mercredi 19 août 2026

LES PROJECTILES de LOUISE ROSE


 LES PROJECTILES

Autrice : LOUISE ROSE

Aux Éditions P.O.L./ FICTION

C’est l’histoire d’une fuite et d’une quête sur cinq jours. Bébé, la jeune héroïne de ce premier roman, quitte brusquement son compagnon pour aller chercher une boîte qu’elle a enterrée dans le jardin de la maison où elle a vécu enfant. Cette boîte renferme des babioles secrètes qui, au fil du récit, se manifestent sous la forme de flashbacks.

La fuite de Bébé donne lieu à un avis de « disparition inquiétante ». Cinq jours de suspense, d’accidents, de souvenirs qui remontent à la surface, mais racontés à rebours. Le roman s’ouvre sur le chapitre 16, le dernier, où Bébé atteint son but et retrouve sa boîte, pour remonter dans le temps jusqu’au premier chapitre dans lequel Bébé bifurque étrangement, s’échappe d’un quotidien auquel elle ne peut plus appartenir. Pourquoi disparaître ainsi, uniquement pour retrouver une vieille boîte en métal ? Bébé n’a pas la réponse. Et ça ne l’intéresse pas. Elle vit une aventure à tiroirs. Les projectiles, ce sont des souvenirs, des traces, des objets et des mots qui déboulent dans le récit, et apparaissent sous forme d’impacts. Quelque chose n’est pas à sa place ou n’en a pas. Cette lecture à rebours permet de jouer avec le récit et les attentes du lecteur, comme dans un jeu de piste et un puzzle.

Roman virtuose, burlesque, plein d’humour, d’énigmes, de suspense, où les jeux de langage participent de la quête. Le moindre détail devient signifiant. La fuite crée un léger trouble dans le temps et l’espace, dans la vie elle-même. Le roman est une échappée reliée à un objet dérisoire et immobile mais où toute l’émotion d’une existence semble se concentrer et vibrer. L’objet de la quête est un secret, enfermé dans une boîte dont les objets modestes sont eux-mêmes des secrets en forme de souvenirs. Comme si Bébé devait quelque chose à l’enfant qu’elle a été, un pacte indicible, infime et intime. Un pas de côté qui nous propulse dans une autre dimension que tente de nous faire vivre ce récit à rebours.


Mon avis


Une fuite en avant que Louise Rose nous conte à rebours. Une quête pour retrouver un morceau d'enfance. Bébé se jette dans un train, puis se glisse dans un jardin dans lequel elle n'a plus vraiment de repères. Elle reconnaît le chat, mais n'y voit pas de mauvais présage.

Entre le chat d'Alice au pays des merveilles, la naïveté de Bébé  (que l'on ne laisse pas dans un coin) et cette recherche d'un morceau du passé comme pour conjurer le présent, les références qui vous viennent à la lecture de ce roman pas comme les autres sont pléthoriques. Mais où se situe la vérité, celle de Bébé et celle du lecteur ?

Difficile de suivre ce besoin irrépressible de Bébé de retourner sur les lieux de son enfance, de quitter Boris, son compagnon, à peine lui a-t-il apporté ses yaourts préférés. Cet empilement incroyable de mots inarticulés qui lui reviennent de ce moment où elle vivait avec Tonton Bermuda et Monique. À l'image de cette question gravée dans sa mémoire : « Un jour elle lui avait demandé, à tonton Bermuda, pourquoi les chiennes enterraient les os au fond du jardin. Spourgardéleurtrézorbienocho mon poussin ». Les mots ne s'articulent plus, ils s'enchaînent d'un bloc pour finir scellés dans le souvenir de Bébé, avant de lui revenir en plein visage comme autant de projectiles du passé.

Ce roman est inclassable, véritable jeu de piste. On tourne les pages pour savoir quel événement a été le déclencheur de ce retour vers le passé pour Bébé. Les projectiles sont en réalité un puzzle dont les pièces ont été jetées pêle-mêle et qu'il faut tenter de reconstruire. Accepter de ne pas tout comprendre.

Un récit déstabilisant. « Partir, c'est déjà une raison » : aller au bout de ce roman est un challenge.







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