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mercredi 15 juillet 2026

DISSIDENTES de TOSCA NOURY _ DYSTOPIE FRANCAISE

 

DISSIDENTES

Autrice : TOSCA NOURY

Aux Éditions Didier Jeunesse

Depuis l’Extinction, naître femme est une exception. Des exceptions que la milice traque sans relâche. Jusqu’à la dernière.
Jo est en fuite. L’état d’urgence démographique, déclaré trente ans plus tôt lorsque le monde a sombré dans le chaos, a pris un nouveau tournant. Désormais, ce sont toutes les filles de plus de 15 ans qui doivent se soumettre au Devoir de procréation ou rejoindre les Instituts de natalité. Aucune d’elles n’en est jamais revenue. Pourchassée par les autorités, le seul espoir de Jo est de rejoindre l'Union scandinave, encore libre de toute oppression. Mais son plan ne se déroule pas comme prévu. Pour passer la frontière, elle doit s'allier à Edgar, qui a vécu toute sa vie en autarcie et ignore tout du gouvernement qui fait régner la terreur. D'autant plus que le jeune homme a la fâcheuse tendance à attirer des fugitifs dans leur périple... Aculés, ils risquent le tout pour le tout et n'ont plus qu'un objectif : survivre.
Un univers d’un réalisme terrifiant dans une France dévastée, par la primo-romancière Tosca Noury. Prix des Halliennales 2025 et Prix Babelio 2026 Jeune Adulte.


Mon avis :


N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, 1949.

Dans Dissidentes, Tosca Noury ne cherche jamais la provocation gratuite... Elle imagine une France où la baisse de natalité conduit à une dictature nataliste.
Que ce roman dystopique soit primé n'est guère étonnant. Il y a tous les ingrédients d'une excellente dystopie : une dictature où les femmes deviennent les otages d'un régime qui, au prétexte de faire face à un virus, les relègue au rôle de ventres.

En publiant Dissidentes, Didier Jeunesse fait le pari d'une jeune autrice, Tosca Noury, qui puise dans des faits historiques et des réalités contemporaines pour bâtir une dystopie dont la crédibilité fait froid dans le dos.

Les ressorts de cette fiction puisent largement dans le réel. Une dictature qui s'attaque à la culture et s'empresse de sélectionner les lectures autorisées dès l'école, cela ne vous rappelle rien ? Les jeunes filles que l'on marie à des hommes plus âgés pour qu'elles enfantent ? Ces instituts destinés à organiser la natalité ne sont pas sans évoquer, par certains aspects, le programme Lebensborn. Tosca Noury assume avec brio cet emprunt au réel pour alimenter son plaidoyer féministe et donner à réfléchir à la jeune génération de Dissidentes.

Attention, ce n'est pas une bluette ! Petit Trigger Warning, comme on dit aujourd'hui : certaines scènes peuvent heurter par leur violence, notamment lorsque Jo est agressée.

J'ai beaucoup aimé la galerie de personnages. Jo, la battante dénoncée par l'homme qu'elle a rejeté. Edgar, le naïf préservé du monde par son grand-père. Virgile et Côme, deux faces d'un même miroir antagoniste, entre amour-haine et convictions opposées. Et puis Clay, mariée très jeune, fragile et mordante à la fois, qui refuse de subir le sort qui lui est dévolu.

Kosmos, les naturalistes et les dissidentes vont se confronter pour nourrir les pages d'un véritable "accrolivre". Et oui... comme lorsque, au milieu d'un champ de bataille où le sang et la tripaille se répandent, un coquelicot fragile émerge, l'amour s'invite même s'il ne dit pas son nom.

La construction du roman est hyper efficace : chapitres courts, alternance des voix, décrets officiels et les extraits du journal d'Alma, qui vit de plein fouet le programme de natalité du gouvernement et l'exploitation de l'utérus des femmes "valides" pour pallier à un virus de laboratoire qui s'est répandu hors contrôle. 

Compte tenu de la violence faite aux femmes, parfois décrite en termes crus, je pense que ce roman ne doit pas être mis entre toutes les mains avant 16 ans.

Pour aller plus loin, écouter l'autrice raconter la genèse de son roman 

Tout de même, le choix du Cliffhanger final m'a laissée sans voix... Mais objectif atteint, maintenant, j'attends avec impatience la suite !

Si vous avez aimé Dissidentes, vous aimerez aussi...

  • La Servante écarlate de Margaret Atwood
  • Le Pouvoir de Naomi Alderman
  • 1984 de George Orwell

lundi 8 juin 2026

HEUREUX COMME JAMAIS de Guillaume CHAMANADJIAN


 HEUREUX COMME JAMAIS

Auteur GUILLAUME CHAMANADJIAN

Aux Éditions Les Forges de Vulcain

Ou comment les ultrariches ont cessé d'errer dans l'espace après avoir fui la Terre
À bord du Space Dragon , vaisseau spatial contenant le dernier espoir de l’humanité, les places sont chères. Seuls les plus riches ont pu embarquer pour fuir une Terre au bord de l’extinction. Extinction dont, soyons honnêtes, ils sont responsables.
Noah a presque toujours vécu sur le vaisseau avec son père, seul ingénieur de maintenance autorisé à embarquer. Formée pour prendre sa relève, elle occupe ses journées à travailler et à écouter de la musique d’un monde passé avec BINS-42, son IA de compagnie.
Un jour, alors qu’elle assiste malgré elle à une réunion top-secrète avec les quatre têtes pensantes du Space Dragon , Noah apprend l’existence d’un message émanant de la Terre. L’humanité est loin d’être aussi éteinte qu’on le croyait et cette nouvelle provoque une guerre de pouvoir sans pitié…


jeudi 24 avril 2025

CONQUE de PERRINE TRIPIER, une fable politique et poétique.

 

CONQUE

Autrice Perrine Tripier

Aux Éditions Gallimard

« CONQUE : nom féminin, coquille en spirale servant d’instrument depuis des millénaires. Coquillage berceau et tombeau, où se niche, caché, le grain de sable. »
Quelque part dans un pays battu par le vent du large, Martabée, historienne de renom, est mandatée par l’Empereur sur un chantier archéologique qui vient de mettre au jour les vestiges des Morgondes, guerriers-marins millénaires, dont seuls les bardes avaient gardé la trace. Martabée est chargée de les étudier afin de redorer le roman national.
Pour entremêler sa gloire à celle du pays, Martabée excave des héros et des mythes, avec émerveillement.
Mais quelque chose murmure sous le sable froid. Un appel sourd, dissonant, qu’elle devra choisir de suivre ou d’ignorer.
Lorsque la lucidité prendra le pas sur l’ivresse et sur la vanité, qui choisira de voir, et qui s’aveuglera encore ?
Fable politique et poétique, ce deuxième roman de Perrine Tripier allie le mystère à la contemplation.
Dans cette Conque s’enroulent des énigmes, portées par un souffle épique.


Mon avis sur CONQUE :

Perrine Tripier nous propose un conte mythique uchronique percutant. L'écriture poétique se mêle à la critique sociale pour révéler des vérités intemporelles.

Une pointe de féminisme pour agrémenter le propos. Quelle place donne-t-on aux femmes toutes légitimes qu'elles soient dans leur domaine d'expertise ? Martabée va l'apprendre à ses dépens.

Un empereur ubuesque s'empare du mythe des Morgondes pour se glorifier des racines de guerriers puissants, d'une civilisation antique riche, unique dont la trace subsiste dans les berceuses et les contes des bardes. Il s'appuie sur des fouilles qui révêlent combien les Morgondes étaient valeureux pour asseoir son pouvoir, démontrer que son empire est glorieux de ses ancêtres.

Il choisit Martabée, l'historienne y voit un accomplissement, une reconnaissance. N'est-ce pas simplement une manipulation ? Martabée saura-t-elle rester intègre ou choisira-t-elle des petits arrangements avec la grande Histoire pour maintenir l'aura de cet empereur ogresque ? Bien sûr, l'empereur est à dessein caricaturé tandis que le peuple et ses élites semblent crédibles, contemporains.

Dans cette fresque uchronique, ciselée et vibrante, Martabée devra choisir entre la vérité et la lumière factice d'une gloire imposée, tandis que l'ombre du pouvoir manipulateur pèse sur chaque page.

La finesse des descriptions, le suspense latent qui ne fait que monter au fil des pages, font que vous ne pouvez quitter ce roman jusqu'à son épilogue.

Si vous souhaitez vous faire une opinion plus large sur ce roman découvert grâce aux 68 premières fois, vous pouvez visiter les sites suivants :  

https://68premieresfois.wordpress.com/2025/02/28/conque-de-perrine-tripier/comment-page-1/#respond

https://booknode.com/auteur/perrine-tripier


✰✰✰✰

lundi 20 août 2018

LES HEURES ROUGES de LENI ZUMAS

LES HEURES ROUGES de LENI ZUMAS
Aux Editions Presses de la Cité - 408 Pages

États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. 

Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du xixe. 

Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. 

Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture... Et Gin. 

Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.


MON AVIS :

Leni Zumas nous offre une dystopie pas si éloignée de la réalité dans certaines parties du monde. L'Amérique puritaine pourrait en effet demain adopter cette loi UPUM "Chaque enfant a besoin d'un père et d'une mère ».

Newville, Orégon, quatre femmes : Susan, l'Epouse, femme au foyer, transparente tant pour ses enfants que pour son mari a renoncé à sa carrière pour sa famille.

Roberta, la Biographe, Professeure célibataire de 42 ans. L'horloge biologique tourne, elle veut un enfant. 

Mattie, la Fille, pas tout à fait 15 ans, meilleure élève du cours de Ro, enceinte dès la première fois avec son amoureux Ephraïm... 

Gin, la Guérrisseuse, 32 ans, "marginale" vit près de Salem, de là à être estampillée "sorcière" comme au XVIIème siècle, après tout il y eut un précédent...

Et puis, L'exploratrice Eivor Minervudottir, fil rouge, lien entre les chapitres de cet étrange roman, dont l'histoire est racontée par la biographe.

5 femmes, 5 destins contrecarrés par une société patriarcale contre laquelle les femmes n'auront de cesse de devoir se battre pour exister en tant que personnes adultes responsables de leur vie, de celles qu'elles voudront donner au monde.

Les femmes veulent avoir le contrôle de leur corps, les hommes veulent le pouvoir de tout contrôler... depuis toujours.


Le roman de Leni Zumas soulève des questions, à chacun d'apporter sa réponse au travers de la condition de Roberta, Mattie, Susan, Gin et Eivor l'Islandaise.

Le lien tissé entre toutes ces femmes, leurs doutes, peurs, leurs tous petits espoirs souvent étouffés dans l'oeuf par cette loi que certaines ont prise pour une "comédie politique" mais qui va être bel et bien voté par le Congrès.

Au nom d'une loi soi-disant protectrice de la famille, on oblige les femmes à garder un embryon non désiré. On ôte l'espoir d'être mère aux femmes célibataires, la stérilité n'ouvre pas systématiquement droit a être assisté médicalement pour enfanter. L'avortement est définitivement impossible sous peine d'être poursuivi pour homicide. Aucun droit à l'erreur dans les laboratoires, là encore la poursuite pour homicide involontaire est une épée de Damoclès. Mais il y aura plus d'enfants à l'adoption, c'est le pari fait par les politiques... enfin pas pour les célibataires puisque "UPUM" dit ce qui est bon pour l'enfant.

La couleur de la couverture et son graphisme élégant, de ce rouge un peu agressif, comme la société décrite, disent déjà de la violence faite aux femmes à travers ces cinq destinées mais également à travers le temps. "les heures rouges" est un roman fictionnel qui alerte sur les dérives possibles d'une société oppressante qui remet en question le droit des femmes à être des femmes.

Les Simone Vieil, Benoïte Groult, ces pionnières de la liberté de la femme, accompagnent la voix de Leni Zumas pour rappeler que rien n'est jamais acquis. Long est le chemin, toujours semé d'embûches, de larmes, trop rarement d'espoirs et de victoires, comme en Irlande ou un référendum ouvre la voie aujourd'hui la voie à une loi qui rendra peut-être aux femmes la pleine possession de leur corps.

Le roman de Leni Zumas est poignant, réaliste. Il appelle à la vigilance, dit les frustrations des femmes au travers ces personnages, toujours touchantes, emblématiques d'une souffrance bien réelle. L'auteure d'une écriture directe, limpide, sensible, joue de l'ironie des situations, pose son décor dans une Amérique "Trumpienne" aux dérives moralistes sous-jacentes qui donne froid dans le dos.

Je remercie les Editions Presses de la cité pour cette plongée dans un univers pas si avant-gardiste, la découverte de la plume parfois lyrique de Leni Zumas et de sa belle foi en l'humanité pour traiter un sujet délicat.


mercredi 11 juillet 2018

ISLANOVA DE Jérôme Camut et Nathalie Hug

ISLANOVA de Jérôme Camut et Nathalie Hug
773 pages aux Editions Fleuve Noir

Rien n’avait préparé Julian Stark à une telle vision ce matin-là. Alors qu’il rentre chez lui pour évacuer sa maison menacée par un incendie de forêt, il trouve Charlie, sa fille de seize ans, au lit avec son beau-fils Leny.

Certaine que son père va les séparer, Charlie persuade Leny de fuguer, direction le Sud-Ouest. Son idée : rallier la ZAD (zone à défendre) de l’Atlantique, située sur l’île d’Oléron. Là-bas, ils seront en sécurité le temps que Julian se calme.

Là-bas, surtout, se trouve Vertigo, un homme charismatique dont elle écoute la voix sur les ondes depuis des mois. Vertigo, le leader de l’Armée du 12 Octobre, groupe d’écologistes radicaux. Ce que la jeune fille ignore, c’est que la ZAD abrite des activistes prêts à tous les sacrifices pour défendre leur cause, et qu’en s’y réfugiant, elle précipite sa famille dans une tragédie qui les dépasse tous.


Mon avis :

Difficile, tellement il est foisonnant, d'émettre un avis sur ISLANOVA. Les auteurs ont été très inspirés par les zadistes, les attentats, les radicaux écologistes, l'idéalisme humain.


En 2025, une famille recomposée coule des jours paisibles dans l'est de la France. Julian et Vanda installés avec leurs enfants respectifs, Leny et Charlie âgés de 18 et 16 ans,  ne s'attendent pas à vivre des événements aussi extraordinaires.

Tout commence banalement avec l'amour naissant de deux adolescents transgressifs et la réaction brutale du père.

Les "CamHug", comme on nomme les auteurs que je découvre avec ce pavé de 800 pages, nous concocte un roman d'anticipation plein d'humanité. Nos révoltes, nos peurs, notre engagement, le militantisme, jusqu'où  peut-on aller pour une cause qu'on croit juste ?

Cette histoire est très cinématographique, brillamment contée, excessive, d'anticipation,  pourtant très actuelle, crédible, cela effraie !  Inclassable, ni tout à fait thriller, ni tout à fait science-fiction, pas un page-turner non plus, j'ai failli lâcher avant de me laisser totalement happer. Le style est nerveux, précis. Les personnages sont tous très attachants, parfois inquiétants : Vertigo et son armée citoyenne, les fermiers... Le tout ficelé dans un scénario diabolique, d'une énergie folle. Vertigo, Charlie et tous les protagonistes de l'armée idéaliste des 12-10 vont mettre toute leur détermination dans cette zone à défendre pour créer une alternative à la société qu'ils subissent.

Une centaine de chapitres courts avalés pour se demander : et moi, aurais-je pu m'engager dans l'armée des 12-10 ? A quoi seriez-vous prêts pour vos convictions ? Du premier au dernier, un vent d'aventure romanesque souffle, vous emporte en vous questionnant sur votre mode de vie.