vendredi 21 août 2020

SAUF QUE C'ETAIENT DES ENFANTS

   
Aux Editions Philippe Rey
Auteure : Gabrielle Tuloup

Un matin, la police entre dans un collège de Stains. Huit élèves, huit garçons, sont suspectés de viol en réunion sur une fille de la cité voisine, Fatima. Leur interpellation fait exploser le quotidien de chacun des adultes qui entourent les enfants. En quoi sont-ils, eux aussi, responsables ?
Il y a les parents, le principal, les surveillants, et une professeure de français, Emma, dont la réaction extrêmement vive surprend tout le monde. Tandis que l'événement ravive en elle des souvenirs douloureux, Emma s'interroge : face à ce qu'a subi Fatima, a-t-elle seulement le droit de se sentir victime ? Car il est des zones grises où la violence ne dit pas toujours son nom...

Avec beaucoup de justesse, Gabrielle Tuloup aborde la question de l'abus sexuel dans notre société. Le lecteur, immergé dans l'intimité de personnages confrontés à la notion de consentement et aux lois du silence, suit leur émouvante quête de réparation.



Mon avis :


Gabrielle Tuloup ouvre une porte sur la banlieue, sa ghettoïsation, son manque de perspectives, son école, la place des femmes.

Il faut un drame et la force d'une jeune fille pour vaincre l'omerta habituelle dans la cité pour ouvrir au sein du collège un débat, une faille. Fallait-il agir différemment ? Le proviseur est acculé, il n'a d'autres choix que de laisser agir la police au sein de son établissement pour que justice soit rendue à Fatima. 8 gamins, plus tout à fait des enfants, pas encore des adultes. Viol en réunion. Des vies brisées avant même d'avoir eu le temps de les aider à se construire.

L'équipe est bouleversée, voir les policiers embarquer des gamins, les mettre en fil indienne pour les extirper du collège, cela n'est pas acceptable. Chacun y va de son point de vue, les pions nés dans la cité laissés à l'écart sont furieux de la perte de confiance que cela génèrera après cela, les enseignants sont partagés et puis Emma...

L'adulte salue le courage de la jeune fille. 
Chacun a un avis en conscience sur les évènements survenus, élèves, parents, enseignants, "grands frères".

Sans pathos, d'une plume factuelle, l'auteure nous plonge dans la réflexion d'une femme qui décide de marcher pour se comprendre, se pardonner, accepter qu'elle aussi soit une victime. Une différence "sauf que c'étaient des enfants" au collège, alors que pour elle se fut un homme ayant perdu son humanité.

Un roman bouleversant qui oblige à s'interroger sur la place des femmes dès l'adolescence dans une société confrontée à la violence. Un flamboyant portrait de femme. Une communion entre deux victimes l'une assumée, l'autre obligée de s'interroger sur son statut parce qu'elle est adulte.

Un second roman nécessaire qui ne laisse pas indemne, sous tension, pour nous parler du consentement.
















dimanche 12 juillet 2020

ET LA VIE REPRIT SON COURS - Catherine BARDON


ET LA VIE REPRIS SON COURS
AUTEURE Catherine BARDON
Aux Editions LES ESCALES

Jour après jour, Ruth se félicite d’avoir écouté sa petite voix intérieure : c’est en effet en République dominicaine, chez elle, qu’il lui fallait poser ses valises. Il lui suffit de regarder Gaya, sa fille. À la voir faire ses premiers pas et grandir aux côtés de ses cousines, elle se sent sereine, apaisée.


En retrouvant la terre de son enfance, elle retrouve aussi Almah, sa mère, son énergie et ses projets pour lesquels elle se démène sans compter. Petit à petit, la vie reprend son cours et Ruth – tout comme Arturo et Nathan – sème les graines de sa nouvelle vie.

Jusqu’au jour où Lizzie, malade, réapparaît. Dès lors, Ruth n’a de cesse de remettre son amie sur pied et s’y emploie avec tout l’optimisme qui la caractérise.

Roman des amours et de l’amitié, Et la vie reprit son cours raconte la construction et les chemins de traverse qu’emprunte parfois la vie, de défaites en victoires, de retrouvailles en abandons.

Guerre des Six-Jours, assassinat de Martin Luther King, premiers pas de l’homme sur la lune, chute de Salvador Allende… Catherine Bardon entrelace petite et grande histoire et nous fait traverser les années 1960 et 1970. Après l’immense succès des Déracinés, salué par plusieurs prix, et de L’Américaine, elle poursuit sa formidable fresque romanesque en nous transmettant sa passion pour la République dominicaine.

Mon Avis :

Cette saga en trois tomes captive pour la richesse des personnages qui l'habitent et pour la traversée historique qu'elle implique.

Almah et Wihlem Rosenbeck, chassés par les nazis dans le premier opus vont s'enraciner en République Dominicaine. Ruth leur fille deviendra durant quelques années "L'Américaine" puis "La vie reprit son cours" à Sosüa, toute la tribu réunie.

On y découvre la vie de 1967 à 1979 d'une communauté sous la dictature, l'amitié indéfectible des femmes de cette famille pour leurs amis qui vivent sur d'autres continents, Arturo le musicien, fils d'un planteur de tabac, incompris de sa famille, l'amour qui frappe à nouveau à la porte de Ruth et sa fille.

Le lecteur traverse l'Histoire sur une dizaine d'années, au détour des vies d'Almah, Ruth, Fréderick son frère, Arturo son ami devenu New-Yorkais, Domingo le médecin, Lizzie, Svenka. Il traverse les évènements depuis les années Flower-Power Américaines à celles d'Israël avec les accords de Camp David, en passant par la dictature de République Dominicaine depuis Trujilho et son remplaçant tout aussi terrible en coulisses, le tout en musque avec Janis Joplin, Jimmy Hendrix et Otis Redding.

J'ai beaucoup aimé ce volet de la vie de Ruth après les années américaines, retrouvé la solide et volontaire Almah et découvrir sa petite-fille dans ce nouvel environnement. Une saga riche, sans temps morts, qui rend l'Histoire plus humaine. 

Des trois volets, mon préféré reste "Les Déracinés" mais cette suite, qui voit grandir Ruth, a la même densité que le premier tome sorti en pocket. On se laisse prendre par les émotions, happer par les liens tissés par Almah et Wilhem au cours des années et les drames survenus durant cette décennie riche en événements.

Un roman captivant qui ne s'abandonne à regret qu'à l'épilogue.


samedi 20 juin 2020

LES JOURS BRULANTS

LES JOURS BRULANTS
Auteure : Laurence PEYRIN
Editions Calmann-Levy - 324 pages

Pourquoi une épouse amoureuse, une mère aimante, décide-t-elle de disparaître ?

À 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie ville de Californie, en cette fin des années 1970. Elle a deux enfants, un mari attentionné, et veille sur eux avec affection.
Et puis… alors qu’elle rentre de la bibliothèque, Joanne est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec des contusions, mais à l’intérieur d’elle-même, tout a volé en éclats. Elle n’arrive pas à reprendre le cours de sa vie. Son mari, ses enfants, ne la reconnaissent plus. Du fond de son désarroi, Joanne comprend qu’elle leur fait peur.
Alors elle s’en va. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend la Golden State Highway. Direction Las Vegas.
C’est là, dans la Cité du Péché, qu’une main va se tendre vers elle. Et lui offrir un refuge inattendu. Cela suffira-t-il à lui redonner le goût de l’innocence heureuse ?



Mon avis :


Laurence Peyrin décrit des héroïnes ancrées dans leurs époques, fragiles et fortes à la fois.

Cette fois, l'auteure nous interroge sur ce qui peut, un jour qui peut sembler ordinaire, décider un proche à tout abandonner. Sans se retourner. Dans une brûlante nécessité de fuir ce qui n'est déjà plus la vie d'avant. 

Début des années 60, Joanne vit une jeunesse portée par Chuck Berry, le cruising sur le capot de belles décapotables. Thomas Linaker tombe sous le charme de ses 18 ans, son humour, sa joie de vivre et ses cocktails. La voilà Maman de Brianna.

18 années plus tard, quartier résidentiel de Modesto, Joanne est passionnément amoureuse de son chirurgien de mari, aime Brianna, adolescente rebelle et féministe même si sa condescendance la blesse et son petit garçon Christopher.

Une décision altruiste et une mauvaise rencontre sur la route de la bibliothèque vont faire basculer sa vie. Un type sorti de nulle part, la jette de sa bicyclette, lui arrache son sac, l'insulte, la laisse démunie et humiliée au sol. Joanne n'avait jamais connu la violence avant cette mauvaise rencontre. Pourquoi elle ?

Joanne perd pied, cherche un moyen de sortir d'elle-même en échangeant plusieurs fois par semaine son caddy de courses contre celui d'une inconnue. La souffrance psychique prend le pas sur la souffrance physique, son mari ne parvient pas à l'aider. Dépression, alcoolisme, déni, rien ne la ramène à sa vie d'avant.

Voilà, c'est décidé, elle doit partir pour Thomas et pour les enfants ! L.A devient une évidence. La cité de tous les vices, de l'oubli de soi. Il faut qu'elle parte.

Cette quête de soi entreprise par Joanne Linaker va être longue, peuplée de rencontres bouleversantes. Une longue reconstruction au son du rock bien sûr et des ballades acoustiques de "Murphy" à trois heures du matin. Elle s'échappe d'elle-même pour devenir "Pas Betty".

Chaque chapitre s'ouvre sur une recette de cocktail dont l'arôme décrit l'atmosphère : Bourgeoise à Modesto équivaut à "Root Beer", arôme : sucré-épicé ; la décision de disparaître "Highway To Hell", arôme : exalté. Laurence Peyrin rend son récit addictif tant par l'atmosphère de l'époque, que par la description de ses personnages attachants, bouleversants. 

Magnifique roman, je lui garderais le "Shirley Temple" arôme : acidulé.
Merci pour ce délicat moment de lecture ! Sur le podium des coups de coeur de l'année.







mardi 26 mai 2020

TOUT LE BLEU DU CIEL - MELISSA DA COSTA

TOUT LE BLEU DU CIEL
Auteure : MELISSA DA COSTA
Edition : Livre de Poche - 840 pages

Petitesannonces.fr : Jeune homme de 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.
Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, devant le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme coiffée d’un grand chapeau noir qui a pour seul bagage un sac à dos, et qui ne donne aucune explication sur sa présence.
Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naissent, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.



Mon avis :

Laissez-vous embarquer dans un voyage bouleversant. Celui d'Émile, jeune homme dont l'avenir vient d'être obéré par une maladie dégénérative incurable . Émile souffre d'un Alzheimer précoce. Sa famille veut le voir entrer dans un protocole d'étude qui permettra de faire avancer la recherche avec l'espoir de le sauver.
Émile, ne voit pas ses derniers mois dans une chambre d'hôpital.  Il veut vivre le voyage qu'il s'était promis de faire avec son vieux copain Renaud. Alors, il achète un camping-car et passe une petite annonce secrètement. 
Joanne y répond. Un rendez-vous est pris sur une aire d'autoroute. Une jeune femme guère plus âgée que lui l'attend, assise au pied d'un arbre, méditant sous un grand chapeau noir.
Elle est pâle, discrète et la destination lui importe peu. Elle s'engage à accompagner Émile, quoi qu'il en coûte, dans ce voyage sans retour.
Melissa Da Costa propose un roman pétri d'émotions, nous embarque sans pathos dans la découverte l'un de l'autre des personnages. Elle nous fait vibrer au coeur des paysages de montagnes, décrit les rencontres avec Myrtille et Sebastian.
Des personnages attachants comme souvent dans les romans feel-good mais celui-ci questionne en profondeur la quête du bonheur. La plume de l'auteure est tout en sensibilité ! Les dialogues sonnent justes, la poésie est omniprésente dans ce récit.
Mais de celui-ci, on ne ressort pas indemne, conduit par les citations nombreuses, on trace une route faite de menthe et de romarin, de ciel bleu et d'arbres de vie. On vit le moment présent en traversant la vie de Joanne et Émile d'hier à aujourd'hui.
Lorsqu'on entame un voyage aussi important, s'encombre-t-on d'une jeune femme pas vraiment funky, sombre et méditative ? de prime abord, vous répondriez non ?! Eh bien, ces deux-là étaient pourtant vraiment faits pour se comprendre, être dans leurs pas, au coeur de leur quête de nature et d'authenticité, est un bonheur que l'on partage tout au long de ces 840 pages.
Un pavé dans votre jardin pour vous imposer de vous poser et regarder le bleu du ciel, écouter le ronronnement du chat "Pok", vous imprégnez du moment présent. Un hymne à la lenteur et la douceur de vivre même si la vie doit être écourtée ! Un délice de tendresse et d'émotions, une magnifique histoire d'amour que l'on quitte à regret !


lundi 27 avril 2020

LES CICATRICES - CLAIRE FAVAN

LES CICATRICES
Auteure : Claire Favan
Aux éditions Harper Collins Noir

Centralia, État de Washington. La vie d’Owen Maker est une pénitence. Pour s’acheter la paix, il a renoncé à toute tentative de rébellion.

En attendant le moment où il pourra se réinventer, cet homme pour ainsi dire ordinaire partage avec son ancienne compagne une maison divisée en deux. Il est l’ex patient, le gendre idéal, le vendeur préféré de son beau-père qui lui a créé un poste sur mesure. Un type docile. Enfin, presque. 

Car, si Owen a renoncé à toute vie sociale, il résiste sur un point : ni le chantage au suicide de Sally ni les scènes qu'elle lui inflige quotidiennement et qui le désignent comme bourreau aux yeux des autres ne le feront revenir sur sa décision de se séparer d’elle.

Mais, alors qu’une éclaircie venait d’illuminer son existence, Owen est vite ramené à sa juste place. Son ADN a été prélevé sur la scène de crime d’un tueur qui sévit en toute impunité dans la région, et ce depuis des années. La police et le FBI sont sur son dos. L’enfer qu’était son quotidien n’est rien à côté de la tempête qu’il s’apprête à affronter.


Mon Avis :


Owen est un type bien. Mari tyrannisé par la jalousie maladive de Sally. Otage de son employeur qui n'est autre que son ex-beau-père, qui le menace de chômage, s'il ne rentre pas au bercail. Père orphelin de sa fille, morte accidentellement.

Owen vit dans le même périmètre d'activités morbides qu'un tueur en série, qui sévit impunément depuis des années.

Un énième meurtre vient d'être commis, Dwain et sa coéquipière Carol, vont s'adjoindre les services d'un agent du FBI hors pair sur ce dossier insoluble, Lyle Esteves, pour stopper les horreurs que Twice, tueur démoniaque se remet à commettre, après des années de calme dans la région.

L'auteure tisse la toile de son intrigue machiavélique autour de personnages fouillés, intriguants, bien abîmés par la vie, pour lesquels tour à tour on frémit ou compatit. Aucun d'entre eux ne laisse indifférents. Qui cache le plus profondément ses cicatrices qu'elles soient physiques ou psychologiques ?

L'histoire nous montre les masques et les visages qu'ils protègent, nous embarque et nous ballote jusqu'à un épilogue époustouflant. Les indices pour épingler le monstre pervers sont disséminés, de main de maître, dès le prologue, plus on avance, plus l'on pense que l'étau se resserre sur le coupable dans une atmophère infernale, avec des scènes très cinématographiques.

Je découvre Claire Favan avec "les cicatrices". Elle m'a bluffé de sa plume brillante empreinte de noirceur, m'a manipulé avec brio jusqu'à la fin. 








lundi 20 avril 2020

TOMBENT LES ANGES - MARLENE CHARINE

TOMBENT LES ANGES
Auteur : Marlène Charine
Aux Editions Calmann-Levy

Lors d’une intervention de routine à Paris, Cécile Rivère, une jeune gardienne de la paix un brin désabusée, entend une femme appeler au secours dans un appartement pourtant vide. Le lendemain, on apprend que la locataire a été assassinée à des centaines de kilomètres de là. Cécile n’a pas pu l’entendre.
Sauf si…
Mais quand on est flic, on croit au Mal, pas aux fantômes. Moquée et mise au ban de sa brigade, Cécile est recrutée par le capitaine Kermarec, le seul à ne pas la prendre pour une folle, le seul prêt à lui donner une nouvelle chance.
Ensemble, ils vont enquêter sur la mort d’une infirmière de vingt-cinq ans, décrite comme un modèle de gentillesse par ses proches. Mais qui cachait de bien sombres secrets…



MON AVIS : 


Marlène Charine nous offre un roman totalement addictif. 

La plume est captivante, l'écriture ancrée dans le suspense, poudré d'une pointe de surnaturel. Un cocktail étonnant pour un thriller bien noir. On y entre de plain-pied, incapable de reposer l'objet, embarquée par un suspense haletant.

Tout n'est pas noir ou blanc, l'enquête que vont mener Cile, la stagiaire en quête de rédemption et son patron Merlin va le leur prouver.

Impossible de vous en dire beaucoup sans risquer de divulgâcher aussi je vous propose de vous embarquer dans ce voyage terrible aux confins de la noirceur humaine, éclairé toutefois par la passion d'un peintre pour sa muse, par la tendresse d'un Breton solitaire perdu sur une terre bien inhospitalière. 

Il y est question aussi d'esprit d'équipe, de liens familiaux, de regrets, de vocation, de tendresse. Un récit servi par des personnages étonnants, crédibles malgré la touche fantastique. Tout est à sa place. La voix d'Audrey avant/après guide les pas du lecteur sans lui dévoiler trop tôt ce qu'il doit découvrir.

Un thriller incroyable qui vous laisse orphelins de Cécile, qu'il sera difficile d'oublier tout à fait.

Un excellent moment de lecture. Coup de coeur pour cette auteure que je suivrai désormais avec attention. Que d'émotions !


MON CHIEN STUPIDE - JOHN FANTE

MON CHIEN STUPIDE
Auteur : John FANTE
Aux Editions 10/18

Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de Mon chien stupide oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite.
Fils d'immigrés italiens, il caresse le rêve d'un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome.

Mais pour l'heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes... ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l'auteur raté mais au grand dam du reste de sa tribu.

Mon chien Stupide est une tragi-comédie de la crise individuelle : crises d'adolescence à retardement, démon de midi, couple en déliquescence. John Fante signe ici un roman touchant, débordant de compassion et d'acide lucidité.


MON AVIS :


L'arrivée de ce brave Akita, dans la cour de la maison d'un scénariste en mal d'inspiration, va être le prétexte pour l'auteur d'une sévère remise en question.

Au point mort depuis plusieurs mois, entouré d'une famille qui est loin d'être épanouie tout comme lui. Épouse désabusée, enfants en âge de se prendre en charge, en mode Tanguy pour profiter d'une vie facile, en méprisant leur père à l'origine de leur bien-être matériel immédiat. 

Stupide est pour son nouveau maître une révélation. On peut donc vivre à sa guise, être irrévérencieux, différent ! Choisir comme il le fera de ne pas renoncer à cette drôle de relation qui lui permet de s'affranchir de l'avis de tous.

Ce roman est un peu une chronique sociale, l'épouse apathique qui s'enfuit quand vraiment elle n'en peut plus sans essayer de dialoguer, la fille amoureuse d'un pseudo héros de guerre totalement sous le joug du fiancé, le fils antimilitariste qui fait tout pour être réformé, le second amoureux d'une jeune femme noire qui le dérouille pour affirmer ses choix de vie.

Très cliché, mais addictif aussi, impossible de quitter Stupide et son fidèle compagnon humain inadapté à sa propre famille, sans savoir quel sera leur destin...



jeudi 9 avril 2020

A CACHE-CACHE - M.J. ARLIDGE

A CACHE-CACHE
Auteur : M.J. Arlidge
Editeur : Les Escales - 384 Pages

Victime d'un coup monté, Helen Grace est désormais seule face à elle-même. Parviendra-t-elle à sortir vivante de la prison de Southampton ?

Pour Helen Grace, la meilleure inspectrice du pays, la chute est vertigineuse : accusée de meurtre, enfermée aux côtés du tueur qu'elle a fait condamner, il lui faut désormais survivre jusqu'au procès et prouver, d'une façon ou d'une autre, son innocence.
Quand un corps est retrouvé mutilé dans la cellule voisine, cette situation étouffante se transforme en véritable cauchemar. Il lui faut à tout prix arrêter l'assassin...
Avant qu'elle ne soit sa prochaine victime. Fidèle à son sens du suspense et du rebondissement, M. J. Arlidge poursuit dans ce sixième volet la série des Helen Grace.



Mon Avis :


L'entrée en matière de ce roman est déroutante. Helen Grace est emprisonnée pour plusieurs crimes alors qu'elle est la meilleure enquêtrice du pays ? Tous les indices relevés par ses pairs l'incriminent, pourtant elle crie son innocence ! 

Dans deux mois son sort sera scellé, elle prendra probablement perpétuité, comme toutes ces codétenues qu'elle a fait mettre derrière les barreaux insalubres d'Holloway. La vie en prison est régi par des trafics, des luttes d'influence, des règlements de comptes, bien des prisonnières ont envie de faire regretter à Helen son passé de flic.

Malgré tout, elle se lie d'amitié avec Leah, Jordi, Babs qui lui montrent comment s'en sortir, quelle contenance avoir pour éviter les problèmes pour survivre ces deux longs mois avant son procès.

Helen ne perd pas espoir malgré la défection de son amie Sanderson, promue à sa place, depuis son incarcération. Elle croit en la justice. La mort de Léah va la bouleverser, cette femme qui ne vivait que dans l'espoir de revoir ces deux garçons, tentait de décrocher de ses addictions, voulait être une meilleure maman, ne méritait pas de mourir d'une façon aussi atroce.

Le suspense est haletant depuis les premières pages, entre enquêtes à Holloway pour trouver qui commet des meurtres atroces et celle de Charlie Brooks, amie d'Helen, pour prouver son innocence, impossible de décrocher de ce thriller noir.

De beaux portraits de femmes, loyales, battantes ou perdues, psychopathes, attachantes et intrigantes à la fois, aucune ne laissent indifférentes. L'histoire est percutante, rythmée par des chapitres courts. L'univers noir. Les personnages qu'ils soient détenues, matons, enquêteurs, criminel encore en liberté, tous contribuent à ce que l'intrigue vous tienne en haleine jusqu'à l'épilogue.

Je remercie les Editions Les Escales pour cet excellent moment d'évasion.