vendredi 22 mai 2026

Les disparues de la crypte de Mélodie Miller : un polar addictif


 LES DISPARUES DE LA CRYPTE

Autrice : Mélodie Miller
Aux Éditions SAKURA

Disparitions mystérieuses en Bourgogne - Un thriller psychologique captivant où un traumatisme d'enfance mène à une enquête implacable
Une crypte macabre à Chablis, une légende gravée dans la pierre et trois jeunes femmes disparues.
Plongez dans un polar psychologique français palpitant, où chaque nouvel indice brouille les pistes.
Alors que la journaliste Anna Blanchard affronte ses propres démons, les tensions avec le brigadier-chef Julien Vautrin montent d’un cran. Entre complicité et rivalité professionnelle, les deux enquêteurs devront dépasser leurs différences pour percer les secrets de la crypte...avant qu’un nouveau drame ne survienne.


Mon avis :


Dans ce billet relatif au second polar psychologique de Mélodie Miller, j'ai ajouté un lien vers son blog où elle explique pourquoi elle a écrit ce roman : 
La mariee-de-la-fosse-le-précédent-thriller-psychologique-de-melodie-miller

Il n'est pas indispensable d'avoir lu le premier opus des enquêtes de Anna Blanchard et Julien Vautrin pour plonger dans l'intrigue "des disparues de la crypte". Cependant, retrouver les deux protagonistes de l'enquête de "la mariée de la Fosse" permet de comprendre ce qui se noue entre eux depuis l'enfance.

Ce drôle d'aréopage gendarme-journaliste fonctionne à merveille. Chacun a un sens aigu de la quête de la vérité et un engagement total dans son métier ; ce couple indépendant fonctionne parfaitement. L'enquête leur permet de se challenger pour qu'il n'y ait pas d'autres disparues.

L'autrice donne le sentiment d'avoir toujours vécu en Bourgogne, d'être attachée à son patrimoine. On découvre des descriptions fines des lieux et des ambiances. La région a malheureusement eu son lot de serial killer, ce qui se prête parfaitement à la création de ce polar ancré dans le territoire.

Les raisons pour lesquelles celui-ci opère pour garder plutôt que détruire sont intrIguantes et captivantes

Mélodie Miller réussit à nous embarquer, à nous balloter au gré de fausses pistes intelligemment menées. Les personnages sont ancrés, crédibles. L'histoire est solidement enracinée dans son époque et son décor. Les personnages secondaires sont bien développés et servent à étoffer l'intrigue. Cela permet de créer une dimension supplémentaire pour les personnages principaux en dehors du cadre de la romance "Je t'aime, moi non plus".

L'écriture est fluide, l'enquête haletante et la relation entre Anna et Julien, nous imposent ce roman comme un accrolivre.

Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé ce roman très visuel, presque sensoriel. Je l'imagine très bien adapté en série. J'espère que l'autrice sera inspirée pour prolonger l’histoire d’Anna et de Julien, afin de nous faire vivre quelques émotions fortes à travers leurs aventures policières et continuer à faire vibrer de concert leurs coeurs adulescents.

Note 5/5


mercredi 20 mai 2026

La Fille d'Avignon de Francesca Rizzoni — Fable ou rendez-vous manqué ?

LA FILLE D'AVIGNON
Autrice Francesca Rizzoni

Aux Éditions HÉLIOPOLES_78 pages

C'est l'histoire d'une femme que l'on appellera Geneviève.
C'est l'histoire de Louis qui en tombe immédiatement amoureux.
C'est l'histoire de cette femme, enceinte, muette, retrouvée dans les sous-sols du parking du Palais des Papes à Avignon, qui va trouver refuge dans les coulisses du théâtre Garance.
C'est une histoire de jeu, de séduction, de silence et de mensonges.

Présentation des Editions heliopoles_La-fille-d-avignon_parution 2025


Mon avis :  

Ce court roman avance comme une scène de théâtre : deux personnages, un décor minimal, une situation qui bascule en quelques secondes. Ce qui frappe d’emblée, c’est le contraste entre la vulnérabilité extrême de cette jeune femme enceinte, à genoux au sol, et l’indifférence générale qui l’entoure. Tout le monde passe. Personne ne s’arrête. Sauf lui.

Louis, grand échalas un peu lunaire, homme de théâtre, est le seul à lui tendre la main. Et c’est là que le roman joue avec une frontière délicate : la jeune femme, en état de choc, se laisse emmener sans résistance, sans méfiance, sans même chercher à comprendre où il l’emmène. Un choix narratif qui peut agacer par son manque de vraisemblance… mais qui crée aussi une atmosphère étrange, presque suspendue, comme si les personnages évoluaient dans un monde légèrement décalé du réel.

On avance alors dans une attente fébrile : Qui est-elle ? Pourquoi ce mutisme ? Pourquoi accepte-t-elle tout sans un mot ? Et surtout : qu’est-ce que Louis projette sur elle, dans ce mélange de protection, de trouble et de maladresse ?

Le roman fonctionne comme une rencontre atypique, toute théatrale ou cinématographique, où l’on sent que quelque chose se joue sous la surface sans que l'on puisse le définir. Un roman à l'écriture dense et délicate à la fois, très court. La chute inattendue laisse un sentiment mitigé, était-ce un conte des temps moderne ou une fable à la morale convenue ? Note : 3,5/5




mardi 5 mai 2026

ICI COMMENCE MON PÈRE de Céline BAGAULT

 

ICI COMMENCE MON PÈRE
Autrice : Céline Bagault

Aux Éditions de l'Olivier

« On a retrouvé le corps de ton père. »
Quand elle apprend cette nouvelle, six ans après la disparition de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, la narratrice se demande comment prendre la mesure de ces années de doute et d’attente. Comment raconter cette histoire et faire entendre l’errance qui s’est glissée dans l’intervalle ? Comment signifier que, pendant un temps infini, son père avait disparu à jamais ?
La narratrice revient sur cette échappée et la mobilisation de la famille qui part à la recherche du fugitif. Une cérémonie est finalement organisée alors que le corps du « peut-être défunt » est absent.
Des années plus tard, une fois le corps retrouvé, la vérité échappe encore et de nouveaux récits s’échafaudent.
Avec une écriture précise et sensible, Céline Bagault explore toutes les facettes d’une disparition.



http://www.editionsdelolivier.fr/rechercher?utf8=%E2%9C%93&q=c%C3%A9line+bagault


Mon avis

Le choc de la disparition et l'attente

Ce premier roman d'une grande délicatesse nous livre tout le chemin à parcourir pour accepter une réalité dramatique. Le père avait bien quelques absences mais sa compagne était là. Cette présence lui permet de ne pas se confronter à la réalité de la maladie. 

Lorsque à bout de force, la compagne propose qu'il soit hospitalisé, là encore la réalité fait brutalement surface mais il sera entouré d'une équipe aguerrie alors il n'y a pas à s'en faire. C'est alors qu'un instant suffit à ce qu'il échappe à la vigilance de l'hôpital. Six longues années après son échappée, la terrible annonce : "on a retrouvé le corps de ton père". "Le corps de ton père" une locution brute qui éradique tout espoir si infinitésimal soit-il.

La nature comme lieu de résilience

Il aimait tant la nature, le voilà devenu elle. C'est ainsi que l'autrice avec tendresse et délicatesse retrace la vie de son père et sa perte en l'associant à la nature. Il n'est plus un corps, il est un tout universel. Où qu'elle soit dans la campagne, il est là.

Dans ce récit autobiographique, le réel est dans le factuel. Un père disparu dont on retrouve le corps six longues années plus tard. Alors ce qui ne pouvait être dit, seulement soupçonné, devient le fondement d'une recherche pour le retrouver à travers les souvenirs de moments partagés. Une résilience feutrée par les années passées à attendre que la réalité comble le fossé de l'attente. Il est à nouveau là. Les souvenirs sont parfois si lointains qu'ils en deviennent brumeux, évanescents mais les mots apaisent les maux. Raconter par l'oralité ou l'écriture c'est le faire vivre à nouveau dans ce qu'il offrait de meilleur.

Ma conclusion : 

Ce roman se lit d'une traite, on vit avec Céline Bagault le déni de la maladie, les recherches, l'attente, la vie entre parenthèse et la perte. L'écriture est délicate, précise, elle vous plonge dans la tension de l'attente et la résilience d'un postulat, finalement ce père sera toujours là à travers les saisons.

⭐⭐⭐⭐



jeudi 26 mars 2026

PAS D'ICI - d'Espérance Garçonnat - Premier roman – Atmosphère insulaire – Renaissance intérieure


 PAS D'ICI

Autrice : ESPÉRANCE GARÇONNAT

Un homme fuit son passé jusqu`à en perdre son nom. Il se réfugie dans le village d`une île italienne. Renommé Pezzettino par les habitants, il intègre la vie locale, découvre ses coutumes et ses rituels. Au village de Fermagina, bien loin du continent, la vie échappe à la frénésie du monde et à ses impératifs surfaits. Dans le café tenu par Armando, Pezzettino se noue d`amitié avec Lucio, gardien des secrets du lieu. Embauché comme précepteur par La Zia, matriarche d`une famille lourde de non-dits, il est séduit par Manuela aux yeux de miel... Porté par une écriture envoûtante et sensuelle, à l`élégance déjà affirmée, ce premier roman excelle à décrire la beauté sauvage d`une île méditerranéenne. Il relate avec sensibilité la renaissance d`un homme qui se délivre pour, enfin, vivre.


Mon avis : Premier roman – Atmosphère insulaire – Renaissance intérieure

Un personnage en quête de paix

Une silhouette qui traverse le village, une sacoche sous le bras, Pezzettino se rend chez la Zia pour donner des cours à un gamin en difficulté scolaire. Le môme s'ennuie, il aime les histoires que lui conte Pezzettino. La Zia, elle, profite d'escapades entre copines.

Pezzettino ou l'éloge du temps à contempler. Il n'attend rien. Trouver la paix, s'émerveiller d'un rien, raconter des histoires, s'en laisser conter. Le bonheur simple d'une place de café où Lucio attend.
Puis il y a Manuela, ses yeux de miel, la redécouverte du désir.

Une atmosphère insulaire délicatement rendue

Espérance Garçonnat brosse le portrait d'un homme et d'une île refuge, la plume est sensible. C'est un roman qui plonge le lecteur dans une atmosphère typiquement insulaire, tranquille mais où derrière les volets les secrets se cachent. L'homme réfugié là trouvera sa place et l'écriture décrit son cheminement délicatement, sans brusquerie, comme on délivre un animal d'un piège qu'il laissera loin derrière lui.

Une renaissance écrite avec douceur

Pezzettino a laissé son passé hors de l'île, comme des oripeaux tragiques, ses traumatismes se disloquent offrant une mise à l'abri de l'âme après le fracas. L'île n'est pas un décor, c'est le pansement nécessaire à une blessure muette.

Un premier roman où tout est description lente d'une renaissance sage et apprivoisée.

Pourquoi lire Pas d’ici ?

  • Pour son atmosphère méditerranéenne envoûtante

  • Pour la douceur de son écriture

  • Pour la beauté de ce personnage qui se reconstruit

  • Pour la finesse avec laquelle l’autrice évoque les blessures et la guérison

  • Pour un premier roman qui prend son temps, et nous invite à faire de même


mercredi 4 mars 2026

GRAND PRINCE de Alexia STRESI

 

GRAND PRINCE

Auteure : Alexia Stresi

Aux Éditions Flammarion

L’existence, c’est formidable, paraît-il.
C’est surtout long, estime Simone Guillou.
À 85 ans, elle pense heureusement avoir fait le plus gros. Il ne peut plus rien lui arriver.
Vraiment ?
Elle ne le sait pas, Simone. Elle est à mille lieues de s’en douter.
Mais la vie lui réserve enfin une surprise.
À Barthon-en-Retz, entre Atlantique et campagne, il sera question d’un crapaud en ciment, d’une enquête pas tout à fait policière, de la récolte du sel et d’amour.
Ah, et aussi de Pierre Soulages. Le peintre ? Oui, le peintre.
Après le succès "Des lendemains qui chantent", Alexia Stresi signe un roman lumineux qui confirme son talent pour créer des personnages inoubliables.
"Grand prince" raconte l’inattendu renouveau d’une vie.


Mon avis :

Alexia Stresi nous embarque dans une histoire tendre et délicate, teintée de poésie à la Amélie Poulain. Un crapaud qui décide de voyager alors qu'il n'avait jamais quitté son bout de jardin, ce n'est pas banal.

Ce n'est pas que Simone l'ait jamais trouvé beau ce crapaud de béton. Mais après tant d'années dans son décor, le lui enlever c'est un crime qui ne peut rester impuni.

Le gendarme Vincent Descote se retrouve bien démuni devant la détresse de cette vieille dame de 85 ans, sans histoire, qui s'évanouit en découvrant l'absence de sa décoration de jardin. 

Avant cette étrange péripétie, Simone se levait plus par devoir que par envie. Entre un fils accaparé par son travail et une petite-fille, Céline, son véritable soleil, mais happée par sa propre vie, Simone s'effaçait tranquillement. Entre lassitude et solitude, elle déclinait presque à bas bruit sans que ses proches ne semblent le voir. 

Simone veut savoir vers quelle destination ce fidèle amphibien de jardin a bien pu prendre son envol. le roman se déroule délicatement au gré des découvertes que ces recherches lui imposent. Simone décide enfin de vivre l'instant avec tout l'allant que lui permet son grand âge. Elle reprend les rênes de son destin avec entrain. 

Simone, entre fragilité et force nous transperce le cœur, nous amuse. On aimerait tant que toutes les Simone de la terre aient leur crapaud pour décider "A nous deux, la vie" !

Ce roman c'est un hymne à l'amour filial, aux liens intergénérationnels à cultiver. J'en suis sortie avec un sentiment de plénitude, de nostalgie et un sourire aux lèvres.

La construction du roman, alternant ce que l’on devine être des interviews des proches et la narration intime de Simone, offre une progression subtile. Elle fait de Simone plus qu’une grand‑mère : un symbole de résilience et de réinvention.

Et vous, quel est le dernier livre qui vous a donné le sourire ?

⭐⭐⭐⭐