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jeudi 20 août 2026

LA PORTEUSE DE LETTRES de Francesca GIANNONE

 

LA PORTEUSE DE LETTRES

Autrice : Francesca GIANNONE

Aux Éditions Le LIVRE DE POCHE

Italie, années 1930. Un car s’arrête sur la place de Lizzanello, petit village des Pouilles. Carlo, l’enfant du Sud, en descend, accompagné d’Anna, sa femme. Originaire du Nord, celle-ci découvre une terre inconnue, figée dans le temps, écrasée par le poids des traditions. Anna ne va pas à l’église, aime lire, est curieuse. Elle est, aux yeux des villageois, «  l’étrangère  ». Contre l’avis de Carlo, elle devient la première postière de Lizzanello. Pendant plus de vingt ans, d’abord à pied puis à bicyclette, elle délivre le courrier  : les missives des amants  ; les lettres des hommes envoyés au front ou partis chercher fortune à l’étranger. Trait d’union entre les habitants du village, Anna connaît tous les secrets. Mais il en est un qu’elle gardera jusqu’à sa mort.
Au gré des événements de l’Histoire, Francesca Giannone, qui s’est inspirée du passé de son arrière-grand-mère factrice, dresse le portrait d’un esprit libre et livre une bouleversante histoire d’amour.

Malgré les drames, les désirs inassouvis, une ambiance lumineuse règne sur ces pages. Laurence Caracalla, Le Figaro magazine.

Prix Bancarella des libraires.

Mon avis : 

« Le savoir, c’est le pouvoir. » Francesca Giannone, La Porteuse de lettres

Une pionnière extraordinaire qu'il ne faut pas laisser dans l'oubli

Francesca Giannone nous offre une fresque de l'Italie de 1934 à 1961 au cœur d'un village des Pouilles ancré dans son époque.

Arrive Carlo, l'enfant du pays de retour pour prendre possession d'un héritage qui le met à l'abri du besoin. Une maison, des terres. Anna, enfant du Nord de l'Italie, épouse de Carlo, souffre déjà de la chaleur dès la descente du car qui les a amenés à Lizzanello avec son fils.

Pour les habitants de Lizzanello, Anna est l'étrangère. Celle qui ne va pas à l'église. Invitée chez sa belle-sœur, elle ne connaît pas les conventions qui font d'elle l'aide-cuisinière de la maîtresse de maison. Institutrice, elle aime lire. Les livres, elle va les partager, ils seront le fil de messages subliminaux qui éclaireront sa vie. Il n'y a malheureusement pas de poste pour elle à son arrivée mais elle refuse d'attendre son mari à la maison. Il lui faut travailler, être indépendante. Cela dépasse l'entendement de sa belle-sœur.

Voilà que le facteur décède brutalement. Anna n'y réfléchit pas à deux fois. Elle postule. Elle est instruite, elle pourra donc faire la tournée sans mal. Elle est embauchée contre l'avis de son mari et du village tout entier. Ce n'est pas un métier de femmes.

Anna connaît ainsi tous les petits secrets du village. Indépendante, volontaire, à l'écoute, elle sera à l'initiative de la Maison des femmes. Protéger les femmes de la violence conjugale, c'est indispensable pour elle. Elle ne conçoit pas que l'argent laissé à sa disposition ne serve pas à l'émancipation des femmes. Le savoir, c'est le pouvoir.

Carlo est un homme heureux de revenir chez lui, entouré de ceux qu’il aime. Il retrouve sa terre, ses racines, son frère, son village, avec la joie simple de celui qui revient au pays. Mais son passé n’est pas aussi paisible qu’il le croit, et certaines vérités le rattrapent. Il tente de concilier son rôle d’époux, de père et d’homme du village, parfois avec maladresse, parfois avec une grande noblesse. Carlo n’est pas parfait, mais il est profondément humain : il se trompe, il se reprend, il apprend. Son chemin est celui d’un homme qui cherche à faire au mieux dans un monde où les conventions pèsent lourd.

La sororité, le combat contre le patriarcat, le besoin d'égalité, le secret, la guerre, le fascisme, ce roman vous embarque, vous ballote d'émotions en émotions pour vous laisser un sourire doux-amer à l'épilogue. Quel personnage cette Anna ! Faite de résilience, de droiture et de colère sourde, elle avance. L'humanité des personnages tient dans ce que l'amour est leur moteur même si l'absolu réside parfois dans ce que l'on se refuse à vivre pour ne pas briser les conventions.

Un très joli moment de lecture.

Pour aller plus loin : 

Interview de Francesca Giannone La porteuse de lettres, BIBLIOSURF

samedi 28 juin 2025

Les Orphelins de Löwengold_L'héritier d'Ézequiel de Stéphane Nançoz

LES ORPHELINS DE LOWENGOLD 2

L'Héritier d'Ézéquiel

Auteur Stéphane Nançoz

Aux Éditions JLB-ÉDITIONS Collection La Tête dans les Nuages

Cinq pour nous sauver !
Après s'être enfuis de la prison du Pandénium les cinq Protecteurs novices sont de retour à Löwengold. Ils trouvent une Terre dévastée, dominée par les armées du Seigneur des Ombres. Les survivants sont soumis aux volontés des démons.
Nicolas, Roxanne, Jean-Louis, Suzanne et Enzo, Maître du Feu, de l'Air, et de l'Eau se lancent dnaqs une guere sans merci poour éliminer les créatures de l'Enfer. Mais dans ce Monde des Ténèbres, ou seule une poignée de résistants luttent encore à leurs côtés, leur défaite semble inévitable. L'extinction des Protecteurs aussi !
Aidé pra une mystérieuse Enchanteresse et une fils des puissants Veilleurs, Nicolas trouvera-t-il un moyen de vaincre le tout-puissant Seigneur des Ombres sans sacrifier la vie de ses amis ? Le salut viendra-t-il de ce manuscrit ancien qui évoque les pouvoirs ancestraux de la lignée d'Horus ?
La fin de l'humanité est proche. Quoi qu'il arrive tout se terminera ici !
 

Mon avis :

430 pages d'une épopée qui tient en haleine, avec un final apocalyptique qui capte jusqu'à la dernière ligne du roman.

Dans ce second tome, l'auteur rend un hommage appuyé à J.R.R. Tolkien : les célèbres Orques, créatures démoniaques, font leur apparition, tandis que l'Oeil dans le ciel, réminiscence de l'Œil de Sauron, se transforme cette fois en symbole de bien, avec Nicolas et Horus, dans un rôle protecteur. L'univers se nourrit également de mythes et légendes, comme ceux de la Dame Blanche, de Bloody Mary ou de Baba Yaga, créant une toile de fond riche et intrigante.

Les jeunes novices, désormais âgés de 17 ans, sont attachants, même si certains d'entre eux auraient mérité un traitement plus approfondi.

Dans le premier tome, où les orphelins n'avaient que 10 ans, les dialogues paraissaient parfois étonnamment matures pour leur âge, ce qui affaiblissait la crédibilité des interactions. Stéphane Nançoz semble avoir corrigé ce déséquilibre dans L'Héritier d'Ézéquiel. Les protagonistes, comme Nicolas et Roxanne, ont des échanges plus en phase avec leurs préoccupations d'adolescents, ce qui renforce leur réalisme et rend leurs dilemmes intérieurs plus palpables. Ce travail sur les dialogues permet de mieux comprendre leurs conflits internes et de donner plus de profondeur à leurs choix, notamment lorsqu'ils sont tiraillés entre devoir et aspirations personnelles.

Si les protagonistes principaux sont bien développés, certains personnages secondaires, comme la mère supérieure et le nécromant, jouent des rôles cruciaux dans l’intrigue. Ces personnages porteurs de mystères et de tensions enrichissent l'univers du roman. Bien que leur impact soit indéniable, leur profondeur reste partiellement cachée, laissant au lecteur une impression de non-dit qui attise la curiosité. J'aurais aimé en apprendre davantage sur leur passé et leurs motivations profondes, mais cette part d'ombre n'en est pas moins un atout narratif, intensifiant leur aura mystérieuse.

Les batailles sont épiques, et des personnages comme Maximilian de Rais, dont la tentation de rédemption masque une complexité morale profonde, devront faire face aux conséquences de leurs actes. Comme dans les légendes et les contes, la dimension morale du récit est à découvrir.

L'Héritier d'Ézéquiel m'a donné envie de poursuivre l'aventure dans l'univers de Löwengold et de découvrir la suite d'une histoire qui mêle mystère, action et réflexion.

Si vous souhaitez découvrir d'autres avis : 
https://www.babelio.com/livres/Nancoz-Les-orphelins-de-Lwengold-tome-2--LHeritier-d/1853828

✰✰✰✰

samedi 3 mai 2025

LA DERNIÈRE LISTE DE MABEL de LAURA PEARSON, Une histoire de femmes intergénérationnelle

 

LA DERNIÈRE LISTE DE MABEL

Autrice : Laura Pearson

Aux Éditions de l'Archipel

Il n’est jamais trop tard pour s’ouvrir aux autres... et à soi-même.
À la mort de son mari Arthur, Mabel découvre l’ultime liste qu’il a dressée pour elle. Ou plutôt ce mot énigmatique : Trouver D.
Persuadée qu’il s’agit de Dot, l’amie dont elle était amoureuse soixante ans plus tôt avant d’épouser Arthur, et dont elle est depuis sans nouvelles, Mabel part à sa recherche.
Une quête qui va l’amener à remonter le temps, faire de belles rencontres et, surtout, caresser l’idée qu’il est peut-être encore possible de trouver le bonheur…
Grâce à la magie du bouche-à-oreille, ce roman de femme sur les femmes, original, sensible et émouvant, a conquis le monde anglosaxon, où il s’est vendu à plus de 400 000 exemplaires.
Pour la première fois traduite en français, Laura Pearson est l’autrice de sept romans. Elle vit en Angleterre dans la région de Leicester.


Mon Avis :

Laura Pearson a raison "la vie n’épargne personne", pourtant, il faut avancer, apprendre encore et toujours. Se reconstruire et parfois, regarder en arrière pour comprendre ce qui a été perdu. Le roman nous offre cette confrontation entre générations, entre passé et présent, entre ce que l’on n’a pas osé vivre et ce que l’on peut encore saisir.

Mabel, en rencontrant Erin, se voit peut-être dans un miroir qu’elle n’a jamais osé affronter. Elle comprend cette douleur d’être rejetée pour ce que l’on est, mais à son époque, elle n’a pas eu le courage de risquer le regard des autres. 

À travers une galerie de personnages de différentes générations, Laura Pearson tisse une histoire où les regrets murmurent sous les silences, où les liens se redessinent avec le temps et où l’amour—sous toutes ses formes—reste un combat. Mabel, Erin, Patty, Kirsty, Julie… Ces femmes, si différentes mais malgré tout liées par une quête commune, nous confrontent à une question essentielle : que serait-il advenu si elles avaient choisi autrement ? Une lecture qui interroge autant qu’elle émeut, rappelle que nous sommes la somme de nos choix.

Même si le message de fond de l'histoire que nous propose Laura Pearson est : il n'est jamais trop tard pour s'ouvrir aux autres et à soi-même, je ne classerai pas ce roman dans la catégorie feel-good. Les thèmes abordés sont profond : le deuil, la bienveillance, l'amitié, la sororité, les amours interdits par une société prompte à juger. Cependant, en filigrane de ces thèmes lourds, la note d'humour, la délicatesse de la plume, le ton empreint de gravité nous mène à un épilogue plein d'espoir.

À travers leurs parcours respectifs, chacune de ces femmes découvre qu'il est possible d'avancer, malgré les blessures et les doutes. Liées par cette force nouvelle, elles avancent ensemble, conscientes que leurs histoires—si différentes soient-elles—se rejoignent dans une même quête : celle du droit d’être soi, pleinement et sans concession. Car si la vie impose ses épreuves, elle laisse aussi entrevoir la possibilité d’une renaissance, à condition d’avoir le courage de l’affronter.

Laura Pearson nous rappelle avec finesse que le passé n’est jamais figé, et que chaque regard porté sur lui peut ouvrir une nouvelle porte vers l’avenir.Autorisons-nous à rêver en grand, la vie se charge parfois de restreindre le champ de nos possibles sans que nous le voulions.

Vous souhaitez d'autres avis, vous pouvez vous rendre sur le site : https://www.babelio.com/livres/Pearson-La-Derniere-Liste-de-Mabel/1820483

ou sur le site : Livraddict https://www.livraddict.com/biblio/livre/la-derniere-liste-de-mabel.html

vendredi 3 mai 2024

PERDRE LA TÊTE de Heather O'Neill

 

PERDRE LA TÊTE 

Auteure : Heather O'Neill

Aux Editions LES ESCALES

Un roman fiévreux qui explore les questions de genre, de désir et de pouvoir à travers une histoire d'amitié intense.
Montréal, 1873. Quand Marie, enfant lumineuse et gâtée, rencontre Sadie, fillette sombre et rusée, leurs vies basculent. Elles se lient d'une amitié fusionnelle, entre attirance et compétition. De défi en provocation, leurs jeux deviennent si dangereux qu'un jour, les adultes décident de les séparer.

Des années après, Marie s'affranchit de sa condition de femme en refusant le mariage et en prenant la tête de l'usine familiale. Sadie, quant à elle, découvre la puissance libératrice de la littérature en écrivant un roman érotique. Distribué sous le manteau, ce texte mettra le feu aux poudres d'une révolution menée par les ouvrières.

Marie et Sadie, irrémédiablement liées, joueront un rôle décisif dans les événements qui bouleverseront leur ville.


Mon avis :

Deux petites filles nées fin du XIXème siècle à Montréal, l'une bien née de parents dépourvus de richesse, l'autre fille d'un industriel fortuné, magnat du sucre.

Marie Antoine, dont l'effigie est présente sur les sacs de sucre des raffineries de son cher papa, s'ennuie profondément et s'ingénie à se créer une petite cour. Curieuse de ce monde industriel en développement, elle rêve d'en prendre les commandes.

Sadie, gamine rebelle, est née dans une famille bien déterminée à reconquérir la fortune par tous les moyens. Particulièrement celui de mettre les deux gamines en relation dans l'espoir de se voir accorder les faveurs du richissime veuf qui est le père de Marie Antoine.

Funeste rencontre en vérité que celle de deux gamines admiratives l'une de l'autre. De surenchère en surenchère, un drame les sépare, Marie reste à Mile Doré quand Sadie est exilée à Londres pour couper court à des poursuites. 

Quels seront les funestes conséquences de ce drame dans cette société où il vaut mieux être bien né. Sadie investit le Mile Sordide, se faisant d'abord une place dans le cœur de George Danton, orpheline née dans une maison close, puis en tant écrivaine reconnue.

Dans cette société où le destin des femmes semble tout tracé, Marie Antoine, Mary Robespierre, Sadie et George vont se jouer de leurs conditions en grandissant entre amour et haine.

L'autrice dans cette ode aux femmes puissantes, à une époque où on les juge incompétentes et fragiles, combattantes quitte à sacrifier un morceau d'elles-mêmes, nous propose un regard féministe sur le monde du Mile doré ou sordide, où il est question d'inégalités sociales, du genre, de la destinée qui s'impose ou que l'on culbute pour arriver à ses fins. 

Ce roman ne vous laisse aucun répit. Il vous faudra savoir ce qu'il advient de cet amour-amitié passionné, dévastateur. 

Heather O'neill tisse patiemment sa toile révolutionnaire, dans un monde fantasmé où l'émancipation des femmes, se livre comme un conte. Il vous sera certainement difficile de les quitter avant l'épilogue.


jeudi 29 février 2024

ON M'APPELLE DEMON COPPERHEAD de Barbara Kingsolver

 

ON M'APPELLE DEMON COPPERHEAD

Auteure : Barbara Kingsolber

Aux Editions ALBIN MICHEL

Né à même le sol d'un mobil-home au fin fond des Appalaches d'une jeune toxicomane et d'un père trop tôt disparu, Demon Copperhead est le digne héritier d'un célèbre personnage de Charles Dickens. De services sociaux défaillants en familles d'accueil véreuses, de tribunaux pour mineurs au cercle infernal de l'addiction, le garçon va être confronté aux pires épreuves et au mépris de la société à l'égard des plus démunis. Pourtant, à chacune des étapes de sa tragique épopée, c'est son instinct de survie qui triomphe. Demon saura-t-il devenir le héros de sa propre existence ?
Comment ne pas être attendri, secoué, bouleversé par la gouaille, lucide et désespérée, de ce David Copperfield des temps modernes ? S'il raconte sans fard une Amérique ravagée par les inégalités, l'ignorance, et les opioïdes - dont les premières victimes sont les enfants -, le roman de Barbara Kingsolver lui redonne toute son humanité. L'auteur de L'Arbre aux haricots et des Yeux dans les arbres signe là un de ses romans les plus forts, couronné par le prestigieux prix Pulitzer et le Women's prize for fiction.


Mon avis :

Ce qui frappe, c'est la tendresse de la plume et la rudesse du propos. Damon Fields se raconte au fil de 600 pages, que l'on ne voit pas défiler, pour devenir Demon Copperhead. 

S’il y a du Charles Dickens ou du John Steinbeck dans la trame du roman de Barbara Kingsolver, l’existence de Demon dévoile une réalité contemporaine de la vie dans la magnifique région des Appalaches. Misère sociale, manque d’accès aux soins, facilité d’accès aux opioïdes. Un cocktail dévastateur pour un jeune homme prometteur.

Tant de courage et de résilience face à l’adversité nous accroche au destin de Demon forgé à l’Oxy et l’amitié de Tommy, Maggot et Angus.

Aucun temps mort dans la narration de l’auteure, du concret, du réalisme à outrance mais pas d’overdose, la magie opère, au bout de la route, il y a le bleu océan.


samedi 25 juin 2022

NOS COEURS SI LOIN - ELAINE CASTILLO

 NOS COEURS SI LON

Autrice ELAINE CASTILLO

Aux Editions La Croisée - 552 pages

Quand elle arrive dans la baie de San Francisco après a voir fui les Philippines, son pays natal, Hero refuse d'evoquer ce qui lui est arrivé. Au coeur de la Californie, c’est toute une communauté d’expatriés qui va l’accueillir : jeunes adultes, enfants, employés de restaurants, salons de beauté, qui se sentent ni tout à fait américains, ni tout à fait philippins. Parmi eux, Hero tombe amoureuse de Rosalyn, et son passe resurgit malgre elle…
Entre La Vie breve et merveilleuse d’Oscar Wao de Junot Diaz et les Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin, Nos coeurs si loin est un premier roman lumineux et profond sur l’amour sous toutes ses formes, sur les exactions d’un régime politique et le pouvoir salvateur des communautés - de sang ou de coeur.



Mon avis :

Ce roman est difficile à aborder, un peu trop dense à mon goût. Pourtant les portraits de femmes proposés par l'autrice : Hero, Paz, Roni, d'âge différents, bel et bien liées par ce destin d'expatriées sont poignants.

Le traumatisme vécu par Hero, Paz, s'imprime à la génération suivante sans que rien ne puisse l'empêcher. Beaucoup d'humanité dans ce roman choral. L'écriture est intense, les questionnements nombreux car même si la communauté permet un sentiment d'appartenance, tous ces gens ne sont plus vraiment Philippins et pas Américains.

Même si pour la plupart d'entre eux, c'était une question de survie, le déracinement est une blessure indélébile. L'autrice nous touche en nous faisant traverser le temps, celui du passé aux Philippines et du présent en Amérique avec ses difficultés d'intégration, la langue qui émaille les conversations à la maison, la double culture à construire dans une ville cosmopolite nous éclaire sur les difficultés d'une communauté qui doit trouver sa survie dans des petits boulots.

L'autrice nous permet d'entrevoir les Philippines, la dictature, le multiculturalisme, l'importance des communautés pour les expatriés, la sauvegarde de l'amour.

Toutefois, je n'ai pas trouvé la référence avec les chroniques de San Francisco pertinente. Le roman aurait mérité d'être élagué d'un nombre trop important de personnages pour rendre de la lisibilité au destin de Hero.

Je remercie l'opération Masse Critique de Babelio de m'avoir permis de découvrir la plume d'Elaine Castillo.


samedi 4 juin 2022

MAMMA MARIA - Serena GUILIANO

 MAMMA MARIA

Autrice : Serena Guiliano

Aux éditions Pocket - 227 pages

"Ciao, Sofia, qu'est-ce que je te sers ? Comme d'habitude ? Et j'ajoute un cornetto, parce qu'il faut manger, ma fille !
– Oui, merci, Maria."
Je m'installe en terrasse, face à la mer, comme chaque matin depuis que je suis de retour en Italie. J'aime bien travailler au son des tasses qui s'entrechoquent. Et, au Mamma Maria, j'ai toujours de la compagnie. Il y a ceux qui viennent tuer le temps. Il y a les enfants qui rêvent devant le comptoir à glaces. Il y a les ados qui sirotent un soda, monsieur le curé, et, surtout, mes partenaires de scopa.
Ici, on vient échanger quelques mots, partager un apéro, esquiver la solitude ou écouter Celentano. Moi, je viens pour me persuader que j'ai bien fait de quitter Paris... et l'autre abruti.
Il fait quand même meilleur ici.
Et puis, on cherche aussi à profiter de la bonne humeur (ou non) de Maria, qui mène, comme une mamma, tout ce petit monde à la baguette.
Bref, j'ai enfin retrouvé mon village paisible.
Enfin, paisible jusqu'au jour où...


Mon avis :


Je ne vais pas révolutionner les avis déjà donnés sur ce roman aussi doux qu'un jour d'été face à la mer.

Serena Guiliano nous propose d'accompagner Sofia de Paris à son village italien posé sur une colline face à la mer. "Choisir c'est renoncer", Sofia veut Paris, sa grisaille, sa vie survitaminée et le farniente, la jovialité ou pas d'une Maria, intrusive, aux petits soins, de mauvaise foi, mais aussi tendre à l'intérieur qu'elle peut être cruelle parfois.

Une vie baignée de chaleur et d'absence, du petit bonheur de jouer à la Scopa avant l'heure de l'apéritivo. D'avoir Lella pour amie, comme une soeur qui la comprend, la soutient. Alors, lorsque Franco décide que non, le monde ne l'obligera pas à prendre une décision qui lui briserait le coeur, Sofia embarque dans sa galère et ne lui lâche plus la main.

Une bataille qui amènera Sofia à trouver son chemin mais je ne vais pas divulgâcher l'histoire si délicatement narrée par Serena Guiliano.

Elle nous offre un roman plein d'humanité, une bouffée de lumière de la côte Amalfitaine, une plongée dans les recettes de Maria. Sofia nous embarque, nous impose la question : "et moi, aurais-je su me comporter ?".

Cette histoire qui donne envie de s'asseoir en terrasse, devant un spritz, un limoncello ou le fameux amalfitano, est bien plus qu'une parenthèse ensoleillée qui chatouille les papilles.

Découvrez-le, ce roman nous laisse croire que nous pouvons dépasser nos inquiétudes pour être plus à l'écoute du monde qui nous entoure. Peut-être enverrez-vous plus de cartes postales désormais ?!






dimanche 20 mars 2022

UN LONG. SI LONG APRES-MIDI _ INGA VESPER

 UN LONG.SI LONG APRES-MIDI

Autrice INGA VESPER

Aux Editions De la Martinière - 408 pages

Dans un quartier riche et ensoleillé de Los Angeles, tout semble parfait. Mais la perfection n’existe pas, et là où il y a soleil, il y a ombre.
Secrets et tragédies se cachent à chaque coin de rue.
Dans une veine qui rappelle La Couleur des sentiments ou Desperate Housewives, Un long, si long après-midi est un premier roman époustouflant au coeur d’une Amérique asphyxiée par son sexisme et son racisme ordinaires.
« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien-sûr. Pas encore. En réalité, j’ai du mal à y croire moi-même. Pourtant, quand je me suis réveillée ce matin, j’ai su que c’était vrai. »
C’est l’été 1959, les pelouses bien taillées de Sunnylakes, en Californie, cuisent sous le soleil. Dans la chaleur étouffante d’une trop longue après-midi, Joyce, une mère de famille comme on en rencontre dans les belles histoires du rêve américain, s’ennuie. Ses enfants crient, son mari va bientôt rentrer, les minutes rampent comme des limaces.
C’est l’été 1959 et Ruby, la femme de ménage de Joyce, rejoint la maison où elle doit effectuer ses dernières heures de travail de la journée. Mais Joyce a disparu et ne subsiste plus dans la cuisine qu’une mince tâche de sang sur le sol.

C’est l’été 1959 et quand on suspecte un crime, la femme de ménage noire et célibataire est toujours la meilleure des suspectes. Le fusible à faire sauter pour éviter que n’explose le grand miroir des faux semblants. Si ce n’est que Ruby a décidé de se saisir de son propre sort. L’émancipation féminine et raciale n’est pas encore à la mode, mais elle est déterminée à faire entendre sa voix. 


Mon avis : 


Roseview Drive a quelque chose de Wisteria Lane, des jardins entretenus, des femmes au foyer flanquées de mari laborieux pour prendre soin d'elle. Elles ont tout pour être heureuse, une bonne noire, des enfants à élever, un pavillon au calme dans une banlieue loin des ghettos dont sont issues leurs domesticités.

Pure fiction que ce besoin d'émancipation féminine, à la fin des années 50, dans une Amérique où les noirs témoins de violence deviennent les suspects des crimes commis ? En tout cas, cette enquête menée tambour battant nous plonge dans la sempiternelle question : doit-on se mêler d'affaires qui ne sont pas les nôtres pour assouvir un sentiment de justice quand votre couleur de peau peut vous amener tout droit à prendre la place du suspect ?

Fil rouge de cette intrigue, la voix de Joyce distille des informations sur sa vie, ses choix, ceux que la société lui impose.

Inga Vesper nous propose un premier roman, au coeur d'une enquête haletante, qui même s'il y a des invraisemblances nous amène à découvrir les déboires et aspirations de Ruby, Joyce, Deena jusqu'à l'épilogue. Le duo, flic hors des clous et bonne noire intelligente, deux personnages centraux, singulièrement humains avec leurs fêlures et leurs aspirations à voir une société plus juste advenir est parfois un peu caricatural, mais il serait agréable de le voir évoluer dans une suite à venir.

L'autrice nous conte le quotidien des femmes de cette époque. Y-a-t-il une barrière entre les "blanches et les noires" ? Pas dans les quatre murs de la maison de Joyce qui comprend parfaitement les aspirations et les blessures de Ruby. Pourtant, rien ne doit transpirer. Tout est faux-semblant et bien-pensance à Sunnylakes.

Un roman qui nous montre le chemin parcouru et celui qui reste à conquérir pour les femmes de quelques horizons qu'elles soient.

Un très bon moment de lecture. Je remercie Babelio et les Éditions de la Martinière de m'avoir permis de découvrir l'écriture fluide d'Inga Vesper.


 


samedi 23 octobre 2021

MINUIT, DERNIERE LIMITE - LEE CHILD


 Minuit, dernière limite
Une aventure de Jack Reacher

Aux Editions Calmann-Levy Noir

Jack Reacher se promène dans une petite ville du Wisconsin lorsqu’il découvre une bague de West Point, promotion 2005, dans la vitrine d’un prêteur sur gage. Plus intrigant encore, cette bague a appartenu à une femme. Qu’est-ce qui a donc pu amener cette ancienne de West Point à mettre en gage un bijou
si précieux, preuve de quatre années de durs combats en Irak et en Afghanistan ?

Ancien de West Point lui-même, Reacher
soupçonne un vol, voire pire, et décide de retrouver cette femme et de lui rendre sa bague.

Ainsi commence un périple de plus en plus violent et
crépusculaire qui le verra errer jusque dans les déserts du Wyoming et régler leur compte à tout un tas d’individus peu recommandables qui, bikers, dealers et corrompus divers, n’ont aucune envie de le voir fouiner dans leurs trafics.

Cependant, rien ne l’arrête et, alors que son enquête avance et que les dangers s’aggravent et se multiplient, Reacher comprend que cette bague raconte surtout l’honneur, mais aussi l’horreur de ce qu’a vécu et vit encore cette femme, qu’il lui faut sauver coûte que coûte. Déchirant.


Mon avis :


Lee Child crée avec Jack Reacher, un personnage attachant. Le redresseur de torts qu'on aimerait voir oeuvrer à corriger tous les corrupteurs du monde. À rendre la vie meilleure pour leurs victimes.

Voici un ancien major de la prestigieuse West Point qui, après avoir quitté une petite amie incommodée par le choix de l'homme de ne jamais rester au même endroit, le quitte pour reprendre sa vie d'avant la parenthèse Jack.

Jack qui se laisse porter par la première gare routière ou le dernier dollar remis à un SDF régulateur de covoiturage du Montana ou d'ailleurs. C'est au détour d'un arrêt que Jack va apercevoir une chevalière de West Point, minuscule, chez un prêteur sur gages.

Dès lors, il n'aura de cesse de trouver la propriétaire de ladite bague pour la lui rendre ou comprendre pourquoi cette bague est arrivée à cet endroit au milieu de nulle part. Il se lance dans sa quête à corps perdu. Les rebondissements et aventures jalonneront sa route.

Le chemin de Jack croisera celui de Rose, enfin. Jack fera alors entorse aux règles mais pas à la recherche de la vérité, pas à sa volonté de rendre son honneur à Rose pour la fraternité d'avoir servi la même arme, puis surtout pour la voir redevenir elle-même, une femme engagée dans la vie pleinement.

Des thèmes forts y sont abordés, la fraternité, les gueules cassées de retour des zones de guerre, la souffrance et ses traitements. L'après, le retour à la vie civile une médaille épinglée au revers d'un uniforme pour tout viatique.

Un roman d'action qui plaira aux amateurs du genre avec ce qu'il faut, de laideur de l'humanité et de lumière, pour faire reculer les ténèbres. Un roman qui capte et vous laisse groggy avec l'espoir que Rose retrouve sa vie à l'épilogue.

Jack Reacher est une belle découverte. Il est le loup solitaire que l'on espère croiser, en cas de problème insoluble, en apparence.

Plus profond qu'il n'y paraît, c'est un plaidoyer flamboyant contre le traitement du mal-être des soldats revenus de terrains d'opérations abîmés psychologiquement ou physiquement voire les deux, dépendants à différentes substances opiacées pour faire face à la douleur au quotidien. Un roman captivant et engagé.


jeudi 2 septembre 2021

TROIS VOEUX _ Liane Moriarty

 TROIS VOEUX 

 Autrice : Liane Moriarty

Aux éditions ALBIN MICHEL

Trois sœurs, une complicité sans faille.

Impétueuses, attachantes, les triplées sont animées par un doux grain de folie. Une famille en apparence parfaite.

Lyn est une superwoman d’aujourd’hui, comblée mais débordée. Gemma rêve d’amour mais pas d’engagement. Quant à Cat, entre espoirs de maternité déçus et secrets conjugaux, elle est en pleine remise en question.

Le soir de leurs 34 ans, une parole malheureuse et la fête tourne mal.

Quelle vérité indicible a pu si brutalement faire basculer la belle entente des triplées ?


Mon avis :


Liane Moriarty nous raconte l'histoire de trois jeunes femmes de 34 ans. L'écriture est vive, percutante, l'humour est omniprésent avec les échanges mails entre les soeurs. Les personnages sont fouillés et attachants, les triplées comme Nana la grand-mère excentrique. Les thèmes universels.

Lynette a qui tout réussi, une jolie famille, une entreprise prospère. Catriona, responsable des ventes auprès d'une grande marque de chocolats et enfin Gemma la fantasque, pas d'homme dans sa vie plus de six mois d'affilée, pas de carrière, pas d'appartement ou maison où se créer un cocon.

Un trait commun à chacune, la vitesse au volant, le nombre de contraventions. Une différence notable : Lyn a mis au monde Maddie, Cat rêve d'avoir un enfant, Gemma n'y pense même pas !

Quelle gageure pour Maxine et Franck d'élever des triplées lorsqu'ils n'ont eux-mêmes que 20 ans ! qu'ils divorcent lorsque vous n'avez que 6 ans, les disputes, la rivalité entre la mère un peu rigide et le père-copain qui leur laisse tout faire.Tout est en place pour que Lyn, Cat et Gemma soient en compétition. 

Au fil du récit foisonnant, on entre dans l'intimité des soeurs, des parents pour mieux comprendre qui elles sont à ce stade de leur vie. Quelques flash-back, permettent de comprendre qu'elle a été leur enfance, leurs premiers émois amoureux. Pour nous amener à ce fameux soir où tout bascule lorsque l'une d'entre elles, hors d'elle, projette une fourchette à fondue sur le ventre de sa soeur enceinte qu'elle envie plus que tout. 

Des portraits de femmes modernes, féministes mais pas trop, qui ont toutes les trois, à quatorze ans, écrit une lettre à destination d'elles-mêmes 20 ans plus tard.

Un roman plus profond qu'il n'y paraît, qui sous le trait de l'humour, évoque les injonctions imposées par la société aux femmes : réussir socialement : faire carrière, être une bonne mère. Puis des thèmes comme la sororité, la parentalité, l'adultère, les violences faites aux femmes qu'elles soient "conjugales" ou dans le travail.

La plume est juste, immersive, on se laisse embarquer jusqu'à l'épilogue arrivé sans que l'on y prête garde en quelque 396 pages. 




vendredi 27 août 2021

là où chantent les écrevisses _ Delia Owens

 Là où chantent les écrevisses

Auteure Delia Owens

Aux éditions POINTS - format poche 461 pages

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n'est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l'âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l'abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l'irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même...


Mon avis :

Je ne vais pas révolutionner le monde des lecteurs avec cet avis. Des milliers de lecteurs ont d'ores et déjà dit combien ce roman était un hymne à la nature porté par une héroïne inoubliable.

Cependant lorsque l'on a la chance d'avoir entre les mains un roman qui vous embarque par sa poésie, sa dureté, son humanité, impossible de n'en rien dire !

La couverture a accroché mon regard et je ne m'en suis pas détournée, intriguée par le synopsis. Une gamine livrée à elle-même au coeur de ce qui s'apparente à un bayou, un marais à la faune épanouie qui permet à de pauvres hères de survivre. 

Ce qui frappe c'est d'abord la candeur de Catherine Danielle Clark dont l'espoir s'accroche à un bout de chemin au bord duquel a disparu sa mère un beau matin. Kya n'est pas scolarisée, elle vit dans le marais, collectionne les plumes et coquillages de toutes sortes. Observe avec une admiration sans bornes la nature qui l'entoure. Elle apprend la reproduction, les migrations, le nichage, la vie tout simplement qui constitue son décor.

De temps à autre son monde est troublé par des gamins du village d'à côté qui viennent pêcher, se baigner, jouer à se faire peur en tentant d'approcher la fille du marais comme on la surnomme sans aménité.

Puis l'enfant s'épanouit à son tour pour devenir une bien jolie jeune femme. Pourtant, elle n'est toujours pas accueillie par la communauté locale, pas comprise, jugée incapable de s'adapter à un monde qui ne lui avait pas même entrouvert la porte.

Kya va découvrir la méchanceté, la bêtise du monde bien-pensant où les ouailles vont à l'église mais refusent de tendre la main à une gamine livrée à elle-même. Prompt à juger plutôt qu'à porter secours. Il y eut tout de même l'épicière, Jumping et Mabel pour veiller sur elle.

Ce roman est un hymne à la nature en effet, un polar qui tient en haleine entre suspense et poésie de l'écriture. Un hymne à l'apprentissage hors des sentiers battus, à la volonté viscérale de Kya de s'en sortir malgré l'adversité.

J'ai dévoré ce roman. Kya sera une des héroïnes de mon coeur comme la Marianne de Mme Giebel, des femmes malmenées par la vie dont on n'oublie pas la lumière et la force.

Ne vous privez pas de ce moment hors du temps, de quelque 400 pages si vite avalées qu'on pose le roman à regret.


lundi 20 avril 2020

MON CHIEN STUPIDE - JOHN FANTE

MON CHIEN STUPIDE
Auteur : John FANTE
Aux Editions 10/18

Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de Mon chien stupide oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite.
Fils d'immigrés italiens, il caresse le rêve d'un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome.

Mais pour l'heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes... ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l'auteur raté mais au grand dam du reste de sa tribu.

Mon chien Stupide est une tragi-comédie de la crise individuelle : crises d'adolescence à retardement, démon de midi, couple en déliquescence. John Fante signe ici un roman touchant, débordant de compassion et d'acide lucidité.


MON AVIS :


L'arrivée de ce brave Akita, dans la cour de la maison d'un scénariste en mal d'inspiration, va être le prétexte pour l'auteur d'une sévère remise en question.

Au point mort depuis plusieurs mois, entouré d'une famille qui est loin d'être épanouie tout comme lui. Épouse désabusée, enfants en âge de se prendre en charge, en mode Tanguy pour profiter d'une vie facile, en méprisant leur père à l'origine de leur bien-être matériel immédiat. 

Stupide est pour son nouveau maître une révélation. On peut donc vivre à sa guise, être irrévérencieux, différent ! Choisir comme il le fera de ne pas renoncer à cette drôle de relation qui lui permet de s'affranchir de l'avis de tous.

Ce roman est un peu une chronique sociale, l'épouse apathique qui s'enfuit quand vraiment elle n'en peut plus sans essayer de dialoguer, la fille amoureuse d'un pseudo héros de guerre totalement sous le joug du fiancé, le fils antimilitariste qui fait tout pour être réformé, le second amoureux d'une jeune femme noire qui le dérouille pour affirmer ses choix de vie.

Très cliché, mais addictif aussi, impossible de quitter Stupide et son fidèle compagnon humain inadapté à sa propre famille, sans savoir quel sera leur destin...



jeudi 9 avril 2020

A CACHE-CACHE - M.J. ARLIDGE

A CACHE-CACHE
Auteur : M.J. Arlidge
Editeur : Les Escales - 384 Pages

Victime d'un coup monté, Helen Grace est désormais seule face à elle-même. Parviendra-t-elle à sortir vivante de la prison de Southampton ?

Pour Helen Grace, la meilleure inspectrice du pays, la chute est vertigineuse : accusée de meurtre, enfermée aux côtés du tueur qu'elle a fait condamner, il lui faut désormais survivre jusqu'au procès et prouver, d'une façon ou d'une autre, son innocence.
Quand un corps est retrouvé mutilé dans la cellule voisine, cette situation étouffante se transforme en véritable cauchemar. Il lui faut à tout prix arrêter l'assassin...
Avant qu'elle ne soit sa prochaine victime. Fidèle à son sens du suspense et du rebondissement, M. J. Arlidge poursuit dans ce sixième volet la série des Helen Grace.



Mon Avis :


L'entrée en matière de ce roman est déroutante. Helen Grace est emprisonnée pour plusieurs crimes alors qu'elle est la meilleure enquêtrice du pays ? Tous les indices relevés par ses pairs l'incriminent, pourtant elle crie son innocence ! 

Dans deux mois son sort sera scellé, elle prendra probablement perpétuité, comme toutes ces codétenues qu'elle a fait mettre derrière les barreaux insalubres d'Holloway. La vie en prison est régi par des trafics, des luttes d'influence, des règlements de comptes, bien des prisonnières ont envie de faire regretter à Helen son passé de flic.

Malgré tout, elle se lie d'amitié avec Leah, Jordi, Babs qui lui montrent comment s'en sortir, quelle contenance avoir pour éviter les problèmes pour survivre ces deux longs mois avant son procès.

Helen ne perd pas espoir malgré la défection de son amie Sanderson, promue à sa place, depuis son incarcération. Elle croit en la justice. La mort de Léah va la bouleverser, cette femme qui ne vivait que dans l'espoir de revoir ces deux garçons, tentait de décrocher de ses addictions, voulait être une meilleure maman, ne méritait pas de mourir d'une façon aussi atroce.

Le suspense est haletant depuis les premières pages, entre enquêtes à Holloway pour trouver qui commet des meurtres atroces et celle de Charlie Brooks, amie d'Helen, pour prouver son innocence, impossible de décrocher de ce thriller noir.

De beaux portraits de femmes, loyales, battantes ou perdues, psychopathes, attachantes et intrigantes à la fois, aucune ne laissent indifférentes. L'histoire est percutante, rythmée par des chapitres courts. L'univers noir. Les personnages qu'ils soient détenues, matons, enquêteurs, criminel encore en liberté, tous contribuent à ce que l'intrigue vous tienne en haleine jusqu'à l'épilogue.

Je remercie les Editions Les Escales pour cet excellent moment d'évasion.



mardi 3 décembre 2019

LA CHORALE DES DAMES DE CHILBURY

La Chorale des dames de ChilburyLA CHORALE DES DAMES DE CHILBURY
Auteure : Jennifer RYAN
Editions Le Livre de Poche - 552 pages


1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. 

Autour de miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs. Tilling, une veuve timide ; Venetia, la « tombeuse » du village ; Silvie, une jeune réfugiée juive ; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes... 

Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s’inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde avec talent les âmes de ce chœur attachant et inoubliable.



Mon Avis :

Un portrait de femmes attachantes aux premières heures de la guerre. Les hommes valides sont partis au front, les démobilisés sont regardés en coin, les plus âgés souvent despotiques avec leur maisonnée.


Que reste-t-il à ces femmes parfois désoeuvrées, souvent inquiètes du départ d'un fils ou d'un mari, avec pour cause commune d'habiter un village de la campagne anglaise comme on peut la découvrir dans des séries comme "L'inspecteur Barnaby", où l'église et le chant offrent des parenthèses enchantées. C'est décidé ! Primrose Trent propose la reprise de la chorale par les femmes de Chilbury, quel que soit leur âge ou leur condition.

C'est un baume sur leurs inquiétudes. Toutes ces femmes ne sont pas vertueuses, il y a l'intrigante Mme Paltry, la jeune écervelée Venetia mais toutes, toutes sans exception aiment à se retrouver dans la pureté d'un chant au sein de la chorale, pour adoucir leur peines.

On suit les échanges épistolaires entre Venetia jeune femme de 18 ans, séductrice qui ne supporte pas qu'un homme lui résiste et son amie ; entre la peu honnête Miss Paltry et sa soeur, le journal intime de Kitty, les peurs de Silvie, jeune réfugiée que Kitty voudrait consoler de l'absence de ses proches, en lui offrant un foyer, ce que son très raide général de père balaie d'un revers de manche.

Comme dans toutes les périodes troublées, il y a les héros et les pleutres, les profiteurs et les espions... les petits secrets, les rancoeurs. À Chilbury, le chant est salvateur. 

Le récit est enlevé, la tendresse dans la description de certaines scènes, les drames sous-jacents, la peur très présente, Jennifer Ryan rend compte d'une époque avec légèreté et profondeur, beaucoup de charme dans l'écriture. Un roman sans vraies surprises mais des personnages bien campés qui offrent un très bon moment de lecture avec une tasse de thé of course !


Ma B.O du roman : 

Elizabethan Masque - Hampshire Guitar Orchestra



mardi 5 novembre 2019

DERNIERS SACREMENTS

DERNIERS SACREMENTS
Auteur : M.J.ARLIDGE - 464 pages
Aux Editions Les Escales


Elle entend leurs cris. 
Elle ressent leur peur. 
Elle est désormais leur seul espoir.
Don ou malédiction ? D'un simple échange de regards, Kassie est capable de voir quand et comment vous allez mourir. Un lourd fardeau à porter pour une jeune fille de quinze ans.

Elle croise la route d'Adam Brandt, brillant psychologue, alors qu'une série de meurtres frappe Chicago. Kassie semble toujours avoir un lien avec les victimes. Coïncidence malheureuse ou terrible manipulation ?

Intrigué par cette adolescente un peu perdue, Adam est tenté de croire à ses troublantes déclarations. D'autant que le danger se rapproche et que Kassie est la seule à savoir où il va s'abattre.

Mon Avis : 

Thriller envoûtant qu'on ne quitte qu'à l'épilogue au final haletant, l'espoir vissé au corps que Kassie s'en sorte...

Le destin de Kassie est écrit. Comme celui de tous ceux qui ont le malheur de croiser son regard. Petite mère courage, solitaire, impuissante, aimante, perdue.

Seule sa grand-mère la comprend vraiment. Sa mère se bat pour qu'elle reste dans le droit chemin qu'elle lui a tracé. Interdiction d'évoquer ce qu'elle croit voir, ce qu'elle croit savoir.

Kassie croise la route d'Adam. Le psychologue tente de comprendre, de rationaliser ce que vit la gamine. Les révélations qu'elle lui fait ne le convainquent pas, mais il tente de l'accompagner pour la ramener dans sa réalité. Qui a raison ? Qui a raison ? Kassie qui voit l'avenir où le destin d'Adam bascule dans le drame ? Ou Adam qui s'accroche à ses connaissances en psychologie pour ramener l'adolescente dans ce qu'il croit être le réel ?

M.J. Arlidge insuffle l'angoisse  à son récit dans un rythme effréné. Embarque, bouscule, ballotte ses personnages pour emmener le lecteur sur les chemins obscurs de leur destinée. Sauvera-t-il Kassie de ses visions cauchemardesques ?

Peut-on dire qu'il y a une part de fantastique dans ce roman si violemment terre à terre. Un criminel perpètre des crimes les plus monstrueux qui soient, une gamine voit la mort de ses proies ? irrationnel comme le croit l'inspectrice Gabrielle ? 

Puis il y a Gabrielle, inspectrice en charge de l'affaire. Archétype de la femme qui a dû faire sa place, être crédible dans une équipe d'hommes. Suivre son instinct, ne pas s'en laisser conter, quitte à faire des raccourcis dangereux, c'est son credo. Un seul objectif : arrêter coûte que coûte l'assassin barbare qui agit dans sa ville. 

Tout est-il écrit ou peut-on influer sur sa vie et celle de ceux que l'on aime. La question est posée dans ce thriller trépidant, captivant, noir de l'inhumanité du pire criminel qui soit... celui qui se repaît des peurs, de la souffrance, de l'agonie de ses proies.

Gabrielle ne m'a pas convaincue. Avec les personnages forts, profondément humains que sont Adam et Kassie, Gabrielle semble froide, sans épaisseur. J'ai aimé que l'auteur m'embarque, me fasse trembler pour Kassie, me donne envie de secouer Adam. Un roman qui interroge : notre perception du monde est-elle bâtie de nos expériences, de notre environnement, de ce que l'on nous a donné à croire ou pas via notre éducation ?

J'ai découvert l'auteur et le roman grâce à Babelio et son opération Masse Critique, aux Editions Les Escales que je remercie pour cet excellent moment de lecture. 

Ma B.O. du roman :
Diana Salvatore : Crazy


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