HORS PISTE
Auteure : Allie REYNOLDS
Editions Calmann-Levy
Nbre de page : 424 pages
HORS PISTE
Auteure : Allie REYNOLDS
Editions Calmann-Levy
Nbre de page : 424 pages
Été 1940. Dans la France occupée par les Allemands, les habitants sont contraints de donner gîte et couvert à l’ennemi. À Lignon, paisible bourg du Bordelais, les Lenoir, une famille de notables, doivent héberger Günter Kohler. Passée sa répulsion première, Noémie, la jeune épouse, éprouve une violente attirance pour l'adjudant qui vit désormais sous leur toit.
Printemps 1946. La guerre est terminée, mais elle a laissé derrière elle son lot de malheurs, et de nombreux déplacés.
Parmi eux, une fillette, retrouvée assise sur un banc, dans un village non loin de Bordeaux. Qui est-elle ? d’où vient-elle ? et pourquoi semble-t-elle avoir tout oublié ? Justin, un gendarme de vingt-quatre ans, décide de la prendre sous son aile et de percer le mystère qui l’entoure.
Mon avis :
Reine Andrieu nous livre une histoire intense, celle de la famille Lenoir dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.
La France libre est envahie à son tour, Lignon proche de Bordeaux, perd sa liberté. Les Allemands s'installent, réquisitionnent sans vergogne nourriture et logements chez l'habitant, sans autre forme de procès. Ainsi, la chambre libre au second étage du manoir campagnard du docteur Lenoir, devient le QG d'un jeune officier allemand, Günter Kholer.
Cette arrivée indésirable va brutalement changer les habitudes des Lenoir, la petite Solveig, enfant très éveillée, raconte dans un cahier bleu sa vie d'enfant sous l'occupation. Le couple Lenoir va devoir jongler avec ses relations bourgeoises pro-vychistes et un engagement dans la résistance provoqué par l'arrivée de "l'indé".
Avec deux enfants, Solveig et Valentin de santé plus fragile, Noémie est occupée. Elle a ses bonnes oeuvres, avec un potager fourni elle distribue aux nécessiteux autour d'elle. Peu à peu, elle se rapproche de "l'indé", jusqu'à ce que sa situation ne soit plus tenable.
Le roman est découpé en plusieurs époques, il faut être attentif aux têtes de chapitre pour avoir le point de vue des protagonistes ou une vue sur les évènements au moment où ils surviennent.
Les changements de narrateurs Noémie, Germain, Günter, Solveig, Justin, donnent de la tension à la narration. Le suspense est bien présent.
Comment se construire après un drame alors que l'on n'a aucune prise sur les évènements ? Que peut faire une enfant de 10 ans face à l'horreur de la guerre, la suspicion, la haine, la rancoeur.
C'est tout l'enjeu de ce roman que je remercie Babelio via son opération Masscritique de m'avoir permis de découvrir.
Je vous conseille vivement la lecture bouleversante de ce roman totalement addictif. Il pose la question des jugements hatifs et de la superficialité des relations "humaines" parfois.
J'ai été séduite par l'écriture de Reine Andrieu, j'irai m'attacher à lire "Le chant des amazones" où il est encore question de secret.
UN LOUP QUELQUE PART
Auteure Amélie Cordonnier
Aux Editions Flammarion
« Paupières closes coupées au canif, lèvres parfaitement dessinées, l’air imperturbable. Royal même. Au début, elle a cru qu’il lui plaisait, ce petit. Seulement voilà, cinq mois plus tard, elle a changé d’avis. Ça arrive à tout le monde, non ? Elle voudrait le rapporter à la maternité. Qui n’a pas un jour rendu ou renvoyé la chemise, le pantalon, le pull, la ceinture ou les chaussures qu’il venait d’acheter ? »
Que fait cette tache, noire, dans le cou de son bébé ? On dirait qu’elle s’étend, pieds, mains, bras, visage. Mais pourquoi sa peau se met-elle à foncer ? Ce deuxième enfant ne ressemble pas du tout à celui qu’elle attendait. Aucun doute, il y a un loup quelque part.
Avec une écriture aussi moderne qu’acérée, Amélie Cordonnier met en scène une femme paniquée de ne pas réussir à aimer son enfant et dont l’affolement devient de plus en plus inquiétant.
Mon avis :
Amélie Cordonnier a un vrai talent pour parler avec justesse de la vie des femmes bousculées par la vie, de leur fragilité et de leur force.
Une fois de plus, nous voilà plongés dans la tête de cette femme, déjà mère, qui n'aspirait qu'à vivre une vie tranquille, sans difficultés majeures, en apparence.
C'est ainsi que lorsque après avoir accueilli Esther, huit ans plus tôt, elle comprend qu'elle est de nouveau enceinte, sans se réjouir. Vincent est tellement content lui, qu'elle n'a pas le coeur de mettre fin à sa grossesse.
Tout s'est si bien passé la première fois. Seulement voilà, quelques jours après sa naissance, ce bébé joufflu se met à l'inquiéter. Que se passe-t-il avec Alban, d'où vient cette tâche ?
"Qu'il soit un démon, qu'il soit noir ou blanc, Malheur à celui qui blesse un enfant"
Le loup est lâché dans la bergerie. Est-elle victime ou bourreau, les deux peut-être ? Difficile pour le lecteur de rester insensible à ce qu'elle vit. L'amour maternel est-il inné ou instruit par la famille qui nous a chéris ?
Amélie Cordonnier nous offre un roman descriptif avec peu de dialogues dans lequel perce l'angoisse, l'urgence, la folie contrôlée de cette mère qui découvre sa propre histoire avec cette naissance.
L'auteure, une fois de plus, bouscule les idées reçues, la société et ses certitudes, avec un roman percutant qui restera en mémoire.
Auteure Gaëlle Pingault
Aux Editions Roman Eyrolles
Barbara, la cinquantaine est sommée de prendre en charge sa mère frappée de sénilité. Elle refuse, ayant peu d'affection pour cette mère qui ne l'a jamais aimée ; elle veut pouvoir vivre sa vie d'universitaire extravagante et libre. Cependant, la nouvelle la touche plus qu'elle n'est prête à le dire, modifiant sa relation à ses amants, à ses étudiants, et même à la lecture, son plus grand plaisir.
Dans le mêm temps, Charles Bodier, médecin fantasque et désabusé de l'EHPAD où est hospitalisée la mère de Barbara, refuse de baisser les bras face à son apparente froideur : il la poursuit de messages décalés, jusqu'à établir le contact. Barbara va découvrir le secret de cette mère distante, et Charles finir par s'avouer la souffrance qui se cache derrière son excentricité.
A l'image de Lise, aide-soignante humaine et dévouée, ils vont ainsi apprendre tous les deux que le soin de soi passe par le soin de l'autre, et réciproquement.
Mon avis :
"Il est où le Bonheur, il est où" Voilà en substance la question que l'on se pose en présence de Charles, Barbara, Rose.
Ces trois personnages tout au long du roman de Gaëlle Pingault déroutent par leur incapacité à comprendre ce qu'ils ont fait de leur vie, à l'heure où l'on se pose la question.
Évidemment, le lieu de leur rencontre n'est pas non plus le siège du Bonheur de manière générale. Entre coupes budgétaires et douleurs variées des corps vieillissant pas de quoi se réjouir. Quand, de plus, vous n'avez pas une affection débordante pour la sénior qui y réside, cela n'aide pas non plus.
Charles a bien tenté une approche singulière pour faire entrer en communication Barbara et Rose mais le fardeau est bien trop lourd à porter pour les deux femmes.
Lise quant a elle "est précédée d'un parfum de gentillesse" qui l'empêche de comprendre ce qui désunit la mère et la fille.
Un roman doux amer sur le temps qui passe, les choix ou non-choix qui s'imposent à nous. L'auteure décrit l'abnégation des soignants dans ces lieux de fins de vie, les personnages sont simplement humains, on les connaît. L'envie de les prendre dans les bras n'est jamais très loin.
Une plume sensible et juste pour raconter le vieillissement, la maladie mentale, les petites lâchetés du quotidien qui font prendre un chemin moins riant parfois que celui que l'on s'imaginait prendre. L'humain est imparfait mais son coeur peut le mener sur des chemins inattendus, sur le tard.
Une certaine idée du paradis
Auteure Elizabeth Segard
Aux Editions Calmann-Levy_270 pages
Chacun a son idée du paradis dans la charmante bourgade de Mouy-sur-Loire en Touraine.
Madame le maire, d’abord, qui se bat pour faire de sa commune un territoire attractif. L’abbé Marcel, qui parvient à remplir son église, quitte à user d’astuces peu orthodoxes. Violette Laguille, vieille dame très discrète - pour faire oublier, peut-être, un passé trop flamboyant. Et aussi sa voisine, Nathalie, une citadine venue s’installer dans ce beau village pour y ouvrir un gîte alternatif et offrir des stages de pleine conscience.
Très vite cependant, la « Parisienne » tape sur les nerfs des habitants. Au point que quelqu'un finit par lui taper un bon coup sur la tête.
Mêlée malgré à elle à cette affaire qui met la gendarmerie sur les dents, Violette va devoir, à ses risques et périls, prendre l’enquête en main…
Mon avis :
Mouy-sur-Loire, petit village paisible, où le curé rassemble ses ouailles en mode échange marchandises ! Voilà où Nathalie a décidé de s'installer.
Une maison a retapé des questions plein la tête pour accueillir ses futurs hôtes "aux petits oignons" avec les produits locaux. L'ennui c'est que Nathalie pose des tas de questions "Est-ce que les croissants sont maison ?", Est-ce que le miel est lavande à huit cents kilomètres du premier champ de lavande. Cela en exaspère plus d'un, enfin... au moins UN, celui qui décide de l'occire.
Trop de questions tuent la question ou la questionneuse ! L'auteure nous raconte avec humour les déboires de Nathalie qui pourtant n'hésite pas à faire vivre les artisans du cru.
Mais qui peut avoir si sournoisement commis ce crime et ceux qui vont suivre ? C'est la question que se pose la discrète Violette Laguille...
Enfin discrète aujourd'hui, tout le monde n'emménage pas en pleine nuit dans un petit village bucolique et sans histoire de Touraine. Violette Laguille, fluette mamie, pas sans ressources face au destin.
La plume d'Elisabeth Segard nous égare au coeur des luttes de pouvoir, des besoins de s'affirmer des uns et des autres dans ce village administré de main de maître par une Mairesse au caractère affirmé.
Comme Agathe Raisin, Violette rêvait d'une retraite tranquille au milieu de ses souvenirs chéris mais lorsque les meurtres se multiplient, elle ne fuit pas devant l'adversité. Elle n'est pas si fragile qu'on croit, on arrête son tant attendu plombier, elle va prouver son innocence ou du moins tout faire pour y parvenir...
Un roman plein de surprises, d'humour, pour une enquête sérieuse qui vous capte dès le premier chapitre. Une jolie plume qui vous chatouille les neurones avec les odeurs du marché et vous questionne "à qui profite le crime" ?
J'espère que la sémillante Violette vivra des aventures aussi rocambolesques que dans son glorieux passé. Un joli moment de détente et de lecture.
Aux Editions Delcourt Littérature - 160 Pages
Le monde de Jean, c’est Pierre, le fils qu’il a élevé seul. Depuis presque vingt ans, il maraude chaque nuit à bord de son taxi, pour ne pas perdre une miette de son fils. Il lui a aussi transmis son goût pour la plongée, ces moments magiques où ensemble ils descendent se fondre dans les nuances du monde, où la pression disparaît et le cœur s’efface. Mais depuis quelque temps, Pierre est fatigué. Trop fatigué. Il a beau passer son temps à le regarder, Jean n’a pas vu les signes avant-coureurs de la maladie. Alors de l’imagination, il va lui en falloir pour être à la hauteur, et inventer la vie que son fils n’aura pas le temps de vivre. Quand la vérité s’embrouille, il faut parfois choisir sa réalité. Un premier roman pudique et poignant, le roman de l’amour fou d’un père pour son fils.
Mon avis :
Jean n'a pas choisi son métier par hasard. Le jour où il a posé son fils Pierre sur le capot de son taxi, il a été le plus heureux des hommes.
Il allait pouvoir élever son fils. Le regarder grandir, l'emmener en Bretagne, lui apprendre à respirer les embruns, à se glisser sous la surface. Lui faire découvrir comment calmer ses battements de coeur, être en pleine conscience vivant avec lui, durant ces moments suspendus. Transmettre.
Pierre à 20 ans. Les moments qu'ils partagent ensemble sont une parenthèse hors du temps, hors l'absence de Lucile et des questions qu'elle a laissées en suspens.
Martin Dumont nous offre une histoire d'amour en fusion, dans une course au temps effrénée, pour ne pas perdre une miette de ce qu'il reste à vivre, à partager. Un mensonge pour un sourire, un moment de bonheur pour être heureux encore, il choisit Jean. L'hôpital ne soigne plus, il accompagne.
La théorie de Schrödinger qu'elle s'applique au chat ou au chien soulève une question : peut-on choisir le moins de malheur, qui ne soustrait pourtant pas au chagrin, un coup de pouce pour vivre mieux la tragédie. La poésie de l'auteur, sa description si juste de l'amour nu, absolu, déchirant d'émotions d'un père pour son fils, qui ne peut que regarder la maladie manger inexorablement la vie du trop jeune Pierre.
Ce roman est bouleversant tout simplement.

