L'ANNEE DU GEL
Agathe Portail
Aux Editions Calmann Levy
Collection "Territoires"
Le crime s’invite dans un château du Bordelais.
Été 2017. Après un épisode de gel qui a dévasté ses vignes, Bernard Mazet se range à l’idée de sa femme d’ouvrir des chambres d’hôtes pour sauver la propriété familiale de Haut Méac.
Le château affiche complet avec la venue d’un groupe de trentenaires pour une semaine. La fantasque Olivia, Vincent, le célibataire volage, Clara, si discrète, et leurs deux couples d’amis semblent heureux de se retrouver.
Mais dans la chaleur écrasante, les esprits s’échauffent et les drames personnels refont surface.
À l’aube du quatrième jour, un cadavre est découvert dans la chambre froide du château...
Mon avis :
Le décor : un domaine viticole "Haut Méac" en difficulté financière.
Les protagonistes : Un groupe d'amis peu commun, liés entre eux par le couple Pierre et Juliette. La famille Mazet, Bernard le viticulteur et sa femme Alexane, résolue à faire bouillir la marmite avec la chambre d'hôtes crée après l'année de grêle puis de gel. Les parents de Bernard Mazet, retirés dans le pavillon d'en bas pour laisser le champ libre à leur fils.
Une poignée d'amis venus profiter d'une semaine de repos dans un cadre idyllique. Jusqu'au matin où le boulanger du village voisin découvre le corps de l'une d'entre eux dans la chambre froide. 150 pages, pour découvrir ce meurtre, qui permettent de prendre la mesure des personnages, de laisser filtrer la psychologie de chacun, de laisser monter la tension.
L'auteure distille alors savamment les contours des personnalités de chacun des personnages pour mieux instiller le doute chez le lecteur.
Une ambiance à la Barnaby avec l'enquêteur Géraud Dambérailh aux méthodes un peu surannées. Où l'on découvre que ce lieu de villégiature n'est pas le fruit du hasard. Que les conflits d'intérêts ne sont jamais très loin.
Mais qui a tué ? À qui profite le crime ?
Le polar psychologique prend forme et corps dans ce domaine viticole bordelais sous la plume subtile d'Agathe Portail.
L'auteure nous balade lentement dans cet univers clos, au milieu de ses personnages liés par leur passé d'étudiant pour les uns par des liens familiaux pour les autres. Pierre et Juliette très amoureux, Corentin et Léonie très torturés, Clara la discrète, Olivia, Vincent l'adulescent, les Mazet, leur peur de l'échec, leur attachement au patrimoine viticole familial.
L'auteure décrit avec finesse, dans un suspense bien présent, la noirceur des uns ; la naïveté de certains, la cruauté d'autres, la beauté des paysages. J'ai beaucoup aimé le couple d'enquêteurs Dambérailh-Amblevert qui pourrait constituer des personnages récurrents.
Je remercie les éditions Calmann-Levy pour cette belle découverte.
Une collection "Territoires" prometteuse à la lecture de ce premier roman captivant qui vous embarque jusqu'à l'épilogue totalement inattendu.
mardi 28 janvier 2020
lundi 27 janvier 2020
L'IMPRUDENCE de Loo Hui Phang
L'IMPRUDENCE
de Loo Hui Phang
Aux Editions Acte Sud - 160 Pages
C'est une instinctive : elle observe, elle sent, elle saisit, elle invite, elle donne, elle jouit. Photographe, elle vit intensément, dans l'urgence de ses projets, de ses rêves, de ses désirs. Lorsque survient le décès de sa grand-mère au Laos, quitté à l'âge d'un an, elle prend l'avion pour Savannakhet, comme sa mère et son frère.
Là-bas, elle est étrangère. Pas tant en apparence qu'intimement : grandir en France lui a permis une indépendance, une liberté qui auraient été inconcevables pour une Vietnamienne du Laos. Son frère aîné brisé par l'exil peut-il comprendre cela ?
Dans la maison natale, les objets ont une mémoire, le grand-père libère ses souvenirs, le récit familial se dévoile peu à peu. Plongée dans une histoire qui n'est pas la sienne, qui pourtant lui appartient, la jeune femme réapprend ce qu'elle est, comprend d'où elle vient et les différentes ardeurs qui la travaillent, qui l'animent.
Ce premier roman sensuel et audacieux, qui allie la délicatesse du style à l'acuité du regard, désigne la transgression des prophéties familiales comme une nécessité vitale et révèle le corps comme seul réel territoire de liberté.
Mon avis :
D'abord, il y a la relation Frère Soeur, distendue par l'incompréhension de la cadette pour son aîné. Ils n'ont pas vécu la rupture avec le Laos au même moment de leur vie, de la même manière. Pour le frère à 11 ans, c'est un déchirement.
Pour la jeune femme, difficile de comprendre ce frère qui lui parle de racines, de son pays d'origine, de reniement.
L'auteure nous offre un voyage initiatique bouleversant. Alors que pour se sentir vivre elle a besoin de relations charnelles, son frère s'enferme dans les brumes de drogues qui ne le libèrent pas de sa dépression. La quête d'identité et de liberté est abordée sans tabous.
Le voyage pour Savannakhet va permettre à la jeune photographe de dessiner le contour d'une liberté nouvelle. Où qu'elle aille, elle sera libre, elle-même, plus besoin d'accrocher des racines à une terre.
Cette relation nouvelle avec son grand-père, sa compréhension de sa mère au Laos, a mis du sens dans sa quête incessante de se sentir vivante, vibrante.
Le sujet de la deuxième génération est traité avec délicatesse. Ces descendants contraints de s'implanter en regardant leurs parents exister dans de nouvelles normes, de nouvelles existences à construire, sont touchants.
Un roman court et percutant qui trace son sillon dans la mémoire et ne laisse pas indifférent.
de Loo Hui Phang
Aux Editions Acte Sud - 160 Pages
C'est une instinctive : elle observe, elle sent, elle saisit, elle invite, elle donne, elle jouit. Photographe, elle vit intensément, dans l'urgence de ses projets, de ses rêves, de ses désirs. Lorsque survient le décès de sa grand-mère au Laos, quitté à l'âge d'un an, elle prend l'avion pour Savannakhet, comme sa mère et son frère.
Là-bas, elle est étrangère. Pas tant en apparence qu'intimement : grandir en France lui a permis une indépendance, une liberté qui auraient été inconcevables pour une Vietnamienne du Laos. Son frère aîné brisé par l'exil peut-il comprendre cela ?
Dans la maison natale, les objets ont une mémoire, le grand-père libère ses souvenirs, le récit familial se dévoile peu à peu. Plongée dans une histoire qui n'est pas la sienne, qui pourtant lui appartient, la jeune femme réapprend ce qu'elle est, comprend d'où elle vient et les différentes ardeurs qui la travaillent, qui l'animent.
Ce premier roman sensuel et audacieux, qui allie la délicatesse du style à l'acuité du regard, désigne la transgression des prophéties familiales comme une nécessité vitale et révèle le corps comme seul réel territoire de liberté.
Mon avis :
D'abord, il y a la relation Frère Soeur, distendue par l'incompréhension de la cadette pour son aîné. Ils n'ont pas vécu la rupture avec le Laos au même moment de leur vie, de la même manière. Pour le frère à 11 ans, c'est un déchirement.
Pour la jeune femme, difficile de comprendre ce frère qui lui parle de racines, de son pays d'origine, de reniement.
L'auteure nous offre un voyage initiatique bouleversant. Alors que pour se sentir vivre elle a besoin de relations charnelles, son frère s'enferme dans les brumes de drogues qui ne le libèrent pas de sa dépression. La quête d'identité et de liberté est abordée sans tabous.
Le voyage pour Savannakhet va permettre à la jeune photographe de dessiner le contour d'une liberté nouvelle. Où qu'elle aille, elle sera libre, elle-même, plus besoin d'accrocher des racines à une terre.
Cette relation nouvelle avec son grand-père, sa compréhension de sa mère au Laos, a mis du sens dans sa quête incessante de se sentir vivante, vibrante.
Le sujet de la deuxième génération est traité avec délicatesse. Ces descendants contraints de s'implanter en regardant leurs parents exister dans de nouvelles normes, de nouvelles existences à construire, sont touchants.
Un roman court et percutant qui trace son sillon dans la mémoire et ne laisse pas indifférent.
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| Sélection Automne 2019 |
mercredi 22 janvier 2020
CEUX QUE JE SUIS
CEUX QUE JE SUIS
Auteur : Olivier Dorchamps
Aux éditions finitude - 252 pages
"Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études."
Marwan et ses deux frères ne comprennent pas. Mais pourquoi leur père, garagiste à Clichy, souhaitait-il être enterré à Casablanca ? Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça. C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.
Mon avis :
Olivier Dorchamps nous offre une histoire touchante. Comment ne pas s'émouvoir de l'histoire de Marwan, sa famille. À la lecture de ce roman on touche du doigt, grâce à l'élégance de l'écriture de l'auteur, la difficulté d'être né quelque part ailleurs que sur la terre de ses aïeux.
La difficulté de se sentir chez soi, compris, aimé pour qui on est. Celle de comprendre des parents déracinés, nostalgiques d'une terre que certains ne reverront jamais.
Même si Marwan ne comprend pas le souhait de son père d'être inhumé au Maroc, qu'il a quitté des décennies plus tôt, par devoir et respect, il va se conformer aux dernières volontés de son père.
Marwan découvre d'où il vient vraiment à la mort de son père. Cette découverte va le bouleverser, lui permettre de comprendre ce père qu'il croyait connaître, avec le récit de son ami de toujours. Les secrets du passé lui content ce qu'il ne lui a jamais dit. Un voyage initiatique pour savoir quelle sera sa place désormais.
Un roman tendre et rude à la fois illustrée par une plume sensible et juste.
Auteur : Olivier Dorchamps
Aux éditions finitude - 252 pages
"Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études."
Marwan et ses deux frères ne comprennent pas. Mais pourquoi leur père, garagiste à Clichy, souhaitait-il être enterré à Casablanca ? Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça. C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.
Mon avis :
Olivier Dorchamps nous offre une histoire touchante. Comment ne pas s'émouvoir de l'histoire de Marwan, sa famille. À la lecture de ce roman on touche du doigt, grâce à l'élégance de l'écriture de l'auteur, la difficulté d'être né quelque part ailleurs que sur la terre de ses aïeux.
La difficulté de se sentir chez soi, compris, aimé pour qui on est. Celle de comprendre des parents déracinés, nostalgiques d'une terre que certains ne reverront jamais.
Même si Marwan ne comprend pas le souhait de son père d'être inhumé au Maroc, qu'il a quitté des décennies plus tôt, par devoir et respect, il va se conformer aux dernières volontés de son père.
Marwan découvre d'où il vient vraiment à la mort de son père. Cette découverte va le bouleverser, lui permettre de comprendre ce père qu'il croyait connaître, avec le récit de son ami de toujours. Les secrets du passé lui content ce qu'il ne lui a jamais dit. Un voyage initiatique pour savoir quelle sera sa place désormais.
Un roman tendre et rude à la fois illustrée par une plume sensible et juste.
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| Sélection Automne 2019 |
mardi 3 décembre 2019
LA CHORALE DES DAMES DE CHILBURY
LA CHORALE DES DAMES DE CHILBURYAuteure : Jennifer RYAN
Editions Le Livre de Poche - 552 pages
1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant.
Autour de miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs. Tilling, une veuve timide ; Venetia, la « tombeuse » du village ; Silvie, une jeune réfugiée juive ; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes...
Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s’inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde avec talent les âmes de ce chœur attachant et inoubliable.
Mon Avis :
Un portrait de femmes attachantes aux premières heures de la guerre. Les hommes valides sont partis au front, les démobilisés sont regardés en coin, les plus âgés souvent despotiques avec leur maisonnée.
Que reste-t-il à ces femmes parfois désoeuvrées, souvent inquiètes du départ d'un fils ou d'un mari, avec pour cause commune d'habiter un village de la campagne anglaise comme on peut la découvrir dans des séries comme "L'inspecteur Barnaby", où l'église et le chant offrent des parenthèses enchantées. C'est décidé ! Primrose Trent propose la reprise de la chorale par les femmes de Chilbury, quel que soit leur âge ou leur condition.
C'est un baume sur leurs inquiétudes. Toutes ces femmes ne sont pas vertueuses, il y a l'intrigante Mme Paltry, la jeune écervelée Venetia mais toutes, toutes sans exception aiment à se retrouver dans la pureté d'un chant au sein de la chorale, pour adoucir leur peines.
On suit les échanges épistolaires entre Venetia jeune femme de 18 ans, séductrice qui ne supporte pas qu'un homme lui résiste et son amie ; entre la peu honnête Miss Paltry et sa soeur, le journal intime de Kitty, les peurs de Silvie, jeune réfugiée que Kitty voudrait consoler de l'absence de ses proches, en lui offrant un foyer, ce que son très raide général de père balaie d'un revers de manche.
Comme dans toutes les périodes troublées, il y a les héros et les pleutres, les profiteurs et les espions... les petits secrets, les rancoeurs. À Chilbury, le chant est salvateur.
Le récit est enlevé, la tendresse dans la description de certaines scènes, les drames sous-jacents, la peur très présente, Jennifer Ryan rend compte d'une époque avec légèreté et profondeur, beaucoup de charme dans l'écriture. Un roman sans vraies surprises mais des personnages bien campés qui offrent un très bon moment de lecture avec une tasse de thé of course !
Ma B.O du roman :
Elizabethan Masque - Hampshire Guitar Orchestra
vendredi 29 novembre 2019
CENT MILLIONS D'ANNEES ET UN JOUR
CENT MILLIONS D'ANNEES ET UN JOUR
Auteur : Jean-Baptiste ANDREA
Aux Editions L'Iconoclaste - 308 pages
1954. C’est dans un village perdu entre la France et l’Italie que Stan, paléontologue en fin de carrière, convoque Umberto et Peter, deux autres scientifiques. Car Stan a un projet. Ou plutôt un rêve. De ceux, obsédants, qu’on ne peut ignorer. Il prend la forme, improbable, d’un squelette. Apatosaure ? Brontosaure ?
Il ne sait pas vraiment. Mais le monstre dort forcément quelque part là-haut, dans la glace. S’il le découvre, ce sera enfin la gloire, il en est convaincu. Alors l’ascension commence.
Mais le froid, l’altitude, la solitude, se resserrent comme un étau. Et entraînent l’équipée là où nul n’aurait pensé aller. De sa plume cinématographique et poétique, Jean-Baptiste Andrea signe un roman à couper le souffle, porté par ces folies qui nous hantent.
Mon avis :
Tout commence lorsque Stan, à peine 6 ans, vient frapper une pierre avec colère pour y découvrir émerveillé un fossile.
Cette découverte le mène tout droit à la profession de paléontologue, pas de ceux mondialement connu. Non ! des besogneux qui rêvent de laisser leurs noms dans l'Histoire.
C'est ainsi qu'une gamine lui raconte l'histoire, qu'un concierge italien contait aux enfants à la cave le soir, pour les effrayer et les faire rêver un peu : un dragon tapi dans une grotte attendrait d'être découvert.
Stan se persuade que ce sera sa gloire, celle de son ancien assistant Umberto.
Le voilà donc, Stané, comme l'appelle son vieux complice Umberto, à la cinquantaine, prêt à tout pour se lancer dans l'aventure avec un guide et le jeune Peter, à son tour assistant d'Umberto. Il n'est pas question de ne pas trouver le monstre assoupi, préservé par la glace, endormi depuis des lustres dans une grotte qui se trouve entre les crêtes qu'il aperçoit du village où il vit.
Ce roman est une aventure humaine captivante, qui tient autant à l'intrigue, qu'au style de l'auteur tout aussi captivant. Des retours arrière permettent de découvrir l'enfance difficile de Stan, la relation père-fils, l'absence de la mère.
Jean-Baptiste Andrea a une plume magique qui vous envoûte par sa poésie. Son Stan est un héros romantique, dévoré par une recherche d'absolu qui va au-delà de la quête d'un animal fossilisé dans la pierre. Sous sa plume, le personnage de Stan devient le Enzo Maiorca de la paléontologie.
Cela amène à la question que parfois l'on se pose : qu'avons-nous fait de nos rêves d'enfants ?
«Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis» – Edgar Allan Poe
C'est à cela que nous a mené la finesse d'écriture de Jean-Baptiste Andrea : à voir le film de la vie de Stan se dérouler, nous en mettre pleins les yeux parce qu'il lui a taillé un rêve à la démesure de sa quête d'absolu, une véritable épopée.
Ma B.O. du livre :
Auteur : Jean-Baptiste ANDREA
Aux Editions L'Iconoclaste - 308 pages
1954. C’est dans un village perdu entre la France et l’Italie que Stan, paléontologue en fin de carrière, convoque Umberto et Peter, deux autres scientifiques. Car Stan a un projet. Ou plutôt un rêve. De ceux, obsédants, qu’on ne peut ignorer. Il prend la forme, improbable, d’un squelette. Apatosaure ? Brontosaure ?
Il ne sait pas vraiment. Mais le monstre dort forcément quelque part là-haut, dans la glace. S’il le découvre, ce sera enfin la gloire, il en est convaincu. Alors l’ascension commence.
Mais le froid, l’altitude, la solitude, se resserrent comme un étau. Et entraînent l’équipée là où nul n’aurait pensé aller. De sa plume cinématographique et poétique, Jean-Baptiste Andrea signe un roman à couper le souffle, porté par ces folies qui nous hantent.
Mon avis :
Tout commence lorsque Stan, à peine 6 ans, vient frapper une pierre avec colère pour y découvrir émerveillé un fossile.
Cette découverte le mène tout droit à la profession de paléontologue, pas de ceux mondialement connu. Non ! des besogneux qui rêvent de laisser leurs noms dans l'Histoire.
C'est ainsi qu'une gamine lui raconte l'histoire, qu'un concierge italien contait aux enfants à la cave le soir, pour les effrayer et les faire rêver un peu : un dragon tapi dans une grotte attendrait d'être découvert.
Stan se persuade que ce sera sa gloire, celle de son ancien assistant Umberto.
Le voilà donc, Stané, comme l'appelle son vieux complice Umberto, à la cinquantaine, prêt à tout pour se lancer dans l'aventure avec un guide et le jeune Peter, à son tour assistant d'Umberto. Il n'est pas question de ne pas trouver le monstre assoupi, préservé par la glace, endormi depuis des lustres dans une grotte qui se trouve entre les crêtes qu'il aperçoit du village où il vit.
Ce roman est une aventure humaine captivante, qui tient autant à l'intrigue, qu'au style de l'auteur tout aussi captivant. Des retours arrière permettent de découvrir l'enfance difficile de Stan, la relation père-fils, l'absence de la mère.
Jean-Baptiste Andrea a une plume magique qui vous envoûte par sa poésie. Son Stan est un héros romantique, dévoré par une recherche d'absolu qui va au-delà de la quête d'un animal fossilisé dans la pierre. Sous sa plume, le personnage de Stan devient le Enzo Maiorca de la paléontologie.
Cela amène à la question que parfois l'on se pose : qu'avons-nous fait de nos rêves d'enfants ?
«Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis» – Edgar Allan Poe
C'est à cela que nous a mené la finesse d'écriture de Jean-Baptiste Andrea : à voir le film de la vie de Stan se dérouler, nous en mettre pleins les yeux parce qu'il lui a taillé un rêve à la démesure de sa quête d'absolu, une véritable épopée.
Ma B.O. du livre :
Hans Zimmer - Interstellar - Main Theme (Piano Version) + Sheet Music
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| Sélection Automne 2019 |
jeudi 7 novembre 2019
LA CHALEUR
LA CHALEUR
Auteur : Victor JESTIN - 144 pages
Aux Editions FLAMMARION
« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire. » Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, 17 ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil.
Cet acte irréparable, il ne se l’explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer ? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Et c’est le lendemain, alors qu’il s’attend chaque instant à être découvert, qu’il rencontre une fille.
Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et qui s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping.
Mon Avis :
Tel un sablier qui inexorablement laisse filer le temps, Victor Jestin distille la tension dans son récit dramatique des vacances de Léonard, dans ce camping animé des Landes, où la jeunesse s'abreuve de boissons et de musique, le soir venu.
Oscar est mort sous les yeux de Léonard, agacé par le bruit des campeurs qui l'empêchaient de dormir. Pourquoi est-il resté figé au lieu de porter secours à Oscar ? Pourquoi la disparition d'Oscar semble-t-elle n'émouvoir personne ?
La chaleur écrase le camping, les hormones s'agitent chez les jeunes garçons, cependant il ne se passe pas grand-chose dans cet ennui quotidien entre animations, piscine, bains de mer, fêtes sur la plage pour les jeunes gens qui se trouvent perdus là. Léonard agit ou réagit sans réfléchir, à l'instinct, pourtant la culpabilité le ronge sans qu'il sache quoi faire pour en sortir.
Le talent de Victor Jestin est de vous maintenir en haleine avec une seule angoisse : que va faire Léonard ? Sera-t-il démasqué avant la fin des vacances ou s'en ira-t-il sans se retourner en laissant ses parents dans l'ignorance de son inaction face à la mort d'Oscar ?
Le roman est court, le suspense extrêmement présent. Une histoire qui m'a laissé à la fois un goût d'inachevé et la sensation que la boucle était bouclée... Paradoxal ! c'est en cela que ce roman m'a bousculé. Un auteur qu'il sera intéressant de suivre.
Ma BO du roman :
Auteur : Victor JESTIN - 144 pages
Aux Editions FLAMMARION
« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire. » Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, 17 ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil.
Cet acte irréparable, il ne se l’explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer ? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Et c’est le lendemain, alors qu’il s’attend chaque instant à être découvert, qu’il rencontre une fille.
Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et qui s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping.
Mon Avis :
Tel un sablier qui inexorablement laisse filer le temps, Victor Jestin distille la tension dans son récit dramatique des vacances de Léonard, dans ce camping animé des Landes, où la jeunesse s'abreuve de boissons et de musique, le soir venu.
Oscar est mort sous les yeux de Léonard, agacé par le bruit des campeurs qui l'empêchaient de dormir. Pourquoi est-il resté figé au lieu de porter secours à Oscar ? Pourquoi la disparition d'Oscar semble-t-elle n'émouvoir personne ?
La chaleur écrase le camping, les hormones s'agitent chez les jeunes garçons, cependant il ne se passe pas grand-chose dans cet ennui quotidien entre animations, piscine, bains de mer, fêtes sur la plage pour les jeunes gens qui se trouvent perdus là. Léonard agit ou réagit sans réfléchir, à l'instinct, pourtant la culpabilité le ronge sans qu'il sache quoi faire pour en sortir.
Le talent de Victor Jestin est de vous maintenir en haleine avec une seule angoisse : que va faire Léonard ? Sera-t-il démasqué avant la fin des vacances ou s'en ira-t-il sans se retourner en laissant ses parents dans l'ignorance de son inaction face à la mort d'Oscar ?
Le roman est court, le suspense extrêmement présent. Une histoire qui m'a laissé à la fois un goût d'inachevé et la sensation que la boucle était bouclée... Paradoxal ! c'est en cela que ce roman m'a bousculé. Un auteur qu'il sera intéressant de suivre.
Ma BO du roman :
"Summertime" - Lello Petrarca con Emilio Merola e l'Orchestra Accademia San Giovanni
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| Sélection Automne 2019 |
mardi 5 novembre 2019
DERNIERS SACREMENTS
DERNIERS SACREMENTS
Auteur : M.J.ARLIDGE - 464 pages
Aux Editions Les Escales
Elle croise la route d'Adam Brandt, brillant psychologue, alors qu'une série de meurtres frappe Chicago. Kassie semble toujours avoir un lien avec les victimes. Coïncidence malheureuse ou terrible manipulation ?
Intrigué par cette adolescente un peu perdue, Adam est tenté de croire à ses troublantes déclarations. D'autant que le danger se rapproche et que Kassie est la seule à savoir où il va s'abattre.
Auteur : M.J.ARLIDGE - 464 pages
Aux Editions Les Escales
Elle entend leurs cris.
Elle ressent leur peur.
Elle est désormais leur seul espoir.
Don ou malédiction ? D'un simple échange de regards, Kassie est capable de voir quand et comment vous allez mourir. Un lourd fardeau à porter pour une jeune fille de quinze ans.
Elle croise la route d'Adam Brandt, brillant psychologue, alors qu'une série de meurtres frappe Chicago. Kassie semble toujours avoir un lien avec les victimes. Coïncidence malheureuse ou terrible manipulation ?
Intrigué par cette adolescente un peu perdue, Adam est tenté de croire à ses troublantes déclarations. D'autant que le danger se rapproche et que Kassie est la seule à savoir où il va s'abattre.
Mon Avis :
Thriller envoûtant qu'on ne quitte qu'à l'épilogue au final haletant, l'espoir vissé au corps que Kassie s'en sorte...
Le destin de Kassie est écrit. Comme celui de tous ceux qui ont le malheur de croiser son regard. Petite mère courage, solitaire, impuissante, aimante, perdue.
Seule sa grand-mère la comprend vraiment. Sa mère se bat pour qu'elle reste dans le droit chemin qu'elle lui a tracé. Interdiction d'évoquer ce qu'elle croit voir, ce qu'elle croit savoir.
Kassie croise la route d'Adam. Le psychologue tente de comprendre, de rationaliser ce que vit la gamine. Les révélations qu'elle lui fait ne le convainquent pas, mais il tente de l'accompagner pour la ramener dans sa réalité. Qui a raison ? Qui a raison ? Kassie qui voit l'avenir où le destin d'Adam bascule dans le drame ? Ou Adam qui s'accroche à ses connaissances en psychologie pour ramener l'adolescente dans ce qu'il croit être le réel ?
M.J. Arlidge insuffle l'angoisse à son récit dans un rythme effréné. Embarque, bouscule, ballotte ses personnages pour emmener le lecteur sur les chemins obscurs de leur destinée. Sauvera-t-il Kassie de ses visions cauchemardesques ?
Peut-on dire qu'il y a une part de fantastique dans ce roman si violemment terre à terre. Un criminel perpètre des crimes les plus monstrueux qui soient, une gamine voit la mort de ses proies ? irrationnel comme le croit l'inspectrice Gabrielle ?
Puis il y a Gabrielle, inspectrice en charge de l'affaire. Archétype de la femme qui a dû faire sa place, être crédible dans une équipe d'hommes. Suivre son instinct, ne pas s'en laisser conter, quitte à faire des raccourcis dangereux, c'est son credo. Un seul objectif : arrêter coûte que coûte l'assassin barbare qui agit dans sa ville.
Tout est-il écrit ou peut-on influer sur sa vie et celle de ceux que l'on aime. La question est posée dans ce thriller trépidant, captivant, noir de l'inhumanité du pire criminel qui soit... celui qui se repaît des peurs, de la souffrance, de l'agonie de ses proies.
Gabrielle ne m'a pas convaincue. Avec les personnages forts, profondément humains que sont Adam et Kassie, Gabrielle semble froide, sans épaisseur. J'ai aimé que l'auteur m'embarque, me fasse trembler pour Kassie, me donne envie de secouer Adam. Un roman qui interroge : notre perception du monde est-elle bâtie de nos expériences, de notre environnement, de ce que l'on nous a donné à croire ou pas via notre éducation ?
J'ai découvert l'auteur et le roman grâce à Babelio et son opération Masse Critique, aux Editions Les Escales que je remercie pour cet excellent moment de lecture.
Ma B.O. du roman :
Diana Salvatore : Crazy
mercredi 23 octobre 2019
RHAPSODIE DES OUBLIES
Auteure : Sofia Aouine
Aux Editions de la Martinière - 192 pages
« Ma rue raconte l'histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s'appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans ».
Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d'Or, Paris XVIIIe. C'est l'âge des possibles : la sève coule, le coeur est plein de ronces, l'amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d'un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.
Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d'un quartier et l'odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l'amour et l'enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.
Mon avis :
Sofia Aouine déroule la vie d'Abad. Gamin déraciné du Liban qui tente de s'enraciner entre Barbès et la Goutte d'Or. Rue Léon.
Abad est un peu le gavroche des temps modernes, débrouillard, ouvert au monde qui l'entoure, surtout aux femmes. Gamin sensible dans un quartier tout aussi sensible !
Histoire de déracinés, tombés tous dans la rudesse d'un quartier où il faut être fort, où règne la délinquance. Pourtant il y a de l'amour aussi dans le quartier de ce môme, le tarifé et le vrai, celui que le lie à la Batman d'abord, à Gervaise, Odette, Ethel et son drôle de chat, Colette.
Afin de lui éviter de tomber dans la délinquance, il est envoyé voir une psychologue censée lui guérir le dedans. Coupé de ses racines, il enferme la douleur jusqu'à la rencontre de la dame qui lui fouille le dedans. La perte de sa Mémé, la guerre de 1975. Avec quelques clins d'oeil littéraires et cinématographiques à découvrir pour étoffer le propos.
Sofia Aouine nous offre une histoire percutante, réaliste, violente, sombre et lumineuse où se concentre toute la noirceur du monde, qui ne laisse pas indifférent. L'écriture est crue, brutale et tendre à la fois.
Ce premier roman-là bouscule, ne laisse pas indifférent, on aime ou il échappe des mains. Je l'ai tenu jusqu'à l'épilogue !
Ma B.O. du roman :
Etre né quelque part de Maxime Leforestier
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| Sélection Automme 2019 |
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