mercredi 28 août 2024

TOUT CE QUI EST SUR TERRE DOIT PÉRIR - LA DERNIÈRE LICORNE de MICHEL BUSSI

TOUT CE QUI EST SUR TERRE DOIT PÉRIR
LA DERNIÈRE LICORNE

Auteur : Michel BUSSI
Aux Editions Pocket

Une masse sombre, inexpliquée, prise dans les glaces millénaires du mont Ararat.
Un livre interdit, gardé sous clé dans l’enfer du Vatican.
Un animal de bois, énigmatique, portant au front une corne unique.
Les indices sont là, éparpillés. Un gigantesque puzzle à reconstituer pour remonter à l’origine de toutes les religions du monde.
De Bordeaux à Hong Kong, en passant par l’Arménie, Zak Ikabi n’a qu’une obsession : en réunir toutes les pièces. Et trouver ainsi l’arche de Noé.
Embarquée malgré elle dans sa quête, la glaciologue Cécile Serval, aussi érudite que volcanique, se voit bientôt confrontée à un véritable déluge de questions. Et de balles de kalachnikovs…
Car pour garder ce secret, certains sont prêts à tous les sacrifices….
Un thriller ambitieux au rythme effréné. Une intrigue historique diaboliquement séduisante qui embarque le lecteur dans une course folle, de Bordeaux à Erevan en passant par le Vatican et Hong Kong, à la poursuite d'un secret qui n'est rien de moins que celui de l'humanité tout entière.
Tout ce qui est sur Terre doit périr a précédemment paru sous le titre La Dernière Licorne, sous le pseudonyme de Tobby Rolland.



Mon avis :


Il n'est pas rare que Michel Bussi flirte avec la science-fiction, le suspense. Il s'agit pourtant bien d'un thriller même si, à la lecture du titre et du pitch on pourrait s'y tromper, car il se joue des frontières entre fiction et réalité.

Cela enrichit l'histoire, offre une expérience de lecture immersive et mène l'auteur à nous conter les tribulations d'un Zak Ikabi, plus rocambolesques les unes que les autres, dans un rythme effréné. 

Difficile de définir ce roman : une pointe de Da Vinci Code, Michel Bussi y tisse une intrigue complexe autour de mystères historiques et religieux. La quête vertigineuse qu'il impose à son personnage le mène de Bordeaux à Hong Kong, du Vatican à l'Arménie. Le mont Ararat devient le centre névralgique de l'intrigue.

Il y a de l'Indiana Jones en Zak Ikabi, son Graal est la licorne.

L'auteur nous offre un récit épique qui mêle action, éléments de mystères, révélations surprenantes et nombreux rebondissements qui maintiennent un suspense et une tension narrative constante. L'écriture est fluide, rythmée qui captive jusqu'à l'épilogue.

L'histoire est originale, palpitante, l'auteur a une capacité à maintenir le lecteur en tension qui ne se dément pas.






lundi 26 août 2024

NORTHANGER ABBEY de Jane Austen

 



NORTHANGER ABBEY

Autrice Jane AUSTEN

Aux Editions de Poche

Par sa gaucherie, ses rêveries naïves et son engouement pour les vieux châteaux, Catherine Morland semble loin des modèles de vertu. Mais si cette jeune Bovary délicatement british n'a rien d'une héroïne, c'est que Jane Austen s'amuse ! Et nous emporte, d'une plume malicieuse, d'un bout à l'autre du plus moderne des romans austeniens.





Mon avis :

Dans Northanger Abbey, Jane Austen nous conte la vie devenue aventureuse de la jeune Catherine Morland, héroïne naïve et passionnée de romans gothiques, qui découvre les réalités de la société anglaise du début du XIXe siècle. l'autrice, avec son style inimitable, nous offre une critique subtile des conventions sociales et des illusions romantiques, tout en nous faisant sourire par son humour mordant.

Catherine, invitée à séjourner dans l’abbaye de Northanger, s’imagine vivre des aventures dignes de ses lectures préférées, mais se heurte rapidement à la banalité et aux intrigues bien réelles de son entourage.

Le charme de ce roman réside dans la manière dont l'autrice nous donne à voir une galerie de portraits bien dessinés, dans une société aussi divertissante qu’instructive sur les rites de l'époque. Henry Tilney, avec son esprit vif et son affection sincère pour Catherine, se distingue comme un héros atypique, loin des stéréotypes romantiques. Quant à Catherine, son évolution de jeune fille impressionnable à femme plus avisée est décrite avec une tendresse et une acuité psychologique remarquables.

En somme, Northanger Abbey est une œuvre qui, sous des dehors légers et divertissants, propose une réflexion bien plus profonde qu'il n'y paraît sur la nature de la fiction et la réalité. Austen nous rappelle que les apparences peuvent être trompeuses et que la véritable aventure réside souvent dans la découverte de soi et des autres. 

Ce roman est certainement atypique dans le fait que Jane Austen dialogue avec ses lecteurs tout le courant du roman.

Un roman à savourer pour son humour, sa finesse et sa pertinence intemporelle.

LE TIGRE ET LES PILLEURS DE DIEU de Philippe Grandcoing


 LE TIGRE ET LES PILLEURS DE DIEU

Auteur Philippe Grandcoing

Aux Éditions DE BORÉE

Le Tigre et les pilleurs de Dieu.
La première enquête de l'antiquaire Hippolyte Salvignac.
Paris, automne 1906 : la France se remet à peine de l'ouragan de l'affaire Dreyfus. La séparation de l'Église et de l'État est dans tous les esprits...
Hippolyte Salvignac, modeste antiquaire parisien d'une quarantaine d'années, est recruté par Georges Clemenceau pour aider la police à pourchasser des trafiquants d'oeuvres d'art. Ces derniers pillent les trésors qui sommeillent dans les églises de campagne...
Flanqué de l'inspecteur Jules Lerouet, bâtard au grand coeur, Salvignac découvre les méandres d'une situation explosive : luttes politiques, tensions diplomatiques, conflits religieux et trafics internationaux. Au fil de son enquête, il sillonnera l'Europe de la Belle Époque, de son Quercy natal à Londres en passant par les stations thermales d'Auvergne et la banlieue parisienne.


Mon avis : 

Philippe Grandcoing nous plonge dans le Paris de la Belle Époque, où l’antiquaire Hippolyte Salvignac se retrouve embarqué dans une enquête palpitante. 
En automne 1906, la France se remet à peine de l’affaire Dreyfus, la séparation de l’Église et de l’État est au cœur des débats. 

Hippolyte Salvignac
, un antiquaire parisien d’une quarantaine d’années, est recruté par Georges Clemenceau pour aider la police à traquer des trafiquants d’œuvres d’art, en toute discrétion.
 Salvignac doit traquer des trafiquants d’œuvres d’art qui pillent les trésors des églises de campagne.

L’auteur réussit à recréer l’atmosphère de l’époque avec une précision historique intéressante, mêlant habilement fiction et réalité. Il fait d'Hippolyte Salvignac, un amoureux passionné, entouré de femmes férues d'art comme lui.

Le duo formé par Salvignac et l’inspecteur Jules Lerouet donne de la force, une dynamique au roman, leur relation à la fois complémentaire et conflictuelle, apporte une profondeur supplémentaire à l’intrigue.

L'auteur rend ses personnages à la fois attachants et crédibles. Les rebondissements sont nombreux, le récit nous tient en haleine, révélant peu à peu les dessous d’un monde où l’art et le pouvoir se côtoient dangereusement.

“Le Tigre et les pilleurs de Dieu” est une plongée dans une époque de transition, où les premières automobiles côtoient encore les voitures à chevaux, et où les lampes à pétrole commencent à céder la place à l’électricité.

Philippe Grandcoing nous offre une fresque historique captivante, où chaque détail est soigneusement pesé, où l’intrigue policière se déploie avec une grande maîtrise du sujet, de l'époque et du suspense.

Merci aux éditions De Borée pour cette découverte.

CE QUE JE SAIS DE TOI d'Éric CHACOUR

 

CE QUE JE SAIS DE TOI

Auteur ÉRIC CHACOUR

Aux Éditions Philippe REY

Dans le Caire des années 1980, un jeune médecin suit un destin tracé pour lui. Entre son dispensaire et le prestigieux cabinet hérité de son père, Tarek n’a que peu de place pour se poser des questions. Mais la rencontre d’un être que tout semble éloigner de lui ébranlera son mariage, sa carrière et ses certitudes, ne lui laissant plus d’autre choix que l’exil.
De la communauté levantine d’Égypte aux hivers montréalais, du règne de Nasser jusqu’à l’aube des années 2000, Tarek fuit, erre, et se souvient. Mais sait-il qu’à plusieurs milliers de kilomètres, quelqu’un raccommode les lambeaux de son histoire et tente de remonter, chapitre après chapitre, le cours de sa vie ?
Récit d’une absence et d’une réconciliation, Ce que je sais de toi brosse avec délicatesse, humour et sensibilité le portrait d’un clan déchiré et d’une société en pleine transformation. Ce premier roman d’Éric Chacour révèle un auteur à la langue ciselée, à l’esprit lumineux, habité par une compréhension profonde de la nature humaine. Un livre qui embaume l’ail, l’anis et les secrets de famille.


Mon avis :

Éric Chacour nous raconte l'histoire de Tarek, dans l'Égypte des années 80, Effervescente, pleine de sensations olfactives au cœur d'une communauté Levantine, chrétienne et francophile.

Héritier d’une tradition familiale, il se retrouve rapidement confronté aux réalités d’une société en pleine mutation, qui ne permet pas d'aimer contre les conventions. Sa rencontre avec Ali, un jeune homme issu d’un quartier défavorisé, bouleverse son existence, remet en question ses certitudes.

Tarek s'est marié avec son amour de jeunesse mais son cœur ne bat plus à l'unisson de celui de son épouse depuis cette rencontre. Cet amour est réprouvé par la société, met en péril sa place dans la communauté, il tente de le combattre sans y parvenir. L’exil à Montréal s’impose comme une nécessité, une fuite en avant pour échapper à un environnement oppressant, trouver un espace de liberté pour se bâtir un avenir loin du jugement de sa famille et de la société.

Au Québec, Tarek tente de trouver sa place, mais les fantômes du passé le hantent. Entre la nostalgie de son pays natal et la quête d’une nouvelle identité, il navigue dans un océan de doutes et de remises en question.
“Ce que je sais de toi” est un récit poignant sur l’amour, l’exil et la quête de soi, où chaque page résonne comme une allusion au Roméo et Juliette de Shakespeare : un contexte culturel et social qui les condamne Ali et lui à un sacrifice insurmontable. 

Le narrateur sera-t-il la rédemption de Tarek ?

L'auteur nous offre un récit bouleversant.

J'ai aimé le style poétique, la vivacité du récit, les descriptions et la force donné aux personnages. Merci aux 68 premières fois pour cette belle découverte.




mardi 23 juillet 2024

BRÛLEZ TOUT de HENRI GUYONNET

 

BRÛLEZ TOUT

Auteur Henri GUYONNET

Aux Editions ANNE CARRIÈRE

Fin du 19e siècle. Depuis 20 ans, le silence d’Arthur Rimbaud interroge le Paris artistique. Rodolphe Darzens, jeune pigiste aventureux, se voit confier l’enquête de sa disparition.
Le journaliste infiltre le milieu littéraire d’avant-garde et part à vélo sur la route des Ardennes pour retrouver la trace du poète. Il découvre chez l’un de ses anciens amis vingt-deux poèmes autographes inédits, et décide de les publier dans un recueil intitulé Le Reliquaire. Darzens s’attire les foudres de Verlaine, seul protecteur des œuvres de Rimbaud.

Pendant ce temps, Arthur Rimbaud est rentré d’Abyssinie, malade et amputé. Il séjourne à Roche, dans la ferme familiale et questionne sa vie, ses amours, sa quête spirituelle et poétique.

Dans un chassé-croisé haletant, Brûlez tout ! mêle la traque du journaliste à la poésie prophétique de « l’homme aux semelles de vent »


Mon avis : 


"Le dormeur du val" réminiscence de l'enfance, voilà ce qu'il me reste du poète Arthur Rimbaud. Il est probable que sans ce jeune journaliste, Rodolphe Darzens, aucun professeur n'aurait proposé cette poésie à sa classe.
 
Henri Guyonnet met en lumière du jeune pigiste émigré russe, Rodolphe Darzens, qui à la suite d'un duel qui le laisse vivant, mais l'oblige à s'éloigner de la rédaction du Gaulois, pour une plongée dans le Parnasse de la fin de siècle à la rencontre de Verlaine d'abord. Puis à la recherche éperdue d'un Arthur Rimbaud insaisissable.

Cette fiction romanesque nous permet de découvrir la poésie du jeune Rimbaud, 17 ans lorsqu'il rencontre Verlaine. Rebelle, épris de liberté et de grands espaces.
Arthur Rimbaud ne tient pas en place, il quitte Verlaine pour l'Abyssinie.

De retour à Roche, la maison de Charleville, toujours occupée par sa mère et sa sœur, en piteux état, amputé d'une jambe, fiévreux, revenu pour être soigné mais incapable de se sentir bien dans cette maison familiale chargée de souvenirs, il se cache. Lorsque Rodolphe débarque de Paris, il est refoulé illico. 

Rodolphe est un cycliste chevronné et un pigiste têtu. Il veut absolument retrouver Rimbaud pour obtenir son assentiment pour la publication des écrits qu'il a récupéré auprès de la fille d'un éditeur qui l'a hébergé des années plus tôt.  Même s'il est conscient que Rimbaud a demandé à cet ami éditeur de "Brûlez tout !", il ne veut pas se résoudre à voir sa poésie disparaître à jamais.

L'auteur rythme le roman de citations, extraits de poèmes, donne envie de savoir qui est vraiment Rimbaud. Un vagabond insolent ? Un négociant émérite d'Abyssinie ? Un poète épris d'absolu et de Verlaine ?

Ce roman vous happe, vous ballotte au gré des avancées de l'enquête d'un Rodolphe Darzens opiniâtre et passionné désormais animé par par le besoin de faire publier son "Reliquaire", recueil des inédits d'Arthur Rimbaud.

Henri Guyonnet vous donne à entrevoir l'amour passionnel entre Verlaine et Rimbaud, vous fait découvrir le Paris fin de siècle avec ses inventions révolutionnaires comme "la petite reine". C'est passionnant, romanesque et cruel, mais surtout cela vous donne l'envie d'aller vous poser dans un coin de verdure pour relire Rimbaud et son "dormeur du val".

Un très joli moment de lecture. Merci aux 68premièresfois pour cette belle découverte.








mardi 9 juillet 2024

LES ORPHELINS DE LÔWENGOLD : L'INITIATION de Stéphane NANCOZ

 

LES ORPHELINS DE LÔWENGOLD

De Stéphane Nançoz

Aux JLB Editons

Douze seront appelés !
Dans un orphelinat parisien, plusieurs enfants disparaissent après avoir été témoins d’une cérémonie mystérieuse et fascinante. Élevés à l’écart du Monde par une Guilde secrète chargée de protéger l’humanité depuis des millénaires, ils apprennent l’art de dominer leurs pouvoirs de maîtres du feu, de l’air ou de l’eau. Les défavorisés de l’orphelinat sont appelés à devenir de puissants Protecteurs.
Mais dans le sanctuaire sacré, le parcours initiatique des jeunes sentinelles est bouleversé par une faille maléfique. Un enchaînement insoupçonnable d’évènements contraires oblige les Anciens à transgresser les règles immuables de la formation de leurs successeurs, au risque de modifier l’équilibre de l’univers. La précipitation et le chaos s’emparent de Löwengold, et du haut de leurs quinze ans, Nicolas et ses amis se retrouvent seuls pour empêcher le retour des démons du Pandémonium !


Mon avis : 


Je lis rarement de la Fantasy pourtant ce roman m'a intrigué dès les premières pages. Notre-Dame, douze enfants orphelins, des éducateurs pas comme les autres. On se laisse convaincre par la plume de l'auteur, l'aventure est au rendez-vous.

Une église, une statue, quelques mots et le tour est joué, Nicolas, Enzo, Roxanne, Jean-Louis et leurs compagnons sont choisis. Un séjour dans un château invisible aux profanes (à la Harry Potter), une guilde protectrice à convaincre. Deux longues années pour ne serait-ce qu'appréhender leur pouvoir naturel, que Léonard Grandsir et quelques précepteurs eux-mêmes choisis une génération plus tôt, vont s'évertuer à leur enseigner la maîtrise de leurs arts respectifs. De l'eau, à l'air, du feu...

Même si l'auteur capte son lecteur, le récit aurait pu être allégé de quelques pages. L'intrigue est maîtrisée, le suspense bien présent, ce qui embarque jusqu'à l'épilogue. Les personnages sont intéressants mais l'auteur laisse le lecteur s'en emparer selon son imagination en ne les détaillant pas excessivement.

Difficile toutefois de classifier ce roman, les personnages vivent l'aventure de la guilde de 10 à 15 ans, mais à qui l'auteur a-t-il dédié sa fiction ? Le vocabulaire employé parfois par les enfants n'est pas toujours en phase avec leur âge dans le récit. Est-ce une quête du bien contre le mal sans trait d'union avec la religion, néanmoins les protecteurs sont moines...

Il vous faudra vous laisser embarquer, comme moi, pour connaître l'épilogue de ce premier volet. Je me laisserai volontiers tenter par la lecture d'un second opus de cette saga. Je remercie Babelio pour ce voyage initiatique !



mardi 18 juin 2024

LES VOLEURS D'INNOCENCE de Sarai WALKER

 

LES VOLEURS D'INNOCENCE 

Autrice : Sarai WALKER

Il était une fois dans les années 1950 six jeunes filles aux doux prénoms de fleurs – Aster, Rosalind, Calla, Daphne, Iris et Hazel – qui vivaient avec leurs parents dans l’opulence d’une grande bâtisse victorienne. Mais ceci n’est pas un conte de fée : c’est l’histoire de la malédiction des sœurs Chapel.
Tout commence pourtant bien : par une noce. Mais à peine est-elle mariée, que la sœur aînée meurt mystérieusement, laissant sa famille en état de choc. Puis la deuxième connaît le même sort. Quel malheur pèse sur les Chapel ? Belinda, la mère à l’esprit torturé, hantée par les fantômes, semble pouvoir prédire leur funeste destin. Mais peut-on se fier à ce qui sort de son cerveau embrumé ? Quant à Iris, la cadette, elle est bien décidée à survivre. Quitte à devoir faire un bien sombre choix.
Roman aux accents gothiques, Les Voleurs d’innocence est l’histoire poignante de jeunes femmes déterminées à échapper à leur destin.


Mon avis :

Une maison bourgeoise en forme de gâteau de mariage. Un couple, six filles prénommées Aster, Rosalind, Daphné, Calla, Hazel dites Zélie et Iris.

Les filles ont leur aile dans la maison. Monsieur Chapel, lui, s'adonne à un business qui peine un peu au début des années 50, après les années fastes de la guerre. Il fabrique et vend des armes à feu.

Belinda, la mère, ne sort que pour se rendre au jardin. Elle déteste son époux. Elle est totalement habitée par une peur transmise par les femmes de la famille qui l'ont précédé. Elle met en garde ses filles contre la malédiction Chapel. Elles mourront, si elles se marient.

Les fantômes de Belinda et d'Iris symbolisent-ils les hommes qui en les épousant les aspirent, les obligent à s'oublier pour fonder un foyer au centre duquel ils s'épanouiraient sinon pourquoi prendre épouse. Monsieur Chapel a rappelé à Belinda quel était son devoir, qu'elle le veuille ou non. Six filles en ont été conçues.

Ce roman d'ambiance, allégorique, est addictif parce qu'il plonge le lecteur dans le noir destin de ces femmes que l'on pourrait envier, confortablement installées dans des maisons bourgeoises, aidées d'une domesticité, mais sans plus d'importance qu'un meuble que l'on remise s'il dérange.

Sarai Walker nous propose une vision de la vie des femmes dans les années 50, sans outrance envers les hommes, avec délicatesse, soulignant simplement les renoncements qu'ils imposent aux femmes : études, aspirations artistiques. Tout ce qui constitue une individualité leur est nié au profit du foyer, du réconfort qu'elles doivent apporter à leur époux. 

Une atmosphère sombre et mystérieuse, une écriture digne des grandes autrices de Jane Austen à Daphné du Maurier, un roman délicatement féministe et engagé que l'on peut lire comme tel, ou choisir de n'en voir que l'aspect roman à suspense, selon son inspiration.




lundi 17 juin 2024

LE DIPLÔME de Amaury BARTHET

 

LE DIPLÔME

Autrice : Amaury BARTHET

Aux Éditions Albin Michel

Pour réparer l'injustice, a-t-on le droit à l'imposture ?
Jeune, intelligente, Nadia a toutes les compétences pour réussir. Il ne lui manque qu'un diplôme pour en attester et lui ouvrir les portes d'un avenir meilleur. Conquête pour certains, droit inné pour d'autres, ce sésame agit ici comme le révélateur d'un vaste mensonge érigé en système. Guillaume, prof de banlieue désabusé, va lui en offrir les clés. Mais si le mérite se monnaie au même titre que le sexe, le pouvoir et les idéaux, quel est le prix à payer ?
Amaury Barthet orchestre le récit d'une revanche à double tranchant, mêlant critique sociale et fable philosophique. Un premier roman dérangeant, cruel et drôle qui dénonce les faux-semblants de la société.


Mon avis :


Qui n'a pas regretté qu'on ne lui ait pas laissé sa chance, sans avoir recours au sempiternel diplôme, pour la sélection du meilleur candidat ?

Guillaume, professeur de banlieue maussade, n'a plus le feu sacré depuis bien longtemps. Sa compagne Cécile le quitte. Son frère a réussi, une carrière, une épouse, Éva, également carriériste, un appartement digne d'une revue spécialisée, aucune faute de goût. Un diplôme HEC accroché comme un trophée au mur de son salon.

Une introspection s'impose pour Guillaume. La première étape de sa reprise en mains, la salle de sports. Sa rencontre avec une jeune femme brillante, Nadia, va tout faire basculer. Lui, le passe-partout a retenu son attention. 

Ce personnage m'a fait penser à Jean-Pierre Bacri, oxymore vivant du sens de la fête. Guillaume, c'est un peu cela, un homme triste qui a envie de mordre la vie à pleine dent avec Nadia, jeune vendeuse chez Zara, autodidacte, intelligente mais pas assez diplômée pour un meilleur poste.

Amoureux, il va repousser les limites pour cette jeune femme qui a les compétences mais pas le diplôme pour vivre l'ascension sociale de ses rêves. Qu'à cela ne tienne, Guillaume va arranger cela.

Amaury Barthet croque des personnages bien campés, avec sagacité, d'une pointe d'humour et de sarcasme, décrit une société où le diplôme est le viatique absolu d'une réussite sociale. Être reconnu par ses pairs est bien plus important que la compétence attendue. 

Ainsi, le mérite, l'évaluation des compétences, ne passe que par l'obtention du diplôme chèrement vendu par des écoles inaccessibles à qui n'a pas la chance d'être bien né comme Nadia. C'est ainsi qu'en preux chevalier, Guillaume décide de offrir à Nadia l'ouverture pour qu'elle se réalise, comme une revanche sur sa propre frustration.

Anaé, jeune étudiante ambitieuse, engagée et libre, va perturber leur équilibre au moment où la carrière de Nadia prend son essor. 

Des ambitions déçues des uns et des autres aux arcanes politiques, l'auteur nous donne à réfléchir sur les attendus de l'époque, l'accès quasi impossible pour les élèves brillants mais désargentés aux "grandes écoles". Tout est fait pour que l'élite vive pleinement l'entre-soi.

Un premier roman qui ne laisse pas indifférent.