mercredi 19 septembre 2018

TRANCHER de AMELIE CORDONNIER

TRANCHER de AMELIE CORDONNIER

Aux Editions Flammarion
Date de parution : 29 août 2018

Résumé Editeur :

« Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi. »

Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence, des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté: il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire. 


Mon avis :

Quand les mots frappent au coeur plus que des maux physiques ne frappent le corps ; comment vivre le désamour ?

Amélie Cordonnier décrit une vie de couple qui se délite lorsque les mots frappent, salissent, abîment : "Ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, si tu veux pas que je la réduise en miettes" éructe-t-il... Bien entendu, devant les enfants, Romane et Vadim. Ils doivent absolument être témoins des colères d'Aurélien.

La violence est revenue. L'auteure construit sa narration à la troisième personne cela donne hauteur et recul pour narrer le choc, les événements les plus terribles. Comme un scientifique disséquerait un corps en énonçant ce qu'il découvre. 

7 petites années de rémission puis brutale la rechute ! les abominations, insultes qui se vomissent à nouveau de la bouche d'Aurélien.
Rester ou partir ? il va falloir trancher. Combattre pour ne pas se laisser abattre.

Comment ? Un compte à rebours, avant son quarantième anniversaire, pour rassembler des forces, dérouler des listes de noms en "asse" pour les lui asséner, qu'il comprenne combien ils blessent, ratatinent l'ego, salissent l'amour qu'ils se portaient. Il l'aime, le lui dit, demande pardon, pleure puis cela recommence encore et encore... pour des petits riens du quotidien.

Trancher ! rester ou partir... Puis les souvenirs remontent, la cour reprend, les fleurs et les parcs, le printemps, les sourires... les larmes.

Amélie Cordonnier offre un traitement peu ordinaire d'une violence conjugale qui se cache derrière les portes, n'a pas de visibilité physique. Indétectable.
La distance dans le récit rend les mots implacables, l'émotion intense. 

Le lecteur a envie de dire STOP, de crier à cette femme "prend tes enfants, sauves-toi, sauve-les". Incrédulité devant tant de mots ignobles crachés pour faire mal et poésie des mots de Barbara pour décrire la fin d'une période heureuse, c'est d'un tel paradoxe. On en reste perplexe.

La fin du roman est inattendue. Après un tel roman, touchant. Impossible de rendre un avis tranché sur le choix des femmes qui vivent cet enfer.  Les dialogues, les situations sonnent juste sous la plume d'Amélie Cordonnier. Raisonnent fort chez le lecteur malgré le TU qui distancie.

Une écriture directe, journalistique, poétique sublime une histoire d'amour d'une noirceur incroyable. 

Une auteure à suivre, un roman marquant à ne pas manquer, malgré le sujet qui émeut profondément.

Qui est l'auteure :

Amélie Cordonnier est journaliste.
Après avoir travaillé pour Europe 1, La Tribune ou encore Le journal du dimanche, Amélie Cordonnier est chef de rubrique Culture à Femme Actuelle depuis 2014 ainsi qu’à Prima. 

"source Babelio"


Sélection automne 2018 68 premières fois

mardi 11 septembre 2018

JUSTE UN PEU DE TEMPS de Caroline BOUDET

JUSTE UN PEU DE TEMPS de Caroline BOUDET
Aux Editions Stock - 270 pages 

« La charge mentale. La foutue charge mentale. Qui ressemble de plus en plus à une charge explosive qu’elle ferait volontiers sauter… 

Quelque chose a claqué en elle. Sophie ne voulait pas rentrer, ne pouvait pas. Elle ne voulait plus de cette vie-là. Ses pieds n’avaient tout simplement pas pu prendre le chemin de la gare, ses doigts avaient d’eux-mêmes éteint son portable, et son instinct maternel — je suis indispensable, je suis coupable, ils ne sont rien sans moi — s’est mis en mode silencieux pour la première fois depuis sept ans.
Un silence absolument, pleinement, intensément reposant. »


MON AVIS :

Sophie, 36 ans, mère de famille, épouse, salariée dans un domaine qu'elle a choisi. Tout est possible lorsqu'on s'investit. La preuve son collègue a été félicité à la naissance de son premier enfant. La "boîte" lui a donné un coup de pouce financier. Alors, Sophie est allée annoncée sa première grossesse heureuse et confiante. Et Vlan, les dossiers les plus prenants -comprendre les plus intéressants- lui sont ôtés, pour la soulager, bien sûr...

Quel petit bonheur ce roman. De l'ironie, du cynisme, de l'humour : un peu "citron sur la plaie" me direz-vous ? Mais OUI, délicieusement piquant ! Sensible, drôle, émouvant. Les situations vraies, décrites de manière directe, simples, sans fausse pudeur sont délicieuses et crispantes à la fois. Même les dernières lignes, bien qu'un tant soit peu prévisibles sont drôles et tendres en même temps.


Sophie n'en peut plus de la lessive, des petits tas de linge posés avec classe par tailles avant d'être rangés. Peu importe qu'elle est pris soin d'indiquer le numéro de téléphone de son époux, même interverti l'année suivante sur le formulaire idoine, on la retrouve toujours. Elle a bien tenté de trouver du temps pour elle, Loïc a tout de suite dit oui, mais n'a pas manqué chaque fois d'y aller de sa petite phrase culpabilisante "J'espère que tu en as bien profité parce que..." alors à la deuxième tentative, elle a d'elle-même renoncé.

Loïc est un gentil mari.  Évidemment, chaque fois qu'elle lui demande du soutien, il râle un peu mais s'exécute ; si elle se rebelle en lui demandant des détails sur l'agenda des enfants, il s'insurge "c'est dégueulasse ! cette question", comme s'il avait réponse à tout.

Sophie ne se sépare pas de son petit carnet rouge dans lequel tout est noté. Organisation quasi militaire pour ne rien oublier, pour que TOUT soit sans bavure. Elle a dans la tête la gestion des tâches nécessaires à la satisfaction des besoins de toute sa petite famille, mais les siens dans tout ça ? Sophie est citée en exemple par ses voisins, collègues, amies, tout le monde dit qu'elle est parfaite, son couple est idéal, ses enfants impeccables.

Sophie n'en peut plus, elle l'a dit, n'a pas été entendue. Que faire alors ? Prendre "Juste un peu de temps" pour elle. Sophie s'échappe, respire, profite de ces quelques heures sans culpabilité, enfin. 

Travail, enfants, maison, la charge mentale est un "terme" récent pour décrire la place des femmes dans la société depuis qu'elles travaillent. Les hommes sont trop heureux de dire que leurs femmes ne veulent pas déléguer...

L'auteure décrit formidablement la vie un peu folle des femmes d'aujourd'hui, épouse-mère-bosseuse, à travers celle de Sophie, la si jolie "mauvaise foi" de ces messieurs qui participent pourtant si bien à la vie de leur foyer.

Ils préparent les courses "au fait, qu'est-ce que je mets sur la liste ?" demande Loïc pile au moment ou Sophie prend sa douche tranquille parce de 7H à 20h30, elle n'a pas eu un moment pour elle. Mais qu'on se rassure Sophie a de la chance : son mari cuisine, s'occupe des enfants, "participe beaucoup" ! Vous entendez le cri silencieux ? 
À l'intérieur de la tête de Sophie, on visualise le "Cri" de Munch...
Loïc n'y comprend rien, ses copains pensent que sa femme lui "fait sa crise de la quarantaine". C'est vrai, une femme peut anticiper sur son homme puisqu'elle vit deux vies en une : Épouse et mère. Pourquoi ne pas anticiper sur celle de mi-parcours, celle des hommes : la cinquantaine !

J'ai ri, souri de certaines situations. Il m'a manqué un peu de l'auto-analyse de Loïc qui m'aurait amusée. C'était "Juste un peu de temps" pour moi, j'ai beaucoup aimé cette fiction. Mesdames, offrons-le à nos époux.


Ma B.O. du roman : Feist 1234

Sélection automne 2018 68 premières fois

mercredi 5 septembre 2018

LE DOUZIEME CHAPITRE de Jérôme Loubry

LE DOUZIEME CHAPITRE de Jérôme Loubry
Aux Editions Calmann Levy - 360 pages

Les souvenirs
sont parfois meurtriers

Été 1986. David et Samuel ont 12 ans. Comme chaque année, ils séjournent au bord de l’océan, dans le centre de vacances appartenant à l’employeur de leurs parents. Ils font la connaissance de Julie, une fillette de leur âge, et les trois enfants deviennent inséparables. 


Mais une ombre plane sur la station balnéaire et les adultes deviennent de plus en plus mystérieux et taciturnes. Puis alors que la semaine se termine, Julie disparaît.

30 ans plus tard, David est devenu écrivain, Samuel est son éditeur. Depuis le drame, ils n’ont jamais reparlé de Julie. Un jour, chacun reçoit une enveloppe. À l’intérieur, un manuscrit énigmatique relate les événements de cet été tragique, apportant un tout nouvel éclairage sur l’affaire. 


Mon avis :

Quelle intensité ! Quelle ingéniosité ! Bluffée. j'ai été bluffée par le scénario proposé par l'auteur. Un roman lumineux dans un contexte noir. 

Été 1986, Samuel et David, 12 ans, sont témoins de l'angoisse des adultes dans la cité balnéaire Vendéenne, où quelques pavillons de vacances appartenant à l'entreprise familiale des Vermont, sont à la disposition des salariés. La fermeture de l'usine dans laquelle les employés ont fondé tant d'espoirs est imminente. Ce n'est pas officiel encore. Malgré les efforts du patron pour leur offrir un dernier été d'insouciance, la peur, l'incompréhension, la fin de perspectives pour le personnel qui y envisageait sereinement l'avenir de leurs enfants, font monter une colère sourde.

L'écrivain deviendra-t-il marionnette, aux mains de l'expéditeur de ces énigmatiques 12 chapitres capitaux ? 

Jérôme Loubry nous malmène du passé au présent, transforme les adultes en sourds, muets, aveugles, coupables de n'avoir pas su écouter l'enfant qui sommeille toujours en eux.
Il nous entraîne dans la quête de David pour comprendre son douzième chapitre, dans une tension et un suspense justement dosés.

Ce thriller est très cinématographique. 
L'écriture est rythmée, le récit addictif.

J'ai été agréablement surprise d'y trouver de la tendresse, de l'innocence, d'avoir éprouvé de l'empathie pour les personnages les plus sombres.

J'ai crû trouver la solution de l'énigme, me suis trompée tant l'issue est surprenante. Pourtant, les indices sont présents... c'est le tour de force de l'histoire concoctée par l'auteur, vous glisser le grain de sable sur la peau, si petit qu'il faut y mettre toute son attention pour le détecter. brillant !

Merci aux Éditions Calmann-Lévy pour cette pépite. Merci à Jérôme Loubry pour cet excellent moment de lecture. Ce sera très certainement une des intrigues marquantes de cette année, de celles qu'on n'oublie pas.

ma B.O. du roman : JOURNEY TO THE ISLAND (Jurassic Parc) au piano     https://www.youtube.com/watch?v=W-uX2gF_XG4



mardi 28 août 2018

LE CERCLE DES TRICOTEUSES d'Ann HOOD

LE CERCLE DES TRICOTEUSES d'Ann HOOD
Aux Editions City Editions - 316 pages

Mary vient de perdre son unique enfant. Elle est désespérée et s'enfonce peu à peu dans la dépression. Jusqu'au jour où elle découvre les vertus du tricot. Avec des aiguilles et une pelote de laine entre les mains, Mary apprend à occuper son esprit sans ressasser sa douleur. 

Dans le magasin de tricot d'Alice, elle rejoint le "cercle des tricoteuses". Il y a Scarlet qui, derrière son sourire, dissimule un vrai chagrin. Beth est le modèle de la femme au foyer, mais son univers rassurant est sur le point de s'effondrer. Et que cache Ellen, l'Irlandaise qui semble porter le poids du monde sur ses épaules ? 

Alors que les semaines passent, sous l'oeil de la mystérieuse Alice, des amitiés improbables se forment. Des secrets sont révélés et des pactes noués. Chaque membre du club doit apprendre à aller de l'avant et affronter son avenir...

Mon avis :

Comment exorciser la douleur lorsqu'on perd son unique enfant ? lorsque tout vous ramène à l'insoutenable perte, comment vivre ?

Le cercle des tricoteuses, club d'âmes meurtries, permet à Mary de s'abîmer dans la création de chaussettes, bonnets, écharpes et autres tricots. De se plonger dans la douceur du mohair pour anesthésier ce déchirement. D'apprendre à écouter.

L'auteure nous offre une histoire délicate, sans pathos. On y découvre les secrets de Mary, Beth, Ellen sous l'oeil bienveillant d'Alice. L'envie de les voir s'affranchir de la douleur ne quitte pas le lecteur, une tension qui fait de ce livre un "page-turner", tendre, une petite larme n'est pas exclue. C'est plein d'humanité, pas mièvre. L'écriture est juste, teintée d'humour, de tendresse pour ces héroïnes du quotidien.

Ce roman raconte également combien le couple de Mary est chahuté par la perte de Stella. Comment Dylan se remet dans la routine pour tenir le coup alors que Mary sombre dans la douleur, s'enroule autour d'elle au fond de son lit, pour ne pas ouvrir aux enfants à Halloween. Le chagrin prend toute la place puis peu à peu faire cliqueter des aiguilles, voir son ouvrage se développer au milieu de ses femmes qui maîtrisent déjà l'art de tricoter, de partager, prêter attention à son ouvrage puis aux autres l'apaise doucement.

Chacun des personnages est touchant, cache une blessure, une peur, une douleur, fait son deuil en créant. Elles partagent, rient, pleurent, s'épaulent. Ainsi naissent de belles amitiés.

Alors oui, le cercle des tricoteuses, est un roman choral aussi doux qu'un mohair, aussi tendre qu'un chocolat chaud partagé avec des amies. Surtout, surtout il vous prend une envie de "fais le toi-même", les chaussettes, bonnets, écharpes ne vous feront plus peur, les points les plus compliqués vous sembleront accessibles.

Ringard le tricot ? Thérapeutique, rassembleur ! A partager à tous âges, de tous horizons sans modération, c'est ainsi qu'Alice rassemble ses brebis autour d'écheveaux colorés. 

Ann Hood propose ici un roman qui ferait une excellente série TV. J'y verrai une Mary sous les traits de Julia Roberts, Alice serait Susan Sarandon merveilleuse, mais pardon je m'égare... 

Il me semble impossible de ne pas s'émouvoir ; nul besoin d'avoir manié des aiguilles ou un crochet pour apprécier cette histoire. Pourtant, l'envie d'entendre cliqueter des aiguilles pourraient bien vous prendre...

Un excellent moment de lecture.



lundi 20 août 2018

LES HEURES ROUGES de LENI ZUMAS

LES HEURES ROUGES de LENI ZUMAS
Aux Editions Presses de la Cité - 408 Pages

États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. 

Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du xixe. 

Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. 

Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture... Et Gin. 

Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.


MON AVIS :

Leni Zumas nous offre une dystopie pas si éloignée de la réalité dans certaines parties du monde. L'Amérique puritaine pourrait en effet demain adopter cette loi UPUM "Chaque enfant a besoin d'un père et d'une mère ».

Newville, Orégon, quatre femmes : Susan, l'Epouse, femme au foyer, transparente tant pour ses enfants que pour son mari a renoncé à sa carrière pour sa famille.

Roberta, la Biographe, Professeure célibataire de 42 ans. L'horloge biologique tourne, elle veut un enfant. 

Mattie, la Fille, pas tout à fait 15 ans, meilleure élève du cours de Ro, enceinte dès la première fois avec son amoureux Ephraïm... 

Gin, la Guérrisseuse, 32 ans, "marginale" vit près de Salem, de là à être estampillée "sorcière" comme au XVIIème siècle, après tout il y eut un précédent...

Et puis, L'exploratrice Eivor Minervudottir, fil rouge, lien entre les chapitres de cet étrange roman, dont l'histoire est racontée par la biographe.

5 femmes, 5 destins contrecarrés par une société patriarcale contre laquelle les femmes n'auront de cesse de devoir se battre pour exister en tant que personnes adultes responsables de leur vie, de celles qu'elles voudront donner au monde.

Les femmes veulent avoir le contrôle de leur corps, les hommes veulent le pouvoir de tout contrôler... depuis toujours.


Le roman de Leni Zumas soulève des questions, à chacun d'apporter sa réponse au travers de la condition de Roberta, Mattie, Susan, Gin et Eivor l'Islandaise.

Le lien tissé entre toutes ces femmes, leurs doutes, peurs, leurs tous petits espoirs souvent étouffés dans l'oeuf par cette loi que certaines ont prise pour une "comédie politique" mais qui va être bel et bien voté par le Congrès.

Au nom d'une loi soi-disant protectrice de la famille, on oblige les femmes à garder un embryon non désiré. On ôte l'espoir d'être mère aux femmes célibataires, la stérilité n'ouvre pas systématiquement droit a être assisté médicalement pour enfanter. L'avortement est définitivement impossible sous peine d'être poursuivi pour homicide. Aucun droit à l'erreur dans les laboratoires, là encore la poursuite pour homicide involontaire est une épée de Damoclès. Mais il y aura plus d'enfants à l'adoption, c'est le pari fait par les politiques... enfin pas pour les célibataires puisque "UPUM" dit ce qui est bon pour l'enfant.

La couleur de la couverture et son graphisme élégant, de ce rouge un peu agressif, comme la société décrite, disent déjà de la violence faite aux femmes à travers ces cinq destinées mais également à travers le temps. "les heures rouges" est un roman fictionnel qui alerte sur les dérives possibles d'une société oppressante qui remet en question le droit des femmes à être des femmes.

Les Simone Vieil, Benoïte Groult, ces pionnières de la liberté de la femme, accompagnent la voix de Leni Zumas pour rappeler que rien n'est jamais acquis. Long est le chemin, toujours semé d'embûches, de larmes, trop rarement d'espoirs et de victoires, comme en Irlande ou un référendum ouvre la voie aujourd'hui la voie à une loi qui rendra peut-être aux femmes la pleine possession de leur corps.

Le roman de Leni Zumas est poignant, réaliste. Il appelle à la vigilance, dit les frustrations des femmes au travers ces personnages, toujours touchantes, emblématiques d'une souffrance bien réelle. L'auteure d'une écriture directe, limpide, sensible, joue de l'ironie des situations, pose son décor dans une Amérique "Trumpienne" aux dérives moralistes sous-jacentes qui donne froid dans le dos.

Je remercie les Editions Presses de la cité pour cette plongée dans un univers pas si avant-gardiste, la découverte de la plume parfois lyrique de Leni Zumas et de sa belle foi en l'humanité pour traiter un sujet délicat.


vendredi 17 août 2018

CUEILLEUSE DE THE de Jeanne-Marie Sauvage-Avit

CUEILLEUSE DE THE de Jeanne-Marie Sauvage-Avit
Aux Editions Pocket - 373 Pages

Au Sri Lanka, l'ancien Ceylan, Shemlaheila est cueilleuse de thé dans une plantation. Depuis dix ans déjà, elle ploie sous les lourds sacs de feuilles de thé et sous le joug des contremaîtres, mais, à l'aube de ses vingt ans, la jeune femme a d'autres rêves. 

Elle est bien décidée à partir, à échapper à la condition de celles qui, dans les théiers et dans les maisons, sont au service des hommes. Elle ne sera pas cueilleuse de thé toute sa vie, comme sa mère, comme toutes ces femmes asservies qui n'ont d'autres horizons que les interminables rangées de théiers…

Du Sri Lanka à Londres, à la découverte d'un pays complètement différent du sien, Shemla va découvrir une autre culture, d'autres personnes et surtout d'autres envies. La cueilleuse de thé qu'elle a toujours été choisira-t-elle de revenir au pays, ou de se créer une nouvelle vie ?


Mon avis :

La couverture est une invitation au voyage qui m'a immédiatement attiré.
Encore une romance me direz-vous ? Bien plus que cela.

L'histoire pointe la condition de la femme dans les pays en voie de développement. Le commerce et le négoce avec les pays développés ne profitent pas à la population la plus pauvre.

L'histoire de Schemlaheila dit aussi de la condition des migrants dans les pays d'accueil comme l'Angleterre. Certes, il semble facile de trouver un petit boulot mais l'exploitation est la même... Comme dans l'exploitation de thé, le patron décide du salaire, de renvoyer ou garder les cueilleuses, les "kaganis" sortes de contremaître peuvent abuser des femmes y compris les plus jeunes sans être inquiétés tant que le rendement reste bon. 
A Londres, Schemla ne se rebellera pas contre les Rosay qui l'exploite honteusement. Heureusement, Twinny la prendra en amitié.

Schemla, à la mort de sa mère, n'est plus protégée par la situation privilégiée de concubine de cette dernière. Il lui faut fuir un destin funeste...

L'Angleterre va lui permettre de toucher du doigt son rêve, de connaître une autre langue, une autre culture, d'apprendre bien plus sur son pays d'origine qu'elle n'aurait pu étudier chez elle où les filles quittent l'école très vite pour être mariée.

Ce roman rappelle que la liberté pour les femmes ne va pas de soi. Qu'elle a été un long combat, jamais tout à fait gagner, mais que la volonté de certaines à sortir des carcans est bien plus forte parfois que le joug imposé par une société patriarcale. Le courage qu'il faut pour refuser de subir le destin de tant de femmes de ces pays !

Une romance si on veut la lire au premier degré, un vent d'espoir pour une vie meilleure pour toute une génération de femmes asservie par une société d'un autre âge, bien réelle. Un roman féministe et romantique, quel drôle de cocktail réussi par l'auteure.

Jeanne-Marie Sauvage-Avit, d'une plume juste tantôt poétique, tantôt avec des mots durs pour décrire la violence subie, nous touche.

Un roman à lire assurément !


samedi 11 août 2018

MON MIDI MON MINUIT d'Anna McPartlin

MON MIDI MON MINUIT d'Anna McPartlin
Aux Editions Pocket - 410 pages

C'était au début du mois de mars, un jour de pluie, mais un jour encore béni, comme beaucoup d'autres avant, dans la vie d'Emma. 

A 26 ans, la jeune fille amoureuse cohabitait avec le bonheur. Elle formait avec John, son amour d'enfance, un de ces couples unis et heureux, tissant une belle vie remplie de grands projets et de bons amis.

Jusqu'à ce soir de fête qui fait basculer son existence en un crissement de pneus et ce deuil qui menace de tout engloutir.


Commence alors pour Emma, aidée de ses amis qui font bloc autour d'elle, un long chemin pour que tout ne s'arrête pas là, pour qu'après la nuit revienne le jour.



Mon avis :

Ce roman d'Anna McPartlin devance le superbe "Derniers jours de Rabbit Hayes". On y trouve déjà les ingrédients du suivant : Amour, amitiés, famille... De l'humour et de la tendresse.

Ce roman dégage une chaleur, une douceur douce amère, de l'humour d'adulescents en passe de devenir adultes lors d'une tragédie. C'est pétillant, léger, attendrissant, un peu dingue. Les personnages, Clo, Sean, Anne, Richard, Nigel sont très attachants avec leurs meurtrissures, leur peur d'avancer. 

Une vie toute tracée, heurtée de plein fouet, voilà que les certitudes de chacun sont remises en cause. La perte remet tout en question. Le deuil, L'Amour, la religion, la maternité tous les ingrédients sont réunis pour nous faire passer un excellent de lecture sans pathos.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, tout en tendresse. Des larmes et des rires garantis à chaque chapitre ou presque. La fin romantique est attendue depuis le milieu de l'histoire mais sans rien ôter au plaisir de découvrir ce qu'il va advenir de chacun des amis et de leur famille.

Anna McPartlin distille de l'espoir et de la vie au coeur d'un drame. Son style est déjà là dans ce premier roman paru en second en France. Même Léonard est plus vrai que nature en chat stressé. Le fantôme de John est là aussi pour lier l'histoire d'amour passé-présent, lui donne un relief tendre.

Un joli moment de lecture, je vous le recommande.

jeudi 9 août 2018

JE SAIS PAS de Barbara ABEL

JE SAIS PAS de Barbara ABEL
Aux Editions Pocket - 440 pages
C'est le grand jour de la sortie en forêt de l'école maternelle des Pinsons. La météo clémente et l'enthousiasme des éducateurs comme des enfants donnent à cette journée un avant-goût de vacances. 
Tout se déroule pour le mieux jusqu'au moment du retour, quand une enfant manque à l'appel. C'est Emma, cinq ans, une des élèves de la toute jeune institutrice Mylène Gilmont. C'est l'affolement général.

Tandis que deux enseignantes ramènent le groupe d'enfants au car, les autres partent aussitôt à sa recherche. Mylène prend une direction différente, s'aventurant donc seule dans la forêt. Au bout d'une demi-heure, les forces de l'ordre sont alertées. 

Un impressionnant dispositif est mis en place et l'équipe du capitaine Dupuis se déploie dans la forêt avec une redoutable efficacité. Et puis Emma réapparaît.

Le soulagement de ses parents arrivés sur place, Camille et Patrick, est à la hauteur de l'angoisse qu'ils ont éprouvée. Visiblement, il y a eu plus de peur que de mal pour la petite. Pourtant, la battue doit continuer avant la tombée de la nuit, car cette fois, c'est Mylène qui ne revient pas. Camille a retrouvé sa fille. En vérité, elle ne le sait pas encore, pour elle, le cauchemar ne fait que commencer.

Mon avis :

Ce roman me permet de découvrir la plume de Barbara Abel.

"Je sais pas" comme un leitmotiv borne l'histoire que nous conte Barbara Abel, nous entraîne dans une intrigue extrêmement bien ficelée. On se laisse embarquer par ce fait divers banal. Une enfant oubliée lors d'une sortie scolaire, les médias diffusent ce genre d'informations régulièrement.

Quoi de moins original de nos jours... mais lorsque l'enfant est jolie comme un coeur, les coeurs se serrent, compatissent, pauvres parents !

Un petit couple presque parfait : Patrick Verdier, Professeur de faculté imbu de lui-même, son épouse Camille, architecte d'intérieur qui réussit. Que leur manque-t-il ? Une enfant parfaite ? Emma ! Petite fille déjà très consciente de ce que son minois lui octroie en impunité lorsqu'elle ne se comporte pas bien. Emma, pour rendre son caractère plus crédible, adorable petite peste, aurait dû être diagnostiquée "surdouée" ou très en avance pour son âge.

Viens Etienne, tombeur-cuistot, prédateur d'épouses en mal de sensations, mauvais garçon, père d'une jeune femme qu'il a mal élevé seul ? Comment joue-ton le rôle de père-mère lorsque soit même on a vécu seul avec une mère indifférente ?

Une petite vie tranquille qui va être bousculée lorsque le hasard va mettre en présence à l'école des Pinsons, l'institutrice Mylène fille d'Etienne et la petite Emma. Mal dans sa peau, la jeune femme est réputée brusque, sans patience, mal-aimée de ses collègues est chargée de la classe de la maîtresse de son père à son insu.

L'auteure nous décrit des personnages peu attachants, Etienne et Patrick sont peu aimables. Camille s'enferre dans un mensonge qui la ronge et la dépasse. Mylène s'est construite en culpabilisant sur le départ de sa mère. Devenue institutrice, quelle drôle d'idée, ces rares amies ne l'y voyait pas.

Tous ces personnages en apparence ordinaires ont des fêlures qui vont créer la tension du récit, l'emballement et le suspense. Même si, la fin est quelque peu prévisible... Barbara Abel donne au lecteur l'impression qu'il a tout compris à chaque rebondissement mais est-ce vraiment le cas, il faudra le lire pour vous en assurer.

J'ai été un peu déçue par le dénouement et la caricature des personnages policiers. J'aurais aimé que l'enquête soit plus crédible. Pas de recherches sur les portables des protagonistes, pas d'enquête poussée du côté de l'école où Etienne et les époux Verdier étaient susceptibles de s'être croisés...

Toutefois, je n'ai pas pu lâcher ce thriller haletant avant d'en connaître la fin. Ce roman restera-t-il dans ma mémoire "Je sais pas". Je sais c'était facile... mais Barbara Abel a bel et bien l'art du suspense !