DANS SON SILENCE
Auteur : Alex MICHAELIDES
Editions CALMANN-LEVY - 378 pages
Alicia, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari défiguré par des coups de couteau fatals, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alicia ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : parvenir à faire reparler Alicia. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alicia s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…
Dans la veine de Mensonges sur le divan d’Irvin Yalom, un redoutable mélange de suspense et de psychanalyse qui ravira tous les lecteurs avides d’histoires prenantes.
Mon Avis :
Thriller psychologique redoutable, impressionnant de maîtrise, j'ai dévoré ce premier roman d'Alex Michaelides. Un "WHAOU" retentissant aux lèvres, à la fermeture du livre !
Une couverture intrigante représente Alicia, sans bouche. Patiente maintenue dans un brouillard médicamenteux depuis son crime, à la clinique Grove, Christian West son psychiatre, ne cherche pas à lui rendre la parole...
Théo Faber, jeune psychothérapeute ambitieux, lui, est fasciné par Alicia. Il espère lui rendre la parole.
Il aura fallu six ans à Théo pour obtenir le poste de psychothérapeute à Grove, convaincre qu'il était possible de lui rendre la parole.
De passé à présent, Théo va enquêter sur la criminelle, ses proches. Alicia a abattu son époux de 4 balles dans la tête, pas une, non, elle a tiré à quatre reprises ! Au procès, elle ne s'est pas défendue... coupable puisque incapable d'expliquer son geste. Muette.
Alex Michaelides nous embarque dans un suspense rythmé, angoissant, nous suspend aux découvertes de Théo.
L'auteur nous bluffe, nous manipule à son gré. Les rebondissements sont nombreux, inattendus, la chute époustouflante, rien de moins ! Des chapitres brefs, calibrés, qui révèlent le point de vue d'Alicia via son journal intime, celui des voisins, amis, famille, pas si aimants qu'il n'y paraît. On découvre Alicia, son mutisme, son intelligence, sa peur.
On nous parle de silence, mais aucun temps morts, aucune longueur, un récit renversant pour un épilogue stupéfiant ! Une intrigue brillante, ingénieuse, très efficace. Quel choc, cette fin qui laisse bouche bée...
Un bémol pour le résumé de la quatrième de couverture qui n'est pas totalement en corrélation avec le récit, c'est dommage parce que l'illustration elle, est une belle interprétation, très juste.
Voici un roman passionnant qui n'est pas prêt de quitter ma mémoire. Une excellente surprise !
Ma B.O. du livre :
Catherine's Sorrow - Jerry Goldsmith
LE BERCEAU
Auteure : Fanny CHESNEL
Aux Editions FLAMMARION - 272 PAGES
Joseph fabrique le berceau de sa première petite-fille, lorsqu’un coup de téléphone l’interrompt. Un crash d’avion : son fils dedans, son gendre aussi. Et la petite alors ? Sauve, bien vivante ! Prête à naître, car grandissant dans le ventre d’une mère porteuse canadienne choisie par le couplehomosexuel. Joseph n’a jamais foutu les pieds hors de sa Normandie natale, il a passé sa vie dans une ferme, vendu ses vaches, enterré sa femme : il n’a plus que cette enfant en tête. Alors il part. À la rencontre de la minuscule promesse qui prolonge l’existence de son fils. À la rencontre de la jeune étrangère, farouche et indomptable, qui la couve. Rien n’est simple dans cette histoire, mais il se lance, à plein régime, dans une réinvention audacieuse et poignante de la famille contemporaine.
Mon avis :
Joseph marche sur le fil de son chagrin, pour ne pas sombrer, il s'accroche à un espoir ténu. Cette gamine dont il n'a vu qu'une échographie qu'il n'a pas pu traduire, sa femme Marie-France, n'est plus là pour le soutenir, lui montrer.
Il y a bien Aude, si belle, sa fille qui le regarde se débattre avec sa peine. Joseph n'a pas été un père présent, il partait avant le lever de sa famille, rentrait lorsque tout le monde était couché. Sa vie : la campagne, les vaches ses compagnes. Sa femme s'est contentée d'être là, d'élever les enfants, de le comprendre, l'aimer. Égoïste, Joseph ? incontestablement, bourru ? incroyablement.
Pourtant il a été tellement heureux Joseph, que son rejeton soit amoureux, avec un homme, la belle affaire... Heureux, c'était bien suffisant pour lui, puis ils ont eu cette envie de famille, trouvé cette jeune femme qui a accepté de leur offrir ce cadeau, la vie, cette gamine dont ils ont accompagné l'arrivée.
Pendant que Joseph préparait son berceau, le drame.
Ce roman aborde des thèmes sensibles, l'homosexualité, la gestation pour autrui, le deuil, sans moralisation ou pathos Abigail l'empêche avec sa spontanéité. L'écriture fluide de l'auteure emmène le lecteur au coeur d'une histoire tendre, douce-amère, qui nous rappelle que notre Histoire est liée à celle de "La belle province", nous fend la face d'un sourire de connivence.
Le style de Fanny Chesnel, rend léger, émouvant, ce roman qui vous positionnera les zygomatiques en position haute, pour mieux vous faucher en plein coeur avec ses personnages émouvants, attachants.
Joseph rêve de s'offrir une famille tricotée serrée avec cette gamine, un petit bout, descendance de son Emmanuel. Rebattre les cartes et s'offrir une partie gagnante avec une famille composée d'amour.
Pas de suspense dans ce roman "feel-good", non, pourtant on s'y plonge entre émotion et humour. On saisit la main de Bichon dans sa quête de descendance, on le voit perdu dans son chagrin, on l'accompagne sur son chemin aventureux pour devenir grand-père. Recueillir ce magnifique cadeau que lui offre la vie, une raison de rester jeune, debout, déterminé à surmonter toutes les difficultés qui pourraient lui barrer la route.
Un petit bonheur de 272 pages aussi poétique que la couverture le laisse deviner. Merci Fanny Chesnel pour ce joli voyage littéraire.
Ma B.O. du roman :
Teri Moise - Je serai là
SAN PERDIDO
Auteur : David ZUKERMAN
Aux Editions Calman Levy - 410 pages
Un matin de printemps, dans la décharge à ciel ouvert de San Perdido, petite ville côtière du Panama aussi impitoyable que colorée, apparaît un enfant noir aux yeux bleus. Un orphelin muet qui n’a pour seul talent apparent qu’une force singulière dans les mains.
Il va pourtant survivre et devenir une légende. Venu de nulle part, cet enfant mystérieux au regard magnétique endossera le rôle de justicier silencieux au service des femmes et des opprimés et deviendra le héros d’une population jusque-là oubliée de Dieu.
Mon Avis :
Une petite ville côtière du Panamá aussi colorée qu'une favela brésilienne, San Perdido laisse vivre ses pauvres dans la ville basse au creux d'une décharge à ciel ouvert quand ses nantis vivent dans la ville haute, le Plato Del Sol, bien à l'abri... enfin, le croient-ils !
Il ne fait pas bon être une jolie petite fille à San Perdido, un enfant différent non plus.
Félicia vit là depuis bien longtemps, elle vieillit. Voilà qu'un gamin taiseux aux yeux bleus apparaît un beau matin, des battoirs à la place des mains. Une force incroyable pour ses 10 ans, capable d'extraire et de plier la ferraille comme personne. Elle se prendra d'affection pour ce petit bonhomme pas comme les autres, le nommera "La Langosta".
Yerbo Kinwston dit "La Langosta" n'est pas un homme comme les autres. Il écoute. Il voit ce que peu savent voir. Il connaît son histoire. Personnage marquant du roman, il est aussi lumineux que son regard, aussi sombre que sa peau.
David Zukerman offre un roman captivant, au rythme soutenu qui insuffle le suspense, chargé d'émotions, des personnages attachants comme Hissa, Madame, le docteur Portillo-Lopez. Tous existent, vous embarquent, qu'ils soient prédateurs, corrompus ou proies, grâce à l'écriture descriptive de l'auteur.
Un conte moderne poétique, cruel, audacieux, pour raconter comment la vie triomphe de la misère, de la peur, de la cupidité, s'épanouit grâce à l'amour, grâce à la justice expéditive parfois... La magie opère dans ce milieu dangereux ! Un roman très cinématographique entre réalisme et merveilleux.
Les dix premières pages, un peu mystérieuses, vous apparaîtront plus claires au fil des chapitres, le suspense est intense, on n'échappe pas à San Perdido.
Un auteur à suivre, ce premier roman est une pépite.
Ma B.O. du livre :
FIO MARAVILLA de Nicoletta
LE NORD DU MONDE
Auteur : NATHALIE YOT
Editeur : Editions LA CONTRE ALLEE (...) - 145 pages
« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. »
Mon Avis :
Cherche-ton le bonheur au soleil ? La narratrice fuit vers le Nord, là où on ne la cherchera pas. Pas équipée pour ce nord du monde.
Cette femme dans sa fuite effrénée n'emporte rien. Rien que le vide. Juste le besoin d'éprouver le corps dans une course de poulain. Le trot est le remède.
Nathalie Yot m'a embarqué totalement dans cette fuite en avant, tendue vers l'absence de l'homme-chien, la reconstruction de trop d'amour.
De chrysalide à papillon noir, la narratrice pousse ses limites, creuse l'écart pour mettre la peur en pause. La chaleur et l'amour la pousseront à avancer toujours plus loin.
Ce roman est terriblement dérangeant. Cependant la poésie du texte adoucit la dureté du propos. Road trip habité par l'énergie du désespoir, celui de sortir de la solitude, de ne pas être cassée, de se prouver qu'on peut se guérir par le mélange des corps, qu'on peut partager. Perturbant, captivant tout à la fois, un peu comme lorsque l'on regarde une scène trop difficile au travers de ses doigts.
Le nord du monde est une déchirure poétique, une quête de l'amour absolu. un récit glaçant, une glissade vers la folie des sentiments.
Un roman élégant par son style, consternant par la violence du sujet, j'ai été désarmée devant l'audace des sujets évoqués autour de la relation à l'autre : dépendance, fuite en avant, déconstruction-reconstruction de l'être, dépression, recherche d'un amour toujours plus absolu, détachement-enchevêtrement des corps pour thérapie.
Difficile de prendre position, il faut simplement se laisser bousculer, digérer ce texte. S'interroger. S'autoriser à perdre le nord pour suivre l'auteure, combattre le jugement.
Aurèle disait : "Vivre chaque jour comme si c'était le dernier ; ne pas s'agiter, ne pas sommeiller, ne pas faire semblant". L'auteur nous offre une histoire sans concessions, fait basculer son héroïne dans une quête d'amour sans compromis. Vivre furieusement, égoïstement, hors tabous. Un roman marquant !
Ma B.O. du roman :
The dark side of time (Eric SERRA)
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| Sélection 2018 |
EN ATTENDANT LA NEIGE
Auteur : Christine DESROUSSEAUX
Editeur : CALMANN LEVY - 288 pages
« Hier, quand j’ai poussé la porte du chalet, j’ai eu immédiatement l’impression d’être arrivée dans un lieu qui m’attendait. Un lieu possible en tout cas. Un lieu vivable. La pièce unique tapissée de bois, le colossal poêle central, les fenêtres ouvertes sur le velours des prairies, tout m’a plu. »
Morez, dans le Haut Jura. C’est là que Vera a décidé de s'exiler quelque temps. Le corps et l’esprit encore endoloris après l’accident de voiture dont elle est responsable et qui a coûté la vie à sa mère, elle investit ce chalet pour se sevrer des médicaments, recouvrer la mémoire et fuir la surveillance de son envahissante sœur.La montagne apparaît en effet comme le lieu idéal pour se reconstruire.
Mais Vera n’est pas la seule à y être venue enterrer son passé et, toute à sa renaissance, elle ignore les menaces qui planent.Des habitants hostiles.
Un voisin aussi séduisant que mystérieux. Et la neige qui risque à tout moment de bloquer la vallée…
Mon avis :
Ce roman m'a intrigué, couverture sobre, quatrième de couverture qui ouvre sur plusieurs histoires inquiétantes possibles.
L'athmosphère ouatée d'un village du haut Jura pour décor, Véra se sent à l'abri d'une soeur envahissante. Pourtant, l'hostilité ne vient pas seulement du climat, sa logeuse Louise n'a de cesse de lui suggérer de partir au plus tôt avant l'arrivée de la neige. Les chasseurs de la région n'ont pas l'air de goûter sa présence non plus. Un voisin énigmatique et solitaire loge au-dessus de son chalet. Un détective privé qui furète dans les parages.
Suspense maîtrisé, tension savamment distillée au fur et à mesure d'un récit millimétré. Une pleïade de personnages plutôt étonnants : Max-Géronimo, chaman autoproclamé, neveu de Louise ; Iwina cafetier féru de littérature, Mathilde l'aînée de Véra, directive, envahissante dont l'amour étouffe la petite soeur. Est-ce de l'amour d'ailleurs ?
Véra s'offre une pause pour se sevrer de cette soeur trop pressante, des médicaments qui l'abrutissent, de l'angoisse des flash-backs de sa mémoire défaillante. La neige va recouvrir le paysage, la tempête va réveiller ses souvenirs pour l'aider à comprendre son passé récent.
Ajoutez à tout cela le cadavre abîmé d'une jeune femme de vingt ans... Une enquête, des remises en question, le retour de la mémoire, tout est là pour un thriller psychologique bien mené. Une fin inattendue pour ficeler le tout.
Christine Desrousseaux offre un roman efficace à l'écriture ciselée, délicate sur fond de noirceur humaine.
Merci à l'auteure et aux éditions Calmann-Levy pour cette intrigue habile qui vous soustrait au temps !
Ma B.O. du roman :
Les neiges du Kilimandjaro de Pascal Danel
SIMPLE
Auteure : Julie Estève
Edtions Stock - 208 pages
On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché au coeur des montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine parle à sa chaise, lui raconte son histoire, celles des autres, et son lien ambigu avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 80.
Qui est coupable ?
On plonge à pic dans la poésie, le monde et la langue singulière d’un homme simple, jusqu’à la cruelle vérité.
Mon avis :
Roman à suspense, cruel récit de la vie d'Antoine Orsini. Personne ne l'appelait ainsi. Vous l'aurez compris, il est mort.
Antoine a perdu son prénom à la naissance. Il a tué sa mère. Enfin, c'est ce que le père répète à l'envi. C'est le cadet d'une fraterie de trois enfants. Il est différent, complexe.
Tout le monde l'appelle le "Baoul" dans son beau village de Corse. Son refuge c'est l'arbre au pied de la maison de Florence. Un soleil, Florence. Jolie comme un coeur, ses seize printemps attisent bien des convoitises chez les garçons comme chez les hommes du village. Elle est différente aussi, Florence. Bien trop jolie...
Ce "Simplet" là, a vécu une vie de solitude à tenter de préserver Florence de ses prédateurs. Accusé à tort de la mort de la jeune fille, il va jeter son dévolu sur une chaise abîmée, comme lui. Tout lui raconter de façon décousue, sans omettre de détails sur la vie des villageois, leur travers. Personne ne veut voir son innocence enfantine, absolue. Comprendre sa capacité à être le témoin crédule des vilénies des autres sans rien révéler.
Vous entendrez sa voix de candide dire avec des mots simples, crus sa réalité, le machiavélisme de ceux qui le montrent du doigt, le condamnent, le rejettent, crachent sur sa tombe. Le village lui fera expier ses propres fautes.
Antoine est attachant, touchant. L'histoire est cruelle. On sourit avec tendresse à ses facéties téléphoniques. Antoine est un brave garçon, comme on dit au village. L'auteure nous offre une histoire souvent brutale de cabossés avec poésie, tendresse, humour.
Un récit juste qui touche au coeur, émerveille, désarçonne par sa violence. Comme moi, vous aurez envie de rendre son prénom à Antoine, de croire qu'il a vraiment trouvé un ami, même si c'est en prison. Un peu de bonheur simple, lumineux comme le sourire de Florence.
Julie Estève nous offre un roman audacieux, généreux, plein d'humanité, pour raconter comment toute l'incompréhension de l'autre, lorsqu'il ne rentre pas dans la norme, peut mettre un voile sur les mauvaises actions des plus "normaux", la cruauté sociale. Un bouc-émissaire bien pratique l'Antoine Orsini.
Ma B.O. du roman :
HUMAN de Rag'nBone Man
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| Sélection Automne |
LA JEUNE FILLE SUR LA FALAISE
de Lucinda Riley
Editions Charleston - 512 pages
Pour échapper à une récente rupture, Grania Ryan quitte New York pour aller se ressourcer en Irlande auprès de sa famille. C'est là, au bord d'une falaise, qu'elle rencontre Aurora Lisle, une petite fille qui va changer sa vie.
En trouvant de vieilles lettres datant de 1914, elle se rend compte du lien qui unit leurs deux familles. Les horreurs de la guerre, l'attrait irrésistible du ballet, le destin d'un enfant abandonné, ont fait naître un héritage de chagrin, qui a tour à tour marqué chaque nouvelle génération.
C'est finalement l'intuition d'Aurora qui leur permettra de se libérer des chaînes du passé, et d'aller vers un futur où l'amour triomphe sur la perte.
Mon avis :
Je découvre Lucinda Riley avec cette saga familiale. Un roman, histoires de femmes, danseuses de 1900 à nos jours, liées par un amour immodéré pour Aurore, héroïne du ballet "la belle au bois dormant". Les sentiments des personnages sont délicatement livrés par la plume fluide de l'auteure.
Les familles Ryan et Lisle imbriquées par l'amour d'un lieu : l'irlande, la baie de Dunworley dans le comté de Cork. L'auteure décrit des personnages émouvants, des paysages sauvages. Des secrets, des fillettes, des non-dits.
En parallèle, l'histoire de Matt le New-Yorkais, comme celle d'Anna ne sont pas assez développées à mon goût. Grania va vivre des émotions fortes, découvrir le lien entre les Ryan, les Lisles, se découvrir, réapprivoiser l'amour avec son âme d'artiste. Toutefois, la flamboyance du début de son aventure s'amenuise dans les derniers chapitres au profit d'Aurora, Anna, Mary et les autres, Destins mêlés à travers le temps. Ces générations de femmes toutes fortes, sont pour les premières animées par une passion la danse classique, les ballets Russes.
Une histoire à tiroirs, captivante dès les premiers chapitres qui s'essoufle un peu par choix de l'auteur d'un florilège de personnages dont tous les parcours ne sont pas développés. Des péripéties nombreuses, des invraisemblances aussi, mais l'écriture de Lucinda Riley rend cela confortable. Un fil rouge, les commentaires d'Aurora qui accompagnent les événements de la vie de Grania.
Un excellent moment de lecture, d'évasion romantique comme peu l'être l'âme slave.
Ma B.O. du roman :
Deux petits chaussons de satin blanc - André Claveau
FAIS DE MOI LA COLERE
Auteur : Vincent Villeminot
Aux Editions LES ESCALES
Le jour où son père, pêcheur de longue date, se noie, Ismaëlle se retrouve seule.
Seule, vertigineusement, avec pour legs un métier d’homme et une chair de jeune fille.
Mais très vite, sur le lac franco-suisse, d’autres corps se mettent à flotter. Des morts nus, anonymes, par dizaines, par centaines, venus d’on ne sait où — remontés des profondeurs de la fosse.
C’est en ces circonstances qu’Ismaëlle croisera Ezéchiel, fils d’un « Ogre » africain, qui a traversé les guerres du continent noir et vient sur ces rives affronter une Bête mystérieuse.
Fais de moi la colère est le récit halluciné, à deux voix, de leur rencontre, et de la partie de pêche qu’ils vont mener — échos lointains de Moby Dick. Une partie de pêche où le désir, la convoitise,
le blanchiment, les génocides, sont autant de Léviathans. Mais où la joie, comme les larmes, pourra gonfler les ventres.
Mon avis :
Roman osé ! La transmission racontée en envolées lyriques presques hallucinées, poétiques, métaphoriques qui rendent ce roman sui generis.
Ezéchiel arrive peu de temps après qu'Ismaëlle ait repris l'activité de pêche de son père. Lui, fils de tous les méfaits de la dictature, elle fille d'un pêcheur et d'une femme de lettres. Le lac pour ciment, chacun sa rive. La pêche va les unir dans leur quête de la Bête, du corps du père de la jeune fille disparu dans le lac.
Les thèmes abordés sont puissants : génocides, corruption, critique du capitalisme. J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans le récit notamment à l'arrivée d'Ezéchiel dans son palais pillé...
L'auteur propose un roman très particulier, analyse du comportement de l'homme : ses monstres cachés : le "greed" besoin de possession, envie, convoitise, pouvoir... désir, rejet, peur, attirance. La Bête qu'est venue combattre Ezéchiel n'est-elle pas constituée des oripeaux de cette humanité-là ? Pourtant, sur le chemin, joies et larmes pourront "gonfler les ventres". On y retrouve des échos lointains à Moby Dick.
Ce roman évoque une quête d'un monde meilleur. L'enfance bousculée, le passage à l'âge adulte. Vincent Villeminot a travaillé la symbolique, la musique du texte, son dépouillement parfois, pour faire vibrer son lecteur.
Ce roman captive par sa singularité, son style, à lire à voix haute pour en saisir le sens, la musicalité, la sensualité parfois. Une histoire déroutante, un roman exigeant ! Aucune étiquette possible, tant l'histoire flotte entre rêve et réalité.
Mon premier Objet Littéraire Non Classable depuis longtemps, pour l'apprécier pleinement, il faut sans doute lacher prise, mon côté cartésien n'a pas trouvé le chemin pour ce rendez-vous dans les eaux troublées du Léman.
Ma B.O. du roman :
lindsey stirling : shadows
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| Sélection Automne |