront de cesse de devoir se battre pour exister en tant que personnes adultes responsables de leur vie, de celles qu'elles voudront donner au monde.

Les femmes veulent avoir le contrôle de leur corps, les hommes veulent le pouvoir de tout contrôler... depuis toujours.


Le roman de Leni Zumas soulève des questions, à chacun d'apporter sa réponse au travers de la condition de Roberta, Mattie, Susan, Gin et Eivor l'Islandaise.

Le lien tissé entre toutes ces femmes, leurs doutes, peurs, leurs tous petits espoirs souvent étouffés dans l'oeuf par cette loi que certaines ont prise pour une "comédie politique" mais qui va être bel et bien voté par le Congrès.

Au nom d'une loi soi-disant protectrice de la famille, on oblige les femmes à garder un embryon non désiré. On ôte l'espoir d'être mère aux femmes célibataires, la stérilité n'ouvre pas systématiquement droit a être assisté médicalement pour enfanter. L'avortement est définitivement impossible sous peine d'être poursuivi pour homicide. Aucun droit à l'erreur dans les laboratoires, là encore la poursuite pour homicide involontaire est une épée de Damoclès. Mais il y aura plus d'enfants à l'adoption, c'est le pari fait par les politiques... enfin pas pour les célibataires puisque "UPUM" dit ce qui est bon pour l'enfant.

La couleur de la couverture et son graphisme élégant, de ce rouge un peu agressif, comme la société décrite, disent déjà de la violence faite aux femmes à travers ces cinq destinées mais également à travers le temps. "les heures rouges" est un roman fictionnel qui alerte sur les dérives possibles d'une société oppressante qui remet en question le droit des femmes à être des femmes.

Les Simone Vieil, Benoïte Groult, ces pionnières de la liberté de la femme, accompagnent la voix de Leni Zumas pour rappeler que rien n'est jamais acquis. Long est le chemin, toujours semé d'embûches, de larmes, trop rarement d'espoirs et de victoires, comme en Irlande ou un référendum ouvre la voie aujourd'hui la voie à une loi qui rendra peut-être aux femmes la pleine possession de leur corps.

Le roman de Leni Zumas est poignant, réaliste. Il appelle à la vigilance, dit les frustrations des femmes au travers ces personnages, toujours touchantes, emblématiques d'une souffrance bien réelle. L'auteure d'une écriture directe, limpide, sensible, joue de l'ironie des situations, pose son décor dans une Amérique "Trumpienne" aux dérives moralistes sous-jacentes qui donne froid dans le dos.

Je remercie les Editions Presses de la cité pour cette plongée dans un univers pas si avant-gardiste, la découverte de la plume parfois lyrique de Leni Zumas et de sa belle foi en l'humanité pour traiter un sujet délicat.


CUEILLEUSE DE THE de Jeanne-Marie Sauvage-Avit

CUEILLEUSE DE THE de Jeanne-Marie Sauvage-Avit
Aux Editions Pocket - 373 Pages

Au Sri Lanka, l'ancien Ceylan, Shemlaheila est cueilleuse de thé dans une plantation. Depuis dix ans déjà, elle ploie sous les lourds sacs de feuilles de thé et sous le joug des contremaîtres, mais, à l'aube de ses vingt ans, la jeune femme a d'autres rêves. 

Elle est bien décidée à partir, à échapper à la condition de celles qui, dans les théiers et dans les maisons, sont au service des hommes. Elle ne sera pas cueilleuse de thé toute sa vie, comme sa mère, comme toutes ces femmes asservies qui n'ont d'autres horizons que les interminables rangées de théiers…

Du Sri Lanka à Londres, à la découverte d'un pays complètement différent du sien, Shemla va découvrir une autre culture, d'autres personnes et surtout d'autres envies. La cueilleuse de thé qu'elle a toujours été choisira-t-elle de revenir au pays, ou de se créer une nouvelle vie ?


Mon avis :

La couverture est une invitation au voyage qui m'a immédiatement attiré.
Encore une romance me direz-vous ? Bien plus que cela.

L'histoire pointe la condition de la femme dans les pays en voie de développement. Le commerce et le négoce avec les pays développés ne profitent pas à la population la plus pauvre.

L'histoire de Schemlaheila dit aussi de la condition des migrants dans les pays d'accueil comme l'Angleterre. Certes, il semble facile de trouver un petit boulot mais l'exploitation est la même... Comme dans l'exploitation de thé, le patron décide du salaire, de renvoyer ou garder les cueilleuses, les "kaganis" sortes de contremaître peuvent abuser des femmes y compris les plus jeunes sans être inquiétés tant que le rendement reste bon. 
A Londres, Schemla ne se rebellera pas contre les Rosay qui l'exploite honteusement. Heureusement, Twinny la prendra en amitié.

Schemla, à la mort de sa mère, n'est plus protégée par la situation privilégiée de concubine de cette dernière. Il lui faut fuir un destin funeste...

L'Angleterre va lui permettre de toucher du doigt son rêve, de connaître une autre langue, une autre culture, d'apprendre bien plus sur son pays d'origine qu'elle n'aurait pu étudier chez elle où les filles quittent l'école très vite pour être mariée.

Ce roman rappelle que la liberté pour les femmes ne va pas de soi. Qu'elle a été un long combat, jamais tout à fait gagner, mais que la volonté de certaines à sortir des carcans est bien plus forte parfois que le joug imposé par une société patriarcale. Le courage qu'il faut pour refuser de subir le destin de tant de femmes de ces pays !

Une romance si on veut la lire au premier degré, un vent d'espoir pour une vie meilleure pour toute une génération de femmes asservie par une société d'un autre âge, bien réelle. Un roman féministe et romantique, quel drôle de cocktail réussi par l'auteure.

Jeanne-Marie Sauvage-Avit, d'une plume juste tantôt poétique, tantôt avec des mots durs pour décrire la violence subie, nous touche.

Un roman à lire assurément !