dimanche 10 juin 2018

L'AILE DES VIERGES de Laurence PEYRIN

L'AILE DES VIERGES de Laurence Peyrin
Aux Editions Calmnann-Levy - 468 pages

Doit-on trahir ses convictions et ses rêves
pour un peu de bonheur ?
Un extraordinaire portrait de femme libre.

Angleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd.
Car aujourd’hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d’une des premières suffragettes, fille d’une sage-femme féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe.
Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s’installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n’est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée.

Mais Maggie va bientôt découvrir qu’elle n’est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d’un long chemin passionnel vers la liberté.

Mon avis :

Le romantisme de la couverture est trompeuse, le monde n'a pas été tendre avec Martha-Maggie Fuller, fille d'Elizabeth, sage-femme éprise de liberté  qui jugeait que les femmes étaient capables de penser par elle-même, d'exister sous leur propre nom, même mariées.... Petite-fille d'Augusta O'neill, infirmière, membre active de l'Union Sociale et Politique des femmes, suffragette. Maggie est une idéaliste.

Son histoire est celle d'une jeune femme "normale" au destin extraordinaire au sortir de la guerre. Comme nombre d'anglaises de cette époque, veuve, sans ressources, elle doit trouver un emploi pour rester indépendante.

Laurence Peyrin réussit le pari de nous faire vivre une passion sans mièvrerie. L'histoire de Maggie et John est totalement addictive.

L'époque, les lieux sont parfaitement documentés pour une parfaite compréhension du contexte historique, l'ambiance à Sheperd-house décortiquée.


Maggie rêvait d'être médecin en Amérique, le destin en décidera autrement. La voici remontant l'allée de Sheperd-House, résidence des Lyon-Thorpe.
Pippa-ma-chère y régente le domaine et sa domesticité.

Quelle tragédie pour cette femme de 26 ans, très consciente de sa condition sociale, éduquée, ambitieuse qui a la conviction qu'elle doit être libre, coincée dans ce petit monde hiérarchisé, femme de chambre, au milieu de rumeurs, secrets, rivalités.


On entre au service des Lyon-Thorpe, comme on entre en monastère. C'est ainsi que Maggie intègre l'aile des vierges, rebelle en sommeil, déterminée à ne rester que quelques mois. 

Pourtant les Colin, Bertha, leurs règles éculées n'ont qu'à bien se tenir. Une injustice et la voilà, le droit en étendard, à une époque où il n'est pas de mise d'avoir une opinion lorsqu'on est une femme, domestique qui plus est. 

Le charme opère d'abord sur les majestueuses falaises de Folkestone qui bordent le domaine des Lyon-Thorpe puis dans le Brooklyn naissant où Maggie va se choisir un avenir pour les autres en s'oubliant un peu. Elle n'oubliera jamais l'amour qu'il soit fraternel ou passionnel, il balisera son chemin.

Maggie est une héroïne. L'aile des vierges un "Autant en emporte le vent" moderne. Les éléphants se souviendront de Karen Blixen et de Laurence Peyrin.

De "Zelda Zonk", "Miss Cyclone" à Maggie Fuller, Laurence Peyrin sait raconter des histoires faussement légères, vibrantes, avec humour, délicatesse. Les seconds rôles ne le sont jamais vraiment. 

De roman en roman, j'aime chaque fois plus le style et les personnages de Laurence Peyrin !

mercredi 9 mai 2018

CELLE QUE VOUS CROYEZ de CAMILLE LAURENS

CELLE QUE VOUS CROYEZ de Camille Laurens
Editions Gallimard - Collection Folio 224 pages

Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux. 

En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.






MON AVIS :


Celle que vous croyez ! Celle que Chris a envie de croire, lorsqu'elle présente son profil avantageux de jeune brunette de 23 ans. Est-on toujours celle ou celui que l'on donne à voir, ne joue-t-on pas un rôle ?

Camille Laurens nous livre un roman audacieux, dans une construction très originale, à l'heure où les réseaux sociaux tiennent une place prépondérante dans nos vies. Est-ce l'histoire d'une femme jalouse, abandonnée à un âge où les remises en question sont omniprésentes ? Celle de la domination masculine sur le désir et le jeu amoureux ?

En cette période, où les violences faites aux femmes sont devenues une cause à défendre, comment ne pas percevoir la violence inouïe de l'abandon vécue par Claire, la cinquantaine, belle encore, si désemparée lorsque Jo la laisse sans vraiment d'explications. Une descente aux enfers qui la mène à tricher pour comprendre. Un jeu de la séduction par "avatar" interposé qui va la perdre entre réel et virtuel.

La romancière nous délivre les informations concernant Claire sous différentes formes : séances avec son Psy, la lecture d'extraits du roman de Claire, patiente, par le médecin. Ces monologues émaillent le récit et le rendent assez captivant.
Il y a là, une vraie histoire, où le virtuel est un prétexte à réflexion. Un réel suspense. Pourtant on se retrouve avec des tas de questions sans réponses ! Où est la vérité ? Qu'est-ce que l'Amour ? Qui ment ?

Le roman sera adapté au cinéma en 2018. C'est justice, il est très cinématographique. Je n'ai pas résisté à en connaître l'épilogue. il m'a toutefois manqué quelque chose d'indéfinissable pour aimer Claire ou la comprendre.

Il n'en reste pas moins que Camille Laurens impose un roman inventif, sous tension, aux dialogues parfois cruels, sur un thème éculé qui ne laisse pas indifférent. Vous entrez dans ce roman, comme dans le palais des glaces des fêtes foraines, labyrinthe cloisonné et décloisonné à l'envi par l'auteure pour vous perdre !



mardi 8 mai 2018

UNE BONNE INTENTION de Solène BAKOWSKI

UNE BONNE INTENTION de Solène Bakowski
Aux Editions Bragelonne 384 pages


« Tous passeront à côté du sacrifice de l’un, de la confiance aveugle de l’autre, tourneront
le dos à cet amour dingue, car c’est de ça qu’il s’agit, cet amour inconditionnel d’un jeune homme pour une fillette qui écrivait des lettres, cet amour d’une petite fille pour le jeune homme qui savait lui inventer des histoires. »

Mati a neuf ans. Elle a perdu sa maman. Son père s’enlise dans le deuil et sa grand-mère s’efforce, à sa manière, de recoller les morceaux. Un soir, la petite ne rentre pas de l’école.
On imagine le pire, évidemment. Comment croire que tout, pourtant, partait d’une bonne intention ?





MON AVIS : 

Solène Bakowski réalise un thriller envoûtant. j'ai été happée par l'atmosphère angoissante créé autour d'une famille somme toute ordinaire. Ses secrets, ses lâchetés, ses non-dits pour la bonne cause bien sûr : "L'enfer est pavé de bonnes intentions" 

Un couple, un enfant, des grands-parents : le bonheur. L'amour si puissant, d'une femme pour son mari, qu'il va engendrer un vide sidéral dans le coeur de Nicolas, lorsque Karine les quitte pour le Pays Blanc...

"Il n'est pas de hasard
Il est des rendez-vous
Pas de coïncidence
Aller vers son destin, 
l'amour au creux des mains,..."
(Extrait de "Ouverture" chantée par Etienne Daho)"

Mathilde, neuf ans, doit faire face à l'absence de sa Maman, comprendre le chagrin et la colère de son Papa, laisser Éliane, sa grand-mère, s'occuper d'elle. Mais personne ne lui prête réellement d'attention, sauf Magali, la Maîtresse si gentille.

Magali lui "raconte qu'écrire, ça fait fuir la douleur. Que la douleur, elle n'aime pas trop les mots, qu'ils lui font peur à cause du pouvoir qu'ils ont sur les gens et sur les sentiments. Magali, ma maîtresse, elle ajoute que la peine est moins lourde à porter, qu'elle est même toute rabougrie quand on la raconte. C'est comme de la magie." 

Alors Mati se dit que quitte à écrire, elle va confier son chagrin, ses peurs à sa Maman, partie au Pays Blanc. Elle trouvera sur son chemin, ce drôle d'ange, capable de lui apporter les réponses à ses lettres. Tout irrémédiablement en sera changé.

Chaque pièce du puzzle prend place dans ce thriller psychologique où l'on découvre les secrets cachés à ceux qui pourraient en souffrir. 

Belle découverte que ce drame familial intense, l’auteure d'une écriture lumineuse, vous prend en otage, vous ballote au gré des événements... 

Mati et Rémi resteront inoubliables !


PAYS PROVISOIRE de Fanny Tonnelier

PAYS PROVISOIRE de FANNY TONNELIER
250 pages aux Editions ALMA

Amélie Servoz, jeune modiste d’origine savoyarde, n’a pas froid aux yeux. En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux et un guide de la Russie chiné en librairie. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Le retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich… Fanny Tonnelier qui raconte avec verve et finesse aussi bien le détail des gestes que l’ample vacarme d’une Révolution naissante, s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu : au début du XXe siècle, de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie. Fanny Tonnelier, née en 1948, vit à Cunault près d’Angers. Pays provisoire, est son premier roman.



MON AVIS :


Sélection Hiver 2018 des "68 Premières fois", ce livre raconte la vie d'expatriée d'Amélie à Saint-Pétersbourg. Charmante modiste française, trentenaire au caractère bien trempé, venue reprendre la boutique d'une compatriote, Clémence.


1917, sept petites années après avoir développé sa clientèle, Amélie se voit aux prises avec la politique : émeutes, famine, Nicolas II abdique ! Cela ne suffira pas à sauver le commerce d'Amélie, malheureusement.


Il serait facile de vous parler du fabuleux destin d'Amélie Servoz. Il s'agit plus simplement de la destinée d'une jeune femme ambitieuse qui doit tout abandonner pour rentrer en France. Ce n'est pas un échec, elle a rencontré l'Amour avec un beau militaire Nicolas et l'a perdu. Elle a beaucoup appris, elle maîtrise désormais une autre langue et connaît une autre culture.

Elle rencontrera Friedrich durant son périple de retour, mais reprendra seule son voyage au travers de multiples pays : Suède, 
 Écosse, Angleterre, France. Cependant, cet épisode d'amour un peu plus que courtois, plein de promesses est charmant. 


Pourtant, je n'ai pas réussi à être touchée par le romanesque dans ce récit. Il manque quelque chose d'indéfinissable. L'histoire est joliment écrite, il n'est pas possible de l'abandonner... mais le charme slave n'a pas totalement opéré !

Néanmoins, la plume est belle, le roman documenté certes, mais Amélie reste sur le papier très à-plat dans cette peinture de début de siècle... Durant cette période de tensions mondiales, où la guerre se répand, toujours une bonne âme pour assister, porter secours, héberger, c'est un peu trop idyllique, même pour une fiction. 
Amélie ne nous laissera pas son nom, comme Scarlett O'Hara ou d'autres héroïnes, à la volonté inébranlable d''aimer, de rentrer chez elles. Même son amitié avec Joséphine manque de chaleur.


Amélie, pourtant est une créatrice, une passionnée de mode et l'on apprend beaucoup sur les métiers des Arts : Plumassiers, modistes.... devenus rare. Cette part-là du récit est passionnante. Elle redonne leurs lettres de noblesse aux petites mains, au savoir-faire.


L'histoire est originale. On apprend sur les relations Franco-Russes. Sur l'appétence des Russes à apprendre la langue française. Sur les femmes de l'époque bien plus aventureuses qu'on ne l'imagine. C'est un premier roman émaillé de rencontres, de voyages, qui renseigne la vie à cette époque.

Une lecture dépaysante, u
ne auteure à suivre à n'en pas douter !



vendredi 27 avril 2018

LA NUIT INTROUVABLE de Gabrielle TULOUP

LA NUIT INTROUVABLE de Gabrielle TULOUP
Aux Editions Philippe REY - 160 pages



Nathan Weiss vient d’avoir quarante ans lorsqu’il reçoit un appel d’une inconnue : sa mère Marthe souhaite le revoir en urgence. Cette mère, voilà quatre ans, depuis le décès de son père, qu’il s’efforce de l’oublier. Ce n’est pas un hasard s’il s’est expatrié jusqu’en Slovénie.
Il va pourtant obéir et revenir à Paris. Sa mère a changé : elle est atteinte d’Alzheimer et ne le reconnaît presque plus. Nathan apprend alors que Marthe a confié huit lettres à sa voisine, avec pour instruction de les lui remettre selon un calendrier précis. Il se sent manipulé par ce jeu qui va toutefois l’intriguer dès l’ouverture de la première lettre.
Ces textes d’une mère à son fils, d’une poignante sincérité, vont éclairer Nathan sur la jeunesse de Marthe, sur le couple qu’elle formait avec son mari Jacques, la difficulté qu’elle avait à aimer ce fils envers qui elle était si froide. Tandis qu’il découvre ce testament familial, Nathan se débat avec ses amours impossibles, sa solitude, ses fuites. Et si la résolution de ses propres empêchements de vivre se trouvait dans les lettres que Marthe a semées pour tenter de réparer le passé ?
Dans ce premier roman, d’une écriture sensible et poétique, Gabrielle Tuloup décrit l’émouvant chassé-croisé de deux êtres qui tentent de se retrouver avant que la nuit recouvre leur mémoire.

Mon Avis :
Nathan Weiss n'a jamais su communiquer avec sa mère. Le lien familial si ténu soit-il existait grâce à son père.  À sa mort, Nathan a choisi de vivre entre deux pays : la France et la Slovénie. Il vit très bien ainsi, dans une solitude organisée.
Un simple coup de fil. Qu'est-ce qu'il lui a pris de décrocher alors que le numéro lui était inconnu ? La voisine de sa mère lui demande de revenir en France, visiter sa mère, bien qu'il ne soit pas en très bons termes. Il va faire le déplacement, apprendre que Marthe, mère déjà distante, est atteinte d'Alzheimer. De toute façon, il ne l'a jamais comprise alors lorsqu'il découvre l'existence de huit lettres qui lui seront remises à chacune de ses visites, il est de prime abord réticent.

L'instinct maternel est-il inné ou acquis de l'expérience vécue ? Marthe a été marquée, par une mère égoïste, qui souhaitait la garder tout à elle. 

Est-ce ce qu'elle n'a pas voulu reproduire avec Nathan ? Au point de laisser son mari lui donner tout l'amour qu'elle n'arrivait pas à lui transmettre. Un désir éperdu d'aimer son enfant mais enfermée dans la peur de mal faire et de le perdre ?

Nathan revient en visiteur chez sa mère. Sa voisine Jeanne et Carolina prennent toute la place. Lui en reste-t-il ? Les lettres remises au fil des visites planifiées tous les deux mois vont lui permettre de comprendre un passé qui n'existait qu'au travers du couple de ses parents. de son père, seul à être démonstratif, à lui donner de l'amour selon lui.


Le coup de coeur de Nathan pour la rondeur de l'aide à domicile Carolina semble mal venu dans le contexte. Le parallèle entre la sveltesse de sa précédente compagne et son incapacité à être généreuse, à offrir de l'amour, également.

On chemine aux côtés de Nathan. L'écriture de Gabrielle Tuloup est élégante, poétique. je n'ai malheureusement pas trouvé le chemin des émotions qui m'aurait totalement embarqué dans ce roman.

Le roman très réaliste aborde des thèmes touchants, les non-dits, les rancoeurs familiales, la maladie, l'absence, la solitude, les responsabilités, l'amour. 



C'est un premier roman qui m'a donné envie de suivre l'auteur, même si la rencontre n'est pas tout à fait réussie. Les émotions n'étaient pas à ce premier rendez-vous.





vendredi 13 avril 2018

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ETOILES - VIRGINIE GRIMALDI

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ETOILES
de Virginie GRIMALDI aux Editions FAYARD
396 pages

Anna, 37 ans, croule sous le travail et les relances des huissiers.
Ses filles, elle ne fait que les croiser au petit déjeuner. Sa vie défile, et elle l’observe depuis la bulle dans laquelle elle s’est enfermée.
À 17 ans, Chloé a des rêves plein la tête mais a choisi d’y renoncer pour aider sa mère. Elle cherche de l’affection auprès des garçons, mais cela ne dure jamais. Comme le carrosse de Cendrillon, ils se transforment après l’amour.
Lily, du haut de ses 12 ans, n’aime pas trop les gens. Elle préfère son rat, à qui elle a donné le nom de son père, parce qu’il a quitté le navire.
Le jour où elle apprend que ses filles vont mal, Anna prend une décision folle : elle les embarque pour un périple en camping-car, direction la Scandinavie. Si on ne peut revenir en arrière, on peut choisir un autre chemin.

Anna, Chloé, Lily. Trois femmes, trois générations, trois voix qui se répondent. Une merveille d’humour, d’amour et d’humanité.

Romancière à succès, Virginie Grimaldi est l’auteure de trois best-sellers, Le Premier Jour du reste de ma vie, Tu comprendras quand tu seras plus grande et Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie.


MON AVIS :

Comme les trois précédents romans de Virginie Grimaldi, je ne serai pas étonnée de voir celui-ci devenir un coup de coeur pour ses lecteurs.


Virginie Grimaldi est une conteuse rare. De sujets douloureux et sérieux, sans peser, elle tire une histoire pleine d'espoir de jours meilleurs avec tendresse et humour.

Les portraits de Lily, Chloé, Anna, de la grand-mère d'Anna, de Julien et Noé ou des deux papys fugueurs, sont justes, savoureux, délicats. 

Un roman réconfortant qui allumera des étoiles dans vos yeux, vous donnera des envies d'aurores boréales. Les chemins que l'on emprunte parfois deviennent sombres, sinueux et l'on se perd. Anna décide de se recentrer sur l'essentiel, sa famille. Ne pas être raisonnable peut parfois être la solution. Anna veut voir le verre à moitié plein et tant pis si elle se trompe. Elle aura tout tenté !

Merci à l'auteure de nous embarquer dans ces tendres voyages où l'essentiel nous est démontré, où tout semble possible, même de couper le cordon et de donner son envol aux oisillons encore fragiles.


Je suis définitivement fan. Merci pour ces moments délicieux, réconfortants de lectures où l'on est transporté par les émotions. Les quelques heures passées entre Anna, Chloé et Lily ont illuminé ma journée. Comme les précédents, ce roman tient toutes ses promesses avec poésie.


mardi 10 avril 2018

SEULS LES ENFANTS SAVENT AIMER de CALI

SEULS LES ENFANTS SAVENT AIMER
de Cali Aux Editions Le Cherche Midi - 190 pages

L'enfance et ses blessures, sous la plume de Cali.
Seuls les enfants savent aimer. 


Seuls les enfants aperçoivent l'amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer. 


Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l'amour s'en va. 
Seuls les enfants meurent d'amour. 
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle. 
À chaque seconde le coeur d'un enfant explose. 
Tu me manques à crever, maman. 
Jusqu'à quand vas-tu mourir ?


MON AVIS :

Je remercie sincèrement les 68 premières fois pour la découverte d'un auteur tout en émotions.


Un roman délicat pour décrire la perte, l'absence d'une mère qui depuis la naissance de Bruno était omniprésente. Maman, bien sûr, mais aussi l'institutrice de maternelle du village. L'école et la maison ne faisaient qu'une.

Le petit Cali, jugé trop petit, à protéger, n'est pas autorisé à accompagner sa famille à la dernière demeure de sa mère. Il voit tout depuis la chambre sombre de ses parents.
"L’heure que je n’ai pas vécue. Ton enterrement. Ils m’ont dit de rester à la maison, et je me retrouve là, dans ta chambre, près du lit. Je vois leur peine. Et leurs larmes sous le soleil. Je vois cela à travers le volet mal fermé. Ça pleure, ça gémit, ça se tient par les mains. Les uns derrière les autres, à petits pas. Ils empruntent la route qui mène à la place de l’Entente-Cordiale."

Il y a de la poésie dans ce malheur incommensurable qu'est la perte d'une mère. Dans la mort lente et continue du père, qui se noie dans le chagrin, on perçoit la détresse de l'enfant. Beaucoup de larmes versées, d'incompréhension des réactions de ses proches ; de rage et de colères pas toujours rentrées. Mais, il faut vivre, grandir. Bruno sera à la fois très seul, pourtant entouré des grands-parents, oncles et tantes. 

Bruno n'a que 6 ans, lorsqu'il retourne à l'école, tout le monde le regarde bizarrement. La maîtresse est gentille avec lui, l'embrasse ce qu'elle n'a jamais fait avant. Il est spécial.

Puis arrive Alex, venu d'ailleurs. Il a des yeux superbes. Cette rencontre est l'oasis dans ce désert d'amour qu'il habite. Il va découvrir l'amitié. 

L'écriture m'a semblé parfois trop adulte pour une vision d'enfant de six ans.
Sensible, douce amer, on ne peut s'en détacher, espérant ainsi connaître mieux l'auteur aujourd'hui.


Aimer, détester ou méconnaître l'artiste ne sera en aucun cas un handicap à la lecture de ce roman. Il vous embarquera de toute façon dans une émotion universelle.

mardi 3 avril 2018

LES REVEURS d'Isabelle Carré

LES REVEURS de Isabelle CARRE
304 pages aux Editions Grasset

«  On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance…  »
  I. C.  
  
Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

Mon avis :


Je remercie les 68 premières fois de m'avoir permis la lecture du premier roman d'une actrice que je trouve lumineuse.


J'ai toutefois été déstabilisée par l'entrée en matière. Trente longues pages de début de roman qui m'ont semblé obscures. Pourquoi ne pas avoir nommé clairement sa mère ?


Difficile aussi de situer ce roman autobiographie, fiction ? Une mère qui dans son rêve ne s'apercevrait pas qu'on lui a arraché son enfant dans la rue. Une famille "dentelles et château" qui ne vit que dans le regard des autres. Exiler leur fille à Pantin par peur du "qu'en dira-t-on" ? La rejeter parce qu'elle a refusé de s'inscrire dans leur histoire. Parce qu'elle a choisi de garder l'enfant. 


Un père amoureux de l'élégance de sa mère. Une mère éthérée, les yeux perdus dans le vague. Une famille qui aurait pu toucher au bonheur, qui le recherche. Un récit décousu comme la famille. Une sensibilité à fleur de pages, une écriture poétique. 

Je n'ai pourtant pas réussi à apprécier pleinement ce récit de la recherche de soi des parents, de sa recherche de structure de l'auteur au milieu de cette joyeuse pagaille familiale, même si on ressent beaucoup de sincérité dans l'écriture d'Isabelle Carré.

J'ai été touchée par le dévoilement délicat des blessures, des épisodes suicidaires, puis enfin la découverte d'un socle solide semble avoir été trouvé au théâtre pour vivre pleinement. Peut-être réconciliée avec le passé pour s'ouvrir à l'avenir, construire sa famille.