vendredi 27 août 2021

là où chantent les écrevisses _ Delia Owens

 Là où chantent les écrevisses

Auteure Delia Owens

Aux éditions POINTS - format poche 461 pages

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n'est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l'âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l'abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l'irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même...


Mon avis :

Je ne vais pas révolutionner le monde des lecteurs avec cet avis. Des milliers de lecteurs ont d'ores et déjà dit combien ce roman était un hymne à la nature porté par une héroïne inoubliable.

Cependant lorsque l'on a la chance d'avoir entre les mains un roman qui vous embarque par sa poésie, sa dureté, son humanité, impossible de n'en rien dire !

La couverture a accroché mon regard et je ne m'en suis pas détournée, intriguée par le synopsis. Une gamine livrée à elle-même au coeur de ce qui s'apparente à un bayou, un marais à la faune épanouie qui permet à de pauvres hères de survivre. 

Ce qui frappe c'est d'abord la candeur de Catherine Danielle Clark dont l'espoir s'accroche à un bout de chemin au bord duquel a disparu sa mère un beau matin. Kya n'est pas scolarisée, elle vit dans le marais, collectionne les plumes et coquillages de toutes sortes. Observe avec une admiration sans bornes la nature qui l'entoure. Elle apprend la reproduction, les migrations, le nichage, la vie tout simplement qui constitue son décor.

De temps à autre son monde est troublé par des gamins du village d'à côté qui viennent pêcher, se baigner, jouer à se faire peur en tentant d'approcher la fille du marais comme on la surnomme sans aménité.

Puis l'enfant s'épanouit à son tour pour devenir une bien jolie jeune femme. Pourtant, elle n'est toujours pas accueillie par la communauté locale, pas comprise, jugée incapable de s'adapter à un monde qui ne lui avait pas même entrouvert la porte.

Kya va découvrir la méchanceté, la bêtise du monde bien-pensant où les ouailles vont à l'église mais refusent de tendre la main à une gamine livrée à elle-même. Prompt à juger plutôt qu'à porter secours. Il y eut tout de même l'épicière, Jumping et Mabel pour veiller sur elle.

Ce roman est un hymne à la nature en effet, un polar qui tient en haleine entre suspense et poésie de l'écriture. Un hymne à l'apprentissage hors des sentiers battus, à la volonté viscérale de Kya de s'en sortir malgré l'adversité.

J'ai dévoré ce roman. Kya sera une des héroïnes de mon coeur comme la Marianne de Mme Giebel, des femmes malmenées par la vie dont on n'oublie pas la lumière et la force.

Ne vous privez pas de ce moment hors du temps, de quelque 400 pages si vite avalées qu'on pose le roman à regret.


mercredi 25 août 2021

LES SOEURS DE MONTMORTS _ Jérôme Loubry


 LES SOEURS DE MONTMORTS

Auteur Jérôme Loubry
Aux éditions Calmann-Levy

Novembre 2021. Julien Perrault vient d’être nommé chef de la police de Montmorts, village isolé desservi par une unique route. Alors qu’il s’imaginait atterrir au bout du monde, il découvre un endroit cossu, aux rues d’une propreté immaculée, et équipé d’un système de surveillance dernier cri.
Mais quelque chose détonne dans cette atmosphère trop calme.
Est-ce la silhouette menaçante de la montagne des Morts qui surplombe le village ? Les voix et les superstitions qui hantent les habitants ? Les décès violents qui jalonnent l’histoire des lieux ?

Dans la lignée des Refuges, un thriller stupéfiant à la construction aussi originale qu’habile, qui vous fera douter de vos certitudes à chaque page.
Un nouveau coup de maître !


Mon avis :

Ce roman stupéfiant est un énorme coup de coeur !

Jérôme Loubry, je m'étais promis de ne pas vous laisser me manipuler cette fois ! Je me suis donc refusée à écouter la BO des personnages pour ne pas me laisser embarquer.

Pour un coup de maître, c'est un coup de maître ! 

Je me suis dit qu'après "Les refuges", il ne vous serait pas possible de lier le lecteur à vos personnages sans qu'on s'interroge sur eux ? Julien qui débarque d'une grande ville pour prendre la tête de la police d'un village sans délit, suréquipé pour la tranquillité de tous, va-t-il se poser des questions au sujet de M. De Thionville, si épris de la qualité de vie de ses concitoyens ?

Comment ne pas trembler pour cette bleusaille de journaliste qui naïvement se laisse attirer dans un parking vers une destination méconnue. Comment ne pas entrer dans l'histoire livrée, par une informatrice zélée, en toute bonne foi ? Comment ne pas s'attacher à Sarah, Franck et les autres ? 

Ce village est tellement intrigant ! D'accord, les villageois en d'autres temps ont  commis l'irréparable en jetant des femmes du haut du tertre qui surplombe le village pour sorcellerie. De là à penser que les tertres et la forêt sont hantés par ces âmes meurtries. Que des voix s'en échappent... Pourtant depuis l'arrivée du nouveau maire, rien. 

Julien épluche les dossiers : aucun délit, encore moins de morts violentes mais M. de Thionville ravagé par la perte de son enfant n'est-il pas inquiétant ?

Impossible de vous dire autre chose que lisez ! c'est magistral.

L'auteur nous offre tout ce que l'on peut attendre de meilleur dans un thriller : être embarqué, intrigué, suspicieux, effrayé, assuré d'avoir compris pour mieux être perdu dans la brume des tertres. 

Ce roman est totalement addictif. Le suspense est présent dès l'entrée de Camille dans la voiture d'Élise, son informatrice et quelle apothéose que cette fin !! Monsieur Loubry, c'est tellement réjouissant de se laisser manipuler, bousculer dans ses certitudes et laisser pantois, un NON incrédule soufflé à l'apogée du récit.

Je remercie les Éditions Calmann-Lévy de m'avoir permis cet inoubliable voyage à Montmorts.


lundi 5 juillet 2021

D'UNE ILE A L'AUTRE - PATRICK RENOU

 D'UNE ILE A L'AUTRE

Auteur : Patrick RENOU

Aux Editions Presses de la Cité_ 312 pages

Elle se tenait là, pâle, immobile devant l'embarcatère, enveloppée dans un imperméable, comme omme une rose blanche qu'on aurait négligée sous la pluie.

Feuilletant un livre ancien sur les paquebots, devant la boîte verte d’un bouquiniste des quais, Patrick Renou découvre qu’une passagère clandestine, embarquée sur l’Ile-de-France en novembre 1946, donna naissance à sa fille au large des côtes françaises. Profondément ému, il fait alors des recherches, se plonge dans les archives de Cherbourg, de New York, comprend l’histoire extraordinaire de Milena et décide de réinventer ces sept jours de la traversée, où s’est noué le destin de la jeune femme. On entend le saxo de Charlie Parker le soir, on voit Marcel Cerdan sur le ring, les buffets sont dressés jour après jour. On vit ce temps si particulier des traversées transatlantiques qu’épouse à la perfection le rythme de l’écriture du romancier.


Mon avis :


1946, Mina Leneth, jeune Lettone embarque clandestinement sur le paquebot L'Île-de-France. Enceinte, elle veut un monde meilleur pour son enfant à naître. Rien n'y personne ne l'empêchera de poser le pied à New York. 

L'auteur donne à vivre le voyage de Mina Leneth. Elle rêve d'une vie sans peur pour son enfant à naître. Ce qui m'a plu dans ce roman, c'est qu'il émane d'un fait réel pour, au travers de l'écriture au verbe choisi de l'auteur, nous faire vivre au plus profond le ressenti de Mina, l'ambiance du paquebot, la vie des matelots. Les descriptions sont à couper le souffle. 

Un roman à lire à haute voix pour déguster les mots choisis pour décrire ce voyage vers le renouveau, la reconstruction. 

"Les mots sont craintifs, les mots sont sous terre, les mots sont des pierres, du sable, des joyaux, les mots sont des salons, des fenêtres, des façades de maisons, enjambent la rue, l'azur". 

La poésie de l'écriture vous porte sous un ciel orageux, au delà de l'azur, pour goûter la dureté du destin de Mina, ses espoirs, son amour démesuré pour Boyan. Sa volonté farouche de parler de l'indicible pour que sa famille et ses amies vivent encore un peu. Sa certitude absolue que le retour est impossible.

 Une pépite de littérature qui vous embarque, vous ballotte, vous largue sous les yeux de la statue de la liberté, avec l'espoir ténu que Mina pourra s'offrir un nouveau départ dans ce nouveau monde. 

Un roman à découvrir absolument pour l'histoire qu'il livre, la justesse et la poésie de l'écriture de Patrick Renou.

Merci au Comité de lecture Cultura et à Emmanuelle Responsable rayon livres, pour cette belle découverte !


vendredi 2 juillet 2021

RUE DU RENDEZ-VOUS _ Solène Bakowski

 RUE DU RENDEZ-VOUS

Auteure Solène Bakowski

Aux Editions PLON - 376 pages

Rien ne prédestinait Alice Beausoleil et Marcel Dambre à se rencontrer. Pour que le vieil homme ouvre sa porte à la jeune femme trempée, il aura fallu une grève des transports, un GPS capricieux et un terrible orage.
De leur tête-à-tête inattendu va naître ce qui ressemble à une seconde chance. Un nouveau rendez-vous avec l'existence, peu importe le temps qui reste...
Marcel, quatre-vingt-sept ans, vit rue du Rendez-Vous, reclus dans son atelier de bottier menacé par les bulldozers. Vendeuse en boulangerie, Alice offre son sourire à tous ceux qu'elle croise. En réalité, depuis deux ans, trois mois et quatre jours, en proie à une profonde tristesse, elle s'empêche de vivre.

À mesure que la pluie et les heures s'écoulent, le passé resurgit. Sous l'impulsion de la jeune femme qui l'écoute sans se dévoiler, Marcel raconte la guerre, sa carrière et son amour fou pour sa mère. Et s'il trouvait à son tour la clé pour délivrer Alice de son silence ?


Mon avis :

En lisant l'histoire de Nini, Marcel et d'Alice, j'ai d'abord été triste pour Marcel. Une mère qui vous rejette quoi de plus terrible ?

Seulement voilà, Nini elle n'a pas besoin d'un Kévin pour mettre des paillettes, des plumes et des strass dans sa vie. Elle n'est pas faite pour la campagne de Jean la Jaunisse, c'est tout.

Alors, Marcel dans sa rue du Rendez-vous qui se désertifie, sa boutique qui fait grise mine, embouteillée de milliers de paire de chaussures toute confectionnées sur mesure, mène sa résistance aux bulldozers en refusant de la quitter. Elles portent bien plus que des chaussures les étagères de Marcel, alors lui et son Lucien, ils restent coûte que coûte.

Alors qu'un soir de grève, Alice se laisse guider par son GPS dans cette rue déserte et triste, l'orage frappe et la pousse à cogner à la porte de Marcel. Cette rencontre de deux tristesses, de tonnes de regrets va être salvatrice. 

Marcel raconte, Nini, l'accordéoniste, la danse, le cabaret, l'appartement et son oiseau devin, l'Allemand poète, la petite rousse d'en face. Ne vous méprenez pas, ce n'est pas triste au fond, jjuste nostalgique et salutaire tant pour Marcel que pour la jeune Alice.

L'auteure avec une délicatesse de dentellière nous embobine dans les rues de Paris dans les années 40, nous accroche le coeur en bandoulière lorsque Marcel raconte Nini, bouscule l'ordre établi : une mère aime son enfant, forcément. Mais toute la poésie et la sensibilité de la plume de Solène Bakowski nous enchaînent au destin de Marcel et de la douce Alice. Il est le grand-père du quartier que l'on ne regardera pas de la même façon demain. L'éboueur croisé souriant au petit  matin en traversant la rue à qui on prêtera un talent inconnu... 

Et puis imaginez un peu le Beausoleil qui frappe l'Ambre, quelle lumière extraordinaire cela produit ! C'est encore là, la poésie de l'écriture de Solène Bakowski qui nous frappe.

La profonde humanité des personnages, la justesse de la narration de l'auteure font de ce roman un petit bonheur de tendresse et d'émotions que l'on quitte à regret Rue du Départ...

Ce roman c'est l'arc-en-ciel après la pluie !

mardi 29 juin 2021

NOS ELLES DEPLOYEES _ Jessie MAGANA


 NOS ELLES DEPLOYEES

Auteure : Jessie Magana

Aux Editions Jean Magnier _ 352 pages

1974
Des femmes, partout dans la rue. Parmi elles, Solange, quinze ans, qui brandit fièrement les pancartes et reprend à pleins poumons les slogans préparés avec sa mère et ses copines du MLF. Elles le sentent, leur lutte est sur le point de faire basculer l’histoire. Demain, les femmes seront libres de choisir. Pourtant, rien n’est simple pour Solange, qui cherche à exister face à ces modèles et se questionne sur ses désirs nouveaux.

2018
Manifs, AG, une chose est certaine, dans les veines
de Sido, la fille de Solange, coule le sang de ses aînées, fières et engagées. À son tour, elle cherche le moyen de faire entendre sa voix... et de trouver sa voie.

Trois générations de femmes veulent révolutionner l’amour, la famille, l’engagement. Une saga féministe bouleversante.


Mon avis : 


Jessie Magana nous propose une vision de l'émancipation de la femme au travers de la destinée de trois générations de femmes. Coco, Solange et enfin Sido.

Coco, dès 1974, se rebelle contre la place laissée aux femmes dans la société. Extravertie et libre à tout jamais, elle va vivre en communauté quitte à donner une liberté totale à Solange qui peine à trouver sa place.

Solange comprend les combats que mène cette mère qu'elle peine a appelée Maman. Toutes ces femmes fortes, indépendantes, qui luttent pacifiquement à qui on oppose les CRS et leurs lacrymogènes, les propos sexistes dans la rue. Tout cela va forger chez Solange la conviction qu'une autre forme de bataille est possible.

Sido peine à comprendre sa mère, elle aussi. Pourtant la jeune femme des années 2000 n'est pas si éloignée de Coco ou de Solange. Les combats sont plus violents, le ressenti tout aussi bouillonnant.

Ce roman est à lire toutes générations confondues et peut ouvrir le dialogue tant parmi les femmes que plus largement dans la société. Il nous montre le chemin parcouru depuis ces années 70 où des avancées notables ont été obtenues sans que toutefois la lutte puisse être abandonnée totalement.

Ce roman nous montre à quel point, les acquis peuvent être fragiles. A quel point, l'engagement dans ses différentes formes peut faire évoluer la société. L'auteure nous conte ces femmes portées par la conviction qu'elles ont droit à l'égalité, la liberté de disposer de leur vie, de choisir leur avenir et de faire évoluer la société dans laquelle elle vive, ici ou ailleurs par leurs combats.

Jessie Magana nous propose un roman qui lève le voile sur des thèmes peu abordés, la liberté sexuelle, d'aimer, de revendiquer des droits, l'homophobie, sans caricaturer les personnages.

Une plume fluide et délicate qui ne permet plus de reposer le roman jusqu'à l'épilogue. Un roman important pour son ouverture sur le dialogue et la page d'histoire qu'il laisse découvrir.

Nos elles déployées, n'est pas uniquement un roman "féministe". C'est un constat d'aujourd'hui, sur plusieurs générations, de ce que les femmes ont dû faire pour obtenir les évolutions fragiles que l'on constate aujourd'hui. 

J'ai une tendresse particulière pour Solange, ses failles, sa retenue. On porte un regard tendre et bienveillant sur les personnages qui évoluent de 1974 à 2018, ancrés dans leurs époques.




lundi 31 mai 2021

RANEE TARA SONIA CHANTAL ANNA _ Mitali Perkins

RANEE TARA SONIA CHANTAL ANNA

Auteure : Mitali PERKINS

Aux éditions Bayard - 344 pages

Des années 1960 aux années 2000, cinq femmes cherchent leur propre voie, entre leur culture indienne et le rêve américain auquel elles aspirent.

Ranee migre avec sa famille du Bengale à New York pour une vie meilleure.
Tara, sa première fille, est admirée par tous, mais se sent obligée de jouer un rôle pour continuer à être aimée.
Sonia, sa cadette, rebelle et engagée, provoque un véritable séisme au sein de la famille lorsqu'elle tombe amoureuse.
Chantal, la fille de Sonia, talentueuse danseuse et athlète, est prise dans une lutte entre ses deux grands-mères et ses origines.
Anna, enfin, reproche à sa mère, Tara, de l'avoir forcée à quitter l'Inde pour les États-Unis et doit trouver sa place à New York.

Le fragile équilibre que les femmes de la famille Das peinent à trouver est chaque jour menacé par des blessures qui mettront des générations à cicatriser...


Mon avis :

Ranee et Rajeev ont quitté Londres pour New York avec l'espoir d'un meilleur avenir.

Le poids des traditions les a accompagné en même temps que leurs deux filles Tara et Sonia. 

Deux jeunes femmes de 17 et 15 ans, très différentes, l'une a besoin d'incarner un personnage pour s'intégrer dans le pays où elle réside, l'autre a besoin des mots pour faire face aux difficultés qu'elle rencontre.

Ce roman est estampillé "adolescent" mais il donne à voir autant aux adultes qu'aux jeunes lecteurs, la difficulté de trouver sa place, de vivre ses rêves, d'être pugnace et résiliant tout à la fois, de se confronter au racisme ordinaire.

J'ai aimé le caractère très différent, bien trempé, de ces cinq femmes même si leurs racines les ont menées à conduire leur vie de manière distincte. Finalement, Ranee a réussi à trouver une place centrale dans la vie de chacune. L'arbre de vie et la statue de la liberté les ont guidés en leur susurant les poèmes de Tagore.

Pour qu'un arbre grandisse, s'épanouisse, il lui faut un terreau adapté, de la lumière et de l'attention. C'est à la lueur d'un terrible drame que Ranee s'est rendu compte que le terrain qui lui avait été offert était favorable à ce qu'elle s'autorise à vivre à New York dans un quartier qu'elle avait d'abord honni.

On s'attache à ces femmes pour leur combativité, leur foi en l'avenir. L'auteure offre un roman feel-good agréable à lire même si parfois la facilité à traverser certains écueils ramène à la fiction. Néanmoins, ce roman choral nous fait traverser les époques, se questionner sur des thèmes universels tels que l'intégration, le deuil, l'amour, le racisme, l'importance des mots pour faire face aux maux, la religion avec délicatesse.

Un roman que l'on ne quitte pas avant l'épilogue, joliment happy-end. 

Je remercie Babelio pour sa proposition de lecture via son Masse Critique et les Éditions Bayard pour cette tendre découverte.

Durant toute ma lecture la musique de Maxime Le Forestier a tinté à mes oreilles "Né quelque part" : "Être né quelque part pour celui qui y est né c'est toujours un hasard..." 


jeudi 27 mai 2021

INCONDITIONNELLES - Marlène Charine

INCONDITIONNELLES

Auteure : Marlène Charine

Aux éditions Calmann-Levy - 342 pages

TROIS MÈRES, UNE FLIC ET CETTE QUESTION : QUE MÉRITE CELUI QUI A BRISÉ UN ENFANT ?

« Venez ! Elles sont là ! » La capitaine Silke Valles et son équipe viennent d’investir une maison délabrée sur les hauteurs d’Annecy. Au sous-sol, une des trois fillettes enlevées dix jours auparavant gît, inconsciente, dans une baignoire remplie de glace. Les deux autres sont recroquevillées à côté, terrifiées mais indemnes.


Le ravisseur a été abattu dans l’assaut, l’affaire est donc officiellement close. Et pourtant, insidieusement, d’indice en indice, une interrogation fait son chemin dans l’esprit de la capitaine Valles, mais aussi dans celui de Garance, Cora et Blandine, les mères des trois fillettes : et si ça n’était pas fini ?


Mon avis :

La capitaine Silke Valles est soulagée. Les trois gamines ont été retrouvées vivantes. Le pervers qui les a enlevées durant 7 jours a été abattu. Tout cela fini aussi bien que possible, elles sont vivantes.
Alors pourquoi ce poids sur sa poitrine ?

Trois mères très différentes :

  • Garance, la dentiste, famille de notable sans soucis d'argent, qui envie la relation que son mari a tissée avec sa fille. 
  • Cora, mère célibataire, qui s'efforce de donner le meilleur à la sienne avec des difficultés à joindre les deux bouts.
  • Blandine, mère attentive, couple au bord de la rupture, que le drame ne va pas épargner qui doit surmonter son chagrin pour son fils.

Trois gamines traumatisées que ces mères louves vont protéger de leur mieux. Sam et Romane sont perturbées mais vivantes, Mélie ne survivra pas à son bain prolongé dans l'eau glacée. 

Qui et pourquoi a-t-on infligé de telles horreurs à de petites filles de 8 ans. Pourquoi elles ? Silke ne se résoudra pas à clore l'enquête à la mort de Lerieux. Se peut-il qu'il n'est pas agi seul ? Appelons cela l'instinct. Basile, son coéquipier la met en garde, l'enquête est officiellement close. Alors pas de vague.

Marlène Charline nous propose d'accompagner ces trois mères meurtries. Garance, doute la première de la version officielle. Que peuvent faire ces trois femmes pour protéger leur enfant ? Jusqu'où la haine de l'auteur des faits et l'amour absolu, inconditionnel qu'elles portent à leurs filles les mèneront-elles ?

Le crime peut-il rester impuni ? L'auteure nous fait vivre avec Silke, son enquête pas à pas, les questions, la culpabilité de ces femmes d'avoir failli à protéger leur progéniture, au gré des chapitres rythmés par les différents points de vue. 

On découvre aussi la force qu'il faut à ces familles face à la vraie-fausse empathie des commères qu'on croise tous les jours à l'école, qui se repaissent de l'horreur, "comment va ta fille ?". Le regard des autres pleins de compassion qu'on évite pour ne pas craquer.

Puis il y a Silke. Vous voilà à chercher ce qui la ronge au-delà de ce fait divers glaçant. Tous les personnages féminins sont vibrants. La plume incisive. 

Marlène Charine nous permet de comprendre que le retour à la maison n'est pas tout. Au fil de ce thriller captivant, des thèmes forts sont abordés, la maternité, la vengeance, la réparation, le deuil, l'amitié, la reconstruction. 

Ce thriller est totalement addictif, intense, saisissant pour les questions qu'ils vous imposent. L'épilogue livre une fin inattendue.

Ce roman est un de mes coups de coeur de l'année ! Je remercie Emmanuelle, Responsable du rayon livres de Cultura, de me l'avoir offert. 





 

mardi 25 mai 2021

VERS LE SOLEIL - JULIEN SANDREL

 VERS LE SOLEIL

Auteur : Julien Sandrel

Aux éditions Calmann-Levy - 268 pages

14 août 2018. Tess part vers la Toscane, où elle doit rejoindre pour les vacances sa fille Sienna et l’oncle de celle-ci, Sacha. Mais alors qu’elle fait étape chez sa meilleure amie à Gênes, un effroyable grondement ébranle la maison, et tout s’écroule au-dessus d’elle. Une longue portion du pont de Gênes vient de s’effondrer, enfouissant toute la zone. Tess est portée disparue.

Lorsque Sacha apprend la catastrophe, c’est tout leur univers commun qui vole en éclats. Tous leurs mensonges aussi. Car Sacha n’est pas vraiment l’oncle de cette petite fille de neuf ans : il est un acteur, engagé pour jouer ce rôle particulier quelques jours par mois, depuis trois ans. Un rôle qu’il n’a même plus l’impression de jouer tant il s’est attaché à Sienna et à sa mère. Alors que de dangereux secrets refont surface, Sacha sait qu’il n’a que quelques heures pour décider ce qu’il veut faire si Tess ne sort pas vivante des décombres : perdre pour toujours cette enfant avec laquelle il n’a aucun lien légal… ou écouter son coeur et s’enfuir avec elle pour de bon ?

En attendant, il décide de cacher la vérité à la petite fille, et de la protéger coûte que coûte..


Mon Avis :


Julien Sandrel, une nouvelle fois, nous offre une histoire délicate, fine comme de la dentelle de Calais.

De Londres en passant par Paris, Gênes ou Venise, on découvre l'histoire de Tess, Sienna, Sacha, Francesca, Chiara et bien d'autres. Un voyage en Italie, avec des yeux d'enfants, qui vous embarque des jardins de Nikki de St Phalle à la place Saint-Marco.

L'auteur, avec un talent qui ne se dément pas, nous embarque, nous ballote au gré d'un drame brutal, des émotions qui en découle, pour nous laisser finalement entrevoir la lumière, mais que de péripéties à vivre. On vibre avec Sacha et Francesca. 

D'une écriture délicate, il tisse une histoire d'amour peu ordinaire entre une petite fleur, un comédien et une femme meurtrie qui s'autorise à nouveau à ouvrir son coeur.

L'auteur nous offre un bouquet d'émotions à vivre lorsque le pont Morandi s'effondre. Soutenu par un vrai suspense, une fois de plus, l'histoire se déroule sans qu'il soit possible de quitter ces personnages désarmants d'humanité. 

"Come prima, tu me donnes tant de joie". C'est cela un roman de Julien Sandrel, à travers les difficultés de la vie, l'avènement de ce que l'humain peut offrir de plus tendre.

Un joli moment de lecture hors du temps, qui fait du bien à l'âme, plein de poésie, mais qui donne aussi à réfléchir sur des questions intemporelles : l'amour, la filiation, la violence, la différence.

 Julien Sandrel a cette faculté de nous plonger dans les drames les plus sombres pour nous faire vivre des sentiments forts et nous laisser entrevoir l'espoir d'un arc-en-ciel après la pluie.