LES HOMMES COULEUR DE CIEL
Auteure : Anaïs Llobet
Editions Humensis - 211 pages
Dans le pays où est né Oumar, il n'existe pas de mot pour dire ce qu'il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un « homme couleur de ciel ».
Réfugié à La Haye, le jeune Tchétchène se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et ose embrasser des garçons dans l'obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule sa nouvelle vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette.
Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à l'impensable, au pire, qui advient dans son ancien lycée. La police est formelle : le terrible attentat a été commis par un lycéen tchétchène.
Des hommes couleur de ciel est l'histoire de deux frères en exil qui ont voulu reconstruire leur vie en Europe. C'est l'histoire de leurs failles et de leurs cicatrices. Une histoire d'intégration et de désintégration.
Mon avis :
Conter le droit à la différence de manière romanesque est une gageure difficile. L'auteure relève ce défi de décrire l'amour et son revers le plus cruel : la haine. De soi, de l'autre. Deux frères, deux visions d'un monde pour l'un où tout est possible, pour l'autre sans issue.
"Est-ce que les gens naissent égaux en droits
À l'endroit où ils naissent"
La force du récit est de décrire la culpabilité de ceux qui n'ont rien vu à force de se nier eux-mêmes, loin d'imaginer que parfois l'intégration est impossible tant ils se battent eux-mêmes pour y parvenir.
Conter l'indicible de ce qui a été laissé derrière soi parfois dans l'espoir d'un avenir meilleur, d'un monde meilleur. L'humain reste ce qu'il est : complexe face à ses contradictions, capable d'empathie, de jugements à l'emporte-pièces. Du meilleur comme du pire.
Le texte est court, dense, fort en émotions. Il interroge sur l'identité, les origines, l'espoir et sa perte, l'amour, sa force, son impuissance à endiguer la rage, la peur, la frustration de ceux qui ne trouvent pas leur place.
C'est un roman touchant, troublant. Combien de Oumar se rêvant Adam ? Simplement jeunes, heureux, rêvant d'insouciance, sont ramenés à l'entrave que peut-être parfois la culture. Ces jeunes hommes, transfuges d'une culture où il est question d'honneur pour les hommes, de larmes pour les femmes, tentent de s'ancrer dans un nouveau sol, nourris aux valeurs de celui qui leur a donné vie.
Peut-on se choisir une patrie, oublié d'où l'on vient ? Le hasard choisi où l'on voit le jour, en est-il de même en ce qui concerne la voie que l'on choisit pour se construire ailleurs ?
Trois personnages liés par un destin tragique, leur exil, leurs choix pour s'intégrer. Ne pas se révolter devant les clichés, les incompréhensions, adopter la bonne attitude pour s'intégrer, douloureux parcours que celui du migrant qui doit renoncer à ce qui l'a construit. Alissa devient Alice, Oumar créé Adam, Kirem s'accroche à son histoire, refuse le monde qui l'entoure.
Un roman bouleversant qui se lit d'une traite, vous emporte dans un tourbillon d'émotions. L'existence n'est pas que grisaille, les hommes couleurs de ciel ont choisi l'amour de la vie.
Ma B.O du roman :
Né quelque part - Maxime Le Forestier
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| Sélection 2019 |
PARCE QUE JE T'AIME
Editions Poche - Guillaume MUSSO
Layla, une petite fille de cinq ans, disparaît dans un centre commercial de Los Angeles. Brisés, ses parents finissent par se séparer.
Cinq ans plus tard, Layla est retrouvée à l'endroit exact où on avait perdu sa trace. Elle est vivante, mais reste plongée dans un étrange mutisme.
À la joie des retrouvailles, succèdent les interrogations. Où était Layla pendant toutes ces années ? Avec qui ?
Et surtout : pourquoi est-elle revenue ?
Mon avis :
Ce roman raconte le temps qui file, la construction, les choix, la culpabilité, l'amitié, la résilience, l'amour, la famille... Il vous embarque dans un suspense intense.
Layla a disparu depuis 5 ans dans un centre commercial de la cité des anges. Nicole, sa mère fait vibrer son chagrin au son du violoncelle. Mark, le père, sombre dans les bas-fonds de New-York. Guidé par un labrador, il enterre son chagrin sous la ville. Il devient SDF.
L'auteur nous offre des personnages écorchés par la vie, fragiles, à la recherche d'une rédemption. Connor, l'ami d'enfance, devenu l'associé d'une réussite construite ensemble. Alyson, petite fille riche à la Paris Hilton. Evie Harper, 15 ans, orpheline rongée par la haine, la tristesse absolue d'avoir perdue sa maman. Le lapin blanc d'Alice aux pays des merveilles veille sur leurs destins.
Ce livre est un page-turner. Lorsque Layla réapparaît, le récit se tend. Le lecteur est embarqué dans l'enquête de Mark pour comprendre ce qui est arrivé à son enfant.
Une intrigue fine, ciselée, une écriture directe qui frappe au coeur. Un récit qui donne à réfléchir, touche, embarque, laisse pantois, réconcilie avec la vie. La rencontre de trois destins abîmés par la culpabilité, qui vont devoir affronter leurs peurs. Le lien entre les personnages : le choix qu'ils ont faits un jour pour prendre en mains leur avenir ou y faire face.
Un effet papillon qui bouscule les destinées, les croisent. Le décor se pose en flash-back répétés qui éclairent l'histoire au fil des chapitres. L'épilogue est étonnant, un twist comme on les aime, frappant, paradoxalement logique, surnaturel comme la force de l'amour d'un père pour sa fille.
Un vrai coup de coeur !
Ma B.O. du roman :
Boulevard of Broken Dreams - Lindsey Stirling (Green Day Cover)
LA PUNITION QU'ELLE MERITE
Auteur : Elizabeth George
Editions Presses de la cité - 667 pages
Ludlow, bucolique bourgade du Shropshire, tombe dans l'effroi lorsque le très apprécié diacre
Ian Druitt est accusé de pédophilie. Placé en garde à vue, le suspect est retrouvé mort, pendu.
La commissaire Isabelle Ardery, qui a été dépêchée sur les lieux depuis Londres et qui se débat
avec ses problèmes d'alcool, a bien envie de classer l'affaire en suicide.
Mais c'est sans compter la sagacité du sergent Barbara Havers. Coachée à distance par l'inspecteur Thomas Lynley, la Londonienne gaffeuse et accro à la nicotine flaire le pot aux roses : et s'il ne s'agissait pas d'un suicide ?
N'en déplaise à Isabelle Ardery, Lynley et Havers vont reformer leur duo de choc pour observer de plus près la vie de cette petite ville qui semblait si paisible. Car, derrière leurs allures de gentils retraités ou d'étudiants fêtards, les habitants de Ludlow ont tous quelque chose à cacher...
Mon avis :
Pour les aficionados comme moi du couple improbable d'enquêteurs : Lord Lynley, Barbara Havers, attendre environ 200 pages pour qu'ils officient ensemble a été long, mais long... même si les personnages, notamment les jeunes gens Ding, Misa sont attachants.
Durant ce temps, j'ai eu le temps de détester la commissaire Ardery, son alcoolisme et son désarroi aigu. Cette enquête qui démarre lentement met en scène quelques sujets de prédilection d'Elizabeth George : Relations humaines, psychologie des personnages, hypocrisie sociale, éducation, la transmission, moyens de la police.
Ardery est dépêchée pour une enquête rapide qui devra valider le travail des collègues en local. Elle s'adjoint le Sergent Havers pour l'y aider. Son seul crédo, on boucle rapidement, on rentre à Londres... Barbara, avec son flair d'enquêtrice de terrain terriblement efficace, ne veut rien laisser passer. Ardery fait peser sur elle la perspective d'une mutation au bout de l'Angleterre, si elle ne reste pas dans ses clous....
L'intrigue est bien ficelée. Le suspense haletant. Le décor de la vie estudiantine avec ses excès bien montré "binge drinking" alcool, sexe etc... Les adultes dans tout cela ? pas épargnés. Qu'ils soient parents, tenanciers de bars, îlotier, tous ont un rôle à jouer dans cette intrigue noire, bien huilée... Les sentiments des personnages sont pleinement ressentis par le lecteur, le style est direct.
Tout s'emboite parfaitement dans ce puzzle géant que l'inspecteur Lynley, avec son flegme tout anglais et son inclassable coéquipière le sergent Barbara Havers, vont imbriquer de main de maître.
On comprend à la fin l'énigmatique titre de ce roman... les victimes se sentent coupables, les coupables s'exonèrent parfois de leur responsabilité.
De l'excellent Elizabeth George, de l'humour avec Barbara en reine des claquettes, même si malgré tout, en fan, je ne me remets pas comme beaucoup de la mort d'Helen qui rend Lynley fragile.
Pourtant, que l'on ait suivi la série dont ce roman est le vingtième opus ou pas, on ne décroche pas de ce polar sombre et lumineux à la fois.
Un roman idéal pour les vacances !
Je remercie Babelio qui m'a permis de me laisser happer par cette nouvelle enquiête dans le cadre de son Masse-Critique privilégiée.

Ma B.O. du roman :
Flashing Nuisance Henri Mancini
LES HEURES SOLAIRES
Auteure : Caroline CAUGANT
Aux Edtions Stock - 288 Pages
Alors qu’elle prépare sa prochaine exposition, Billie, artiste trentenaire, parisienne, apprend la mort brutale de Louise. Sa mère, dont elle s’est tenue éloignée
si longtemps, s’est mystérieusement noyée.
Pour Billie, l’heure est venue de retourner à V., le village de son enfance.
Elle retrouve intacts l’arrière-pays méditerranéen, les collines asséchées qu’elle arpentait gamine, la rivière galopante aux échos enchanteurs et féroces, et surtout le souvenir obsédant de celle qu’elle a laissée derrière elle : Lila, l’amie éternelle, la soeur de coeur — la grande absente.
Les Heures solaires brosse le portrait de trois générations de femmes unies par les secrets d’une rivière. Y palpitent l’enfance, l’attachement à sa terre d’origine, l’impossibilité de l’oubli.
Et c’est en creusant la puissance des mémoires familiales que Caroline Caugant pose aussi cette question : les monstres engendrent-ils toujours des monstres ?
Mon Avis :
Bien sombres ces heures solaires. Caroline Caugant nous narre la vie de trois générations de femmes, leurs amours, leurs secrets. Quelques longueurs avant d'entrer vraiment au coeur du récit mais cela vaut la peine de s'installer au bord de la rivière de V.
Adèle, Louise, Billie, trois générations d'amoureuses. Le village de V. pour écrin. C'est là que s'écoule la rivière immuable qui abrite les culpabilités, les regrets, les dessous de leurs histoires. L'eau qui nettoie, tue, efface. Tel Léthé, une rivière de l'enfer pour témoigner du passé.
Billie, amoureuse intermittente, coupable à temps plein d'un crime qui n'en est pas un. Louise héritière du journal d'Adèle, de sa culpabilité. Ces lignes, fils ténus qui occupent l'esprit et gangrènent l'avenir.
Cette fresque familiale a quelque chose de dramatique, chacune de ses femmes ayant vécu passionnément des heures solaires, lumineuses, puis sombres au coeur de V.
À l'acmé du roman, l'auteure nous embarque dans la quête de Billie pour comprendre cette mère perdue, qu'elle n'a jamais appelé autrement que Louise, fuie à 17 ans. La place de "l'Oncle Henri", son retour dans sa vie.
D'aller-retour dans la vie de Louise et Adèle, Bill va grandir devenir pleinement Billie. Femme capable de choisir comment vivre ou non son amour avec Paul.
Caroline Caugant impose son tempo à trois temps. Une valse pour nous emporter dans ce voyage initiatique qui permet désormais à Billie, de créer, choisir, aimer. De comprendre son héritage, de se l'approprier, de donner une place à chacun.
On se laisse captiver, flotter dans les eaux tumultueuses du récit de ses femmes animées par la recherche du bonheur. Un roman sensible pour évoquer la filiation mère-fille, le poids des non-dits, le modèle. Louise était mère et femme. Billie le découvre au gré de la plume enveloppante, captivante de l'auteure. La rivière tumultueuse de V. denoue les fils du passé, a quelque chose de mystique, berceau des secrets. Elle s'adoucit pourtant au fil des révélations.
Une belle découverte offerte par la collection Arpège des Editions Stock. Premier roman prometteur de Caroline Caugant sélectionné par les 68 Premières Fois.
Ma B.O du roman :
Beethoven Symphony No3 Eroica
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| Sélection 2019 |
LE SANG DES MIRABELLES
Auteure : Camille de Peretti
Aux Editions Calmann-Levy - 342 pages
« Depuis le début de la cérémonie, la tête légèrement penchée en avant, elle avait gardé les paupières baissées comme l’aurait fait une fiancée soumise, mais son corps criait la roideur et l’orgueil. Malgré son jeune âge, il n’y avait en elle aucune douceur, aucune fragilité, aucune enfance. La parfaite beauté de la jeune fille, sa peau d’une pâleur extrême, ses petites mains jointes en prière, la finesse pointue de ses articulations que l’on devinait sous le lourd manteau vert doublé de fourrure, tout cela était tranchant comme la lame d’une épée. »
Au cœur du Moyen Âge, le destin de deux sœurs en quête d’émancipation à une époque vouant les femmes au silence. Un magnifique voyage dans le temps, qui dépoussière le genre du roman historique.
Mon Avis :
Camille de Peretti nous conte un monde où les jeunes filles n'ont nul besoin de savoir lire autre chose qu'un psautier, si elles sont chanceuses.
C'est sans compter sur des rebelles comme Éléonore et Adelaïde : La Salamandre et l'Abeille. Les responsabilités sont exclues pour les femmes de l'époque -cela perdurera- considérées comme trop fragiles et changeantes.
Pourtant, Adélaïde, la cadette, est rayonnante de candeur, passionnée par les sciences à une époque où c'est considérée comme sorcellerie pour les femmes. En catimini, elle étudiera les remèdes avec l'apothicaire juif. À ses risques et périls.
Éléonore dévolue au rôle d'épouse, vouée à donner un héritier mâle, de préférence, pour assurer la lignée de son seigneur et maitre.
De périls, d'intrigues de palais, il sera question comme de petites rebellions dans la servantaille. Avec humour, on apprend que le maître queux arrange les repas de sa maîtresse -l'Araignée- pour que sa tripaille la taraude sans relâche, la punissant de sa méchanceté avec la belle chambrière Manon, qui lui fait battre le coeur.
En choral du destin d'Éléonore et Adélaïde, on découvre l'amitié fraternelle qui lie Guillaume -l'Ours- qui deviendra l'époux d'Éléonore avec Tancrède -Le Dragon- qui s'éprendra follement de l'épouse de son quasi-frère.
L'auteure nous offre une fresque historique romanesque captivante, entre guerres de pouvoirs des seigneurs, amours romantiques, comme les contaient les ménestrels, la place faites aux femmes dans cette société brutale. Un vocabulaire qui fait sourire parfois à la Kamelott. Une plongée au coeur de cette vie médiévale empreinte de religiosité, de croyances et de sciences en pleines évolutions.
On se prend à admirer la force de ces toutes jeunes femmes, rebelles à leur destin. La tension du récit vous tiendra jusqu'à l'épilogue. À n'en pas douter, comme moi, vous voudrez savoir comment elles se sortent des luttes de pouvoir fomentées autour d'elles ?
C'est une réussite que d'avoir jouxté des noms d'animaux comme des totems à ceux de baptême des nombreux personnages. L'auteure permet ainsi de s'imaginer les qualités de chacun d'entre eux, de se souvenir de tous.
Je lis peu de romans historiques, celui-ci m'a tenu en haleine jusqu'à son dénouement ! Je remercie les Editions Calmnan-Levy et Camille de Peretti pour cet excellent moment de lecture.
Ma B.O du roman :
Lord of the Rings Medley - Lindsey Stirling
Tête de Tambour
Auteur : SOL ELIAS
Aux Editions RIVAGES - 196 pages
Ce premier roman, inspiré de faits réels, plonge le lecteur dans l'histoire d'une vengeance, celle d'un fils, atteint de schizophrénie, prêt à tout pour détruire sa famille. Un redoutable drame en huis clos. Que fait-on lorsqu'on a hérité d'un « paquet de génétique avariée », d'une tête pourrie au « sous-gène » de la psychose ? Faut-il mettre ses parents au tribunal ? Faut-il se maudire ou accepter sans mot dire la condamnation sociale et générale pour « péché de différence » ? Diagnostiqué schizophrène, Manuel s'y refuse et promet d'avoir sa revanche : il sèmera tant qu'il en aura la force la discorde et transformera son foyer et celui des autres en un « âtre de guerre ».
Mon Avis :
Comment aborder un tel roman ? Sol Elias relate une histoire impressionnante par la justesse de l'écriture, la construction efficace, des chapitres courts qui donnent de la tension, une angoisse sourde face à la description du quotidien du malade : la schizophrénie.
Anaël, gamin perturbé par trop d'émotions d'abord, un environnement familial étouffant avec une mère-louve ultra-protectrice et un père laborieux, pétri de principes, exclu de cette relation trop fusionnelle à son goût. le récit nous est relaté de l'enfance à sa mort prématurée.
Une adolescence rendue plus difficile encore par ses relations compliquées à la mère. La vie à la marge, Anaël qui devient Manuel, entre lucidités et étrangetés des situations perçues au travers de la maladie. Tout est décrit de manière que le lecteur comprenne mieux les effets de la maladie puis d'une psychiatrie abrutissante sur le malade.
On sent la frustration de Manuel face à la maladie, son souhait de vivre une vie de "normale" : une femme, un appartement, un chien... son impuissance à canaliser la violence de ses réactions, son enfermement dans la maladie, son isolement, sa marginalité, ses petits suicides. Une vie entre pensées cohérentes et incohérentes, destructrice pour lui, ses proches.
Jusqu'à transférer à Soledad, sa nièce, son questionnement, ses petits papiers, héritage à décrypter. Il y est question d'hérédité génétique, de celle de l'histoire à porter. De poésie et de violence qui s'apaise auprès de cette petite-nièce qui le trouve excentrique, différent, avec lequel elle rit beaucoup.
Sol ne juge pas, "elle n'a pas encore le regard lavé" !
Il est également question du poids à porter pour les familles, de la culpabilité de ceux dits "normaux" qui vivent dans l'ombre des malades comme Ana-Sol, la petite soeur.
Ce roman est captivant par le biais choisi pour parler d'une maladie terrible avec humanité, une intensité qui vous empêche de décrocher d'une histoire dérangeante. La différence fait peur, si peu qu'elle soit habitée de sentiments violents, irrépressibles. L'écriture de l'auteure est puissante, aimante pour le personnage, enveloppante pour le lecteur, accompagne Manuel jusqu'à l'épilogue de son histoire tragique. Un premier roman perturbant, fascinant tout à la fois, pour désapprendre à juger peut-être...
Ce roman-là m'a bousculé !
Ma B.O. du roman :
Van Morrison - Days Like This
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| Sélection 2019 |
MA CHERIE
Auteure : Laurence PEYRIN
Aux Editions Calmann-Levy - 318 pages
Née dans un village perdu du sud des États-Unis, Gloria était si jolie qu’elle est devenue Miss Floride 1952, et la maîtresse officielle du plus célèbre agent immobilier de Coral Gables, le quartier chic de Miami.
Dans les belles villas et les cocktails, on l’appelle « Ma Chérie ».
Mais un matin, son amant est arrêté pour escroquerie. Le monde factice de Gloria s’écroule : rien ne lui appartient, ni la maison, ni les bijoux, ni l’amitié de ces gens qui s’amusaient avec elle hier encore.
Munie d’une valise et de quelques dollars, elle se résout à rentrer chez ses parents. Dans le car qui l’emmène, il ne reste qu’une place, à côté d’elle. Un homme lui demande la permission de s’y asseoir. Gloria accepte.
Un homme noir à côté d’une femme blanche, dans la Floride conservatrice de 1963…Sans le savoir, Gloria vient de prendre sa première vraie décision et fait ainsi un pas crucial sur le chemin chaotique qui donnera un jour un sens à sa nouvelle vie…
Mon avis :
Chooga Pines a vu naître Gloria, Mercy, Hope Merriman "Gloire, Pitié, Espoir". Le papa "avait eu la main lourde". Pas de chance, affublée d'un strabisme, de santé fragile dès la naissance, la gamine fût gratifiée d'un surnom vachard par les fillettes de l'école : Soeur Bigleuse !
De vilain petit canard, la jeune Gloria va devenir cygne : Miss Floride quelle revanche sur ses petites tortionnaires. Il n'y avait guère qu'avec Ben qu'elle était bien, à parcourir la mangrove, se crotter à la pêche aux écrevisses bleues. Soeur Bigleuse intrépide déjà, montait aux arbres plus vite que les garçons !
Des bleus, Gloria en a assez pris enfant ! alors lorsque G.Grayson, magnat immobilier du Miami huppé, l'enveloppe d'un Ma Chérie sucré, dans une vie de sultane privilégiée, elle se laisse porter.
Réveil brutal pour Ma Chérie. Fauchée, amies disparues, bébé à venir vont la ramener à la mangrove, honteuse de devoir croiser le regard d'un père bucheron qui la considère comme la "poule" d'un homme marié. Gloria s'est perdue !
L'auteure nous permet de la voir grandir, prendre enfin sa vie en mains sans la confier à un homme, qu'il soit photographe ou escroc. Miss Bigleuse enfouie pendant des années va remettre Gloria sur les rails. Une rencontre va lui faire prendre conscience de la brutalité du quotidien de son époque -ségrégation, après guerre de Corée- des difficultés de vivre de ceux qui l'entourent désormais.
Vous vous dites encore une histoire romanesque, ce serait extrêmement réducteur ! Les héroïnes de Laurence Peyrin, Gloria comme Maggie, sont ancrées dans leurs sociétés, montrent que les femmes les ont fait évoluer. Des suffragettes comme Émily Davidson à Rosa Parks, toutes ont ouvert un monde des possibles. Le monde a évolué grâce à elles.
Ma Chérie apprend la difficulté de s'affranchir d'un avenir écrit, prend conscience de la réprobation de la bien-pensance, face à la mixité raciale comme pour Jack et Rose Merriman obligés de s'exiler dans un village reculé pour vivre leur amour. Ils auraient dû nommer leur fille Victoire car pour une descendante de Séminole épouser un Américain blanc était mal toléré.
Gloria ne se laissera pas imposer ses choix, ils s'imposeront à elle comme des évidences.
Laurence Peyrin a un style très cinématographique, je n'imagine pas qu'elle ne soit pas adaptée un jour.
Elle est une conteuse particulièrement douée, faire naître des images, des émotions, donner corps à des personnages fictifs de telle sorte qu'ils ne vous quittent plus, c'est chaque fois sa réussite. L'histoire contée est l'occasion d'entrer dans une époque, choisie pour sa symbolique, portée par la destinée de femmes dont l'Histoire a fait des "héroïnes" devenues inoubliables à l'image d'Erin Brockovich-Ellis ou Rosa Parks.
Les romans de Laurence Peyrin, celui-ci ne fait pas exception, n'a pas le temps d'entrer dans ma "Pile à lire", c'est un rendez-vous immédiat, attendu, chaque fois réussi. Un coup de coeur !
Ma B.O du Roman : (aimablement fournie par l'auteure - vous comprendrez en lisant le roman...)
Ben E. King - STAND BY ME
ECORCES VIVES
Auteur : Alexandre LENOT
Aux EDITIONS ACTES SUD -Actes Noir
208 Pages
C’est une région de montagnes et de forêts, dans un massif qu’on dit Central mais que les routes nationales semblent éviter. Un homme venu de loin incendie la ferme dans laquelle il espérait un jour voir jouer ses enfants, puis il disparaît dans les bois. La rumeur trouble bientôt l’hiver : un rôdeur hante les lieux et mettrait en péril l’ordre ancien du pays. Les gens du coin passent de la circonspection à la franche hostilité, à l’exception d’une jeune femme nouvellement arrivée, qui le recueille. Mais personne n’est le bienvenu s’il n’est pas né ici.
Écorces vives est construit sur une tension souterraine, un entrelacs de préjugés définitifs et de rancœurs séculaires. De ce roman noir – qui est aussi fable sociale, western rural, hommage aux âmes mélancoliques et révoltées – sourd une menace : il faut se méfier de la terre qui dort…
Mon avis :
Un roman noir illuminé de la présence des femmes, d'un verbe exigeant. Si vous cherchez un moment d'inscouciance, passez votre chemin. Alexandre Lenot vous brosse à rebrousse-poils un récit où les femmes sont belles, fortes presque à leur insu, évoquent la rudesse d'un monde reculé avec tendresse pour ces hommes taiseux, brutes de s'être frottés à des hivers rugueux.
La terre, la guerre, l'héritage, les hommes. les femmes solides, douces, maternelles, sauvages pourtant, aident à vivre dans ce monde hostile. Lison, Louise, Céline fragiles et robustes à la fois ; prêtent à se battre s'il le faut.
Le noir du monde se dispute à la poésie du style anachronique dans cet environnement montagnard, rebelle, où les arbres prennent soin de leurs racines, comme les hommes s'y accrochent rudement. Une vibrante ode au territoire. A la magie de la nature, de la rencontre Louise et Eli, écorcés par la vie, mais vibrants encore, vivants doucement.
Les nombreux destins croisés additionnés à l'écriture sophistiquée rendent la lecture absorbante. Pas de distractions possibles dans la description des lieux, liens, personnages, tout est tendu jusqu'au dénouement.
Une plume lente, délicate et rude, qui vous visse résolument au récit mordant de la vie des habitants accrochés à leur territoire déserté, jusqu'à l'épilogue.
Un premier roman de la sélection 68 Premières Fois qui ne laisse ni indifférent, ni indemne. Hâte de découvrir le second opus.
Ma B.O. du roman :
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| Sélection 2019 |