ICI COMMENCE MON PÈRE
Autrice : Céline Bagault
Aux Éditions de l'Olivier
« On a retrouvé le corps de ton père. »
Quand elle apprend cette nouvelle, six ans après la disparition de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, la narratrice se demande comment prendre la mesure de ces années de doute et d’attente. Comment raconter cette histoire et faire entendre l’errance qui s’est glissée dans l’intervalle ? Comment signifier que, pendant un temps infini, son père avait disparu à jamais ?
La narratrice revient sur cette échappée et la mobilisation de la famille qui part à la recherche du fugitif. Une cérémonie est finalement organisée alors que le corps du « peut-être défunt » est absent.
Des années plus tard, une fois le corps retrouvé, la vérité échappe encore et de nouveaux récits s’échafaudent.
Avec une écriture précise et sensible, Céline Bagault explore toutes les facettes d’une disparition.
http://www.editionsdelolivier.fr/rechercher?utf8=%E2%9C%93&q=c%C3%A9line+bagault
Mon avis :
Le choc de la disparition et l'attente
Ce premier roman d'une grande délicatesse nous livre tout le chemin à parcourir pour accepter une réalité dramatique. Le père avait bien quelques absences mais sa compagne était là. Cette présence lui permet de ne pas se confronter à la réalité de la maladie.
Lorsque à bout de force, la compagne propose qu'il soit hospitalisé, là encore la réalité fait brutalement surface mais il sera entouré d'une équipe aguerrie alors il n'y a pas à s'en faire. C'est alors qu'un instant suffit à ce qu'il échappe à la vigilance de l'hôpital. Six longues années après son échappée, la terrible annonce : "on a retrouvé le corps de ton père". "Le corps de ton père" une locution brute qui éradique tout espoir si infinitésimal soit-il.
La nature comme lieu de résilience
Il aimait tant la nature, le voilà devenu elle. C'est ainsi que l'autrice avec tendresse et délicatesse retrace la vie de son père et sa perte en l'associant à la nature. Il n'est plus un corps, il est un tout universel. Où qu'elle soit dans la campagne, il est là.
Dans ce récit autobiographique, le réel est dans le factuel. Un père disparu dont on retrouve le corps six longues années plus tard. Alors ce qui ne pouvait être dit, seulement soupçonné, devient le fondement d'une recherche pour le retrouver à travers les souvenirs de moments partagés. Une résilience feutrée par les années passées à attendre que la réalité comble le fossé de l'attente. Il est à nouveau là. Les souvenirs sont parfois si lointains qu'ils en deviennent brumeux, évanescents mais les mots apaisent les maux. Raconter par l'oralité ou l'écriture c'est le faire vivre à nouveau dans ce qu'il offrait de meilleur.
Ce roman se lit d'une traite, on vit avec Céline Bagault le déni de la maladie, les recherches, l'attente, la vie entre parenthèse et la perte. L'écriture est délicate, précise, elle vous plonge dans la tension de l'attente et la résilience d'un postulat, finalement ce père sera toujours là à travers les saisons.
⭐⭐⭐⭐

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