HEUREUX COMME JAMAIS
Auteur GUILLAUME CHAMANADJIAN
Aux Éditions Les Forges de Vulcain
Ou comment les ultrariches ont cessé d'errer dans l'espace après avoir fui la Terre
À bord du Space Dragon , vaisseau spatial contenant le dernier espoir de l’humanité, les places sont chères. Seuls les plus riches ont pu embarquer pour fuir une Terre au bord de l’extinction. Extinction dont, soyons honnêtes, ils sont responsables.
Noah a presque toujours vécu sur le vaisseau avec son père, seul ingénieur de maintenance autorisé à embarquer. Formée pour prendre sa relève, elle occupe ses journées à travailler et à écouter de la musique d’un monde passé avec BINS-42, son IA de compagnie.
Un jour, alors qu’elle assiste malgré elle à une réunion top-secrète avec les quatre têtes pensantes du Space Dragon , Noah apprend l’existence d’un message émanant de la Terre. L’humanité est loin d’être aussi éteinte qu’on le croyait et cette nouvelle provoque une guerre de pouvoir sans pitié…
Mon avis :
Ce roman m’a immédiatement rappelé le "Transperceneige" BD des années 80 chez Casterman, tant Guillaume Chamanadjian y met en scène le même paradoxe : les ultrariches prétendent fuir l’effondrement pour bâtir un monde meilleur, mais reproduisent à l’identique les hiérarchies qu’ils dénonçaient. Incapables d’assumer le quotidien, ils embarquent avec eux la misère qu’ils voulaient laisser derrière, perpétuant un système fondé sur l’exploitation.
Dans ce décor de capsule spatiale, l’auteur introduit un duo irrésistible : Noah, jeune ingénieure lucide et déterminée, et une IA rebelle dont l’humour piquant dynamite les certitudes du bord. Leur relation apporte une légèreté bienvenue et devient le moteur d’une remise en question profonde de l’ordre établi. Plus qu’une simple révoltée, la jeune femme incarne une héroïne de la compétence, attentive aux failles du système et à ce que pourrait être un avenir réellement différent.
À cette dynamique déjà vibrante s’ajoute la présence très marquée de la musique. Véritable fil rouge, la BO façonne l’éducation sensible de l'adolescente autant qu’elle révèle le plaisir manifeste de l’auteur à mêler sonorités et narration. Chaque morceau devient un contrepoint émotionnel à la froideur du vaisseau, un souffle humain dans un univers saturé de technologie.
Avec une ironie subtile, Chamanadjian interroge notre rapport contemporain aux technologies supposées nous sauver. Loin du cliché du superordinateur impitoyable, son IA possède une âme, une curiosité presque humaine, et agit comme un miroir de l’absurdité des puissants.
En filigrane, Heureux comme jamais résonne comme une projection malicieusement inquiétante de ce que les milliardaires de la Tech pourraient imaginer pour rester maîtres de leur monde. Le roman relance avec énergie le mythe du vaisseau-arche, opposant la rigidité d’une aristocratie cupide à l’alliance lumineuse de la jeunesse, de la technique et de l’esprit critique. Une dystopie sociale vive, drôle et étonnamment optimiste. NOTE : 5/5

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire