mardi 25 janvier 2022

LA SOMME DE NOS VIES _ Sophie ASTRABIE

 LA SOMME DE NOS VIES

Autrice : Sophie Astrabie

Aux Editions Poche - 384 pages

Camille, jeune fleuriste qui rêve sa vie, visite des appartements qu'elle n'a aucune intention d'acheter.
Marguerite, quatre-vingt-sept ans, met en vente son appartement qu'elle s'est pourtant juré de ne jamais quitter.
Derrière leurs fenêtres qui se font face, dans cette rue parisienne, la vie de l'une n'apparaît à l'autre qu'en reflet. Les mensonges de Camille à son entourage et les secrets de Marguerite enfouis soigneusement depuis l'enfance se croisent et se répondent.
Comment prendre sa vie à bras-le-corps quand on a décidé d'en vivre une autre ?




Mon avis :


Ce roman est une ode à la solidarité intergénérationnelle. Un joli portrait de femmes, Adélaïde, Marguerite, Camille.

Parfois les parents projettent leurs regrettés projets sur leur progéniture sans que cela ne prête à conséquence. Parfois, seulement. Pour d'autres, se laisser enformer dans l'avenir tout tracé est une facilité qui se paie plus tard.

Camille a compris très tôt qu'elle ne serait pas médecin. Au gré d'un petit boulot, elle s'est forgée la conviction que les fleurs seraient sa vie. Comment le faire accepter à une famille qui la voit s'épanouir au barreau.

L'autrice nous fait vivre la rencontre de personnages fragilisés par la solitude mais rayonnant du tour qu'ils jouent à la vie.

"La somme de nos vies" est un aussi réconfortant qu'un chocolat chaud surmonté de crème fouetté, à déguster lentement pour en apprécier toute la saveur délicate.

Je découvre avec bonheur cette autrice avec ce roman qui nous rappelle que chacun a sa fleur de prédilection, peu importe que les conventions lui donnent un rôle défini, comme pour les chrysanthèmes. Il suffit de s'autoriser à les aimer.

Sophie Astrabie nous offre un roman "feel good" bien écrit, sur des thèmes de fond qui parlent à chacun.



JE REVENAIS DES AUTRES _ Mélissa Da COSTA

 JE REVENAIS DES AUTRES

Autrice Mélissa Da Costa

Aux Editions Albin Michel _ 576 pages

Philippe a quarante ans, est directeur commercial, marié et père de deux enfants. Ambre a vingt ans, n'est rien et n'a personne. Sauf lui.
Quand submergée par le vide de sa vie, elle essaie de mourir, Philippe l'envoie loin, dans un village de montagne, pour qu'elle se reconstruise, qu'elle apprenne à vivre sans lui. Pour sauver sa famille aussi.
Je revenais des autres est l'histoire d'un nouveau départ. Le feuilleton d'un hôtel où vit une bande de saisonniers tous un peu abîmés par la vie. Le récit de leurs amitiés, doutes, colères, rancoeurs, amours aussi.

Le roman des autres, ceux qu'on laisse entrer dans sa vie, ceux qui nous détruisent mais surtout ceux qui nous guérissent.





Mon avis :


Une fois de plus, Mélissa Da Costa me touche avec le portrait de personnages écorchés qui vont se découvrir, s'apprivoiser. Trouver son chemin n'est pas chose aisée. Philippe en rédempteur déchu va se reprendre et grandir avec Ambre.

Ambre apprend que le silence n'est pas vide grâce à Richard, que les secrets intimes pèsent lourd, que l'amour ne prend pas toujours la tournure que l'on imagine. 

Les saisonniers sont une communauté de vie fragile, précaire, mais indispensable pour se relever, décider de grandir, de s'affranchir de la peur de l'avenir. Ambre va se nourrir de ces rencontres éphémères avec Tim, Gabriel, Rosalie, Anton, Richard et les autres. L'autrice évoque les difficultés de l'amour de soi avant de s'accorder d'aimer les autres.

Le roman aborde les thèmes intemporels de l'amour, l'amitié, la fragilité, la construction de soi, le partage. Les personnages sont comme chaque fois touchants.

Mélissa Da Costa a la plume délicate, son "je revenais des autres" est plein de tendresse et d'énergie positive.

Une suite est à venir, probable qu'Ambre sera sortie de l'adulescence. l'autrice n'a pas dérogé à sa peinture réaliste d'un mal-être qui bride parfois les envies d'embellies pour ses personnages. Néanmoins, l'espoir au gré de son écriture sensible est toujours au bout du chemin.



mercredi 1 décembre 2021

Badroulboudour - Jean-Baptiste de Froment

Badroulboudour

Auteur :  Jean-Baptiste de Froment

Aux éditions Les Forges de Vulcain

Antoine Galland, universitaire inadapté à la vie moderne, a été quitté par sa femme. Il arrive au Kloub, un club de vacances au bord de la mer, en Egypte. Un jeu mystérieux et peut-être dangereux lui est alors proposé : démasquer Badroulboudour, la femme idéale. Sous la forme d'un conte comique et légèrement kafkaïen, commence un récit d'apprentissage qui fera d'Antoine, bien malgré lui, le principal protagoniste d'une supercherie nationale. A moins qu'il ne s'agisse d'une histoire d'amour dont il est le héros.




Mon avis :


Jean-Baptiste de Froment offre un roman intrigant. Deux hommes, deux époques, une passion pour les  Mille et Une nuit, deux femmes l'une l'idéale d'un conte Badroulboudour, l'autre instigatrice d'un dépaysement attendu au Kloub, Madeleine.

L'auteur plante son décor dans un club de vacances égyptien où viennent et reviennent des clients "all inclusive" qui ne bougeront plus du bord de la piscine alors quand le "Géo" local propose une chasse à la femme merveilleuse des contes de Mille et Une nuit Badroulboudour, comment ne pas se laisser embarquer. Après tout Antoine est l'homonyme du traducteur, il ne peut pas se dérober. Qui mieux que lui pour la trouver ?

Ce roman est déroutant par la tournure choisie pour raconter les mésaventures d'Antoine, entre passé et présent, on découvre les protagonistes avec force détails : l'ami encombrant, les petites filles dissipées et indociles, le Président opportuniste. Ne vous attendez pas à un roman léger,  le texte est exigeant, il brocarde et tourne en dérision une époque tournée vers le paraître, la réussite, avec ironie et dureté parfois. C'est un roman dense à bien des égards grâce aux références culturelles et aux informations fournies sur la création du fameux conte et des personnages contés par un marchand syrien au premier né des Antoine Galland. 

Ce n'est pas une lecture reposante, mais tout à fait captivante. 

Je remercie les Editions Forges de Vulcain et Babelio pour son opération Masse Critique qui m'a permis la découverte de cet auteur.



samedi 23 octobre 2021

MINUIT, DERNIERE LIMITE - LEE CHILD


 Minuit, dernière limite
Une aventure de Jack Reacher

Aux Editions Calmann-Levy Noir

Jack Reacher se promène dans une petite ville du Wisconsin lorsqu’il découvre une bague de West Point, promotion 2005, dans la vitrine d’un prêteur sur gage. Plus intrigant encore, cette bague a appartenu à une femme. Qu’est-ce qui a donc pu amener cette ancienne de West Point à mettre en gage un bijou
si précieux, preuve de quatre années de durs combats en Irak et en Afghanistan ?

Ancien de West Point lui-même, Reacher
soupçonne un vol, voire pire, et décide de retrouver cette femme et de lui rendre sa bague.

Ainsi commence un périple de plus en plus violent et
crépusculaire qui le verra errer jusque dans les déserts du Wyoming et régler leur compte à tout un tas d’individus peu recommandables qui, bikers, dealers et corrompus divers, n’ont aucune envie de le voir fouiner dans leurs trafics.

Cependant, rien ne l’arrête et, alors que son enquête avance et que les dangers s’aggravent et se multiplient, Reacher comprend que cette bague raconte surtout l’honneur, mais aussi l’horreur de ce qu’a vécu et vit encore cette femme, qu’il lui faut sauver coûte que coûte. Déchirant.


Mon avis :


Lee Child crée avec Jack Reacher, un personnage attachant. Le redresseur de torts qu'on aimerait voir oeuvrer à corriger tous les corrupteurs du monde. À rendre la vie meilleure pour leurs victimes.

Voici un ancien major de la prestigieuse West Point qui, après avoir quitté une petite amie incommodée par le choix de l'homme de ne jamais rester au même endroit, le quitte pour reprendre sa vie d'avant la parenthèse Jack.

Jack qui se laisse porter par la première gare routière ou le dernier dollar remis à un SDF régulateur de covoiturage du Montana ou d'ailleurs. C'est au détour d'un arrêt que Jack va apercevoir une chevalière de West Point, minuscule, chez un prêteur sur gages.

Dès lors, il n'aura de cesse de trouver la propriétaire de ladite bague pour la lui rendre ou comprendre pourquoi cette bague est arrivée à cet endroit au milieu de nulle part. Il se lance dans sa quête à corps perdu. Les rebondissements et aventures jalonneront sa route.

Le chemin de Jack croisera celui de Rose, enfin. Jack fera alors entorse aux règles mais pas à la recherche de la vérité, pas à sa volonté de rendre son honneur à Rose pour la fraternité d'avoir servi la même arme, puis surtout pour la voir redevenir elle-même, une femme engagée dans la vie pleinement.

Des thèmes forts y sont abordés, la fraternité, les gueules cassées de retour des zones de guerre, la souffrance et ses traitements. L'après, le retour à la vie civile une médaille épinglée au revers d'un uniforme pour tout viatique.

Un roman d'action qui plaira aux amateurs du genre avec ce qu'il faut, de laideur de l'humanité et de lumière, pour faire reculer les ténèbres. Un roman qui capte et vous laisse groggy avec l'espoir que Rose retrouve sa vie à l'épilogue.

Jack Reacher est une belle découverte. Il est le loup solitaire que l'on espère croiser, en cas de problème insoluble, en apparence.

Plus profond qu'il n'y paraît, c'est un plaidoyer flamboyant contre le traitement du mal-être des soldats revenus de terrains d'opérations abîmés psychologiquement ou physiquement voire les deux, dépendants à différentes substances opiacées pour faire face à la douleur au quotidien. Un roman captivant et engagé.


vendredi 15 octobre 2021

Là ou renait l'espoir _ Elise Fischer

 LA OU RENAIT L'ESPOIR

Autrice : Elise Fischer

Aux Editions Calmann-Levy  _  374 pages

Édouard et Reine sont des enfants de la guerre, nés d’un père alsacien, Armand Baumann, et d’une mère lorraine, Léonie Peltier. 
Édouard est venu au monde en 1939 alors qu’Armand, mécanicien automobile, était sur la ligne Maginot. Fait prisonnier, le jeune Alsacien a été aussitôt enrôlé de force dans l’armée allemande, dont il est parvenu à s’échapper. Reine est née après ses brèves retrouvailles avec Léonie, en 1942.

L’absence de leur père, parti rejoindre les Forces Françaises Libres, l’engagement inconditionnel de leur mère dans les rangs de la Résistance vont faire peser sur le frère et la soeur une lourde chape de deuil, de souffrance et de non-dits. Au point de les éloigner l’un de l’autre…

Pour toujours ? Peut-être pas. Car cinquante ans après, Édouard propose à Reine d’affronter ensemble les spectres du passé. Thèmes: Grand-Est 
Collection : Territoires


Mon avis :


Armand Baumann et Léonie Peltier vont décider de se battre chacun à leur manière contre l'envahisseur Allemand. Une fois de plus dans leur belle Alsace-Lorraine, il va falloir faire une guerre de l'ombre pour rester Français.

Léonie confie sa fille et son fils aux bons soins des femmes de la famille, sa soeur Clairette, qui elle aussi, va choisir la résistance puis le cloître.

Un père mécanicien absent, parti se battre au sein des forces françaises libres en Afrique du Nord, une mère infirmière et résistante qui tente de mettre à l'abri enfants juifs et jeunes gens réfractaires au travail obligatoire en Allemagne. Leurs deux enfants Edouard et Reine se construisent dans l'absence, le secret, la peur. Reine refuse les histoires que l'on lui raconte sur sa mère. Seule lui reste sa marraine devenue nonne et l'amour de sa grand-mère.

Ce roman c'est un hymne aux racines, à l'acceptation de la différence, à l'amour qu'il soit filial, adultérin, fraternel, à l'Amour tout simplement. Il nous raconte la place des femmes dans la société de cette époque. Le traitement réservé aux gens jugés aliénés, hystériques ou simplement gênant.

On suit Reine-Ruth qui veut reprendre sa vie, entendre la vérité pour avancer sereinement, construire le reste de sa vie en se reconnaissant enfin au sein de cette famille. Elle veut avoir la place qui lui revient.

À l'acmé du roman, on s'accroche à l'espoir que les femmes triompheront de leur peur, du mensonge, pour recréer une famille, celle dont Ruth a été écartée trop longtemps.

Les chapitres courts rythment la montée en tension de ces destinées façonnées par la guerre, leur attachement à leur territoire et à l'idée d'une France libre, ouverte, sans ligne Maginot. Les émotions sont fortes à vivre le quotidien de ces personnages nombreux mais tous bien campés.

Elise Fischer nous livre une histoire difficile et captivante qui nous fait traverser le quotidien de gens ordinaires devenus extraordinaires par la force de leur volonté à être libres.



mardi 14 septembre 2021

LUNA _ SERENA GUILIANO

 LUNA

Autrice : Serena Guiliano

Editions Robert Lafont

Parfois, on pense trouver le soleil en août, mais c'est la lune qu'on trouve en mars.
Luna arrive à Naples contre son gré : son père est gravement malade. Rien, ici, ne lui a manqué. Ses repères, ses amies, son amour sont désormais à Milan. Alors pourquoi revenir ? Pourquoi être au chevet de son papa, au passé trouble, et avec lequel elle a coupé les ponts ?
Mais Napoli est là, sous ses yeux : ses ruelles animées et sales, ses habitants souriants et intrusifs, sa pizza fritta, délicieuse et tellement grasse, son Vésuve, beau et menaçant…
Est-il seulement possible de trouver la paix dans une ville si contrastée ? Mais si ce retour aux sources sonnait finalement l'heure de l'apaisement ?



Mon avis :


Ce roman est un bonbon tantôt acidulé, tantôt sucré. 

Luna est une jeune Napolitaine énergique et spontanée. Milanaise depuis que sa mère l'a emmené enfant loin de son père et de la superbe villa qu'ils occupaient.

Enfant, elle a d'abord quitté le quartier animé où elle vivait avec sa cousine Gina pour une maison cossue face à la plage et au Vésuve. Elle en veut dès lors à son père de l'avoir privée de cette cousine meilleure amie, de son absence.

Lorsqu'il tombe malade, Luna se sent obligée de venir à son chevet le temps de sa convalescence.

Luna se redécouvre durant son séjour Napolitain. Naples prend corps et vie sous la plume de Serena Guilano. 

Ce roman est une invitation au voyage et à la cuisine italienne, comment ne pas saliver en regardant Luna et ses amies se goinfrer de gourmandises. Un hymne à l'amitié, à l'acceptation de soi, une dose d'antiracisme et de bonne humeur qui mettent les zygomatiques en position haute.

Les personnages secondaires sont délicieux. Luna et ses émotions contradictoires emplissent le coeur de tendresse.

Sous des dehors de sucre et de miel, des thèmes profonds sont abordés : l'écoute, le pardon, la solidarité, le racisme, la différence, un joli moment de lecture. 

Une bulle d'évasion qui fait un bien fou en cette période grise de pandémie.



jeudi 2 septembre 2021

TROIS VOEUX _ Liane Moriarty

 TROIS VOEUX 

 Autrice : Liane Moriarty

Aux éditions ALBIN MICHEL

Trois sœurs, une complicité sans faille.

Impétueuses, attachantes, les triplées sont animées par un doux grain de folie. Une famille en apparence parfaite.

Lyn est une superwoman d’aujourd’hui, comblée mais débordée. Gemma rêve d’amour mais pas d’engagement. Quant à Cat, entre espoirs de maternité déçus et secrets conjugaux, elle est en pleine remise en question.

Le soir de leurs 34 ans, une parole malheureuse et la fête tourne mal.

Quelle vérité indicible a pu si brutalement faire basculer la belle entente des triplées ?


Mon avis :


Liane Moriarty nous raconte l'histoire de trois jeunes femmes de 34 ans. L'écriture est vive, percutante, l'humour est omniprésent avec les échanges mails entre les soeurs. Les personnages sont fouillés et attachants, les triplées comme Nana la grand-mère excentrique. Les thèmes universels.

Lynette a qui tout réussi, une jolie famille, une entreprise prospère. Catriona, responsable des ventes auprès d'une grande marque de chocolats et enfin Gemma la fantasque, pas d'homme dans sa vie plus de six mois d'affilée, pas de carrière, pas d'appartement ou maison où se créer un cocon.

Un trait commun à chacune, la vitesse au volant, le nombre de contraventions. Une différence notable : Lyn a mis au monde Maddie, Cat rêve d'avoir un enfant, Gemma n'y pense même pas !

Quelle gageure pour Maxine et Franck d'élever des triplées lorsqu'ils n'ont eux-mêmes que 20 ans ! qu'ils divorcent lorsque vous n'avez que 6 ans, les disputes, la rivalité entre la mère un peu rigide et le père-copain qui leur laisse tout faire.Tout est en place pour que Lyn, Cat et Gemma soient en compétition. 

Au fil du récit foisonnant, on entre dans l'intimité des soeurs, des parents pour mieux comprendre qui elles sont à ce stade de leur vie. Quelques flash-back, permettent de comprendre qu'elle a été leur enfance, leurs premiers émois amoureux. Pour nous amener à ce fameux soir où tout bascule lorsque l'une d'entre elles, hors d'elle, projette une fourchette à fondue sur le ventre de sa soeur enceinte qu'elle envie plus que tout. 

Des portraits de femmes modernes, féministes mais pas trop, qui ont toutes les trois, à quatorze ans, écrit une lettre à destination d'elles-mêmes 20 ans plus tard.

Un roman plus profond qu'il n'y paraît, qui sous le trait de l'humour, évoque les injonctions imposées par la société aux femmes : réussir socialement : faire carrière, être une bonne mère. Puis des thèmes comme la sororité, la parentalité, l'adultère, les violences faites aux femmes qu'elles soient "conjugales" ou dans le travail.

La plume est juste, immersive, on se laisse embarquer jusqu'à l'épilogue arrivé sans que l'on y prête garde en quelque 396 pages. 




lundi 30 août 2021

PLACE AUX IMMORTELS _ Patrice Quélard

PLACE AUX IMMORTELS

Auteur : Patrice Quélard

Aux éditions PLON _ 378 pages

Au printemps 1915, Léon Cognard, lieutenant de gendarmerie bourlingueur et anticonformiste, quitte sa brigade bretonne pour rejoindre le front de Picardie et prendre le commandement d'une prévôté de division d'infanterie. Sa nouvelle position est des plus délicates entre une bureaucratie tatillonne et l'hostilité légendaire des fantassins à l'égard des gendarmes, ces empêcheurs de tourner en rond considérés comme des planqués.
Lorsqu'il est confronté à un suicide suspect au sein de l'unité dont il doit assurer la police, Léon traite l'affaire avec son opiniâtreté habituelle. Mais celle-ci l'entraîne dans un engrenage qui risque bien de faire trembler la Grande Muette sur ses fondements...
Certains crimes ne doivent-ils pas demeurer impunis ? À la guerre, y a-t-il encore de la place pour l'idéalisme ? Et surtout, quelle valeur reste-t-il à la vérité quand seule compte la victoire ?


Mon avis :


Un roman de Patrice Quélard, c'est d'abord beaucoup d'humanité. Comme pour "Fratricide", l'histoire de Léon Cognard et ses camarades n'y déroge pas.

Force détails vous imprègnent de l'époque et des lieux pour vous accompagner pleinement dans la découverte des personnages : Jouannic, Bellec, Testard, Tanguy et les autres.

Léon Cognard, son nom n'est pas un hasard, frappe fort les esprits et dérange ses supérieurs comme ses subalternes par son anticonformisme. Un "cogne" qui n'applique pas le règlement sans avoir réfléchi d'abord, c'est tout de même hors normes. Jouannic ne vous dira pas le contraire.

Y a-t-il des morts justes en temps de guerre ? Le contexte donne-t-il devoir aux gendarmes de regarder ailleurs lorsqu'une mort est suspecte ? 

« Il est plus désirable de cultiver le respect du bien que le respect de la loi. » – Henry David Thoreau. Épris de justice, Léon aurait pu faire sienne cette maxime.

Les personnages livrés sont justes et captivants, le Bourru Jouannic, le sage greffier Bellec. 

Léon et son acharnement à obtenir vérité et justice pour ceux qui restent, malgré la multitude de morts qui l'entourent, vont lui valoir la haine farouche de la hiérarchie militaire. Il comprend mais ne lâche rien.

Un roman captivant, tendu par une intrigue policière glissée au coeur d'une fresque historique richement documentée. L'histoire d'un destin forgé dans la grande Histoire. Un hommage à tous ces hommes qui ont été les précurseurs de la gendarmerie d'aujourd'hui, chargée de s'assurer que les règles et lois soient appliquées, même juste derrière la ligne de front. 

Léon qui ne manque pas de lucidité, n'hésite pas à se comparer à Don Quichotte. Son fidèle destrier Rossinante, espiègle, au caractère bien trempé comme lui, l'accompagne dans son périple picard et champenois. Son humour désarmorce bien des situations que ses subalternes ne comprennent pas. Il a pourtant gagné leur respect, par ses décisions, ses actes et son acharnement à voir justice rendue. 

Léon, c'est le chevalier blanc de son époque, habité d'un esprit de camaraderie et de corps, idéaliste et ancré dans la réalité pour autant. 

Un personnage juste et sage dont on imagine qu'il essaime dans la gendarmerie d'aujourd'hui qui accorde un prix bien mérité à son histoire.

Ce roman est une vraie belle réussite pour ses informations historiques, la touche d'humour, la force de ses personnages. 

C'est aussi une belle manière de rendre hommage à ceux qui doivent rester immortels dans nos mémoires pour le sacrifice qu'ils ont consenti pour notre liberté. 

Un coup de coeur en ce qui me concerne !