jeudi 11 juin 2026

LES MANDRAGORES de Marius DEGARDIN

 

LES MANDRAGORES

Auteur : Marius DEGARDIN

Aux Éditions du Panseur 
Lien vers Les Mandragores

Paris, années 80, l’Amore e Gusto, restaurant italien à l’abandon, abrite une fratrie d’orphelins, les Cipriani. Benito, le petit dernier, vient tout juste d’avoir 18 ans. Il aimerait avoir l'assurance et la rage de Primo, la bonté naturelle et la force de Piero, ou encore la révolte de sa soeur, Chiara. Il aimerait leur dire, mais Benito, lui, c’est le silence... Alors, quand ils reçoivent une lettre de leur mère annonçant son retour après 10 années d’absence, l’équilibre précaire de la famille bascule dans la nuit.
Récit d’une errance depuis les bas-fonds de Paris jusqu’aux couloirs de Saint-Anne, nous suivons Benito dans son périple ponctué d’incompréhension, de drames et de rencontres émouvantes, à la recherche de soi-même et des autres.
À vingt-deux ans, Marius Degardin signe un premier roman fracassant. Avec une gouaille troublante de sincérité, Les Mandragores nous entraîne dans une quête d'une profondeur stupéfiante pour “briser le silence et faire rire les copains avec les mêmes mots”. Les Mandragores, l’histoire d’une jeunesse en lutte contre l'accablement, l’enfermement et le désespoir, et qui ose faire face à la lumière.


Mon avis :

La lumière arrachée à la nuit

Marius Degardin nous offre un roman sombre. L’histoire d’une fratrie, composée de Primo, Piero, Chiara et Benito le cadet, laissée à l'abandon dans un lieu qui, sur le papier, ferait rêver : un restaurant italien. À y penser, on pourrait saliver. Mais l’Amore e Gusto, désormais en totale décrépitude, ne laisse aucune place aux saveurs tant la misère en a pris possession.

Ce lieu est en réalité le second volet d’un accord tacite et sinistre conclu pendant la guerre d’Algérie entre leur père, rongé par le remords, et son supérieur, un aristocrate haut placé. Pour sauvegarder les apparences et sceller de sombres secrets, le silence a été acheté au prix fort. L'aîné, Primo, a ainsi été offert avant même sa naissance à cet homme sans scrupules, une terrible transaction qui représentait aussi pour le père une bouche de moins à nourrir. Plus tard, après la guerre, le père finira par abandonner le reste de la fratrie. Leur mère, déjà perdue dans le chagrin et l’alcool, n’a pas davantage choisi de rester.

L'aîné vient désormais régulièrement apporter de quoi subsister aux trois autres. Le reste du temps, c’est la débrouille. Piero, Chiara et Benito font de leur mieux pour survivre, et surtout pour honnir ces parents absents.

Benito n'avait que six ans quand sa mère est partie, un âge trop tendre pour qu’il en conserve un souvenir précis. De son passé, il ne connaît que les récits façonnés par Primo, nourris de colère et d’amertume. Le roman ne dit rien explicitement de ce que l'aîné a subi auprès de cet aristocrate, mais tout laisse deviner que cette expérience a nourri en lui une rage sourde, une violence qu’il transmet, des années plus tard, au benjamin à travers ces récits différés.

Le petit dernier grandit ainsi dans une mémoire qui n’est pas la sienne, mais déjà chargée de violence. Il n’a pas le talent de musicien de ses frères. Le silence, lui, l’a choisi. Les mandragores aussi. Il tente de se pendre et ne doit sa survie qu’à Chiara, qui le découvre à temps.

Un récit violent et lumineux comme un soir d’orage.

Car nous ne sommes peut-être pas définis par ce que les autres déposent dans notre berceau. Benito en est la preuve bouleversante. Même dans la terre la plus sombre, quelque chose cherche à prendre racine : un jardin à cultiver, une lueur obstinée, une possibilité d’échapper à l’héritage.

La plume de Marius Degardin est brute, presque orale, comme ces contes que l’on murmure au creux des veillées, entre peur et fascination. Il dit sans fioritures la noirceur d’une légende que son narrateur s’approprie, comme une graine arrachée à la nuit pour tenter d’en faire surgir une vie.

Il peut sembler paradoxal de dire que je suis tombée sous le charme de cette plume. Et pourtant. Elle nous rappelle combien il est essentiel de chercher la lumière, même dans les lieux les plus sombres. Combien il est nécessaire de conjurer la légende des pendus, d’en détourner la fatalité, pour en extraire une vie (fragile, naissante) qu’il nous appartient de cultiver. Ce roman pourrait se lire comme une ode délicate à la joie, celle qui subsiste envers et contre tout.

Laisser alors infuser la joie de lire un auteur lumineux.

NOTE 4/5

P.-S. : Ceux qui me suivent connaissent ma grille de notation où le 4/5 signifie « un livre aimé mais… ». Ce roman d'une immense dureté m'a bousculée et s'éloigne de mes lectures de prédilection. Pourtant, face à la jeunesse de l'auteur et la maturité stupéfiante de sa plume, je n'ai pu que m'incliner. Un grand talent à découvrir.

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lundi 8 juin 2026

LA OU LE CIEL MURMURE de Laurence PEYRIN


 LA OU LE CIEL MURMURE de Laurence PEYRIN

Autrice : Laurence Peyrin

Aux Éditions Calmann Levy

Key West, 1986. Freya et Danii, deux adolescentes inséparables, fêtent leurs vingt ans à Cap Canaveral. Elles assistent au décollage de la navette Challenger. L'explosion de celle-ci les projette vers d'autres déflagrations. Les secrets de famille, leur amitié, leur enfance, et l'amour.



Mon avis :

Laurence Peyrin nous offre un roman initiatique qui explore l’amitié fusionnelle, la sororité entre Danii et Freya, deux jeunes femmes construites dans le manque affectif.

Si la plume de Laurence Peyrin reste délicate et fine, cette histoire marque une rupture avec ses précédents romans. Elle ne brosse pas le portrait d’une héroïne en reconstruction après un drame, mais celui d’une adolescente en plein développement.

C’est un roman de désarrimage, pas de réparation.

Bien que Freya ait grandi dans le manque, l’absence, une forme de vacuité affective, elle décide d’avancer et de se choisir elle-même.

L’autrice nous offre une fiction romantique douce-amère, presque initiatique, qui ne laisse pas indifférente. Elle déploie un talent absolu pour décrire les gestes minuscules, les hésitations, les regards qui en disent plus que les mots. L'autrice a cette capacité à nous faire ressentir les émotions de ses héroïnes, leurs doutes, leurs choix, leurs renoncements, leurs forces.

J’ai pourtant ressenti une légère frustration à la lecture de l’épilogue. Sans doute liée à la manière dont, en tant que lecteur, on s’approprie l’histoire qui nous est offerte. Il semble que Laurence Peyrin prépare un prochain opus consacré à la vie d’adulte de Freya. L’attente sera longue.

HEUREUX COMME JAMAIS de Guillaume CHAMANADJIAN


 HEUREUX COMME JAMAIS

Auteur GUILLAUME CHAMANADJIAN

Aux Éditions Les Forges de Vulcain

Ou comment les ultrariches ont cessé d'errer dans l'espace après avoir fui la Terre
À bord du Space Dragon , vaisseau spatial contenant le dernier espoir de l’humanité, les places sont chères. Seuls les plus riches ont pu embarquer pour fuir une Terre au bord de l’extinction. Extinction dont, soyons honnêtes, ils sont responsables.
Noah a presque toujours vécu sur le vaisseau avec son père, seul ingénieur de maintenance autorisé à embarquer. Formée pour prendre sa relève, elle occupe ses journées à travailler et à écouter de la musique d’un monde passé avec BINS-42, son IA de compagnie.
Un jour, alors qu’elle assiste malgré elle à une réunion top-secrète avec les quatre têtes pensantes du Space Dragon , Noah apprend l’existence d’un message émanant de la Terre. L’humanité est loin d’être aussi éteinte qu’on le croyait et cette nouvelle provoque une guerre de pouvoir sans pitié…