dimanche 21 août 2022

ALABAMA 1963 _ Ludovic Manchette Christian Niemiec

 ALABAMA 1963

Auteurs : Ludovic Manchette Christian Niemiec

Editeur : Le Cherche Midi_Pocket

Birmingham, Alabama, 1963. Le corps sans vie d'une fillette noire est retrouvé. La police s'en préoccupe de loin. Mais voilà que d'autres petites filles noires disparaissent...
Bud Larkin, détective privé bougon, alcoolique et raciste, accepte d'enquêter pour le père de la première victime. Adela Cobb, femme de ménage noire, jeune veuve et mère de famille, s'interroge : "Les petites filles, ça disparaît pas comme ça..."
Deux êtres que tout oppose. A priori.
Sous des airs de polar américain, "Alabama 1963" est avant tout une plongée captivante dans les États-Unis des années 1960, sur fond de ségrégation, de Ku Klux Klan et d'assassinat de Kennedy.


Mon avis :

Deux mondes parallèles ponctués de violence, deux personnages aussi différents que possibles : un privé blanc, alcoolique et une domestique noire, veuve, à l'humour un peu insolent.

La ségrégation régit la vie de tous. Qui va s'intéresser à la disparition de petites filles noires ? Un flic déchu et une femme empathique qui s'imagine la déchirure que serait la perte de sa fille.

Un couple atypique, dérangeant pour l'époque violente mais complémentaire ; une enquête prétexte à la rencontre de deux mondes que tout oppose et pourtant... Bud est bien conscient d'avoir besoin de l'aide d'Adela sans vraiment le dire, quant à Adela, l'attitude de Bud la pousse à se surpasser : apprendre à lire et à conduire, prendre du recul.

Ce roman est addictif, noir et lumineux. Des dialogues savoureux empreints d'humour parfois. L'époque prête a cette rencontre hors normes qui va aiguillonner les deux communautés. 

Les auteurs bousculent les conventions, nous font découvrir cette année 1963 avec ses évènements tragiques : la mort de Kennedy, le discours de Luther King, les écoles mixtes et les heurts que cela va engendrer, le klan. Les personnages secondaires Miss Gloria, Shirley et sa cousine, Nelson, Walt et les autres constituent une galerie indispensable pour comprendre le contexte de l'époque.

Un roman captivant, savoureux, dur et tendre que l'on ne peut quitter avant l'épilogue. La couverture rappelle un film de Clint Eastwood que l'on verrait bien adapté celui-ci.

Cette histoire à la fin émouvante est un coup de coeur. 

À lire absolument ! ★★★★★




HAUTE SAISON _ Adèle Bréau

HAUTE SAISON

Autrice : Adèle Bréau

Editeur : Le Livre de Poche

Un club de vacances sur la côte basque.

Quatre solitudes qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Une histoire d'amitié et de rédemption.

Anglet, fin juillet. À la réception du Club Océan, Germain accueille comme chaque semaine les nouveaux arrivants, avec un mélange de plaisir et d'appréhension...

Au milieu des habitués, certains clients goûtent pour la première fois aux « joies du club ». Chantal, qui débarque sans grand enthousiasme avec ses petits-enfants, Matthias, papa solo ayant cédé à l'appel de l'option « mini-club », et Fanny, venue en famille pour tenter de resserrer les liens, vont plonger dans ce huis clos aussi enjoué qu'inquiétant, dont la feuille de route est claire : faites connaissance et a-mu-sez-vous ! Mais qu'a-t-on à partager avec des êtres si différents ? 

Entre tournois de tir à l'arc, plaisirs du self et jeux apéro, ces vacanciers contraints de cohabiter parviendront-ils à rompre la glace malgré les secrets qu'ils ont emportés dans leurs bagages ? Peut-on réparer ce qui a été brisé ? Faut-il se lever à l'aube pour avoir un transat à la piscine ? 

Autant de questions à la fois profondes et légères qui portent ce roman solaire, plein d'humour, d'émotion et d'humanité.


Mon avis :

Un club de vacances où tout est inclus, quoi de mieux pour se détendre sans se poser de questions ? En fait, tout dépend de ce que vous attendez d'un lieu où tout est conçu pour vous occuper sur place, vous faire consommer local mais au milieu d'inconnus...

Heureusement, il y a Germain, concierge hors pair pour trouver des solutions à tout ou presque, quitte à risquer sa place. 

Adèle Bréau nous offre un roman choral où Fanny, Victor, Chantal, Mattias et quelques autres vont s'offrir le luxe de s'ouvrir aux autres en un lieu qu'ils n'imaginaient pas si hospitalier que cela, à leur arrivée.

J'ai beaucoup aimé voir évoluer les personnages au gré de leur déboire personnel et des difficultés que la vie vient mettre sur leur chemin alors qu'ils sont dans un lieu propice à la détente et au farniente. Aucun d'entre eux n'aura portant l'opportunité de mettre leur cerveau en pause pour déconnecter de leur réalité d'avant vacances, mais souvent la vie est pleine de surprises !

À lire, au soleil avec un mojito bien "a rhumatisé" !




samedi 25 juin 2022

IL FAUT BEAUCOUP AIME LES GENS _ Solène Bakowski



 IL FAUT BEAUCOUP AIME LES GENS

Autrice : Solène Bakowski

Aux Editions Plon - 364 pages

Après un séjour en prison, Eddy Alune, 31 ans, est devenu veilleur de nuit, un métier qui lui permet d'échapper aux gens et aux ennuis. Il vient de perdre son père. En vidant l'appartement de son enfance, il retrouve des effets personnels qu'il a volés, vingt ans plus tôt, à proximité d'une SDF morte dans la rue. Poussé par la culpabilité, il décide de rendre à cette femme l'histoire qui lui a été confisquée.
Une enquête commence, dans laquelle Eddy se lance magnétophone à la main, pour ne rien oublier. De rencontre en rencontre surgissent plus que des souvenirs. Des liens nouveaux se tissent et la mémoire, ravivée par Eddy, va bouleverser bien des vies.
Il faut beaucoup aimer les gens trace le parcours d'un homme ordinaire qui, voulant réparer ses fautes, se trouve réparé par les autres. Ce roman pudique et profondément humain dessine les contours extraordinaires des visages qui font notre quotidien.


Mon avis :


Solène Bakowski m'a conquise une fois de plus avec les destins croisés d'Eddy Alune, Luciole, Rosa et ses personnages secondaires Noémie, Ahmed, Amalia et les autres.

L'autrice a l'art de nous conter les destins fragiles de ces gens que l'on croise sans les voir. Elle tisse sa toile de dentelles pour nous donner à rencontrer des êtres abîmés par la vie, en proie aux doutes et aux remords comme Eddy et Luciole. Chaque roman de Solène Bakowski nous parle d'humanité.

Je ne veux pas divulgâcher cette histoire si délicatement écrite. Mais, ne passez pas à côté de la perspective qui vous est offerte de regarder le monde autrement, de vous laisser porter par la voix de Luciole et l'envie de réparer d'Eddy.

Eddy redonne vie à Rosa, morte sous un porche. Il retrace sa vie à travers le récit des personnes qui l'ont connue, aimée, qui ont été intrigués par cette femme croisée au hasard d'un café. Une femme vibrante. Cela va permettre à cet homme fermé, solitaire, blessé, de s'ouvrir aux autres.

L'autrice sort de l'ombre ces personnages que la vie malmène. Elle nous parle tout en pudeur de ceux qui leur offre un lien ténu, une écoute indispensable jusqu'au matin suivant, pour qu'ils aient la force de continuer jusqu'à la nuit suivante. 

Solène Bakowski est une guérisseuse, elle pose sa plume avec tendresse sur votre coeur pour vous permettre d'aimer les gens, tout simplement.


NOS COEURS SI LOIN - ELAINE CASTILLO

 NOS COEURS SI LON

Autrice ELAINE CASTILLO

Aux Editions La Croisée - 552 pages

Quand elle arrive dans la baie de San Francisco après a voir fui les Philippines, son pays natal, Hero refuse d'evoquer ce qui lui est arrivé. Au coeur de la Californie, c’est toute une communauté d’expatriés qui va l’accueillir : jeunes adultes, enfants, employés de restaurants, salons de beauté, qui se sentent ni tout à fait américains, ni tout à fait philippins. Parmi eux, Hero tombe amoureuse de Rosalyn, et son passe resurgit malgre elle…
Entre La Vie breve et merveilleuse d’Oscar Wao de Junot Diaz et les Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin, Nos coeurs si loin est un premier roman lumineux et profond sur l’amour sous toutes ses formes, sur les exactions d’un régime politique et le pouvoir salvateur des communautés - de sang ou de coeur.



Mon avis :

Ce roman est difficile à aborder, un peu trop dense à mon goût. Pourtant les portraits de femmes proposés par l'autrice : Hero, Paz, Roni, d'âge différents, bel et bien liées par ce destin d'expatriées sont poignants.

Le traumatisme vécu par Hero, Paz, s'imprime à la génération suivante sans que rien ne puisse l'empêcher. Beaucoup d'humanité dans ce roman choral. L'écriture est intense, les questionnements nombreux car même si la communauté permet un sentiment d'appartenance, tous ces gens ne sont plus vraiment Philippins et pas Américains.

Même si pour la plupart d'entre eux, c'était une question de survie, le déracinement est une blessure indélébile. L'autrice nous touche en nous faisant traverser le temps, celui du passé aux Philippines et du présent en Amérique avec ses difficultés d'intégration, la langue qui émaille les conversations à la maison, la double culture à construire dans une ville cosmopolite nous éclaire sur les difficultés d'une communauté qui doit trouver sa survie dans des petits boulots.

L'autrice nous permet d'entrevoir les Philippines, la dictature, le multiculturalisme, l'importance des communautés pour les expatriés, la sauvegarde de l'amour.

Toutefois, je n'ai pas trouvé la référence avec les chroniques de San Francisco pertinente. Le roman aurait mérité d'être élagué d'un nombre trop important de personnages pour rendre de la lisibilité au destin de Hero.

Je remercie l'opération Masse Critique de Babelio de m'avoir permis de découvrir la plume d'Elaine Castillo.


samedi 4 juin 2022

LE LOUP PEINT - Jacques SAUSSEY

 LE LOUP PEINT

Auteur : Jacques SAUSSEY

Editions Le Livre de Poche thriller- 462 pages

Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort de son fils, son couple est exsangue. Seule, Marion, sa maîtresse, parvient avec peine à lui faire vivre quelques rares moments d’oubli au creux de son lit. Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent parvient enfin à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Mais ce n’est pas la seule qui l’attend. Le cauchemar ne fait que commencer...



Mon avis :


Je découvre Jacques Saussey avec ce thriller.

L'idée d'une intrigue au sein d'un trafic de chiens, dont un plus exotique que les autres, soutenu par un vétérinaire, m'a paru très intéressante, même si l'auteur s'autorise à utiliser de vieilles recettes, un peu éculées : "sexe et hémoglobine", plus quelques clichés attendus pour agrémenter le récit.

Il ne faut pas être fragile pour se laisser embarquer tambour battant par la frénésie de vengeance de Sophie, la "bombe" assassine. Je ne sais pas si le prénom a été choisi à dessein mais Sophie a en effet eu bien des malheurs, qu'elle va faire payer à qui se mettra en travers de la mission qu'elle a décidé de poursuivre en souvenir de son amoureux de mentor.

L'auteur nous ballote au gré des désastres qui vont s'abattre sur un Vincent Galtier qui se laisse porter par les évènements et son "deuxième cerveau", ce qu'il va amèrement regretter. Le vieux brisquard de Richard Milan, policier incolore, a l'instinct de limier va permettre des avancées que le lieutenant Dardenne n'a pas vues venir.

Un thriller habile qui rend captif jusqu'à l'épilogue. J'ai été ballotée au gré des manigances de Sophie, des frayeurs de Galtier, des réflexions de Milan, de tous les twists semés, comme des petits morceaux de pain sur le chemin du lecteur, qu'un corbeau aurait englouti pour le perdre dans les méandres de l'esprit d'un couple infernal, d'un flic obsédé et d'un vétérinaire attentiste et velléitaire. 

Un bon moment de lecture !



MAMMA MARIA - Serena GUILIANO

 MAMMA MARIA

Autrice : Serena Guiliano

Aux éditions Pocket - 227 pages

"Ciao, Sofia, qu'est-ce que je te sers ? Comme d'habitude ? Et j'ajoute un cornetto, parce qu'il faut manger, ma fille !
– Oui, merci, Maria."
Je m'installe en terrasse, face à la mer, comme chaque matin depuis que je suis de retour en Italie. J'aime bien travailler au son des tasses qui s'entrechoquent. Et, au Mamma Maria, j'ai toujours de la compagnie. Il y a ceux qui viennent tuer le temps. Il y a les enfants qui rêvent devant le comptoir à glaces. Il y a les ados qui sirotent un soda, monsieur le curé, et, surtout, mes partenaires de scopa.
Ici, on vient échanger quelques mots, partager un apéro, esquiver la solitude ou écouter Celentano. Moi, je viens pour me persuader que j'ai bien fait de quitter Paris... et l'autre abruti.
Il fait quand même meilleur ici.
Et puis, on cherche aussi à profiter de la bonne humeur (ou non) de Maria, qui mène, comme une mamma, tout ce petit monde à la baguette.
Bref, j'ai enfin retrouvé mon village paisible.
Enfin, paisible jusqu'au jour où...


Mon avis :


Je ne vais pas révolutionner les avis déjà donnés sur ce roman aussi doux qu'un jour d'été face à la mer.

Serena Guiliano nous propose d'accompagner Sofia de Paris à son village italien posé sur une colline face à la mer. "Choisir c'est renoncer", Sofia veut Paris, sa grisaille, sa vie survitaminée et le farniente, la jovialité ou pas d'une Maria, intrusive, aux petits soins, de mauvaise foi, mais aussi tendre à l'intérieur qu'elle peut être cruelle parfois.

Une vie baignée de chaleur et d'absence, du petit bonheur de jouer à la Scopa avant l'heure de l'apéritivo. D'avoir Lella pour amie, comme une soeur qui la comprend, la soutient. Alors, lorsque Franco décide que non, le monde ne l'obligera pas à prendre une décision qui lui briserait le coeur, Sofia embarque dans sa galère et ne lui lâche plus la main.

Une bataille qui amènera Sofia à trouver son chemin mais je ne vais pas divulgâcher l'histoire si délicatement narrée par Serena Guiliano.

Elle nous offre un roman plein d'humanité, une bouffée de lumière de la côte Amalfitaine, une plongée dans les recettes de Maria. Sofia nous embarque, nous impose la question : "et moi, aurais-je su me comporter ?".

Cette histoire qui donne envie de s'asseoir en terrasse, devant un spritz, un limoncello ou le fameux amalfitano, est bien plus qu'une parenthèse ensoleillée qui chatouille les papilles.

Découvrez-le, ce roman nous laisse croire que nous pouvons dépasser nos inquiétudes pour être plus à l'écoute du monde qui nous entoure. Peut-être enverrez-vous plus de cartes postales désormais ?!






vendredi 6 mai 2022

CORNICHON THERAPY _ Karen MERRAN

 CORNICHON THERAPY

Autrice : Karen MERRAN

Aux Editions EYROLLES - 317 pages

« Bonjour, je suis un génie de bureau. J’ai le pouvoir d’exaucer trois de vos vœux. »
Lorsque Jeannette découvre cet improbable message devant son clavier d’ordinateur, elle se pense d’abord victime d’un canular orchestré par ses collègues. Pourtant, la proposition tombe à pic : la vie de Jeannette manque de sel, ses enfants sont partis, son mari se désintéresse d’elle et au travail, elle est invisible !
Se prenant au jeu, elle formule donc un vœu, puis un autre et perd vite le contrôle de la situation. Quand le génie de bureau finit par se démasquer, le conte de fées prend des allures de thérapie, mais tourne vite au conte de fous. Embarquée malgré elle dans une périlleuse affaire, Jeannette parviendra-t-elle à être heureuse ? Et pourquoi est-il question de cornichon en titre ?


Mon avis :

Ce roman est une bulle de savon, vibrante et légère qui gonfle au gré du souffle de l'histoire de Jeannette, proposée par Karen Merran, pour vous enchanter avec ses couleurs irisées mais gare à l'explosion ! 

 Évidemment, Jeannette vous embarque immédiatement avec son mal-être. Les enfants ont quitté le nid, Arnold, le mari, est centré sur son petit nombril. La belle-mère est digne des marâtres de contes de fées, alors quand le génie de bureau lui offre un moyen de se faire plaisir, de sortir de sa déprime avec 3 voeux : elle dégaine un premier voeu : "je veux voir la mer !" sans conviction. 

C'est ainsi que débute cette drôle d'association : une Jeannette peu sûre d'elle qui doit faire des choix et le Génie qui doit lui apporter sa solution. C'est bien là que le bât blesse... 

L'autrice vous livre une recette du bonheur au travers du regard et des décisions de Jeannette, poussée l'action à grand renforts de maximes de contes de fées de son génie bigarré sans lampe, puis les hommes de sa vie tant personnelle que professionnelle. Mais il est où le bonheur, il est où ? Le trouvera-t-elle dans les recettes imparables proposées par tous les scientifiques du monde qui vous conseille de faire baisser votre taux de stress à grand renfort de cornichons ou de choucroute ? 

La fantaisie de surface soulève pourtant de vraies questions sur la manière dont les femmes s'oublient trop souvent au profit de leur conjoint, leurs enfants et s'épuisent à trouver simplement de la satisfaction à ce qu'elles vivent au quotidien.

La jolie plume de Karen Merran, toute en tendresse, poésie soupoudrée de magie, vous amènera exactement là où vous ne vous attendez pas à atterir et puisque le bonheur est d'abord affaire de confiance en soi et de recettes à appliquer, vous sourirez probablement la prochaine fois que vous ferez vos courses au supermarché.

J'ai beaucoup aimé voir Jeannette se remettre à vivre pleinement. L'autrice offre un roman captivant, pleins de rebondissements, addictif.

Je découvre Karen Merran avec ce roman, nul doute que j'irai voir sa bibliographie. Si tous ses romans sont à l'origine comme celui-ci de la position haute de nos zygomatiques, alors j'en redemande immédiatement !

Merci aux Éditions Eyrolles de m'avoir permis ce joli moment de lecture !!

samedi 30 avril 2022

APRES L'OCEAN _ Laurence Peyrin


 APRES L'OCEAN

Autrice Laurence Peyrin

Aux Editions Calmann-Levy _ 486 pages

En ce printemps 1912, parmi d’autres naufragés hagards tirés de l’océan, Letta Alistair, 24 ans,
 serre contre elle sa petite soeur Molly en regardant approcher la statue de la Liberté. Elles sont les deux seules survivantes de leur famille, engloutie comme 1491 personnes avec « l’insubmersible » Titanic.

Les soeurs Alistair ont tout perdu. Leur père, Charles, dit le roi de la tourte, célèbre pour ses pâtes brillantes, ses viandes moelleuses mêlées d’oignons caramélisés, avait embarqué famille et biens pour développer son savoir-faire à New York. Letta ne peut même pas s’autoriser le désespoir, car Molly l’inquiète, plongée depuis le drame dans un profond mutisme.

Le naufrage du Titanic est un événement majeur qui secoue toute l’Amérique, et les victimes sont prises en charge, logées à l’hôtel, examinées à l’hôpital. Et après ? Letta va devoir puiser très loin en elle pour survivre dans ce New York qu’elle n’aime pas et qu’elle ne comprend pas. Et se battre pour sauver sa petite soeur bientôt qualifiée de « folle » dans un siècle qui traite mal les fous…

Une atmosphère à la Downton Abbey vue d’Amérique : New York en 1912, la fin flamboyante 
d’une époque.


Mon avis : 

Laurence Peyrin n'a pas son pareil pour brosser des portraits de femmes.

L'anniversaire du naufrage du Titanic est une source insoupçonnée pour parler du sort des femmes de l'époque. Letta a perdu ses parents et son époux, sa petite soeur Molly souffre d'un choc posttraumatique qui lui impose le silence. 

Letta ne veut rien devoir à personne. Elle doit pourtant son salut à deux soeurs, l'une, oeuvrant pour l'Armée du Salut, pour lui avoir donné un toit, l'autre pour l'avoir engagé dans sa pharmacie aux vendeuses si particulières, mais parfois l'enfer est pavé de bonnes intentions. Molly, traumatisée, ne leur a pas permis de prendre le bateau de retour vers Portsmouth, il a donc fallu se résoudre à rester et faire en sorte que Molly soit sage pendant ses absences avec un peu de laudanum.

Letta ne veut pas dépendre de ce fils de famille qui tient tant à les prendre en charge Molly et elle. Deuil, résilience, amitié, différence, abnégation, amour, folie, des thèmes abordés sans détour pour dépeindre une époque et un pays où le rêve est à portée de mains pour qui sait se battre pour le transformer en réalité.

L'autrice nous offre des personnages romanesques, lumineux, vibrants d'émotions. L'histoire triste et belle de "la rescapée, l'estropiée, le candide et la muette", ces personnages troublants d'humanité et de candeur pas tout à fait perdue, pas totalement retrouvée, ils vivent en nous désormais grâce à la force de sa plume.

Ses romans ancrés dans l'Histoire pour asseoir le caractère de femmes toujours debout face à l'adversité, c'est la signature de l'autrice. Laurence Peyrin n'a pas son pareil pour nous glisser dans la peau de ses personnages féminins, nous faire découvrir une époque, ces pratiques, toujours documentées en égrenant les écueils qu'elles doivent surmonter.

Laurence Peyrin, c'est d'abord un regard aiguisé sur le monde, une émotion à fleur de pages, une force insufflée à toutes ces femmes "ordinaires" qui ont pris vie sous sa plume, fluide, vibrante, pour devenir des modèles de force et d'abnégation, et instiller l'espoir d'un avenir meilleur.