Jo est en fuite. L’état d’urgence démographique, déclaré trente ans plus tôt lorsque le monde a sombré dans le chaos, a pris un nouveau tournant. Désormais, ce sont toutes les filles de plus de 15 ans qui doivent se soumettre au Devoir de procréation ou rejoindre les Instituts de natalité. Aucune d’elles n’en est jamais revenue. Pourchassée par les autorités, le seul espoir de Jo est de rejoindre l'Union scandinave, encore libre de toute oppression. Mais son plan ne se déroule pas comme prévu. Pour passer la frontière, elle doit s'allier à Edgar, qui a vécu toute sa vie en autarcie et ignore tout du gouvernement qui fait régner la terreur. D'autant plus que le jeune homme a la fâcheuse tendance à attirer des fugitifs dans leur périple... Aculés, ils risquent le tout pour le tout et n'ont plus qu'un objectif : survivre.
Un univers d’un réalisme terrifiant dans une France dévastée, par la primo-romancière Tosca Noury. Prix des Halliennales 2025 et Prix Babelio 2026 Jeune Adulte.
Que ce roman dystopique soit primé n'est guère étonnant. Il y a tous les ingrédients d'une excellente dystopie : une dictature où les femmes deviennent les otages d'un régime qui, au prétexte de faire face à un virus, les relègue au rôle de ventres.
Les ingrédients de cette fiction ont beaucoup emprunté au réel. Une dictature qui s'attaque à la culture et s'empresse de sélectionner les lectures autorisées dès l'école, cela ne vous rappelle rien ? Les jeunes filles que l'on marie à des hommes plus âgés pour qu'elles enfantent ? Ces instituts pour célibataires ne sont-ils pas proches de l'abomination du Lebensborn ? Tosca Noury assume avec brio cet emprunt au réel pour alimenter son plaidoyer féministe et donner à réfléchir à la jeune génération de Dissidentes.
Attention, ce n'est pas une bluette ! Petit Trigger Warning, comme on dit aujourd'hui : certaines scènes peuvent heurter par leur violence, notamment lorsque Jo est agressée.
J'ai beaucoup aimé la galerie de personnages. Jo, la battante dénoncée par l'homme qu'elle a rejeté. Edgar, le naïf préservé du monde par son grand-père. Virgile et Côme, deux faces d'un même miroir antagoniste, entre amour-haine et convictions opposées. Et puis Clay, mariée très jeune, fragile et mordante à la fois, qui refuse de subir le sort qui lui est dévolu.
Kosmos, les naturalistes et les dissidentes vont se confronter pour nourrir les pages d'un véritable "accrolivre". Et oui... comme lorsque, au milieu d'un champ de bataille où le sang et la tripaille se répandent, un coquelicot fragile émerge, l'amour s'invite même s'il ne dit pas son nom.
La construction du roman est hyper efficace : chapitres courts, alternance des voix, décrets officiels et les extraits du journal d'Alma, qui vit de plein fouet le programme de natalité du gouvernement et l'exploitation de l'utérus des femmes "valides" pour pallier à un virus de laboratoire qui s'est répandu hors contrôle. Cela vous rappelle quelque chose ?
Compte tenu de la violence faite aux femmes, parfois décrite en termes crus, je pense que ce roman ne doit pas être mis entre toutes les mains avant 16 ans.
Pour aller plus loin, écouter l'autrice raconter la genèse de son roman

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