mardi 23 juillet 2024

BRÛLEZ TOUT de HENRI GUYONNET

 

BRÛLEZ TOUT

Auteur Henri GUYONNET

Aux Editions ANNE CARRIÈRE

Fin du 19e siècle. Depuis 20 ans, le silence d’Arthur Rimbaud interroge le Paris artistique. Rodolphe Darzens, jeune pigiste aventureux, se voit confier l’enquête de sa disparition.
Le journaliste infiltre le milieu littéraire d’avant-garde et part à vélo sur la route des Ardennes pour retrouver la trace du poète. Il découvre chez l’un de ses anciens amis vingt-deux poèmes autographes inédits, et décide de les publier dans un recueil intitulé Le Reliquaire. Darzens s’attire les foudres de Verlaine, seul protecteur des œuvres de Rimbaud.

Pendant ce temps, Arthur Rimbaud est rentré d’Abyssinie, malade et amputé. Il séjourne à Roche, dans la ferme familiale et questionne sa vie, ses amours, sa quête spirituelle et poétique.

Dans un chassé-croisé haletant, Brûlez tout ! mêle la traque du journaliste à la poésie prophétique de « l’homme aux semelles de vent »


Mon avis : 


"Le dormeur du val" réminiscence de l'enfance, voilà ce qu'il me reste du poète Arthur Rimbaud. Il est probable que sans ce jeune journaliste, Rodolphe Darzens, aucun professeur n'aurait proposé cette poésie à sa classe.
 
Henri Guyonnet met en lumière du jeune pigiste émigré russe, Rodolphe Darzens, qui à la suite d'un duel qui le laisse vivant, mais l'oblige à s'éloigner de la rédaction du Gaulois, pour une plongée dans le Parnasse de la fin de siècle à la rencontre de Verlaine d'abord. Puis à la recherche éperdue d'un Arthur Rimbaud insaisissable.

Cette fiction romanesque nous permet de découvrir la poésie du jeune Rimbaud, 17 ans lorsqu'il rencontre Verlaine. Rebelle, épris de liberté et de grands espaces.
Arthur Rimbaud ne tient pas en place, il quitte Verlaine pour l'Abyssinie.

De retour à Roche, la maison de Charleville, toujours occupée par sa mère et sa sœur, en piteux état, amputé d'une jambe, fiévreux, revenu pour être soigné mais incapable de se sentir bien dans cette maison familiale chargée de souvenirs, il se cache. Lorsque Rodolphe débarque de Paris, il est refoulé illico. 

Rodolphe est un cycliste chevronné et un pigiste têtu. Il veut absolument retrouver Rimbaud pour obtenir son assentiment pour la publication des écrits qu'il a récupéré auprès de la fille d'un éditeur qui l'a hébergé des années plus tôt.  Même s'il est conscient que Rimbaud a demandé à cet ami éditeur de "Brûlez tout !", il ne veut pas se résoudre à voir sa poésie disparaître à jamais.

L'auteur rythme le roman de citations, extraits de poèmes, donne envie de savoir qui est vraiment Rimbaud. Un vagabond insolent ? Un négociant émérite d'Abyssinie ? Un poète épris d'absolu et de Verlaine ?

Ce roman vous happe, vous ballotte au gré des avancées de l'enquête d'un Rodolphe Darzens opiniâtre et passionné désormais animé par par le besoin de faire publier son "Reliquaire", recueil des inédits d'Arthur Rimbaud.

Henri Guyonnet vous donne à entrevoir l'amour passionnel entre Verlaine et Rimbaud, vous fait découvrir le Paris fin de siècle avec ses inventions révolutionnaires comme "la petite reine". C'est passionnant, romanesque et cruel, mais surtout cela vous donne l'envie d'aller vous poser dans un coin de verdure pour relire Rimbaud et son "dormeur du val".

Un très joli moment de lecture. Merci aux 68premièresfois pour cette belle découverte.








mardi 9 juillet 2024

LES ORPHELINS DE LÔWENGOLD : L'INITIATION de Stéphane NANCOZ

 

LES ORPHELINS DE LÔWENGOLD

De Stéphane Nançoz

Aux JLB Editons

Douze seront appelés !
Dans un orphelinat parisien, plusieurs enfants disparaissent après avoir été témoins d’une cérémonie mystérieuse et fascinante. Élevés à l’écart du Monde par une Guilde secrète chargée de protéger l’humanité depuis des millénaires, ils apprennent l’art de dominer leurs pouvoirs de maîtres du feu, de l’air ou de l’eau. Les défavorisés de l’orphelinat sont appelés à devenir de puissants Protecteurs.
Mais dans le sanctuaire sacré, le parcours initiatique des jeunes sentinelles est bouleversé par une faille maléfique. Un enchaînement insoupçonnable d’évènements contraires oblige les Anciens à transgresser les règles immuables de la formation de leurs successeurs, au risque de modifier l’équilibre de l’univers. La précipitation et le chaos s’emparent de Löwengold, et du haut de leurs quinze ans, Nicolas et ses amis se retrouvent seuls pour empêcher le retour des démons du Pandémonium !


Mon avis : 


Je lis rarement de la Fantasy pourtant ce roman m'a intrigué dès les premières pages. Notre-Dame, douze enfants orphelins, des éducateurs pas comme les autres. On se laisse convaincre par la plume de l'auteur, l'aventure est au rendez-vous.

Une église, une statue, quelques mots et le tour est joué, Nicolas, Enzo, Roxanne, Jean-Louis et leurs compagnons sont choisis. Un séjour dans un château invisible aux profanes (à la Harry Potter), une guilde protectrice à convaincre. Deux longues années pour ne serait-ce qu'appréhender leur pouvoir naturel, que Léonard Grandsir et quelques précepteurs eux-mêmes choisis une génération plus tôt, vont s'évertuer à leur enseigner la maîtrise de leurs arts respectifs. De l'eau, à l'air, du feu...

Même si l'auteur capte son lecteur, le récit aurait pu être allégé de quelques pages. L'intrigue est maîtrisée, le suspense bien présent, ce qui embarque jusqu'à l'épilogue. Les personnages sont intéressants mais l'auteur laisse le lecteur s'en emparer selon son imagination en ne les détaillant pas excessivement.

Difficile toutefois de classifier ce roman, les personnages vivent l'aventure de la guilde de 10 à 15 ans, mais à qui l'auteur a-t-il dédié sa fiction ? Le vocabulaire employé parfois par les enfants n'est pas toujours en phase avec leur âge dans le récit. Est-ce une quête du bien contre le mal sans trait d'union avec la religion, néanmoins les protecteurs sont moines...

Il vous faudra vous laisser embarquer, comme moi, pour connaître l'épilogue de ce premier volet. Je me laisserai volontiers tenter par la lecture d'un second opus de cette saga. Je remercie Babelio pour ce voyage initiatique !



mardi 18 juin 2024

LES VOLEURS D'INNOCENCE de Sarai WALKER

 

LES VOLEURS D'INNOCENCE 

Autrice : Sarai WALKER

Il était une fois dans les années 1950 six jeunes filles aux doux prénoms de fleurs – Aster, Rosalind, Calla, Daphne, Iris et Hazel – qui vivaient avec leurs parents dans l’opulence d’une grande bâtisse victorienne. Mais ceci n’est pas un conte de fée : c’est l’histoire de la malédiction des sœurs Chapel.
Tout commence pourtant bien : par une noce. Mais à peine est-elle mariée, que la sœur aînée meurt mystérieusement, laissant sa famille en état de choc. Puis la deuxième connaît le même sort. Quel malheur pèse sur les Chapel ? Belinda, la mère à l’esprit torturé, hantée par les fantômes, semble pouvoir prédire leur funeste destin. Mais peut-on se fier à ce qui sort de son cerveau embrumé ? Quant à Iris, la cadette, elle est bien décidée à survivre. Quitte à devoir faire un bien sombre choix.
Roman aux accents gothiques, Les Voleurs d’innocence est l’histoire poignante de jeunes femmes déterminées à échapper à leur destin.


Mon avis :

Une maison bourgeoise en forme de gâteau de mariage. Un couple, six filles prénommées Aster, Rosalind, Daphné, Calla, Hazel dites Zélie et Iris.

Les filles ont leur aile dans la maison. Monsieur Chapel, lui, s'adonne à un business qui peine un peu au début des années 50, après les années fastes de la guerre. Il fabrique et vend des armes à feu.

Belinda, la mère, ne sort que pour se rendre au jardin. Elle déteste son époux. Elle est totalement habitée par une peur transmise par les femmes de la famille qui l'ont précédé. Elle met en garde ses filles contre la malédiction Chapel. Elles mourront, si elles se marient.

Les fantômes de Belinda et d'Iris symbolisent-ils les hommes qui en les épousant les aspirent, les obligent à s'oublier pour fonder un foyer au centre duquel ils s'épanouiraient sinon pourquoi prendre épouse. Monsieur Chapel a rappelé à Belinda quel était son devoir, qu'elle le veuille ou non. Six filles en ont été conçues.

Ce roman d'ambiance, allégorique, est addictif parce qu'il plonge le lecteur dans le noir destin de ces femmes que l'on pourrait envier, confortablement installées dans des maisons bourgeoises, aidées d'une domesticité, mais sans plus d'importance qu'un meuble que l'on remise s'il dérange.

Sarai Walker nous propose une vision de la vie des femmes dans les années 50, sans outrance envers les hommes, avec délicatesse, soulignant simplement les renoncements qu'ils imposent aux femmes : études, aspirations artistiques. Tout ce qui constitue une individualité leur est nié au profit du foyer, du réconfort qu'elles doivent apporter à leur époux. 

Une atmosphère sombre et mystérieuse, une écriture digne des grandes autrices de Jane Austen à Daphné du Maurier, un roman délicatement féministe et engagé que l'on peut lire comme tel, ou choisir de n'en voir que l'aspect roman à suspense, selon son inspiration.




lundi 17 juin 2024

LE DIPLÔME de Amaury BARTHET

 

LE DIPLÔME

Autrice : Amaury BARTHET

Aux Éditions Albin Michel

Pour réparer l'injustice, a-t-on le droit à l'imposture ?
Jeune, intelligente, Nadia a toutes les compétences pour réussir. Il ne lui manque qu'un diplôme pour en attester et lui ouvrir les portes d'un avenir meilleur. Conquête pour certains, droit inné pour d'autres, ce sésame agit ici comme le révélateur d'un vaste mensonge érigé en système. Guillaume, prof de banlieue désabusé, va lui en offrir les clés. Mais si le mérite se monnaie au même titre que le sexe, le pouvoir et les idéaux, quel est le prix à payer ?
Amaury Barthet orchestre le récit d'une revanche à double tranchant, mêlant critique sociale et fable philosophique. Un premier roman dérangeant, cruel et drôle qui dénonce les faux-semblants de la société.


Mon avis :


Qui n'a pas regretté qu'on ne lui ait pas laissé sa chance, sans avoir recours au sempiternel diplôme, pour la sélection du meilleur candidat ?

Guillaume, professeur de banlieue maussade, n'a plus le feu sacré depuis bien longtemps. Sa compagne Cécile le quitte. Son frère a réussi, une carrière, une épouse, Éva, également carriériste, un appartement digne d'une revue spécialisée, aucune faute de goût. Un diplôme HEC accroché comme un trophée au mur de son salon.

Une introspection s'impose pour Guillaume. La première étape de sa reprise en mains, la salle de sports. Sa rencontre avec une jeune femme brillante, Nadia, va tout faire basculer. Lui, le passe-partout a retenu son attention. 

Ce personnage m'a fait penser à Jean-Pierre Bacri, oxymore vivant du sens de la fête. Guillaume, c'est un peu cela, un homme triste qui a envie de mordre la vie à pleine dent avec Nadia, jeune vendeuse chez Zara, autodidacte, intelligente mais pas assez diplômée pour un meilleur poste.

Amoureux, il va repousser les limites pour cette jeune femme qui a les compétences mais pas le diplôme pour vivre l'ascension sociale de ses rêves. Qu'à cela ne tienne, Guillaume va arranger cela.

Amaury Barthet croque des personnages bien campés, avec sagacité, d'une pointe d'humour et de sarcasme, décrit une société où le diplôme est le viatique absolu d'une réussite sociale. Être reconnu par ses pairs est bien plus important que la compétence attendue. 

Ainsi, le mérite, l'évaluation des compétences, ne passe que par l'obtention du diplôme chèrement vendu par des écoles inaccessibles à qui n'a pas la chance d'être bien né comme Nadia. C'est ainsi qu'en preux chevalier, Guillaume décide de offrir à Nadia l'ouverture pour qu'elle se réalise, comme une revanche sur sa propre frustration.

Anaé, jeune étudiante ambitieuse, engagée et libre, va perturber leur équilibre au moment où la carrière de Nadia prend son essor. 

Des ambitions déçues des uns et des autres aux arcanes politiques, l'auteur nous donne à réfléchir sur les attendus de l'époque, l'accès quasi impossible pour les élèves brillants mais désargentés aux "grandes écoles". Tout est fait pour que l'élite vive pleinement l'entre-soi.

Un premier roman qui ne laisse pas indifférent.

 

mardi 11 juin 2024

UN SIMPLE DINER de Cécile TLILI

 

UN SIMPLE DÎNER

Autrice : Cécile TLILI

Aux Éditions CALMANN LEVY

Un soir de canicule, en août à Paris, deux couples se rejoignent pour dîner. La soirée aura lieu chez Étienne. Claudia, sa compagne, d’une timidité maladive, a cuisiné toute la journée pour masquer son appréhension. Johar et Rémi, leurs invités, n’ont pas l’esprit tranquille non plus. Autour de la table, les uns nourrissent des intentions cachées tandis que les autres font tout pour garder leurs secrets. L’odeur épicée d’un curry, une veste qui glisse d’un fauteuil, il suffit d’un rien pour que tout bascule.
Avec ce huis-clos renversant, Cécile Tlili interroge la place des femmes dans la société et tisse, avec délicatesse, une ode à l’émancipation et à la liberté.


Avis :

Roman dévoré !

Étienne invite un couple d'amis, Rémi connu sur les bancs de la Fac et son épouse Johar, promise à une promotion potentiellement bien utile.

La relation de couple, l'amitié, la carrière, les femmes et leur rôle dans la société, autant de thèmes abordés au travers d'un dîner qui se voulait amical, pas la caricature d'une ascension espérée pour l'un et rejetée par l'autre.

On plonge dans une atmosphère tendue au cours de cette soirée d'été, dans un appartement parisien où les protagonistes n'ont aucune envie d'être finalement. Chacun ayant une aspiration différente des autres, des attentes, des frustrations, un désespoir latent de ne pas voir la vie leur apporter ce qu'ils espéraient.

Une amitié et des amours érodées par le quotidien. Des personnages formatés par leur condition sociale, celle dont on veut s'élever, ou celle qui vous trace le chemin. 

Il est impossible de quitter le dîner de Cécile Tlili avant qu'elle ne vous dévoile son huis clos, intense et addictif, bien ficelé, où chaque protagoniste livre sa partition pleinement pour donner corps à un avenir à redéfinir.

Un menu épicé à souhaits que l'on déguste jusqu'à la dernière page. Un roman à découvrir absolument.



vendredi 3 mai 2024

PERDRE LA TÊTE de Heather O'Neill

 

PERDRE LA TÊTE 

Auteure : Heather O'Neill

Aux Editions LES ESCALES

Un roman fiévreux qui explore les questions de genre, de désir et de pouvoir à travers une histoire d'amitié intense.
Montréal, 1873. Quand Marie, enfant lumineuse et gâtée, rencontre Sadie, fillette sombre et rusée, leurs vies basculent. Elles se lient d'une amitié fusionnelle, entre attirance et compétition. De défi en provocation, leurs jeux deviennent si dangereux qu'un jour, les adultes décident de les séparer.

Des années après, Marie s'affranchit de sa condition de femme en refusant le mariage et en prenant la tête de l'usine familiale. Sadie, quant à elle, découvre la puissance libératrice de la littérature en écrivant un roman érotique. Distribué sous le manteau, ce texte mettra le feu aux poudres d'une révolution menée par les ouvrières.

Marie et Sadie, irrémédiablement liées, joueront un rôle décisif dans les événements qui bouleverseront leur ville.


Mon avis :

Deux petites filles nées fin du XIXème siècle à Montréal, l'une bien née de parents dépourvus de richesse, l'autre fille d'un industriel fortuné, magnat du sucre.

Marie Antoine, dont l'effigie est présente sur les sacs de sucre des raffineries de son cher papa, s'ennuie profondément et s'ingénie à se créer une petite cour. Curieuse de ce monde industriel en développement, elle rêve d'en prendre les commandes.

Sadie, gamine rebelle, est née dans une famille bien déterminée à reconquérir la fortune par tous les moyens. Particulièrement celui de mettre les deux gamines en relation dans l'espoir de se voir accorder les faveurs du richissime veuf qui est le père de Marie Antoine.

Funeste rencontre en vérité que celle de deux gamines admiratives l'une de l'autre. De surenchère en surenchère, un drame les sépare, Marie reste à Mile Doré quand Sadie est exilée à Londres pour couper court à des poursuites. 

Quels seront les funestes conséquences de ce drame dans cette société où il vaut mieux être bien né. Sadie investit le Mile Sordide, se faisant d'abord une place dans le cœur de George Danton, orpheline née dans une maison close, puis en tant écrivaine reconnue.

Dans cette société où le destin des femmes semble tout tracé, Marie Antoine, Mary Robespierre, Sadie et George vont se jouer de leurs conditions en grandissant entre amour et haine.

L'autrice dans cette ode aux femmes puissantes, à une époque où on les juge incompétentes et fragiles, combattantes quitte à sacrifier un morceau d'elles-mêmes, nous propose un regard féministe sur le monde du Mile doré ou sordide, où il est question d'inégalités sociales, du genre, de la destinée qui s'impose ou que l'on culbute pour arriver à ses fins. 

Ce roman ne vous laisse aucun répit. Il vous faudra savoir ce qu'il advient de cet amour-amitié passionné, dévastateur. 

Heather O'neill tisse patiemment sa toile révolutionnaire, dans un monde fantasmé où l'émancipation des femmes, se livre comme un conte. Il vous sera certainement difficile de les quitter avant l'épilogue.


jeudi 2 mai 2024

PETITES CHOSES de Benoît Coquil

 

PETITES CHOSES 

Auteur : Benoît COQUIL

Aux Editions Rivages _ 224 pages

Mexique, années 1950. Au cœur des montagnes brumeuses de la région de Oaxaca, la chamane María Sabina se livre à d’étranges incantations, mêlées de transes et de chants. Elle a recours dans ses rituels aux psilocybes, de puissants champignons hallucinogènes, qu’elle appelle ses « petites choses ».
Mus par une insatiable curiosité, Gordon et Valentina Wasson, d’étonnants scientifiques autodidactes, partent depuis New York en quête du dernier psychotrope encore inconnu de l’Occident.
Le récit de leur découverte et de leurs expériences sous l’effet de cette substance va bientôt faire vibrer la planète, de la CIA au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, de la contre-culture psychédélique aux laboratoires Sandoz. Et faire basculer à tout jamais l’univers de María Sabina.
D’une plume vive et jubilatoire, entre récit d’aventures et tableau magique, Benoît Coquil nous fait revivre la fabuleuse histoire d’un champignon qui a changé le monde.
Benoît Coquil enseigne la littérature et la civilisation d’Amérique latine. Petites choses est son premier roman.


Avis : 


Valentina et Gordon, couple de New-Yorkais bien intégrés, respectivement banquier et pédiatre, l'une mycophile, l'autre mycophobe vont se lancer dans la découverte des champignons qui vont les mener au fin fond du Mexique dans la région de Oaxaca.

Là, Maria Sabina, chamane, va les initier et leur faire découvrir les vertus du psilocybe.

A travers le temps depuis le Krach de 1929 aux années 1950, le couple Wasson et leur fille, nous embarquent et nous montrent les ravages que font "les découvreurs" sur les autochtones lorsqu'ils les donnent à voir au reste du monde. Ainsi cette paisible et reculée région des montagnes du Mexique va être envahie par une horde de hippies qui ne respecteront ni lieux, ni culture locale.

Un désastre. Le monde découvre Fantasia et Alice au pays des merveilles, le champignon est magnifié, les laboratoires et les psychiatres se frottent les mains.

Le temps du LSD est venu. Naturel, le monde des dieux de Sabina s'offre à tous.

L'auteur nous présente un roman très documenté, une aventure captivante, une pointe de dérision dans la question de fond bien amenée :  ces toutes petites choses qu'elle a naïvement partagées valaient-elles le bouleversement total du monde de Maria-Sabina ? 






jeudi 4 avril 2024

LE ROMAN DE JEANNE ET NATHAN de Clément CAMAR-MERCIER

 

LE ROMAN DE JEANNE ET NATHAN

de Clément CAMAR-MERCIER

Aux Editions ACTES SUD_352 pages

Jeanne sait que des centaines de milliers d’amateurs de vidéos pornos jouissent de voir son corps livré à des étreintes brutales et à des plaisirs qu’elle feint résolument durant d’odieux tournages. Tout ce qu’exige son métier d’actrice, elle le subit en professionnelle et l’accomplit en toute liberté. Pour autant que la cocaïne la préserve d’en vomir l’abjection.
Loin d’elle – ils ne se connaissent pas encore –, Nathan donne quelques cours sur le cinéma américain, poursuit une improbable thèse, et se drogue jour après jour pour supporter l’inutilité de son existence. Or voici qu’advient leur rencontre, éblouissante, dans un jardin singulier, les plongeant dans la douceur de vivre. Pour toujours, assurément. Si toute la violence du monde d’avant ne vient pas les rattraper.
Tour à tour cru, onirique, romantique, tragique, "Le Roman de Jeanne et Nathan" déploie toute l’étendue des addictions par lesquelles notre époque travestit sa propre réalité, se sature de ses propres images, s’y projette, s’y observe, se nourrit d’illusions, perceptions, vibrations, sensations hors desquelles nul
enchantement ne viendrait plus nous satisfaire.
À moins que le ravissement de l’amour – le philtre éternellement magique de Tristan et Iseult – n’ensorcelle pour de bon, jusqu’à l’événement ultime, les héros de ce premier roman si audacieusement lucide.


Mon avis :


Clément Camar-Mercier nous déroule la vie parallèle de Jeanne et Nathan jusqu'à leur entrée à la Clinique Quito de Neuilly-sur-seine.

La centaine de pages qu'il faut à Jeanne et Nathan pour accepter d'abandonner la cocaïne et les drogues en tout genre qu'ils consomment sont une lente, dérangeante description crue de leur quotidien.

L'alcool et les drogues sont entrés dans leur vie depuis leurs quinze ans. Un refus d'un réel qui les dépasse et les empêchent d'être. Une actrice et un thésard en cinéma, deux jeunes gens fragiles qui se trouvent dans l'expérience douloureuse du sevrage. La Cocaïne est leur univers commun, l'amour en palliatif est-ce possible ?

De la rencontre d'un noir à la Pierre Soulages sans les nuances, pour eux pas de "noir-lumière" en ce début de récit, à toutes les nuances d'une nature retrouvée, idéalisée, partagée, Jeanne et Nathan vont s'aimer d'un amour absolu à la Tristan et Iseult. 

Ce roman présenté comme une fiction nous interroge sur la société et ses travers, sur l'Homo Sapiens et son évolution à l'entrée de ce XXIème siècle. Jeanne et Nathan sont les archétypes choisis pour décrire la vulnérabilité de la jeunesse, le mercantilisme, la solitude, la quête de sens. 

Une écriture incisive, descriptive, parfois proche de l'essai à la fiction noire d'un amour maudit, ce roman est une expérience qui ne laisse pas indemne.