Affichage des articles dont le libellé est Littérature française. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature française. Afficher tous les articles

lundi 27 juillet 2026

ROXANNE de ROMAIN AGUILA


 ROXANNE

Auteur : Romain AGUILA

Aux Éditions BUCHET CHASTEL

Premier roman de Romain Aguila, Roxanne est le portrait sec, nerveux et fragmenté d'une jeune femme cabossée par la vie et passionnée de musique.





Mon avis :

Un primo roman court, dense, brut, dont l'atmosphère donne à ressentir pleinement le mal-être de Roxanne.

Si l'héroïne se prénomme Roxanne, ce n'est probablement pas un hasard. "Elle n'est obligée à rien, mais elle se fiche bien de savoir si c'est bien ou mal" : elle vibre d'un manque intense, celui du corps, celui du riff disparu.

Le riff : la colonne vertébrale de cette enfant marquée par un accident qui n'aura de cesse de la définir. La bouche abîmée comme empêchée de s'exprimer. Une cicatrice pour barrer les mots. Comme si ses doigts courant sur les cordes l'autorisaient à dire la rage, la peur, la douleur. La recherche du riff musical parfait lui rendrait toute la visibilité, la voix perdue, l'autoriserait à être, tout simplement.

Et puis le manque. Le besoin de s'évader de son corps, d'un monde qui l'invisibilise, l'abandon. Que faire de ce corps qui réclame son évasion ? Pourquoi se lever le matin ?

Le riff devient le point d'appui d'une Roxanne sous anesthésiant, cherchant désespérément le beau pour écarter la souffrance. La résilience de Roxanne passe par le sol, (celui sur lequel elle s'est abandonnée pour s'oublier, une aiguille à proximité), mais aussi par la note qu'elle crée pour sa rédemption. Roxanne, perdue, trouve une voie pour exister.

Dans une prose habitée, Romain Aguila nous livre la lutte quotidienne, les doutes, la volonté farouche portée par la musique. Par la délicatesse de sa plume, l'auteur semble caresser son personnage d'une infinie tendresse, l'accompagnant pas à pas dans sa quête d'absolu.

Un roman férocement vibrant, lumineux dans un monde sans poésie que l'écriture pourtant recrée.


dimanche 19 juillet 2026

NOURRICES de Séverine CRESSAN : L'industrie mercenaire la mal nommée


 NOURRICES

Autrice Séverine CRESSAN

Aux Éditions DALVA

Un premier roman français exceptionnel, aussi sensuel que bouleversant. A travers les aventures de quelques femmes, on découvre l'incroyable vie des nourrices, ces mères invisibles sur lesquelles a reposé toute une industrie pendant plusieurs siècles.
Dans ce village, c'est du corps des femmes qu'on tire l'argent qui fait vivre les familles. Car ici, on vend une denrée précieuse : le lait maternel. Sylvaine, son propre enfant à peine sevré, accueille chez elle comme tant d'autres une "petite de la ville". Mais une nuit, en pleine forêt, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et à ses côtés un carnet qui raconte son histoire. Elle ne pourrait veiller sur ces trois nourrissons et quand celle dont elle a la garde meurt dans son sommeil, elle n'hésite pas à échanger les bébés. L'enfant mystérieuse prend la place de Gladie, cette petite fille qui lui avait été confiée...
Avec ce premier roman sensuel et bouleversant, Séverine Cressan révèle les rouages troublants d'une industrie méconnue. Dans ces pages inoubliables, elle nous entraine dans un univers où la nature et l'enchantement ne sont jamais loin et réinvente l'histoire de ces mères invisibles.


Mon avis : 

Séverine Cressan nous embarque dans un voyage dans le temps, au cœur d’un territoire rural proche d'une grande ville. Quelques heures de route qu'Allouïn, dit "la Chicane", parcourt inlassablement pour que les nourrices viennent remplacer les femmes dont la condition impose de ne pas allaiter.

Avec un paradoxe qui n'est pas sans rappeler l'univers de Sandrine Collette, l'autrice nous rappelle que dans une époque pas si lointaine, les femmes n'étaient pas maîtresses de leur vie ni de leur corps. Pour assurer la survie de leur propre famille, elles devenaient des "femmes laitières", souvent sans même percevoir les sommes qui leur étaient dues pour cette fonction, ni pour l'amour qu'elles ne manquaient pas d'offrir aux enfants. Ce parallèle avec Sandrine Collette me vient aussi du fait que certaines régions, comme le Morvan, ont été historiquement très actives dans cette quasi-industrie des nourrices.

Le roman donne à voir combien les femmes ont pu être réduites à des objets utilitaires que les hommes s’arrogeaient le droit de rendre fertiles à tout point de vue. Quoi de plus normal pour un fermier que de disposer des "femelles", jeunes ou moins jeunes, quand les engrosser permet en plus de s'enrichir ? La Chicane est le vil rouage de cette exploitation que les hommes ne contestent en rien.

Pourtant, ce drame sombre est illuminé par la tendresse. Sylvaine, qui se voit obligée par sa condition à engager un allaitement mercenaire, offre un amour infini à l'enfant de lune, sa "Gladie" (Aglaé). Elle incarne l'ambassadrice délicate d'un amour né hors création, né simplement de la vulnérabilité d’un tout-petit qu’elle considère à l’égal de son propre enfant. Face à la cruauté de cette époque, le récit explore aussi la folie qui percute ces mères citadines à qui l'on arrache le bébé pour l'envoyer à la campagne sous prétexte que leur rang leur interdit d'allaiter.

J'ai profondément aimé la plume de Séverine Cressan. Elle nous raconte ces mères de lait, pas toujours solidaires pour obtenir l'enfant à nourrir, mais qui retrouvent la sororité en résistant sans violence, par un chant qui ramène leur sœur d'infortune. De la poésie surgit ainsi au cœur du drame. L'autrice détaille avec beaucoup de justesse cette réalité texturée : la femme-laitière qui travaille son bambin sur la hanche, ou la "nourrice sèche" quand l'âge ne permet plus de fournir du lait. Elle évoque aussi les "trouvés", ces enfants abandonnés sur les marches des églises qui, s'ils rapportent moins, deviennent des outils d'aide chez le patron dès l'âge de 6 ans.

Il faut savoir qu'en France, le dernier bureau des nourrices n'a fermé ses portes qu'en 1936. Si la temporalité du roman est volontairement laissée au choix du lecteur, la sensibilité de l'écriture permet de toucher du doigt cette mission imposée à tant de femmes au cours des siècles passés pour quelques sous.

Nourrices est un primo-roman intense, doté d'une écriture pudique même dans les scènes de violences faites aux femmes. En donnant une voix à ces mères de sang et mères de lait, Séverine Cressan leur rend une dignité hors du champ d'un mercantilisme qui n'enrichissait que les hommes. Une réalité sordide magnifiquement éclairée par la poésie et la musicalité de l'écriture.

Une très belle découverte.

Pour aller plus loin : 

SEVERINE CRESSAN : le choix du thème

mercredi 15 juillet 2026

DISSIDENTES de TOSCA NOURY _ DYSTOPIE FRANCAISE

 

DISSIDENTES

Autrice : TOSCA NOURY

Aux Éditions Didier Jeunesse

Depuis l’Extinction, naître femme est une exception. Des exceptions que la milice traque sans relâche. Jusqu’à la dernière.
Jo est en fuite. L’état d’urgence démographique, déclaré trente ans plus tôt lorsque le monde a sombré dans le chaos, a pris un nouveau tournant. Désormais, ce sont toutes les filles de plus de 15 ans qui doivent se soumettre au Devoir de procréation ou rejoindre les Instituts de natalité. Aucune d’elles n’en est jamais revenue. Pourchassée par les autorités, le seul espoir de Jo est de rejoindre l'Union scandinave, encore libre de toute oppression. Mais son plan ne se déroule pas comme prévu. Pour passer la frontière, elle doit s'allier à Edgar, qui a vécu toute sa vie en autarcie et ignore tout du gouvernement qui fait régner la terreur. D'autant plus que le jeune homme a la fâcheuse tendance à attirer des fugitifs dans leur périple... Aculés, ils risquent le tout pour le tout et n'ont plus qu'un objectif : survivre.
Un univers d’un réalisme terrifiant dans une France dévastée, par la primo-romancière Tosca Noury. Prix des Halliennales 2025 et Prix Babelio 2026 Jeune Adulte.


Mon avis :


N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, 1949.

Dans Dissidentes, Tosca Noury ne cherche jamais la provocation gratuite... Elle imagine une France où la baisse de natalité conduit à une dictature nataliste.
Que ce roman dystopique soit primé n'est guère étonnant. Il y a tous les ingrédients d'une excellente dystopie : une dictature où les femmes deviennent les otages d'un régime qui, au prétexte de faire face à un virus, les relègue au rôle de ventres.

En publiant Dissidentes, Didier Jeunesse fait le pari d'une jeune autrice, Tosca Noury, qui puise dans des faits historiques et des réalités contemporaines pour bâtir une dystopie dont la crédibilité fait froid dans le dos.

Les ressorts de cette fiction puisent largement dans le réel. Une dictature qui s'attaque à la culture et s'empresse de sélectionner les lectures autorisées dès l'école, cela ne vous rappelle rien ? Les jeunes filles que l'on marie à des hommes plus âgés pour qu'elles enfantent ? Ces instituts destinés à organiser la natalité ne sont pas sans évoquer, par certains aspects, le programme Lebensborn. Tosca Noury assume avec brio cet emprunt au réel pour alimenter son plaidoyer féministe et donner à réfléchir à la jeune génération de Dissidentes.

Attention, ce n'est pas une bluette ! Petit Trigger Warning, comme on dit aujourd'hui : certaines scènes peuvent heurter par leur violence, notamment lorsque Jo est agressée.

J'ai beaucoup aimé la galerie de personnages. Jo, la battante dénoncée par l'homme qu'elle a rejeté. Edgar, le naïf préservé du monde par son grand-père. Virgile et Côme, deux faces d'un même miroir antagoniste, entre amour-haine et convictions opposées. Et puis Clay, mariée très jeune, fragile et mordante à la fois, qui refuse de subir le sort qui lui est dévolu.

Kosmos, les naturalistes et les dissidentes vont se confronter pour nourrir les pages d'un véritable "accrolivre". Et oui... comme lorsque, au milieu d'un champ de bataille où le sang et la tripaille se répandent, un coquelicot fragile émerge, l'amour s'invite même s'il ne dit pas son nom.

La construction du roman est hyper efficace : chapitres courts, alternance des voix, décrets officiels et les extraits du journal d'Alma, qui vit de plein fouet le programme de natalité du gouvernement et l'exploitation de l'utérus des femmes "valides" pour pallier à un virus de laboratoire qui s'est répandu hors contrôle. 

Compte tenu de la violence faite aux femmes, parfois décrite en termes crus, je pense que ce roman ne doit pas être mis entre toutes les mains avant 16 ans.

Pour aller plus loin, écouter l'autrice raconter la genèse de son roman 

Tout de même, le choix du Cliffhanger final m'a laissée sans voix... Mais objectif atteint, maintenant, j'attends avec impatience la suite !

Si vous avez aimé Dissidentes, vous aimerez aussi...

  • La Servante écarlate de Margaret Atwood
  • Le Pouvoir de Naomi Alderman
  • 1984 de George Orwell

jeudi 11 juin 2026

LES MANDRAGORES de Marius DEGARDIN

 

LES MANDRAGORES

Auteur : Marius DEGARDIN

Aux Éditions du Panseur 
Lien vers Les Mandragores

Paris, années 80, l’Amore e Gusto, restaurant italien à l’abandon, abrite une fratrie d’orphelins, les Cipriani. Benito, le petit dernier, vient tout juste d’avoir 18 ans. Il aimerait avoir l'assurance et la rage de Primo, la bonté naturelle et la force de Piero, ou encore la révolte de sa soeur, Chiara. Il aimerait leur dire, mais Benito, lui, c’est le silence... Alors, quand ils reçoivent une lettre de leur mère annonçant son retour après 10 années d’absence, l’équilibre précaire de la famille bascule dans la nuit.
Récit d’une errance depuis les bas-fonds de Paris jusqu’aux couloirs de Saint-Anne, nous suivons Benito dans son périple ponctué d’incompréhension, de drames et de rencontres émouvantes, à la recherche de soi-même et des autres.
À vingt-deux ans, Marius Degardin signe un premier roman fracassant. Avec une gouaille troublante de sincérité, Les Mandragores nous entraîne dans une quête d'une profondeur stupéfiante pour “briser le silence et faire rire les copains avec les mêmes mots”. Les Mandragores, l’histoire d’une jeunesse en lutte contre l'accablement, l’enfermement et le désespoir, et qui ose faire face à la lumière.


Mon avis :

La lumière arrachée à la nuit

Marius Degardin nous offre un roman sombre. L’histoire d’une fratrie, composée de Primo, Piero, Chiara et Benito le cadet, laissée à l'abandon dans un lieu qui, sur le papier, ferait rêver : un restaurant italien. À y penser, on pourrait saliver. Mais l’Amore e Gusto, désormais en totale décrépitude, ne laisse aucune place aux saveurs tant la misère en a pris possession.

Ce lieu est en réalité le second volet d’un accord tacite et sinistre conclu pendant la guerre d’Algérie entre leur père, rongé par le remords, et son supérieur, un aristocrate haut placé. Pour sauvegarder les apparences et sceller de sombres secrets, le silence a été acheté au prix fort. L'aîné, Primo, a ainsi été offert avant même sa naissance à cet homme sans scrupules, une terrible transaction qui représentait aussi pour le père une bouche de moins à nourrir. Plus tard, après la guerre, le père finira par abandonner le reste de la fratrie. Leur mère, déjà perdue dans le chagrin et l’alcool, n’a pas davantage choisi de rester.

L'aîné vient désormais régulièrement apporter de quoi subsister aux trois autres. Le reste du temps, c’est la débrouille. Piero, Chiara et Benito font de leur mieux pour survivre, et surtout pour honnir ces parents absents.

Benito n'avait que six ans quand sa mère est partie, un âge trop tendre pour qu’il en conserve un souvenir précis. De son passé, il ne connaît que les récits façonnés par Primo, nourris de colère et d’amertume. Le roman ne dit rien explicitement de ce que l'aîné a subi auprès de cet aristocrate, mais tout laisse deviner que cette expérience a nourri en lui une rage sourde, une violence qu’il transmet, des années plus tard, au benjamin à travers ces récits différés.

Le petit dernier grandit ainsi dans une mémoire qui n’est pas la sienne, mais déjà chargée de violence. Il n’a pas le talent de musicien de ses frères. Le silence, lui, l’a choisi. Les mandragores aussi. Il tente de se pendre et ne doit sa survie qu’à Chiara, qui le découvre à temps.

Un récit violent et lumineux comme un soir d’orage.

Car nous ne sommes peut-être pas définis par ce que les autres déposent dans notre berceau. Benito en est la preuve bouleversante. Même dans la terre la plus sombre, quelque chose cherche à prendre racine : un jardin à cultiver, une lueur obstinée, une possibilité d’échapper à l’héritage.

La plume de Marius Degardin est brute, presque orale, comme ces contes que l’on murmure au creux des veillées, entre peur et fascination. Il dit sans fioritures la noirceur d’une légende que son narrateur s’approprie, comme une graine arrachée à la nuit pour tenter d’en faire surgir une vie.

Il peut sembler paradoxal de dire que je suis tombée sous le charme de cette plume. Et pourtant. Elle nous rappelle combien il est essentiel de chercher la lumière, même dans les lieux les plus sombres. Combien il est nécessaire de conjurer la légende des pendus, d’en détourner la fatalité, pour en extraire une vie (fragile, naissante) qu’il nous appartient de cultiver. Ce roman pourrait se lire comme une ode délicate à la joie, celle qui subsiste envers et contre tout.

Laisser alors infuser la joie de lire un auteur lumineux.

NOTE 4/5

P.-S. : Ceux qui me suivent connaissent ma grille de notation où le 4/5 signifie « un livre aimé mais… ». Ce roman d'une immense dureté m'a bousculée et s'éloigne de mes lectures de prédilection. Pourtant, face à la jeunesse de l'auteur et la maturité stupéfiante de sa plume, je n'ai pu que m'incliner. Un grand talent à découvrir.

🔎 À propos des 68 premières fois : il s’agit d’un collectif de lecteurs passionnés qui défendent les premiers romans. 👉 Découvrir leur blog

lundi 8 juin 2026

LA OU LE CIEL MURMURE de Laurence PEYRIN


 LA OU LE CIEL MURMURE de Laurence PEYRIN

Autrice : Laurence Peyrin

Aux Éditions Calmann Levy

Key West, 1986. Freya et Danii, deux adolescentes inséparables, fêtent leurs vingt ans à Cap Canaveral. Elles assistent au décollage de la navette Challenger. L'explosion de celle-ci les projette vers d'autres déflagrations. Les secrets de famille, leur amitié, leur enfance, et l'amour.



Mon avis :

Laurence Peyrin nous offre un roman initiatique qui explore l’amitié fusionnelle, la sororité entre Danii et Freya, deux jeunes femmes construites dans le manque affectif.

Si la plume de Laurence Peyrin reste délicate et fine, cette histoire marque une rupture avec ses précédents romans. Elle ne brosse pas le portrait d’une héroïne en reconstruction après un drame, mais celui d’une adolescente en plein développement.

C’est un roman de désarrimage, pas de réparation.

Bien que Freya ait grandi dans le manque, l’absence, une forme de vacuité affective, elle décide d’avancer et de se choisir elle-même.

L’autrice nous offre une fiction romantique douce-amère, presque initiatique, qui ne laisse pas indifférente. Elle déploie un talent absolu pour décrire les gestes minuscules, les hésitations, les regards qui en disent plus que les mots. L'autrice a cette capacité à nous faire ressentir les émotions de ses héroïnes, leurs doutes, leurs choix, leurs renoncements, leurs forces.

J’ai pourtant ressenti une légère frustration à la lecture de l’épilogue. Sans doute liée à la manière dont, en tant que lecteur, on s’approprie l’histoire qui nous est offerte. Il semble que Laurence Peyrin prépare un prochain opus consacré à la vie d’adulte de Freya. L’attente sera longue.

mardi 5 mai 2026

ICI COMMENCE MON PÈRE de Céline BAGAULT

 

ICI COMMENCE MON PÈRE
Autrice : Céline Bagault

Aux Éditions de l'Olivier

« On a retrouvé le corps de ton père. »
Quand elle apprend cette nouvelle, six ans après la disparition de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, la narratrice se demande comment prendre la mesure de ces années de doute et d’attente. Comment raconter cette histoire et faire entendre l’errance qui s’est glissée dans l’intervalle ? Comment signifier que, pendant un temps infini, son père avait disparu à jamais ?
La narratrice revient sur cette échappée et la mobilisation de la famille qui part à la recherche du fugitif. Une cérémonie est finalement organisée alors que le corps du « peut-être défunt » est absent.
Des années plus tard, une fois le corps retrouvé, la vérité échappe encore et de nouveaux récits s’échafaudent.
Avec une écriture précise et sensible, Céline Bagault explore toutes les facettes d’une disparition.



http://www.editionsdelolivier.fr/rechercher?utf8=%E2%9C%93&q=c%C3%A9line+bagault


mercredi 29 octobre 2025

CHRONIQUE DE LA MARIÉE DE LA FOSSE de Mélodie MILLER


 LA MARIÉE DE LA FOSSE

Autrice : Mélodie Miller

Auto Édition

Thriller psychologique
Et si les monstres se terraient dans les vieilles pierres ?
Tonnerre, Bourgogne - 1993
Le corps sans vie d’Agnès, 13 ans, est retrouvé dans les eaux glacées de la mystérieuse fosse Dionne. Après enquête, la justice conclut à un tragique accident. Dossier classé.
Tonnerre - 2025
Un randonneur découvre une femme noyée dans la fosse Dionne. Personne ne semble la connaître. Pas de papiers. Juste une robe de mariée flottant dans l’eau.
Et le même voile blanc porté par Agnès, trente ans plus tôt.
Simple coïncidence, mise en scène macabre ?
Dans ce huis clos à ciel ouvert, les soupçons rampent comme du lierre sur la pierre.
Et si chacun avait quelque chose à cacher ? Et si tout le monde mentait ?
Entre secrets étouffés, mémoire noyée et vérités troubles, les questions se bousculent :
Qui a tué Agnès ? Qui est cette nouvelle mariée de la fosse ?
Et si, au fond, la fosse était vraiment maudite ?
La mariée de la fosse est un polar glaçant, inspiré de faits réels.
« Un suspense haletant entre mémoire enfouie, poids des non-dits et drames sociétaux. »
« Mélodie Miller aime faire frissonner ses lecteurs avec des histoires où le passé empoisonne le présent, où les secrets deviennent des armes. Après Nuit et Le Serment, elle revient avec un roman époustouflant à la croisée du true crime et du thriller sociétal. »

Mon avis :

Ce roman est né d’une rencontre : celle entre l’émeraude sertie de pierres de la Fosse Dionne et l’autrice. Une rencontre que j’ai faite moi aussi, dans le même état de sidération, devant ce décor ensorceleur où l’eau mystérieuse semble veiller au creux de la ville de Tonnerre depuis des siècles.

Dans ce thriller psychologique, point de détails gore, mais une montée en puissance d’un suspense aussi élégamment déployé qu’un motif de dentelle de Calais. Le va-et-vient entre passé et présent nous fait découvrir les personnages au fil des pages, nous entraîne dans des pistes crédibles qu’il faut abandonner dès le chapitre suivant.

Le roman repose sur une double temporalité : deux meurtres, à trente ans d’écart, dans le même lieu, avec la même mise en scène. Une adolescente en 1993, une femme en 2024. Toutes deux retrouvées noyées dans la fosse Dionne, vêtues d’une robe de mariée. Le passé ressurgit, et avec lui les secrets enfouis.

Le personnage d’Anna Blanchard m’a particulièrement touchée. Jeune stagiaire devenue rédactrice en chef, une rareté en presse quotidienne régionale. Les éléments de décor du journal local m’ont fait sourire : il y a longtemps que les rédactions ne sentent plus le tabac froid et la sueur. Ce ne serait plus politiquement correct. Aujourd’hui, des acronymes comme HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) ont remplacé ces vieux souvenirs.

Face à elle, Julien, gendarme impliqué, tenace. Ensemble, ils forment un duo d’enquêteurs atypique mais complémentaire, chacun apportant son regard sur les faits, ses intuitions, ses failles. Anna fouille les archives, le gendarme interroge les vivants. Tous deux cherchent à faire parler les silences.

Entre Agnès et Camille, quel psychopathe, tristement familier dans l’histoire du département de l’Yonne, a pu croiser la route de ces jeunes filles ?
Innocentes ? Peut-être pas tout à fait.

Plus qu’un thriller, Mélodie Miller nous invite à réfléchir sur des thèmes de société omniprésents dans l’actualité : le harcèlement, l’emprise, l’accompagnement des vétérans au retour de théâtres de guerre.
Le silence.

Un silence assourdissant, prétexte à un sort funeste pour celles et ceux qui voudraient le briser.

Dans ce récit haletant, l’autrice nous embarque dans une folie meurtrière qui ne prend pas sa source dans l’eau vivace de la Fosse, mais dans les méandres de la construction de quelques jeunes gens privés de l’essentiel : de l’intérêt et de l’amour.

Ce n'est pas la fosse qui est maudite. Ce sont les secrets qui s'y cachent.

Ce roman est un accrolivre, impossible à lâcher avant l'épilogue.



mardi 14 octobre 2025

CHRONIQUE DE LES VÉRITÉS PARALLÈLES de MARIE MANGEZ

 

LES VÉRITÉS PARALLÈLES

Autrice : MARIE MANGEZ
Aux Éditions : FINITUDE

Depuis tout petit, Arnaud rêve de devenir grand reporter. Devenu le journaliste-vedette d'un hebdomadaire de renom, il reçoit le prestigieux prix Albert Londres pour ses reportages passionnants. Prenant ses distances avec la déontologie, il joue avec le réel et l'imaginaire, mais lorsque ses collègues s'interrogent, Arnaud voit sa carrière et sa famille menacés par un scandale inévitable.




Mon avis : 

« Les vérités parallèles – Marie Mangez : chronique d’un imposteur sincère entre solitude et fiction »

Et si l’imposture d’Arnaud Daguerre n’était pas un mensonge, mais une tentative désespérée de combler une enfance sans tendresse ? Dans Les vérités parallèles, Marie Mangez explore les failles d’un homme que ses parents ont élevé comme on coche une case, sans chaleur ni regard. Arnaud n’a pas été désiré pour lui-même, mais pour répondre à une norme sociale, celle de transmettre. Très jeune, il se réfugie dans les récits journalistiques, ces mondes d’aventures qui lui permettent de rêver une vie plus vibrante que la sienne. Ce n’est pas l’ambition qui le pousse, mais le besoin de plaire, de se sentir exister dans les yeux des autres — mentor, lecteurs, épouse.

Le roman nous plonge dans la tête d’un imposteur sincère, rongé par l’angoisse de la performance et la peur d’être démasqué. Arnaud invente, enjolive, brode avec quelques lambeaux de réel. Il ne cherche pas à tromper, mais à répondre à une attente. 

« Il ne peut pas savourer le pouvoir de ses mots, céder — parfois — à la douce griserie de savoir les personnages exister dans l’esprit de quelques milliers de lecteurs, de savoir que pour ces lecteurs, la matière qui jaillit de sa tête devient réalité. » Marie Mangez, Les vérités parallèles

Abandonné par ceux qui lui ont offert cette vie comme un palliatif à une solitude infinie, Arnaud Daguerre se retrouve face à lui-même, sans filet. Rudy, son Jiminy Cricket sombre, ne le quitte jamais vraiment, lui rappelant son funambulisme permanent, cette marche sur le fil entre fiction et vérité.

Mais au fond, Arnaud est désespérément seul. Il n’a pas choisi la violence pour échapper à la honte, comme d’autres imposteurs tragiques. Il n’a pas tué, il a simplement chuté. Et dans ce miroir brisé qu’est devenu sa vie, que restera-t-il de lui ? Peut-être cette sincérité paradoxale, cette fragilité bouleversante, et ce besoin d’amour jamais comblé, qui font de ce roman aussi troublant que profondément humain.

Ce qui frappe aussi dans ce récit d'une chute annoncée, c’est le silence assourdissant de tous ceux qui auraient pu voir les failles. Les journalistes sont censés être « rattrapés par la patrouille », le droit de réponse existe pour pointer les zones d’ombre. Pourtant, durant des années, aucune association, aucun lecteur, aucun collègue n’a mis le doigt sur les incohérences des articles si bien ficelés du bel Arnaud Daguerre. Comment expliquer cet aveuglement ? La crédibilité construite par le talent, la reconnaissance d’un prix prestigieux et, sans doute la logique économique des ventes ont anesthésié la vigilance. Et lorsque la vérité éclate, le journal préfère jeter Arnaud en pâture à la vindicte publique plutôt que d’assumer sa part de responsabilité. Une mécanique implacable, où l’homme devient le bouc émissaire d’un système qu’il a longtemps servi.

vendredi 3 octobre 2025

Chronique de UNE SALAMANDRE A L'OREILLE de Fabrice Capizzano

 

UNE SALAMANDRE A L'OREILLE

Auteur : Fabrice CAPPIZANO

Aux Editions Au Diable Vauvert

Ancien auteur en rupture avec l’écriture, apiculteur père de trois enfants, flanqué de son grand ami Robert, un tonton flingueur foutraque et haut en couleur, Samuel Page survit depuis la mort de sa femme, son grand amour, entre ses ruchers, l’éducation chaotique de ses trois enfants et la culpabilité.
Partagé entre le passé qui le ramène inlassablement à la tragédie et le présent qui le dépasse, incapable du deuil, c’est dans la compagnie de ses abeilles et au rythme de la nature qu’il trouve la paix et cherche à se reconstruire. Mais l’arrivée d’une stagiaire pleine d’impatience de vivre vient chambouler sa désespérance et raviver les blessures.


Mon avis : 

Samuel est un homme en ruine, brisé par le chagrin. Depuis la mort de Diane, son épouse, il se réfugie dans ses ruches comme on se terre dans un terrier. Il parle aux abeilles, leur prodigue des soins, leur confie ce qu’il ne peut dire à ses enfants. Ces derniers, eux, poussent comme des plantes : nourris d’amour mais livrés à eux-mêmes, ils grandissent en liberté, parfois en friche.

L’arrivée de Billie, stagiaire volcanique, n’est pas un choix mais une nécessité. Sans Robert, son ami de toujours, Samuel ne peut assurer seul la transhumance. Billie est efficace, intuitive avec les abeilles, et cela le pique. Il jalouse sa facilité, son enthousiasme, son bavardage incessant qui l’épuise. Elle l’agace autant qu’elle l’aide. Elle est là, et il doit faire avec.

Samuel voudrait ne vivre que pour ses abeilles et ses enfants, qu’il aime plus que tout. Mais le drame qui les a privés de leur mère le ramène sans cesse à sa culpabilité : celle de n’avoir rien vu, rien empêché. Diane était son tuteur, son socle. Elle portait leur quotidien pour qu’il puisse écrire. Mais l’écriture s’est tarie, engloutie par le miel, par les gestes, par le silence.

Et puis, il y a Zoïa. Une salamandre. Un NAC improbable, presque absurde, qu’il adopte comme on s’accroche à une bouée. Zoïa devient le miroir muet de sa douleur, de son besoin de mettre des mots sur ce qu’il n’a pas su dire. Elle est là, posée sur son épaule, comme un souffle, une présence, une oreille.

Le roman m’a paru ralenti, englué parfois dans les descriptions, dans l’omniprésence des abeilles. Mais au fil des pages, quelque chose se fissure. Une vérité crue surgit, une lumière inattendue. Le titre, étrange au départ, prend tout son sens à l’acmé du roman. Zoïa n’est pas qu’un animal : elle est le symbole d’un basculement, d’un réveil, d’un retour à soi.

Cette écriture m’a profondément déconcertée. Jusqu’à l’acmé du roman, on se perd dans la douleur du deuil que Samuel essaime au fil des pages, comme un pollen invisible. Il y a une maîtrise indéniable du dialogue, une tension sourde, et cette quête de rédemption qui prend une forme inattendue : une salamandre sur l’épaule, comme un talisman muet. Ce roman ne se livre pas facilement, mais il finit par révéler une vérité brute, presque organique : cette salamandre à l'oreille d'une femme qui n'est plue.



mardi 23 septembre 2025

Chronique EN ÎLE de KARINE PARQUET


 EN ÎLE

Autrice Karine Parquet

Aux Éditions de Borée

La rencontre bouleversante de deux êtres
prisonniers de leur destin
1934. Belle-Île-en-Mer.
Ida est contremaîtresse dans une conserverie.
Erik est détenu dans la colonie pénitentiaire pour mineurs de l’île.
Tous deux enfermés.
Tous deux victimes de violences.
Tous deux résignés.
Jusqu’à cette nuit d’août qui fera voler en éclats un destin qui semblait, pour l’un et l’autre, déjà tracé.


Mon avis : 

Ce roman est aussi fascinant que le déchaînement de la mer au cœur des grandes marées. Belle-Île-en-Mer : le bonheur de voir des gamins courir sur la plage sous l’œil vigilant des moniteurs de colonies de vacances dans les années 70. Mais derrière ces souvenirs lumineux, une autre histoire affleure, plus sombre, plus ancienne…

Une colonie d’un autre genre, pénitentiaire, où l’on envoie des enfants dont le seul tort est d’être nés à une époque où les maisons d’éducation s’apparentaient à des bagnes. Pour ne pas choquer les âmes bien-pensantes, la colonie agricole et maritime deviendra « maison d’éducation ». Mais ici, éduquer rime avec endurcir : les châtiments corporels sont légion. On roue de coups un enfant chétif comme Éloi, simplement parce qu’il est plus faible, avance moins vite, travaille moins fort. Pendant que les autres tournoient au bal, échine courbée, tête collée au dos de celui qui précède, la ronde ne doit pas flancher. Sous l’œil des gardiens, ils ploient, mais, comme Érik – le K ajouté pour la force –, ils ne rompent pas. Érik s’est souvent révolté, a goûté au mitard sans jamais renoncer. Il n’en a plus pour très longtemps : la majorité approche, alors il sera libre. Heureusement, il y a la mer.

Ida, elle, travaille à la conserverie depuis ses douze ans. Fillette, elle galopait pour rentrer aider à la ferme dès qu’elle avait terminé d’étêter, encore et encore. Elle aurait pu quitter l’île, l’héritage le lui aurait permis. Mais il y a eu Jean, le Thonier, fier de son métier, dur à la tâche, mais qui ne supporte pas que son épouse puisse être contremaîtresse alors qu’il n’est pas patron de pêche. Qui lui réfute le droit de lui reprocher de ne pas avoir d’enfant : un fils, c’est bien sa faute à elle. Buveur, jaloux, la tendresse de Jean s’est dissoute dans les embruns.

L’autrice, primo-romancière, signe un texte bouleversant, intense, que l’on quitte avec l’espoir d’une rédemption pour ces amants maudits. Elle décrit la cruauté des hommes, la beauté des lieux – même austères – avec une clarté magnifique. Son écriture, limpide, sans équivoque sur la dureté du vécu de ces enfants bagnards, sait aussi se faire tendre et brute pour saisir la fulgurance des émotions traversées par Érik, Ida, Jean, Éloi.

Ce roman s’inscrit dans une lignée de récits qui ont levé le voile sur les colonies pénitentiaires, comme L’Enragé de Sorj Chalandon ou Le Bagne des enfants de Christophe Belser. Mais ici, la fiction ne dilue en rien la réalité : la colonie de Belle-Île a bel et bien existé, et les enfants qu’on y envoyait n’avaient d’autre horizon que les falaises. Aucune échappatoire, sinon celle que l’imaginaire ou la mer pouvaient offrir. Comme le murmure Karine Parquet à travers la voix d’Érik : « Heureusement, il y a la mer. » Une mer qui nargue, qui berce, qui promet l’ailleurs, même si ce n’est qu’un leurre. Une mer qui, peut-être, sauve.

Ce texte mériterait d’être primé, tant pour la justesse de son écriture que pour la tension dramatique qui traverse les heures sombres de cette île pourtant si belle. Sa fiction, portée par une langue à la fois brute et tendre, donne chair à ces destins oubliés.




samedi 6 septembre 2025

ALLER SIMPLE POUR LA JOIE de Lorraine FOUCHET


 ALLER SIMPLE POUR LA JOIE

Autrice : Lorraine FOUCHET

Audio Lizzie

Aux Éditions Héloïse d'ORMESSON Autres Éditions

La vie est une partie de Scrabble, on se débrouille avec ce qu'on pioche. Lucas, Maguy, Mia et Paul le savent bien alors qu'ils s'installent dans le Paris-Quimper ce jour-là. Et les quatre voyageurs comprennent très vite que ce train ne les emmènera pas à destination. Du moins, pas celle qu'ils attendaient. Mais ils sont prêts à se laisser porter par les vents bretons. Pourvu qu'ils soufflent assez fort pour les remettre sur les rails.
Et s'il était l'heure de tout envoyer valser ? De s'ouvrir à l'inconnu assis à côté de vous ? Dans cet aller simple où l'on embrasse l'inattendu et savoure des rillettes aux ormeaux, le plus sûr chemin pour la joie s'appelle l'île de Groix.


Mon avis :


“Que le spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime...” Quelle sera votre rime ?

Lorraine Fouchet nous embarque dans une escapade un peu folle, un peu douce, un peu salée — comme les embruns de l’île de Groix où tout commence. Quatre personnages cabossés, Lucas, Maguy, Mia et Paul, montent dans un train sans savoir qu’ils vont en descendre transformés. Ils ont en commun cette question qui nous traverse tous un jour : Et si on osait changer de voie ?

On s’attache à eux, à leurs failles, à leurs élans. On sourit devant Crétin, ce chien au nom improbable tout droit sorti d'une bande dessinée, mais au cœur immense, qu’on voudrait tous adopter. On écoute les échos de leurs films préférés, ces phrases qui résonnent comme des mantras : “Quel est votre rêve ?”, “Nous sommes nos propres choix.”

Et puis il y a le Hygge — cette douceur danoise que Mia veut offrir à Maguy, comme un plaid sur les épaules quand le vent se lève. Il y a les silences, les retrouvailles, les solitudes qui s’apprivoisent. Il y a Tobias, discret et lumineux. Et il y a cette porte ouverte sur la mer, comme une promesse.

Ce roman, c’est un aller simple vers un ailleurs possible. Pas tout à fait un happy end, mais une fin qui respire. Une fraction de seconde pour croire que la joie, parfois, se niche dans le simple fait de se faire confiance.

Enfin, on referme le livre avec un sourire en coin, un soupir léger. Comme si, quelque part, on avait voyagé un peu avec eux. Comme si, nous aussi, on avait osé rêver à voix haute. Un Aller Simple pour la Joie nous rappelle que parfois, il suffit d’un détour, d’un regard, d’un chien nommé Crétin, pour que la vie reprenne des couleurs. Et si on s’autorisait, nous aussi, à tendre vers le Hygge — juste une fois, pour voir ?

mardi 2 septembre 2025

LES HEURES FRAGILES de Valérie GRIMALDI

 

LES HEURES FRAGILES

Autrice : Virginie GRIMALDI

Livre audio : Écouter Lire
ou
Aux Éditions Flammarion

Diane a toujours eu des rêves simples. Un mari, deux enfants, un métier qui lui plaît, c'est plus que ce qu'elle osait espérer. Le jour où Seb la quitte, son monde vacille. Absorbée par sa peine, elle ne voit pas que le drame se joue ailleurs. Tout près d'elle, dans cette chambre qui fait face à la sienne, les rires de sa fille s'épuisent. Lou a seize ans, le mal de grandir, et son premier chagrin d'amour lui arrache plus que des larmes. Quand Diane comprend, elle est prête à tout pour l'aider. Y compris à retourner vers un passé qu'elle avait fui. Ensemble, mère et fille marchent sur un fil. Sous leurs pas, le torrent de la vie gronde et emporte avec lui les heures fragiles.


Mon avis :

Ce roman, c’est comme un nougat tendre et croquant à la fois. Virginie Grimaldi nous raconte les heures fragiles de Lou et Diane, mère et fille en quête d’équilibre. Lou traverse la transition de l’enfance à l’adolescence avec une anxiété constante. Un chagrin d’amour la terrasse, au point qu’elle décide d’intégrer "Les Aiglons", un centre spécialisé dans la gestion du mal-être.

Diane, elle, vit dans un monde centré sur son couple avec Sébastien, leur fils Tom, et Lou, née d’une précédente union. Elle voudrait protéger ses enfants de toute blessure, les envelopper dans un cocon sans contrariété. Mais sa propre peine, ses angoisses enfouies, ont été perçues par Lou. Elles ne se comprennent plus.

Face à cette crise, Diane décide d’affronter son passé pour mieux accompagner sa fille.

Entre douleurs, sarcasmes, humour et tendresse, ce roman explore avec finesse les turbulences de la relation mère-fille. Diane et Lou devront franchir bien des écueils pour se retrouver, recomposer leur famille et grandir ensemble. Car les heures fragiles s’invitent à chaque étape de nos vies, sans qu’on les ait choisies, et il faut apprendre à les traverser.


La vie est une source inépuisable de petites joies et d’instants vacillants, que l’on peut surmonter à condition d’accepter qu’ils ne durent pas. Virginie Grimaldi tend le fil de l’histoire avec délicatesse, et même à l’épilogue, on s’y accroche encore, espérant que Diane puisse enfin souffler sur le passé pour vivre pleinement le présent.

Un roman qui murmure à l’oreille des mères et des filles, et qui rappelle que derrière chaque silence adolescent se cache une histoire à écouter.



dimanche 31 août 2025

L'APPELÉ de Guillaume Viry

 

L'APPELÉ

Auteur : Guillaume Viry

Aux Éditions du Canoë

Jean est appelé en Algérie en 1962. De retour en France, c'est à l'âge de trente ans qu'il meurt lors d'un dernier séjour à l'asile. Soixante ans plus tard, il suffit de presque rien, d'une confusion de prénom, pour que le passé surgisse comme une déflagration. Guillaume Viry narre le temps fracassé, et la folle histoire de la guerre d'Algérie et ses échos contemporains. Dans ce premier roman, l'auteur bouleverse et cristallise l'ampleur d'une tragédie.
Tout de blancs, de non-dits et de silences, L'Appelé révèle un écrivain.





Mon avis :


En un peu plus d’une centaine de pages, Guillaume Viry nous entraîne dans la vie de Jean, jeune appelé en Algérie, à travers une écriture poétique qui tente de dire l’indicible. Jean revient marqué à jamais par ce qu’il a vu : l’assassinat brutal de ses camarades de garde, égorgés en représailles, mais aussi les exactions commises par l’armée française — tortures, humiliations, violences infligées au nom d’une « pacification ». La guerre, des deux côtés, a révélé ce que l’être humain peut produire de plus sombre.

De tout cela, Jean ne parle qu’au vieux Marec, son chien, seul confident qui n’attend ni explication ni jugement. Sa famille, elle, minimise : on lui propose de reprendre sa place dans l’entreprise familiale. Dans les années 60, le travail est perçu comme une vertu cardinale, un exutoire, et la continuité de l’activité comme une évidence. Mais rien ne peut effacer les images qui le hantent.

L’auteur ne se limite pas à décrire un traumatisme : il met en lumière le poids du silence, l’absence de mots, et la difficulté de retrouver sa place dans un monde qui préfère tourner la page. Il rappelle aussi que certaines guerres restent absentes des manuels scolaires, comme si l’oubli pouvait protéger.

Ce roman, à la fois sobre et bouleversant, interroge la mémoire, la fragilité de la paix et la nécessité de transmettre ces histoires pour comprendre ce que la guerre laisse derrière elle : des vies brisées, des familles marquées, et des blessures qui se transmettent parfois de génération en génération.

Par sa forme poétique et son regard sensible, L’Appelé est un texte qui mérite d’être lu, partagé et discuté, tant pour ce qu’il raconte que pour ce qu’il nous invite à questionner sur notre rapport à l’histoire et à l’humanité.

Par son écriture singulière, Guillaume Viry donne à entendre une voix qui vacille entre souffle et silence, avant de se déployer dans une prose poétique, brute et fragile.Des phrases éclatées, des mots qui se répètent comme des coups sourds : la prose poétique de L’Appelé se lit comme un souffle, entre apnée et déflagration.




samedi 30 août 2025

VEILLER SUR ELLE de Jean-Baptiste ANDREA


     VEILLER SUR ELLE

Auteur : Jean-Baptiste ANDREA

Aux Éditions Collection Proche

Au grand jeu du destin, Mimo a tiré les mauvaises cartes. Né pauvre, il est confié en apprentissage à un sculpteur de pierre brutal et sans talent. Mais il a du génie entre les mains. Héritière du clan Orsini, Viola a passé son enfance à l’ombre d’un palais génois. Libre et passionnée, elle a trop d’ambition pour se résigner à la place qu’on lui assigne.
Ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Au premier regard, Viola et Mimo jurent de ne jamais se quitter. Liés par une attraction indéfectible, ils traversent des années de fureur quand l’Italie bascule dans le fascisme. Mimo prend sa revanche sur le sort, mais à quoi bon la gloire s’il doit perdre Viola ?




Mon avis :


Une fresque romanesque où l’art, l’amour et la liberté se dressent face aux vents de l’Histoire


L’auteur nous offre un roman construit comme une enquête, à travers le regard de Mimo — Michelangelo Vitaliani — qui, agonisant, se remémore ce qui a fait de lui un homme contraint de se cacher pour mourir. Autour de lui gravite le clan Orsini : deux frères, l’un ambitieux ecclésiastique, proche du Pape ; l’autre, séduit par les promesses d’avenir d’un dictateur en devenir. Leurré par l’illusion d’un pouvoir qu’on lui concède tant qu’il reste docile, il accepte d’être la main qui frappe dans l’ombre, à condition de ne jamais défier l’autorité souveraine. 

Le souffle historique du récit prend corps dans la voix de Viola, qui égrène à Mimo les noms de cinq vents balayant l’Italie, comme l’écho d’un futur inéluctable si nul ne se dresse contre la tempête. Elle les lui murmure pour qu’il les grave en lui et saisisse les enjeux de ce qui, bientôt, sculptera leurs destins.

Ce roman, à la fois captivant, poétique et dur, raconte le destin tragique d’une jeune femme assignée à une place qu’elle refuse. Brillante, elle se rêvait pilote d’aéronef, passionnée d’art, et fut la première à déceler le talent de sculpteur de Mimo. Pour certains, la connaissance est une prison ; pour d’autres, elle est liberté. Elle veut le meilleur pour ce garçon pas comme les autres, qui comprend son besoin de s’allonger, la nuit, sur une tombe, pour écouter le bruissement de l’obscurité, regarder les lucioles. Deux êtres différents, moins bien né pour l’un, mais enfermés dans la même prison, épris de liberté.

De cette rencontre naît l’absolu, celui qui scelle les destins jusqu’au dernier souffle. Un roman-fleuve, porté par la quête d’une statue, une Pièta, dont l’aura unique, puissante ferait la gloire de celui qui la posséderait — une création forgée par un amour fou.

Jean-Baptiste Andréa nous offre bien plus qu’une histoire : il nous confie une mémoire, celle de deux êtres qui ont sculpté leur liberté à coups de passion et de courage, dans un monde qui voulait les enfermer.

Fermer Veiller sur elle, c’est comme quitter une salle où résonne encore une musique qu’on n’oubliera pas. On reste là, un instant, à écouter le silence après la dernière note, le cœur serré par ce qu’on vient de vivre.


jeudi 28 août 2025

BANC DE BRUME de Sophie BERGER

 

BANC DE BRUME

Autrice Sophie Berger

Aux Éditions Gallimard

« Je suis restée l’enfant qui n’ose pas demander qu’on lui explique. Celle qui se tait. Celle qui entend le coup de téléphone tardif, qui sonde le ton de la réponse de sa mère, celle qui cherche des indices dans la voix des adultes, dans le brouhaha ambiant, dans le bruit du monde. »
D’Olivier et Yvonne, jeunes mariés morts dans un accident d’avion en 1976, leur nièce Alice n’a jamais rien su. La sidération a confisqué l’histoire. Devenue réalisatrice son, elle se lance dans une recherche qui la mène à recomposer leur destin. Alice scrute les photos, fouille les archives et articles de presse. De la bande-son rock’n’roll aux récits des témoins retrouvés émerge peu à peu l’écho d’une jeunesse des années 70. La preneuse de son explore le silence qui a entouré le drame familial, pour en découvrir les résonances dans le présent, au-delà de la seule sphère intime.
Délicat et juste, ce premier roman de Sophie Berger est une réflexion sur le deuil, et sur la nature du silence qui l’accompagne parfois d’une génération à l’autre.


Mon avis :

Sophie Berger nous invite à éprouver le vide laissé chez Alice par ces jeunes mariés, disparus trop tôt et relégués au silence. Il lui aura fallu se retrouver dans un grenier, découvrir une photo sépia pour enclencher ce besoin impérieux de les sortir du silence. 

Alice, preneuse de son, est à l’écoute des silences. Elle commence à investiguer. À défaut d’interroger sa propre famille, encore repliée dans un deuil muet, elle cherche ailleurs : dans les coupures de journaux, les dossiers de la gendarmerie, les voix de ceux qui étaient là. Peu à peu, le flou autour d’Olivier et Yvonne se dissipe. Ils ne sont plus seulement ces figures disparues trop tôt, mais des êtres incarnés, saisis dans leur élan, leurs fragilités, leur intensité.

Dans ce roman, il y a la brume du matin, celle du titre, mais aussi celle des souvenirs effacés, des liens interrompus. La narration, pudique, ne force jamais l’émotion. Elle laisse la place au ressenti, à l’écho discret de ce qui a été perdu, à l'enquête quasi policière d'une jeune femme qui a décidé que le silence devait être rompu pour raconter l'histoire de ce qui aurait pu être si le silence et la brume n'avait pas étouffé ce qui avait fait l'existence d'Olivier et Yvonne avant le drame.

Avec justesse et retenue, Sophie Berger explore les silences de la famille, ceux qu’on respecte sans toujours les comprendre. Elle signe un premier roman sensible, où la quête d’Alice devient celle de tous ceux qui ont grandi au bord d’un vide, sans jamais avoir pu y poser de mots.

En refermant ce livre, il reste une sensation flottante, comme une brume qui mettrait les cœurs à nu. Celle d’avoir approché, avec pudeur, ce qui continue à vivre même dans l’absence.




lundi 18 août 2025

LE SECRET DE JEANNE de Sophie Astrabie

 

Le Secret de Jeanne

Autrice Sophie Astrabie

Aux Éditions Flammarion

Alors qu'elle pensait son père mort depuis dix-sept ans, Alexandra apprend son décès. Elle n'ose interroger sa mère, mais quand elle découvre un plan de la maison de sa grand-mère indiquant la présence d'une porte cachée, elle ne peut s'empêcher de fouiller. Ainsi ressurgissent les secrets de Jeanne, une éleveuse d'oies dans les années 1930, et de Nicole, une femme mariée des années 1980.







Mon Avis :

Il y a des romans qui vous happent sans bruit, comme une porte entrouverte sur un passé qu’on croyait oublié. Le Secret de Jeanne fait partie de ceux-là. Trois femmes, trois voix, une mémoire qui ne demande qu’à être entendue.

Jeanne est née en milieu rural, gardienne d'oie, elle vit une vie tranquille et oisive, jusqu'à ce qu'un drame l'oblige à 14 ans à "monter à Paris", y rejoindre une cousine. La tendresse n'a pas sa place dans ce monde rude où seule la nature offre un peu de beauté. Jeanne est sensible à la beauté.

Nicole se sent moins désirée que sa soeur Claudine, plus jolie, mieux aimée. Elle convoite toutes deux le beau Jacques. Finalement, Nicole aimera Marc, l'ami de Jacques. Marc a cela de commun à Nicole de se sentir comme un second choix, toujours en compétition avec Jacques. Des rivalités toxiques.

Alexandra ne sait pas grand chose de son enfance sinon que son père est mort lorsqu'elle avait 4 ans dans un accident de circulation. Le coup de fil d'un notaire lui annonçant la mort de son père va totalement bouleverser ses certitudes.

Ce roman nous parle des non-dits, des secrets de familles qui même inconnus ont un impact inconscient sur les générations suivantes. Nous sommes la somme de nos choix, même s'ils sont parfois dictés par l'absence de connaissance du passé des générations précédentes.

Les personnages sont attachants, résilients, des femmes fortes et fragiles à la fois. Sophie Astrabie de son écriture romanesque questionne la place des femmes, leur instinct de protection, leur vie laborieuse mais passionnée comme celle de Jeanne aux portes de la Guerre. La petite Jeanne, si naïve, tombée amoureuse de l'art et d'un peintre capable de poser des émotions sur une toile et de s'en affranchir dans la vie de tous les jours en ces temps troublés. 

Sophie Astrabie explore les secrets de famille, ces silences transmis comme des héritages invisibles, interroge la place des femmes dans une société où l’amour, la résilience et la douleur se mêlent sans toujours se dire.

Et puis il y a cette phrase de l'autrice : « La mémoire n’est pas récit, elle est matière.* » Un tableau glissé parmi d’autres, une douleur cachée à la vue de tous. Il faudra la volonté de Jeanne pour briser le cycle, pour qu’Alexandra reprenne les rênes de sa vie et comprenne enfin ce qui l’a précédée.

Un accrolivre doux et puissant, qui nous rappelle que nous sommes faits de ce que l’on sait… et surtout de ce que l’on ignore.

Pour en savoir plus : 

* https://www.bing.com/videos/riverview/relatedvideo?q=le+secret+de+jeanne+de+sophie+astrabie+youtube+vid%c3%a9o&mid=BF5BB68BE3A59CA27920BF5BB68BE3A59CA27920&FORM=VIRE