lundi 29 juillet 2019

LES MAINS DE LOUIS BRAILLE - Hélène JOUSSE



LES MAINS DE LOUIS BRAILLE
Hélène JOUSSE
Aux Editions J.C. LATTES - 350 pages

Veuve depuis peu, Constance, la quarantaine, auteur de théâtre à succès, se voit confier l’écriture d’un biopic sur Louis Braille par son producteur et ami Thomas. Assistée d’Aurélien, mystérieux et truculent étudiant en histoire, elle se lance à cœur perdu dans une enquête sur ce génie oublié, dont tout le monde connaît le nom mais si peu la vie.

Elle retrace les premières années de Louis Braille, au tout début du XIXe siècle, ce garçon trop vif qui perd la vue à l’âge de trois ans à la suite d’un accident. Déterminé à apprendre à lire, il intègre l’Institution royale des jeunes aveugles. Mais dans ce bâtiment austère et vétuste, où les petits pensionnaires sont élevés à la dure, nul n’entend leur enseigner la lecture. 


Et pour cause  : il n’existe aucune méthode. Constance découvre le combat de Louis pour imaginer la lecture au bout des doigts, jusqu’à l’invention, à même pas dix-huit ans, du système qui a révolutionné depuis la vie de tous les aveugles.

Dans ce roman, hommage à ce garçon dont le génie n’avait d’égale que la modestie, Hélène Jousse entremêle les vies et les époques et explore la force de l’amour, sous toutes ses formes. Avec une question qui affleure  : qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres ?



MON AVIS :


J'ai aimé la tendresse avec laquelle Hélène Jousse dresse le portrait de ce petit bonhomme de trois ans enjoué, curieux qui aime regarder son père travailler à l'atelier de bourrelier de Coupvray. Sa mère, aimante, drôle, courageuse qui tel le roseau plie face aux difficultés de la vie mais ne rompt pas. Comme lorsque les soldats qui occupent sa maison, lui ordonne de la décorer pour une fête, elle force l'admiration en disposant dans toute la modeste maisonnée des fleurs bleues, blanches et rouges, une bravade qui force l'admiration.

Lorsque Louis perd la vue, son père se replie dans un mutisme total et son sentiment de culpabilité. Pourtant, il aura la force de saisir la main que les notables lui tendent pour permettre à Louis d'entrer dans l'institut de Valentin Haüy qui lui permettra d'étancher sa soif de savoir.

Louis y découvrira l'injustice, le sadisme, la peur, l'humidité, l'insalubrité des lieux, mais aussi Gabriel son alter ego musicien. Enfin, un coup de pouce du destin en 1821 avec l'arrivée de M. Pignier le directeur qui le prendra sous son aile, Claude, le régisseur protecteur qui contrefaisait les ordres pour préserver les pensionnaires. Enfin, la rencontre décisive avec Charles Barbier de la Serre, Capitaine d'artillerie que je vous laisserai découvrir...

Constance, son carnet rouge, sont le fil conducteur de la découverte de l'amour au sens large, de la pugnacité de Louis à accomplir son rêve : lire enfin seul, acquérir le savoir et le répandre pour que les aveugles soient libres.

Hélène Jousse donne vie à Louis Braille par la voix de Constance. L'inconnu dont le monde a retenu le nom, mais si peu de la vie, sinon pour dire que 100 ans après sa mort, il a fait son entrée au Panthéon. Jolie idée que ce biopic, joli roman cinématographique que j'irai regarder avec plaisir. Tant cette vie est riche, belle et triste à la fois, emplie de tendresse et de partage.

Constance et Louis, deux cécités qui ne peuvent se rencontrer que par la recherche d'absolu de ces deux êtres frappés par le malheur. 

Un roman touchant, captivant qui embarque jusqu'à son épilogue. 
Hélène Jousse redonne vie à Louis Braille, nous donne à voir ses frustrations, ses joies, ses peurs, lui qui est le concepteur d'une méthode universellement connue sous son simple nom : BRAILLE. Une fenêtre ouverte sur le savoir, la musique et le plain-chant, une liberté nouvelle ! Inconnu pourtant.

Joli pied-de-nez au destin qui devait faire de Louis un homme plongé définitivement dans l'obscurité, mais qui, par sa volonté d'apprendre, de partager, lui a permis de changer la vie d'aveugles et mal-voyants en leur donnant un accès fluide à la lecture et à l'apprentissage. 



Un véritable coup de coeur !

MA B.O. DU ROMAN:

IN NEED OF A MIRACLE - Gabriele Roberto




Sélection 2019













jeudi 27 juin 2019

IL ETAIT UNE FOIS MON MEURTRE - Emily KOCH

IL ETAIT UNE FOIS MON MEURTRE
Auteure : Emily KOCH
Aux Editions Calmnann-Levy

Comment élucider son propre meurtre ? Alex est dans le coma depuis deux ans, à la suite d'un accident d'escalade. Sa petite amie Bea, ses parents et sa soeur envisagent l'arrêt des soins comme il ne réagit à rien autour de lui. Mais en réalité, Alex est parfaitement conscient : son corps est certes inerte, mais son esprit est vif, et il entend tout ce qui se passe autour de lui. Quand un jour, Alex surprend deux policiers dans sa chambre, puis Bea se plaindre de se sentir suivie dans la rue, il comprend que le danger les menace tous deux.
En se replongeant dans ses souvenirs fragmentés, et au fil de phrases perçues ici et là, Alex commence à douter que sa chute n'ait été qu'un accident. Mais comment faire pour sauver sa peau, et celle de sa petite amie, en étant cloué à son lit d'hôpital ? 

Un thriller d'une grande intensité qui se lit comme un puzzle que l'on recompose, aidé d'un narrateur bouleversant, et unique en son genre.




 Mon Avis :


L'auteure propose un premier roman audacieux. L'intrigue se passe à huis clos dans la chambre d'hôpital d'Alex, personnage principal de la narration. Jeune journaliste féru d'escalade, il est dans le coma après un accident de varape.


On vit l'enfermement d'Alex dans son corps, le désarroi de Béa sa compagne, celui de son père, en parallèle des souvenirs qui s'insinuent dans l'esprit du jeune homme au gré des visites, son histoire familiale tragique, sa relation avec sa soeur.


La mise en place du récit peut sembler un peu longue, une centaine de pages tout de même pour comprendre Alex, sa vie, sa famille, son état de santé et d'esprit... son angoisse, ses peurs, la douleur.


Les gens parlent autour de lui, sans filtres, il est considéré comme étant dans un état végétatif, nul ne sait s'il entend, il ne réagit à aucun stimuli.  Les soignants, les policiers, sa Béa sont dans le doute... mais ainsi, il apprend que son accident n'en était pas un. Il combat sans que rien ne paraisse pour sortir du brouillard dans lequel il est plongé.



C'est un thriller intriguant qui questionne sur le maintien en vie de patients en état végétatif, sans pathos. Il est intéressant d'appréhender le point de vue d'Alex qui ne peut pas interagir sur les événements.


L'intrigue est bien ficelée, il m'a manqué quelque chose pour être totalement en empathie avec ce personnage.  Néanmoins, je n'aurai pas pu lâcher le roman avant l'épilogue, j'avais envie de savoir ce qu'il allait advenir d'Alex, qui le haïssait à ce point ? La tension est palpable lorsque le compte à rebours pour sa survie s'enclenche mais je ne vous en dis pas plus... 


Ma B.O du roman :


Mood To Be Wooed

Première Apparition sur Duke Ellington And His Orchestra – Kissing Bug / Mood To Be Wooed



mercredi 19 juin 2019

VIGILE - HYAM ZAYTOUN



VIGILE
Auteure : Hyam Zaytoun
Aux Editions Le Tripode - 124 pages


Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir... il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque. 
Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.
Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l'ont lu.


Mon Avis :


L'auteure nous offre un premier roman qui captive dès les premières pages avec des mots touchants pour évoquer un accident de la vie.


Livré à la première personne, ce récit bouleversant décrit le combat d'une femme pour faire face au choc de l'attaque cardiaque que subit son compagnon, une nuit. 

En trente petites minutes, le basculement total, la peur : et si Antoine ne se réveillait pas ? Comment expliquer aux enfants, Margot et Victor, ce qui arrive à leur papa.  

C'est une explosion de tendresse et d'amour. Les mots sont beaux, justes, délicats, pour dire la peur, l'attente, la remise en perspective de ce qui est important, l'amour. On accompagne la narratrice, sous tension, dans l'attente du réveil d'Antoine, jusqu'au bout elle va être sa vigile, son garde du corps contre la mort.

Un roman précis, dense, chargé d'émotions, porté par une écriture puissante qui vous embarque, vous bouscule, jusqu'à l'épilogue. Un bref instant de vie, qui colle à la mémoire irrémédiablement, sous la plume élégante de Hyam Zaytoun.

Un vrai coup de coeur !


Ma B.O. du roman :

Staying Alive des Bee Gees - pour accompagner le massage cardiaque.



Sélection 2019





dimanche 16 juin 2019

COMME ELLE L'IMAGINE - STEPHANIE DUPAYS

COMME ELLE L'IMAGINE
Auteure : Stéphanie DUPAYS
Aux éditions Mercure de France - 160 Pages



Laure avait des mots d’amour mais pas les preuves : Vincent n’évoquait jamais de date pour une prochaine rencontre. Et ce décalage entre les paroles et les actes la perturbait. Les messages maintenaient un lien entre eux, mais ils rendaient aussi la distance plus palpable et transformaient Vincent en une divinité inaccessible.

Laure est tombée amoureuse de Vincent en discutant avec lui sur Facebook. Depuis des mois, ils échangent aussi des SMS à longueur de journée. Elle sait tout de lui, de ses goûts, de ses habitudes mais tout reste virtuel. Si Vincent tarde à lui répondre, l’imagination de Laure prend le pouvoir et remplit le vide, elle s’inquiète, s’agace, glisse de l’incertitude à l’obsession. Quand une rencontre réelle se profile, Laure est fébrile : est-ce le début d’une histoire d’amour ou bien une illusion qui se brise? 
Subtile analyste du sentiment amoureux, Stéphanie Dupays interroge notre époque et les nouvelles manières d’aimer et signe aussi un roman d’amour intemporel sur l’éveil du désir, l’attente, le doute, le ravissement.



Mon Avis :


Laure, professeur trentenaire, seule, va se livrer sur Facebook à un échange nourri de messages avec Vincent. Même amours de Flaubert, Proust, René Guy Cadou ou encore Véronique Sanson, J.J. Goldman, de la nostalgie, des vieux films de Rohmer... Laure est séduite.

"J'aime à vous écrire, c'est épouvantable, c'est donc que j'aime votre absence" Mme de Sévigné.

Est-elle amoureuse ou est-ce la recherche du sentiment amoureux qui rend Vincent si attirant ?  Les réseaux sociaux ont changé la manière de se rencontrer pour certains : se livrer sincèrement, être dans l'attente de l'approbation de l'autre, dans l'inquiétude si la réponse tarde, le désir d'apprendre à connaître virtuellement Vincent, pour se convaincre que ce sera la bonne personne, avant de l'avoir face à soi. Tout cela donne l'impression à Laure de vivre plus intensément, de remplir l'espace vide, de développer un lien plus fort puisqu'elle a été comprise. 

L'auteur nous offre un roman ciselé, ponctué de références littéraires, pour décrire la solitude d'aujourd'hui. Elle intellectualise, décortique la rencontre 2.0, les amitiés virtuelles, la relation créée par Laure dans sa soif d'amour, son besoin de reconnaissance et paradoxalement d'un réel alter-ego puisqu'elle a été elle-même, totalement, avant la rencontre physique. 

Un récit maîtrisé, enlevé, pour décrire un sujet d'une grande banalité, avec justesse, dans un monde où le portable est posé entre les individus en permanence dans l'attente d'un partage que l'on a trop souvent des difficultés à vivre face à face. La prédation de pseudo-séducteurs qui vampirisent les informations confiées pour construire l'amoureux idéal de femmes rendues naïves par excès de solitude.

Une fiction pour alerter sur la solitude, la rupture de contact vrai entre les individus, qui trouvera certainement son lectorat. Un roman adroit qui donne à réfléchir sur nos pratiques sur les réseaux sociaux.


Ma B.O. du roman :

Comme elle l'imagine - Véronique Sanson (titre soufflé par l'auteur)

Sélection 2019



mardi 11 juin 2019

DEMAIN LE JOUR SE LEVERA - Georgina Tuna Sorin

DEMAIN LE JOUR SE LEVERA
Auteure : Georgina Tuna Sorin
Aux Editions : Librinova - 242 pages

Décembre 2018. 

Anna, Nico et Mathis, trois jeunes pleins de vie, préparent ensemble les fêtes du Nouvel An. Inséparables, ils partagent leur quotidien entre les amis, les amours, et les études.Pourtant, l'année suivante débute au rythme des machines de l'hôpital où Anna s'accroche à la vie. 

Au fil des pages, l'auteure nous transporte dans un futur proche et inquiétant, et laisse deviner qu'une menace pèse sur la petite bande : pour eux, tout semble devoir changer. Quel drame va donc les frapper ? 

Demain le jour se lèvera met en scène des personnages touchants dont le courage et l'envie de vivre surpassent toutes les épreuves qu'ils ont à affronter. Un récit intense et émouvant !


Mon avis :


"Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir

ou ne meurt que pour renaître" Marguerite Yourcenar.

La question est posée : qu'y a-t-il au-delà du perceptible ? Bip Bip Bip : on entre dans le roman au rythme de la machine qui contrôle les battements de coeur d'une jeune femme pleine de vie. Anna.

Anna, Mathis, Nico, Sophie, étudiants en Staps à Dijon. Inséparables. Amoureux de la vie. Amoureux sans le dire.

L'auteure nous embarque dans l'après accident, nous attache aux respirations de Mathis et Anna. On manque une respiration quand le Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip peu rassurant, s'emballe, on trésaille quand Mathis crie le nom d'Anna.

Ce roman est lumineux par l'amour qu'il irradie ; gris lorsqu'il nous plonge dans le coma d'Anna. L'auteure a une écriture percutante. Qu'est-ce qui nous guide lorsqu'un drame de la route nous ramène à la vulnérabilité du corps ? Qu'est-ce qui détermine que l'on sorte ou non d'un coma ? L'amour est-il un fil suffisamment ténu pour nous ramener, nous donner la force de se dépasser pour retrouver la lumière des néons de l'hôpital.

Ce roman se dévore, impossible à lâcher, ponctué d'humour, touchant. Les émotions sont vives à la lecture de la bataille pour la vie de ces jeunes gens. Ce récit est un hymne à la vie, l'amour, l'amitié, la parentalité, aux soignants.

C'est une gamme d'émotions qui monte crescendo au fil de ce premier roman très efficace !

Un vrai coup de coeur pour la construction, l'écriture, le drame sans le pathos, les émotions fortes ! Un vrai bon moment de lecture, un bémol après tant de frissons partagés avec des personnages tous très attachants, difficile de les abandonner sans espérer en savoir plus sur leur avenir.

Ma B.O du livre :

We belong to me



vendredi 31 mai 2019

LES PETITS GARÇONS - THEODORE BOURDEAU

LES PETITS GARÇONS
Auteur : Théodore BOURDEAU
252 pages - Aux Editions STOCK Arpège

C’est l’histoire de deux amis qui traversent ensemble l’enfance, puis l’adolescence, et qui atterrissent à l’âge adulte le coeur entaillé.
C’est l’histoire d’un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs.
C’est l’histoire d’un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l’attendent.
C’est aussi l’histoire d’une société affolée par les nouveaux visages de la violence.
C’est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d’amour.
Mais avant tout, c’est l’histoire de deux petits garçons.

Théodore Bourdeau signe un premier roman enlevé, à l’humour réjouissant, qui entremêle la douceur de l’enfance, les erreurs de jeunesse et le nécessaire apprentissage de la vie.


Mon avis :


Théodore Bourdeau nous conte l'histoire de l'amitié d'une vie. "Une vie légère, facile. Une aventure perpétuelle et joyeuse. Avec Grégoire pour ami, petit garçon rouquin avec qui tout semblait facile." 


Le copain qu'on admire dès la maternelle, parce qu'il ose, voilà qui est Grégoire pour le narrateur, celui qui vit intensément les situations qui le paralysent. 


Tous deux enfants uniques de parents qui le sont tout autant, ces gamins vivent au travers de l'admiration qu'il se voue. 


D'une plume mélancolique, l'auteur tente de nous laisser croire qu'on ne quitte pas son enfance, qu'on grandit, soit ! Qu'on s'écorche un peu dans cette croissance, qu'on laisse l'innocence nous échapper tout en gardant l'essentiel : le partage d'un passé heureux qui nous accommode au présent, nous lie pour toujours aux petits bonheurs de la prime enfance.


Les femmes que croisent le narrateur vont le porter, Olympe, Louise, aucune ne reste pourtant. Son métier, c'est sa mère qui le lui suggérera : Journaliste. Grégoire, lui aussi se laisse porter par l'influence de son père absent, il enfouira son amour de l'Art -sa peinture idéale de Valtat- au fond de son coeur, sera haut fonctionnaire.


La violence du monde n'épargnera rien à leur candeur de jeunes hommes. Peut-on naître heureux et le rester dans un monde brutal ? Doit-on se déterminer pour toute une vie à l'adolescence ? Peut-on trouver le bonheur sans nuire à autrui ?


Les événements ne sont pas datés, la période suggérée : déclin économique, attentats, cependant l'écriture de l'auteur assoie l'idée d'une certaine vacuité pour décrire l'existence adulte de ces deux amis de toujours, leurs émotions. Pourtant ils restent présents, l'un pour l'autre, malgré les vies parallèles, même au pire de la violence qui les entoure, comme deux frères qui se seraient choisis. 


Les souvenirs unissent à jamais, aussi sûrement que les liens du sang, pour peu qu’ils soient liés aux temps heureux. La plume de l’auteur parfume les souvenirs de mélancolie, de regrets, d’authenticité. Un roman doux-amer, joli moment de lecture.



Ma B.O. du roman :


The Persuaders - Musique de John Barry.




Sélection 2019



jeudi 30 mai 2019

LA VIE QUI M'ATTENDAIT - JULIEN SANDREL

LA VIE QUI M'ATTENDAIT
de Julien SANDREL
Aux Editions Calmann-Levy - 318 pages

« Ma petite Romane, on se connaît depuis longtemps, il faut que je vous dise : je vous ai vue sortir en larmes du bureau de ce pneumologue à Marseille. Pourquoi vous cachiez-vous sous une perruque rousse ? »

Romane, 39 ans, regarde avec incrédulité la vieille dame qui vient de lui parler. Jamais Romane n’a mis les pieds à Marseille.
Mais un élément l’intrigue, car il résonne étrangement avec un détail connu de Romane seule : sa véritable couleur de cheveux est un roux flamboyant, qu’elle déteste et masque depuis l’adolescence sous un classique châtain.

Qui était à Marseille ? Troublée par l’impression que ce mystère répond au vide qu’elle ressent depuis toujours, Romane décide de partir à la recherche de cette autre elle-même. En cheminant vers la vérité, elle se lance à corps perdu dans un étonnant voyage entre rires et douleurs.

Mon Avis :

L'auteur touche à fleurets mouchetés des thèmes universaux : l'amour filial, la transmission, les non-dits, la quête d'identité.


Plus encore que dans son précédent roman, la tendresse de l'auteur pour ses personnages est tangible. Les émotions omniprésentes. 

Romane, intriguée par la révélation de la vieille amie de son père va se mettre en quête de cette inconnue qui lui ressemble. Julien Sandrel tisse un fil de soie délicat autour de son intrigue, vous vous direz " trop simple, j'ai tout compris". Le tissage est délicat, digne des canuts, incroyablement beau, solide, la réalisation finale vous laissera sans voix, les zygomatiques en position haute !
C'est poétique comme un pont ! 

Les surprises sont jetées au gré du récit pour vous balloter d'une émotion à une autre. C'est tendre, beau, humain. Chacun croit détenir la vérité. Seulement, elle est multiple, celle de Romane n'est pas celle de son père. Celle de Juliette pas celle de Paola.

L'écriture est maîtrisée, l'intrigue encore plus émouvante que dans son précédent roman. Julien Sandrel est un conteur hors pair. Il offre une palette d'émotions arc-en-ciel qui colle parfaitement avec la couverture de ses deux romans.
Ce roman est une parenthèse enchantée, parée de tendresse, de douceur, d'humanité. Même les situations dramatiques vous laissent le sourire au milieu des larmes. Je vous le recommande vivement !


La B.O. du roman :

"Mon Frère" Maxime Le Forestier







samedi 18 mai 2019

LE MATIN EST UN TIGRE - CONSTANCE JOLY

LE MATIN EST UN TIGRE
Auteure : Constance Joly
Edtions Flammarion - 154 pages 

Depuis quelques mois, la vie d'Alma se hérisse de piquants. Sa fille souffre d'un mal étrange et s'étiole de jour en jour. Tous les traitements échouent, et les médecins parlent de tumeur. Mais Alma n'y croit pas. Elle a l'intuition qu'un chardon pousse à l'intérieur de la poitrine de son enfant. On a beau lui dire, son mari le premier, que la vie n'est pas un roman de Boris Vian, Alma n'en démord pas. 

À quelques heures d'une opération périlleuse, son intuition persiste. 

Il ne faut pas intervenir. C'est autre chose qui peut sauver sa fille. Elle, peut-être ?

Dans une langue merveilleusement poétique et imagée, Constance Joly met en scène l'histoire de ce que l'on transmet, malgré nous, à nos enfants. Le matin est un tigre parce que, certains jours, la vie est un combat et qu'il faut bien arriver à s'en débrouiller.



Mon avis :

Billie, 15 ans est atteinte d'un mal étrange. Alma, sa mère, se laisse envahir par la peur. Chaque jour, l'invisible petite valise de cuir qu'elle porte s'alourdit de son chagrin et de son impuissance. 

Constance Joly nous offre un conte poétique pour dire la difficulté d'être mère. L'Alma mater. Billie est son alter ego. Elle prend soin de sa mère, la console, la rassure. Un seul coeur fait battre leur amour. Ce roman décrit le poids de la transmission inconsciente, la force du lien.

La poésie du texte rend captivant le récit. Ce passage à l'âge adulte que certains adultes se refusent à faire, s'impose à eux parfois au gré des difficultés de la vie, la maladie de Billie va faire grandir Alma. Lui faire prendre conscience d'affronter sa vie hors de la rêverie.

L'écriture parfaitement équilibrée, sensible, élégante, vous mène par le bout du nez, accrochés aux questionnements d'Alma sur sa vie, son mariage, la violence de la peur de perdre son enfant, la culpabilité. 

Ce conte à la symbolique appuyée une broderie fine, une dentelle bretonne qui vous attache au fil du récit, délicatement avec tendresse. 
Vous donne envie de bousculer Alma. Une vie, c'est court, peut-on refuser de la vivre pleinement ?

Ce premier roman est surprenant, par sa construction, entre allégories et situations très concrètes. Captivant comme un roman initiatique dont on veut absolument connaître l'épilogue. 

Un joli moment de lecture !


Ma B.O. du roman :

Miracles du ciel : NO PAIN de Carlo Silioto


Sélection 2019